ZINC-MÉTHYLE
§ 1509. En remplaçant l'iodure d'éthyle par l'iodure de imHhyle, on obtient des résultats semblables aux précédents. Du méthyle prend naissance, et les tubes dans lesquels s'accomplit la réaction renferment une poudre blanche qui se dédouble par îa chaleur en iodure de zinc et zinc-méthyle-
Dans le but d'obtenir ce produit en quantités plus considérables, M. Franckland a remplacé les tubes de verre par le digesteur de cuivre dont il a donné la description dans un extrait de son travail publié (Annales de Chimie et de Physique, 3' série, t. XLV, p. n4).
Au lieu d'employer l'iodure de méthyle seul, il a fait usage d'une dissolution éthérée de ce corps. L'opération se termine promptement à la température de i3o degrés, et l'on obtient finalement un liquide bouillant à 5i degrés qui s'enflamme rapidement à l'air. Dans cette circonstance, ce n'est pas du zinc-méthyle qui prend naissance, mais bien une combinaison définie de zinc-méthyle et d'éther dont on peut représenter la composition par la formule
,7„*l C2H3 la. * 041,5 in>
En remplaçant l'éther vinique par l'éther méthylique, on obtient un produit tout semblable bouillant à 43 degrés et dont la comp sition est représentée par une formule parallèle
2Zn,lC'H>) jC'JPl 2Zn (C!HM + (C'HM°-
Le zinc-méthyle ne peut donc s'obtenir à l'état de pureté qu'en faisant agir le zinc sur l'iodure de méthyle pur et sec.
C'est un liquide incolore, très-mobile, très-réfringent, qui bout au-dessous de ioo degrés et s'enflamme vivement au contact de l'air.
L'eau le décompose à la manière du zinc-éthyle en donnant naissance à de l'oxyde de zinc et à du gaz des marais.
ïl produit avec les corps composés des doubles décompositions analogues à celle que fournit le zinc-éthyle.
La composition du zinc-méthyle est représentée par la formule
I C7W \ ^^vol.vap.
NATRIÉTHYLE ET KAL1ÉTIIYLE. 569
NATRIÉTHYLE ET KAL1ÉTHYLE.
§ 1510. Le sodium n'exerce pas d'action sensible sur l'éther iodhydrique sec à des températures inférieures à 100 degrés. Ajoute-t-on de l'éther au mélange, une réaction se manifeste, mais il ne se forme pas trace de natriéthyle.
Lorsqu'on verse un excès de zinc-éthyle sur du sodium placé dans un tube rempli d'un gaz inerte qu'on ferme ensuite à la lampe, on voit le sodium disparaître graduellement en même temps qu'une proportion équivalente de zinc se précipite. Au bout de quelques jours la réaction étant terminée, le tube ne renferme plus que du zinc et un liquide incolore renfermant un excès de zinc-éthyle d'où se séparent peu à peu de belles tables rhomboïdales. La distillation du liquide dans un courant d'hydrogène permet d'enlever l'excès de zinc-éthyle, et l'on obtient finalement une masse cristalline fusible à 27 degrés.
Ce produit n'est point le natriéthyle, qu'on n'a pu se procurer jusqu'à présent à l'état de liberté, mais bien une combinaison définie de natriéthyle et de zinc-éthyle dont la composition est représentée par la formule
/ C*HS j ( C4H* r
Ces cristaux absorbent rapidement l'acide carbonique en s'échauffant et donnant naissance à du propionate de soude.
Le potassium se comporte avec le zinc-éthyle de la même manière que le sodium, il n'y a de différence qu'en ce que l'action est plus énergique. On obtient des cristaux solubles dans l'excès de zinc-éthyle dont la composition est analogue à celle des précé- % dents.
Ces composés s'enflamment au contact de l'air et brûlent avec une véritable explosion en laissant un résidu fortement alcalin. L'eau les décompose avec une extrême violence en donnant naissance à des gaz, en même temps qu'on observe la formation d'hydrate d'oxyde de zinc et d'hydrates alcalins.
5;o ÉTHYLURE ET MÊTHYLURE DE MAGNÉSIUM.
ÉTHYLURE ET MÊTHYLURE DE MAGNÉSIUM.
§ 15JH. Le magnésium comme le zinc, auquel il ressemble sous tant de rapports, ne paraissant susceptible d'engendrer qu'un seul groupement de la forme
MgX,
ne devait évidemment former par son union avec le méthyle et Téthyle qu'une seule combinaison. L'expérience vient confirmer entièrement ces prévisions.
Met-on de la limaille de magnésium en présence des iodures d'éthyle ou de méthyle, une réaction assez vive se manifeste, le mélange s'échauffe assez fortement, et si, lorsque après l'avoir maîtrisé complètement à l'aide d'affusions d'eau froide, on l'enferme dans des tubes qu'on scelle à la lampe en le maintenant pendant plusieurs heures entre 110 et i3o degrés, on obtient finalement une masse blanche qui se résout par la distillation en plusieurs produits. En effectuant cette opération dans une atmosphère d'hydrogène, on recueille dans le récipient un mélange d'iodure d'éthyle ou de méthyle et d'un liquide très-volatil doué d'une odeur alliacée, qui s'enflamme à l'air et décompose avec violence Peau sur laquelle on le projette, le résidu de la cornue consiste en iodure de magnésium. Une nouvelle rectification opérée sur le produit brut permet de séparer le liquide inflammable des iodures de méthyle ou d'éthyle inaltérés.
L'analyse de ces produits, leur manière d'agir à l'égard de l'oxygène libre et de l'eau, les analogies si manifestes qu'ils présentent avec le zinc méthyle et le zinc-éthyle conduisent à les représenter par les formules
Mg(C2H3) et Mg(C*H&).
Ou mieux peut-être, en nous appuyant sur les analogies que nous venons de signaler, par
Dans l'action réciproque du magnésium et des iodures d'éthyle et de méthyle, on observe la production d'une quantité considé-
ÉTHYLURE ET MÉTHYLURE D'ALUMINIUM. 57i
rable de gaz qui dans le cas de la combinaison étbylique consistent en
C8H", C4H* et C4Hfi.
Avec l'odure de méthyle on obtient les produits
C4H« et C'H\
L'action du magnésium sur les iodures d'éthyle et de métbyle est donc entièrement comparable, ainsi que vous pouvez vous en convaincre, à celle que le zinc exerce sur ces composés.
ÉTHYLURE ET MÉTHYLURE D'ALUMINIUM.
§ 1512. L'aluminium n'exerce à froid aucune action surl'iodure d'éthyle; à 100 degrés, l'attaque est très- manifeste ; en maintenant le mélange pendant vingt-quatre heures à i3o degrés dans des tubes scellés à la lampe, la réaction est complète. Si l'iodui£ éthylique a été employé en léger excès, le métal disparaît complètement et l'on trouve dans les tubes un liquide brunâtre, épais, qui répand à l'air d'abondantes fumées. En distillant le contenu des tubes dans un appareil rempli d'hydrogène, on recueille dans le récipient un liquide d'une couleur légèrement ambrée dont Todeur pénétrante et désagréable rappelle celle de la térébenthine altérée. Ce liquide fume fortement à l'air et s'enflamme lorsqu'on le projette dans une atmosphère d'oxygèno ou de chlore en dégageant des vapeurs violettes. Il décompose l'eau d'une manière subite avec une véritable explosion en produisant de l'alumine et de l'acide iodhydrique, il se dégage en même temps un gaz inflammable qui brûle avec une flamme d'un bleu pâle.
Ce composé, qui bout vers 35o degrés, renferme tout à la fois de l'aluminium et de l'iode, ainsi que du carbone et de l'hydrogène dans les proportions qui constituent l'éthyle.
De nombreuses analyses de ce produit et la décomposition qu'il éprouve de la part de l'eau conduisent à la formule suivante :
C"H"Al4P = AlaP, A1'(C4H4)\
ce qui en ferait une combinaison d'un équivalent d'iodure d'aiuminium avec l'éthylure correspondant.
Le zinc-éthyle l'attaque vivement en produisant un liquide plus
5y* STANNURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE.
volatil, très-inflammable, ne contenant que des traces d'iode et qui parait être Yalutninéthyle.
L'iodure de méthyle se comporte à l'égard de l'aluminium de la même manière que l'iodure d'éthyle. On obtient, comme précédemment, un liquide volatil à une haute température, brûlant à l'air et décomposant l'eau subitement en donnant naissance à de Thydrure de méthyle (gaz des marais). La composition de ce produit, qui renferme tout à Ja fois de l'aluminium, de Tiode et les éléments du méthyle, peut être représentée par la formule
CeH8Al4I3 = Al3I\ A12(CJH3)\
§ 1513. Le glucinium attaque profondément l'iodure d'éthyle lorsqu'on le chauffe avec ce liquide dans des tubes scellés à la lampe. On obtient alors, comme avec le magnésium, un produit solide que la distillation sépare en iodure de glucinium et en un liquide volatil odorant, jouissant de la propriété de décomposer l'eau brusquement à la façon des substances précédentes, en dégageant un gaz inflammable. La manière dont ce liquide se comporte avec l'eau semble assez indiquer qu'il est d'une nature analogue à celle des composés fournis par le magnésium et l'aluminium. La trop faible quantité de glucinium dont j'ai pu disposer ne ma pas permis d'établir sa constitution par l'analyse.
STANNURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE.
§ 1514. L'étain métallique, sous la forme de feuilles minces, est attaqué rapidement par l'éther iodhydrique, lorsqu'on maintient ces corps, enfermés dans des tubes scellés à la lampe, pendant plusieurs heures à une température de i4<> à i5o degrés. La réaction s'accomplit même au bain d'eau bouillante, mais dans ce cas elle exige un temps beaucoup plus considérable. Elle s'effectue pareillement à la température ordinaire, ainsi que l'a reconnu M. Franck- .land, à la condition de faire intervenir la radiation solaire.
Si l'on a soin d'employer i parties à i \ parties en poids d'iodure d'éthyle pour i partie d'étain, le métal disparaît complètement, et si de plus les matières sont pures et bien sèches, les tubes renferment une masse solide, blanche, formée de longues aiguilles entre-croisées qui sont souillées par une petite quantité
STÀNNURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE. 5;3
d'une huile jaune ou brunâtre qui les colore. Lorsqu'on brise la pointe des tubes, il ne se dégage le plus ordinairement aucune trace de gaz. On purifie facilement les cristaux en les faisant égoutter, les comprimant entre des doubles de papier buvard, les dissolvant dans l'alcool et abandonnant la liqueur à l'évaporation spontanée. On obtient finalement, après une ou deux cristallisations, de beaux prismes incolores doués de beaucoup d'éclat et complètement dépourvus d'odeur. Quant à l'huile qui souille les cristaux et dont l'odeur piquante, insupportable, rappelle celle du raifort et de la moutarde, c'est un mélange d'iodure d'éthyle qui n'a pas pris part à la réaction et d'un iodure d'un composé ternaire renfermant du carbone, de l'hydrogène et de l'étain. Dans quelques circonstances, on rencontre en outre dans les tubes une petite quantité d'une poudre rouge cristalline qui n'est autre que de l'iodure d'étain.
J^s cristaux prismatiques, amenés à l'état de pureté par la méthode que nous avons précédemment indiquée, fondent à 4*2 degrés en un liquide incolore et très-limpide qui bout régulièrement entre 245 et 246 degrés, et distille sans éprouver d'altération.
L'alcool les dissout en forte proportion, surtout à chaud.
L'éther les dissout facilement, même à froid.
Peu solubles dans l'eau froide, ils se dissolvent en proportion notable dans ce liquide à la température de l'ébullition. - L'esprit-de-bois rectifié les dissout à la manière de l'alcool.
Une dissolution alcoolique de ces cristaux est immédiatement décomposée par les sulfate, azotate, acétate, butyrate d'argent, etc., avec formation d'iodure d'argent insoluble et de sels correspondants qui cristallisent avec facilité par l'évaporation de la dissolution alcoolique.
L'analyse de ces cristaux conduit à la formule
Snf.4Hsï.
La manière dont ce produit se comporte avec les réactifs, conduit à le considérer comme l'iodure d'un composé ternaire formé d'une molécule d'étain et d'une molécule d'éthyle ou comme correspondant au groupement
SnX\
574 STANNURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE.
qui représente la limite de saturation des combinaisons de l'étain.
Leur formation bien simple s'explique facilement au moyen de l'équation
Sn-hC4H5ï:=Sn, C4HSI.
En considérant le groupement
SnC4Hs
comme un radical, le composé précédent deviendrait un iodure entièrement comparable aux iodures métalliques, le radical pouvant d'ailleurs être séparé de la combinaison par l'intervention de métaux plus électro-positifs que l'étain.
Les alcalis caustiques, potasse, soude, ammoniaque, font naître dans la dissolution du composé précédent un précipité blanc, floconneux, amorphe, insoluble dans un excès de ces réactifs. Ce produit, qui ne diffère de l'iodure que nous venons de décrire qu'en ce que la molécule d'iode s'y trouve remplacée par i molécule d'oxygène, serait alors l'oxyde de ce radical que nous désignerons sous le nom de stannéthyle, et dont, par suite, nous représenterons la composition par la formule
Sn, C4HsO.
Ce composé s'unit directement aux acides, sature les plus énergiques et forme des sels qui, toutes les fois qu'ils sont solubles, cristallisent avec la plus grande facilité. Leur composition est exprimée par la formule générale
A, Sn, C4H50.
Les hydracides se comportent avec lui comme avec les oxydes métalliques, l'hydrogène s'emparant de son oxygène pour former de l'eau, tandis que le radical de l'hydracide se porte sur le groupement stannéthyle pour former une combinaison définie
Sn C4H5 0 -h RH = HO + SnC4 HSR.
On obtient de cette manière le chlorure et le bromure de stannéthyle :
SnC'H'Cl,
. . SnC*HsBr,
STANNURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE. 575
composés qui cristallisent en magnifiques prismes incolores isomorphes avec l'iodure.
Ces composés prennent également naissance dans l'action des chlorures et bromures de phosphore sur l'oxyde de stannéthyle.
§ 1515. L'huile à odeur de moutarde qui ne se forme qu'en quantités à peine appréciables, lorsqu'on fait usage d'étain pur, peut s'obtenir en proportions considérables, si l'on vient à lui substituer des alliages renfermant de 8 à 12 pour 100 de sodium, en ayant soin de faire intervenir en outre un excès d'éther iodhydrique. L'alliage ne renferme-b-il que de 4 à 5 pour 100 du métal alcalin, on voit se former simultanément l'iodure solide et cristallisable, ainsi que le composé liquide fortement odorant. Avec des alliages à 10 et 1a pour 100, ce dernier se forme presque exclusivement.
La formation de ce produit, auquel l'analyse assigne la formule
Sn,(C,H4),I,
peut s'expliquer au moyen de l'équation
Sn* Na2 4- 3 ( C4 Hs I ) = Sna ( C* H* )3 1 -f- a Na I.
Ce composé liquide serait alors, comme le précédent, l'iodure d'un nouveau radical que nous désignerons sous le nom de sesquistannéthyie. -
Une dissolution étendue de potasse ou de soude ne fait naître aucun précipité dans la dissolution de ce produit; l'introduit-on dans un vase distillatoire avec une lessive concentrée de potasse, ou mieux avec des fragments de potasse hydratée qu'on humecte légèrement, et chauffe-tron le mélange, on voit se condenser dans le* récipient, avec la vapeur aqueuse, une matière huileuse pesante qui, par le refroidissement, se concrète en une masse incolore formée de prismes entre-croisés.
Cette substance, qui cristallise facilement et dont l'odeur piquante rappelle, quoique à un moindre degré, celle de l'iodure huileux, n'est autre chose que l'hydrate d'un oxyde correspondant à cet iodure, dont la composition peut être exprimée par la formule
Sn^OH^O, HO.
Cet oxyde, qui verdit le sirop de violettes et ramène au bleu le
576 STANNURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE.
papier de tournesol à la manière des alcalis, sature les acides les plus forts et forme des sels, pour la plupart solubles, qui cristallisent facilement et fournissent des échantillons d'une grande beauté. Ces sels, qui sont généralement volatils et présentent, lorsqu'on les chauffe, une odeur analogue à celle de la base libre, sont représentés par la formule générale
A, Sna(C*H*)30.
Les hydracides se comportent à l'égard de l'oxyde delà même manière qu'avec les bases oxygénées, en donnant naissance à de l'eau et à des composés qui ne diffèrent de cet oxyde que par la substitution du radical de l'hydracide à l'oxygène:
Sn'fC'H^O + RH^HO + Sn'lC'H^R.
Le chlorure et le bromure sont liquides comme l'iodure, et présentent une odeur plus insupportable encore. Us se concrètent, par un léger abaissement de température; en une multitude de prismes entre-croisés qui présentent beaucoup d'éclat.
En distillant l'iodure de sesquistannéthyle sur du cyanure d'argent, on obtient de beaux prismes flexibles qui s'écrasent sous le pilon à la manière du camphre, et qui ne sont autres que le cyanure de sesquistannéthyle
Sn'IC'H4)», Cy.
g 1516. Si l'on fait agir de l'iodure d'éthyle sur des alliages d'étain et de sodium très-chargés de métal alcalin, et si l'on a soin surtout d'employer l'alliage en excès, une réaction des plus vives se manifeste, et dans ce cas, au lieu d'avoir des combinaisons du métal avec l'éthyle et l'iode, on n'obtient que des éthylures.
Dans l'action réciproque de ces corps, on obtient trois composés distincts, savoir :
i°. Un liquide épais décomposable par la chaleur
Sn(C4H5),
c'est le stannéthyle ;
%°. Un liquide volatil très-mobile, bouillant entre u4o et i5o degrés
Sna(G*H5)3,
que je désignerai sous le nom de scsquisUintiêthyk ;
STANNURES D'ÉTHV LE ET DÉ MÉTHYLE. 677
3°. Enfin un liquide très-mobile, très-volatil, bouillant entre 175 et 180 degrés, qui ne se forme qu'en très-petite quantité,
Sn(C4rP)',
c'est le distannéthylc que MM. Buckton et Francklànd ont obtenu, chacun de leur côté, dans l'action réciproque du zinc-étbylc et de Hodure de stannéthyle
SnlCH^I-hZneH^SnlC^lP^-hZnl.
Fait-on agir l'iode sur le liquide visqueux, on reproduit Hodure cristallisé ; l'action de ce même corps sur le sesquistannéthyle à froid donne immédiatement naissance à la formation de l'iodure huileux à odeur de moutarde. Quant au distannéthyle, il ne produit rien à froid par son contact avec l'iode, ainsi qu'on pouvait s'y attendre ; chauffe-t-on, au contraire, une réaction vive se manifeste et se traduit aussitôt par la décoloration du liquide, de 1 ethyle se trouve éliminé sous forme d'iodure, de l'iode s'y substitue en proportions équivalentes, et suivant que la quantité . d iode est plus ou moins considérable et le contact prolongé pendant un temps plus ou moins long, on peut obtenir à volonté soit l'iodure huileux, soit l'iodure cristallisé, soit finalement de 1 iodure d'étain.
§ 1547. Tandis que le stannéthyle et le sesquistannéthyle, susceptibles de s'unir directement à l'oxygène, au chlore, à l'iode pour former des composés qui rentrent dans le groupement
SnX2,
et d'être éliminés de leurs combinaisons sous l'influence d'affinités prépondérantes, simulent les propriétés des corps simples et se comportent comme de véritables radicaux, le distannéthyle, qui représente la limite de saturation, est, comme on voit, incapable de former des combinaisons, et ne peut qu'échanger une portion de ses éléments pour s'en assimiler d'autres en proportion équivalente, tout en conservant l'intégrité de son groupement.
On peut facilement repasser de la série du sesquistannéthyle à celle du stannéthyle, et réciproquement, à l'aide de réactions qui présentent la plus grande facilité dans leur exécution. C'est ainsi que par l'action de l'iode sur l'iodure de sesquistannéthyle 1». & 49
5;8 STANttURES DÉTHYLE ET DE MÉTHYLE.
on reproduit de l'iodure de stannéthyle avec formation d'éther iodhydrique
Sn*(C*Hs)sI-haI = C4HM-|-2SnC*Ii5I,
tandis qu'en distillant l'oxyde de stannétbyle avec de la potasse caustique, on obtient de l'oxyde de sesquistannéthyle, avec séparation d'une partie de l'étain sous forme d'acide stannique,
3(SnC*H40) -h KO = SnOaK04-Sn'(C4H')30.
§ 4518. Si l'on remplace l'éther iodhydrique par l'iodure de méthyle, on obtient une série de produits analogues à ceux dont nous venons d'esquisser l'histoire. Emploie4-on de Fétain pur, on voit se former en proportions considérables un iodure solide, cristallisant en magnifiques prismes jaunes de soufre, fondant à 3o degrés en un liquide limpide qui bout régulièrement à la température de 228 degrés, et dont la composition est représentée par la formule
SnC'H'I.
Outre cet iodure cristallisable, il se forme, mais en proportion beaucoup plus faible, un iodure liquide un peu plus volatil que son homologue éthylé, doué d'une odeur insupportable et dont la composition, analogue à celle de l'iodure de sesquistannéthyle, est représentée par la formule
Sn*(CaH3)3I:
c'est l'iodure de sesquistanméthyle.
Remplace-t-on l'étain pur par un alliage de ce métal avec le sodium, en ayant soin d'employer l'iodure de méthyle en excès, on observe précisément l'inverse comme dans le cas de l'iodure éthylique, c'est-à-dire que, tandis qu'on obtient l'iodure liquide en proportions considérables, on ne voit plus apparaître que de petites quantités de l'iodure solide.
La dissolution de Tiodure solide est-elle traitée par des liqueurs alcalines, il se sépare un précipité blanc, floconneux, insoluble dans un excès de réactif, et dont la composition, représentée par la formule
Sn(C*H5)0,
STANNURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE. 5;g
nous apprend que c'est l'oxyde de sesquistanméthyle, tandis que l iodure huileux, distillé sur des fragments de potasse caustique, laisse dégager des vapeurs irritantes qui se condensent dans le récipient sous la forme d'une huile pesante qui ne tarde pas à se concréter en beaux prismes. Ce produit, dont la composition est représentée par la formule
Sn^C'm'O,
n'est autre que l'oxyde de sesquistanméthyle hydraté qui présente l'isomorphisme le plus parfait avec la combinaison éthylée correspondante.
Les oxydes de stanméthyle et de sesquistanméthyle saturent les acides les plus énergiques, et forment des composés qui cristallisent pour la plupart, jouissent des propriétés analogues aux combinaisons éthylées et sont entièrement isomorphes avec elles.
Les hydracides se comportent de même et forment des produits tout semblables.
§ 1519. Les expériences dont je viens de rapporter un résumé succinct établissent bien nettement que, dans l'action réciproque de Tiodure d'éthyle et de l'étain, il se forme des composés trèsvariés qui tous appartiennent au groupement
SnXJ.
Il était important de déterminer la constitution mécanique de ces produits et de fixer leur véritable formule.
Parmi les composés de l'étain qui appartiennent au groupement précédent, nous citerons le bichlorure
SnCP.
Or la détermination de la densité de vapeur de ce produit, exécutée par M. Dumas, démontrant que cette formule représente a volumes, il conviendrait de la doubler pour là mettre en harmonie avec celle des composés les mieux définis. Il en serait de même de son analogue
SnE' 4
qui, suivant les expériences de M. Franckland, correspondrait pareillement à i volumes de vapeur.
Les chlorures de stannéthyle et de sesquistannéthyle étant sus-
58o STANKURES D'ÉTHY LE ET DE MÉTHYLE.
ceptibles d'être distillés sans éprouver d'altération, à la manière du bichlorure d'étain, il devenait dès lors intéressant de déterminer la densité de ces produits sous forme gazeuse. Or l'expérience nous apprend que, tandis que la formule
SnC4H5Cl
correspond à i volumes, celle qui représente le chlorure de sesquistannéthyle,
Sn'(C*H7Cl,
correspond à 4 volumes : constitution qui serait bien différente, quoique se rapportant au même groupement.
La détermination de la densité des chlorures de stanméthyle et de sesquistanméthyle sous forme guzeuse conduit à des conclusions identiques à celles que nous ont fournies les chlorures de stannéthyle et de sesquistannéthyle. C'est ainsi que
SnCJH3Cl représente i vol. de vapeur,
tandis que
Sn'(C3HJ)3Cl représente 4 vol. de vapeur.
§ 1520. Or si Ton considère que la molécule de tous les corps volatils, dont l'équivalent peut être établi rigoureusement à l'aide des méthodes chimiques, correspond toujours à 4 volumes de vapeur, il conviendra de doubler toutes les formules des composés du stannéthyle et du sesquistannéthyle. On devra, par suite, formuler ces différents composés de la manièie suivante :
Sn2E* = 4 vol. vap., tétrastannéthyle,
SnîE3Gl = » chlorure de tristannéthvle,
SnaE3Oa = » . chlorure de distannéthyle,
Sn2 E Cl'1 = » »
Sn'Cl* = » tétrachlorure d'étain,
ces divers composés appartenant tous au même type.
Or la filiation que nous indiquons ici n'est pas un pur jeu d'imagination, et la façon dont l'iode se comporte à l'égard du composé
Sn5E4= 4 vol. vap.
le démontre de la manière la plus évidente. En effet, ce produit est-il en excès relativement à l'iode, évite-t-on une trop grande
STANNURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE. 58i
élévation de température, i équivalent d'éthyle est éliminé sous forme d'iodure, tandis qu'on voit apparaître en même temps cette huile dont l'otieur rappelle celle de la moutarde, et que nous avons désignée sous le nom d'iodure de sesquistannéthyle ; double-t-on la proportion d'iode et favorise-t-on la réaction à l'aide de la chaleur au lieu de chercher à la modérer par des affusions d'eau froide, il y a séparation d'une seconde molécule d'éthyle à l'état d'iodure, et formation de la belle matière cristallisée à laquelle nous avons
donné le nom d'iodure de stannéthyle. Fait-on agir enfin un excès d'iode, tout l'éthyle se sépare à l'état d'iodure, et Ton obtient finalement de l'iôdure rouge d'étain. Tel est le résultat qu'on obtient en chauffant en vases clos un excès d'iode soit avec le tétrastannéthyle, soit avec les ioduresde sesquistannéthyle et de stannéthyle. Du tétrastannéthyle on repasse de la sorte à l'iôdure correspondant par de simples phénomènes de substitution.
L'action des acides sur le tétrastannéthyle amène à des conclusions toutes semblables. En effet, introduit-on dans un tube un mélange d'acide chlorhydrique et de tétrastannéthyle, on n'observe aucune réaction, et même, après un contact de quelques heures à la température ordinaire, on peut retirer du mélange les deux substances parfaitement intactes. Ces corps sont-ils placés dans un tube qu'on ferme à la lampe, puis chauffés, le tétrastannéthyle éprouve une modification d'autant plus profonde, que le contact a été plus prolongé. Dans les premiers moments, on obtient une huile irritante qui n'est autre que le chlorure de sesquistannéthyle; celle-ci fait place ensuite à des cristaux incolores que l'analyse m'a fait reconnaître pour du chlorure de stannéthyle, et par un contact beaucoup plus long on n'obtiendrait finalement que du chlorure d'étain.
Dans ces différentes phases, il se développe un gaz qui n'est autre que de Thydrufe d'éthyle; ces réactions fort simples, et qui concordent du reste parfaitement avec les précédentes, peuvent s'exprimer au moyen des équations suivantes :
Sn2(C4Hs)4-f- HCI-Sn2(CvH&)3Cl -t-CHPH, Sn2*( C* H5 )* -h '2 H Cl = Sn2 ( C4 H^Cl'-h * C4 H* H, SnJ ( C< I ï' ) 4 -h 4 H Cl = Sn'Cl4 -h4C4H5H.
Enfin la manière dont les iodures de sesquistannéthyle et de
58* STANNURES D'ÊTHYLE ET DE MÉTHYLE.
stannéthyle se comportent avec le zinc-éthyle, me semblent devoir complètement confirmer cette hypothèse.
On sait, par les travaux si nets de MM. Franckland et Buckton, qu'en faisant agir l'iodure de stannéthyle sur le zinc éthyle, on obtient de l'iodure de zinc et du distannéthyle, et c'est précisément cette réaction qui les a conduits à la découverte de ce composé. De même, en faisant agir sur le zinc-méthyle l'iodure de stanméthyle, on engendre le distanméthyle. En effet, on a
Sn(C*Hs)l4-ZnC*H5 — ZnI~|-Sn(C* W )*, Sn(C2H3)I-f-ZnC3H3=ZnI-+-Sn(CIH3)î.
On aurait pareillement, suivant ces chimistes,
Sn C4 Hs I + Zn C J H3 = Zn I -h Sn ( C5 H* ) ( C4 H* ) .
Or je me suis assuré qu'en mettant en présence le zinc-éthyle et l'iodure de sesquistanméthyle, il se manifestait une vive réaction accompagnée de la formation d'un produit éthéré parfaitement analogue au distannéthyle dont la composition est exprimée par la formule
Sn^CMI3)3 (C4H5) = 4vol.,
ce qui explique nécessairement le groupement
Sn'X4
comme • point de départ de ces différents produits, qu'on peut considérer comme en dérivant par des substitutions partielles ou par une substitution complète.
§ 1521. L'étain, dans son contact avec les iodures d'éthyle et de méthyle, engendre, comme on voit, une série de produits qui tous se rapportent au groupement précédent. Tant que le nombre de molécules de méthyle ou d'éthyle qui s^ccouplent à rétain ne s'élève pas à 4* c'est-à-dire tant que la saturation n'est pas satisfaite, les composés ainsi formés peuvent s'assimiler i ou a molécules d'oxygène, de chlore, fonctionnant à la manière de véritables radicaux. Cette limite est-elle atteinte, le produit obtenu présente à l'égard de la combinaison la neutralité la plus absolue. Ces résultats établissent, je crois, assez nettement qu'un composé jouera toujours le rôle d'un radical, toutes les fois qu e-
ÉTHYLURES ET MÉTHYLURES DE PLOMB. 583
tant au-dessous de la limite de saturation il sera doué d'une stabilité telle, que l'équilibre de son groupement ne soit rompu ni par l'affinité des corps simples avec lesquels on le met en contact pour les éléments qui entrent dans sa constitution, ni sous l'influence des forces qu'on fait intervenir pour le séparer des combinaisons dans lesquelles il est engagé.
Les iodures de distannéthyle et de tristannéthyle, de distanméthyle et de tristanméthyle s'unissent à l'ammoniaque, à la manière du biiodure d'étain, en donnant naissance à des composés très-nettement cristallisés; ceux qui résultent de l'union des iod lires de tristannéthyle et tristanméthyle affectent la forme de prismes qui acquièrent un assez grand volume quand on remplace le gaz alcalin sec par une dissolution alcoolique. L'aniline, la tohiidine, la cumidine, etc., donnent des résultats semblables; on obtient, comme avec l'ammoniaque, de très-beaux produits.
ÉTHYLURES ET MÉTHYLURES DE PLOMB.
§ i522. Le plomb, de même que l'étain, forme avec Téthyle et le méthyle des composés nettement définis : Le plombodiéthyle
Pb(C4H5)2
peut s'obtenir soit en faisant agir de l'iodure d'éthyle sur des alliages de plomb et de sodium, riches en métal alcalin, ainsi que l'a reconnu M. Lœwig, soit par l'action réciproque du chlorure de plomb et du zinc-éthyle, méthode beaucoup plus simple qu'ont employée MM. Franckland et Buckton. On n'obtient pas dans ce cas d'éthylure de plomb correspondant au protoxyde, il y a séparation de la moitié du métal et production d'un composé qui correspond à l'oxyde puce. La réaction s'explique facilement au moyen de l'équation
aPbCl + ^eH'Zn^sZnCl+PbtC'H5)'.
Le plombodiéthyle représentant la limite de saturation des composés que forme le plomb, on ne sera nullement étonné d'apprendre que ce produit, à la manière du tétrastannéthyle, est incapable de s'unir à l'oxygène, au chlore, à l'iode, etc.
Chaufte-t-on ce liquide avec une dissolution concentrée de gaz
Di
584 ÉTHYLURËS ET MÉTHYLURES DE MERCURE.
chlorhydrique, un gaz inflammable se dégage, et par le refroidissement on voit se déposer de belles aiguilles satinées, dont la composition est représentée par la formule
Pb^CIPJ'Cl.
La réaction qui donne naissance à ce produit peut s'exprimer au moyen de l'équation
2[Pb(C*Hs)*]-|-HCl = C*H&H-r-Pb2(C4H5)sCl.
L'iode donne avec le plombodiéthyle un produit analogue représenté par la formule
Pb2(C4rP)3I.
Il se sépare en même temps de l'iodure d'éthyle.
Enfin, lorsqu'on fait agir un excès d'iode, on obtient de l'iodure d'éthyle et de l'iodure de plomb.
Je me suis assuré de mon côté qu'en remplaçant le zinc-éthyle par le zinc-méthyle on obtenait le plomb<xlimëthyk\ qui se forme pareillement en faisant agir l'iodure de méthyle sur un alliage formé de 5 parties de plomi^) pour i de sodium; mais la première méthode est de beaucoup préférable.
On obtient de la sorte un liquide incolore et très-mobile dont l'odeur forte et toute spéciale a quelque chose qui rappelle. le camphre et le moisi. Incapable de s'unir soit à l'oxygène, soit au chlore ou à l'iode, ce composé se dédouble à la manière de son homologue éthylé. Des résultats semblables s'observent lorsqu'on fait agir les acides chlorhydrique ou sulfurique,
•2[Pb(C3H3)J] 4-HC1 = C2H4H-Pb2(C2H*)3Cl.
ÉTHYLURES ET MÉTHYLURES DE MERCURE.
§ 1523. Le mercure forme avec le méthyle et i'éthyle des composés correspondant aux deux chlorures, et dont, par conséquent, la composition est représentée par les formules
llg3 ( C2 H3 ), mercurosométhyle, Hg2(C* H4), mercuroséthyle, Hg3(C2H3)2, mercuriméthyle, Hg2(C4Hb), mercuréthyle.
Le premier terme de chacune de ces séries joue seul le rôle de radical; quant au mercuriméthyle et au mercuréthyle, ils per-
fcTHYLUKES ET "MÊTUYLURES DE MERCURE. 585
dent, sous l'influence du chlore, du brome ou de l'iode, la moitié de leur méthyle ou de leur éthyle, qui se dégagent sous forme de chlorure, de bromure ou d'iodure très-volatils, et Ton obtient pour résidus des composés du mercurosométhyle ou du mercuroséthyle qui appartiennent au type
Hg2X2,
limite de saturation pour les combinaisons mercurielles.
§ 1524. Lorsqu'on abandonne à la température ordinaire, dans un vase clos, un mélange d'iodure d'éthyle et de mercure métallique sous l'influence de la lumière diffuse, on voit se former des cristaux dont la proportion augmente progressivement, si bien qu'au bout d'un certain temps tout le liquide se prend en masse.
Ces cristaux se dissolvent dans l'alcool et l'éther bouillants, et s'en séparent, par le refroidissement, en lames minces très-éolatantes. Ils se subliment vers 100 degrés, mais exigent pour fondre une température un peu plus élevée.
L'analyse de ces cristaux, dont on doit la découverte à M. Strecker, démontre qu'ils renferment tout à la fois du mercure, de l'éthyle et de lîiode ; leur composition est représentée par la formule
Hg2, C«HS, I.
Ce corps est donc l'iodure d'un radical
Hg2C*H\
correspondant à l'oxyduie de mercure. En traitant une dissolution alcoolique de eet iodure par du sulfate, de l'azotate, de l'oxalale, de l'acétate d'argent, on obtient une série de composés résultant de l'union des acides sulfurique, azotique, etc., avec une base particulière, dont la composition, analogue à celle de l'iodure, est représentée par la formule
Hg'C'IP, 0.
Le chlore, le brome et le cyanogène peuvent se substituer parfaitement à l'iode de l'iodure, et l'on obtient alors les composés
Hg2C4H\ Cl, He'CMl*, Br,
llg2CMI\ Cy.
586 ÉTHYLURES ET MÉTHYLURES DE MERCURE.
Le chlorure de mercurosêthyle se présente sous la forme de paillettes qui possèdent un éclat argentin. L'eau ne le dissout point. Peu soluble dans l'alcool froid, il se dissout en abondance dans ce liquide à la température de l'ébullition, et s'en sépare en cristaux très-brillants, par un refroidissement gradué.
Chauffé au bain-marie, il fond en une huile limpide, et se volatilise sans laisser de résidu. Exposé au contact de l'air, à la température ordinaire, il émet déjà des vapeurs, et finit par disparaître complètement.
Le* bromure rie mercurosêthyle présente la plus grande ressemblance avec le composé précédent.
Une dissolution aqueuse d'ammoniaque dissout le chlorure, le bromure et l'iodure de mercuréthyle, sans en opérer la décomposition. Agite-t-on une dissolution alcoolique bouillante du chlorure avec de l'oxyde d'argent récemment précipité, filtre-t-on le mélange et l'abandonne-t-on à l'évaporation dans le vide, on obtient une huile incolore, soluble dans l'eau et l'alcool, et douée de
propriétés alcalines qui peuvent rivaliser avec celles de la potasse. Ce produit n'est autre chose que l'oxyde de mercurosêthyle hydraté •
Hg2C<Hs'0, HO.
§ 1525. On peut, à l'aide des combinaisons du mercurosêthyle, obtenir le mercuréthyle avec facilité; il suffit de faire agir sur le zinc-éthyle, le chlorure ou l'iodure de mercuréthyle, le zinc se sépare à l'état de chlorure ou d iodure, et l'on obtient le mercuréthyle libre.
Cette réaction s'explique au moyen de l'équation
Hg'C4H\ Cl + ZnCH^ZnCl + Hg'fC'H*)'.
Chlorure Mercuréthyle.
de mercurosêthyle.
En remplaçant le chlorure de mercurosêthyle par le composé correspondant de la série du méthyle, on obtient une combinaison mixte renfermant à la fois de l'éthyle et du méthyle
H*' C3 H3 Cl-4-ZnC*H5 — ZnCI -4- Hg2(C*H3) (C*H&).
Chlorore Mercurométhyléthyle.
Ue mercurosoméihyle.
ARSÉNIURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE. 187
Enfin, par l'action réciproque du chlorure de mercurosornéthyle et du zinc-méthyle, on obtient le mercurométhyle
Hg,(CaHM*.
Ces composés, comme on pouvait le prévoir, sont incapables de s'unir à l'oxygène, au chlore, à l'iode, etc. Fait-on réagir de l'iode sur ces produits, de Féthyle ou du méthyle s'éliminent à l'état d'iodure, et l'on obtient des produits du même type, qui correspondent au groupement
Hg'X',
terme de saturation pour les combinaisons du mercure.
Le mercure forme avec le méthyle, l'amyle et l'allyle, des combinaisons correspondantes, douées de propriétés analogues et représentées par des formules parallèles, dont il serait entièrement superflu de vous entretenir.
ARSÉNIURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE.
§ 1526. L'arsenic forme avec Féthyle et le méthyle plusieurs combinaisons définies qui présentent le plus grand intérêt.
Le plus anciennement connu de ces composés qu'on rencontre dans la liqueur de Cadet, et dont on doit une connaissance complète au travail classique de M. Bunsen, fut pendant longtemps désigné sous le nom de cacodyle, faute de pouvoir déterminer à cette époque sa véritable constitution. Lorsque les travaux si remarquables de MM. Zinin, Wurtz et Hofmann nous eurent appris que l'azote pouvait former avec les radicaux alcooliques des composés basiques entièrement comparables à l'ammoniaque, dont on pouvait les faire dériver, ainsi que je vous l'ai fait voir au chapitre soixante-deuxième, on supposa fort raisonnablement qu'on pourrait obtenir avec l'arsenic et le phosphore des composés entièrement comparables. Faisant donc agir l'iodure de méthyle sur un arséniure alcalin, j'ai démontré, conjointement avec M. Riche, qu'on donnait naissance à trois composés distincts, au nombre desquels figure le cacodyle de M. Bunsen qu'on doit considérer dès lors comme un arséniure de méthyle; c'est ainsi qu'on a
As(CaH3)3, arsendiméthyle (cacodyle),
588 ARSÉNIURES DÉTHYLE ET DE MÉTHVLE.
As(C'H3)3, arsentriméthyle correspondant à l'hydrogène arsénié,
A£(C5H3)'I, iodure d'un radical analogue à l'iodure de tétra-
raéthylammonium.
Je me propose ici de vous décrire très sommairement ces différents composés, dont les deux premiers jouent le rôle de radicaux, ceux-ci pouvant fixer 3 ou 2 équivalents de divers corps simples pour rentrer dans le groupement
AsX>,
limite de saturation des combinaisons de l'arsenic.
Comme c'est au moyen de l'arsendiméthyle ou caeodyle qu'on peut se procurer avec le plus de facilité ces divers composés, je commencerai l'étude de ces corps intéressants par la description de son mode de préparation et de ses principales propriétés.
§ 1527. Le caeodyle se prépare au moyen de la liqueur de Cadet, substance dont on peut se procurer facilement des quantités assez considérables, mais à la préparation de laquelle il faut apporter les plus grandes précautions, en raison de son odeur repoussante et de ses propriétés toxiques. A cet effet on introduit dans une cornue de verre lutée qu'on chauffe au bain de sable, un mélange à parties égales d'acide arsénieux et d'acétate de potasse soigneusement desséché. On élève graduellement la température du mélange jusqu'à ce que le fond de la cornue commence à rougir. Le récipient, qu'on a soin de refroidir par des affusions d'eau glacée, renferme deux couches, une huile brune pesante arsenicale que surnage une liqueur aqueuse dans laquelle on rencontre de l'acétone, de l'acide acétique et du caeodyle ; il se dégage en outre beaucoup de gaz doués d'une odeur fétide.
Un mélange de 100 parties d'acide arsénieux et de 100 parties d'acétate de potasse donne, si l'on a soin de bien refroidir le récipient, de a5 à 3o parties de caeodyle brut.
Comme ce corps est très-inflammable et présente un maniement dangereux, il faut le décanter dans un vase rempli d'acide carbonique et le fever avec de l'eau bouillie. On le fait ensuite digérer sur de la potasse caustique en fragments, puis on le distille sur cette substance. On obtient de cette façon du caeodyle mêlé
ARSÉNIUUES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHVLE. 58<>
d'une petite quantité d'oxyde. Ce mélange, dissous dans l'alcool, étant additionné d'une solution alcoolique de sublimé corrosif donne un précipité cristallin de chloromercurate de cacodyle, qu'une distillation avec de l'acide chlorhydrique change en chlorure de cacodyle. Ce dernier, distillé sur du zinc métallique, abandonne son chlore au métal, tandis que le cacodyle mis en liberté se dégage sous forme de vapeurs qu'on peut condenser dans un récipient refroidi.
Ainsi préparé, le cacodyle présente les propriétés suivantes : C'est un liquide incolore, inodore, légèrement visqueux, et doué d'une odeur forte et nauséabonde. Il bout vers 170 degrés. La densité de sa vapeur a été trouvée par expérience égale à 7,1. Il se solidifie à — 6 et cristallise en prismes à base carrée.
Il est peu soluble dans l'eau. L'alcool et l éther le dissolvent facilement.
Une température de 400 degrés le décompose entièrement, de l'arsenic se dépose, et Ton obtient un mélange gazeux formé d'hydrure de méthyle et de gaz oléfiant.
C'est ce qu'exprime l'équation
a[Az(C2H8)2] = 2Àz4-2C2H4 + C4H4.
• Lorsqu'on en projette quelques gouttes dans l'air, il s'enflamme en donnant naissance à des vapeurs d'acide arsénieux. Fait-on ao contraire arriver l'air bulle à bulle dans le cacodyle, ou faiton réagir sur ce corps, à l'abri de l'air, un oxyde susceptible d'abandonner facilement son oxygène, ce produit se change d'abord en oxyde de cacodyle et finit par se transformer en une masse solide et cristallisable, douée de propriétés acides, à laquelle on donne le nom à* acide caœdylique.
Le cacodyle se comporte de la même manière avec le soufre : on obtient d'abord du sulfure de cacodyle, et finalement un sulfacide auquel on donne le nom d acide sulfocacodylique.
Le cacodyle s'unit directement au chlore, au brome, à l'iode, et forme des composés représentés par les formules
As(C'H3)3, Cl, As(C'H')3, Br, As(C'H>)J, I.
590 ARSÉN1U KES D'ÉTHYLE Et DE MÉTHYLE. On obtient également un cyanure
As(C2H3)', Cy,
qui se présente sous la forme de magnifiques cristaux, doués de propriétés très- vénéneuses.
Tous ces composés correspondent au groupement
•AsX»,
auquel appartiennent l'acide arsémeux, le chlorure d'arsenic et l'hydrogène arsénié.
Ce même cacodyle peut également former avec un excès d'oxygène, de chlore, de brome et de soufre, les composés
AstC'H^O3, As(C2Ha)'Cl3, AstC'HM'Br3,
As(C'H')'S>,
qui correspondent au groupement
AsX4,
auquel appartient l'acide arsénique.
Ce dernier, beaucoup moins stable que le précédent, tënd à y revenir sous d'assez faibles influences. Qu'on distille,. par exemple, le trichlorure ou le tribromure de cacodyle, et l'on voit i équivalent de méthyle disparaître sous la forme de chlorure ou de bromure très-volatils, tandis qu'il distille des liquides
As (C H3) Cl', As(CaH3)Br2,
qui ne sont autre chose que les bichlorure et bibromure d'un nouveau radical
As(C'H'),
Xarscnmonométhyle qu'on n'a pu jusqu'à présent isoler à l'état de pureté.
On obtient un résultat semblable en distillant un mélange de i équivalent de cacodyle et de 3 équivalents d'iode : de Tiodure de méthyle se dégage, et l'on" recueille un produit qui cristallise en
ARSÉNIURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE. 59i
beaux prismes jaune de soufre, qui n'est autre que le composé
As(CaH3)P.
De la série de l'arsendiméthyle on passe donc à celle de Tarsenmonométhyle avec la plus grande facilité.
§ 1528. En faisant agir de l'oxyde d'argent sur les composés précédents, on obtient, outre du chlorure, du bromure pu de l'iodure d'argent insolubles, soit
, ■ As(CHP)Oa,
composé qui se rapporte au type
AsX3,
correspondant à l'acide arsénieux, et comme lui corps limite qui peut jouer à la fois le rôle d'acide ou de base, soit
As(CH3)0\
qui se rapporte au groupement
AsX6,
composé qui correspond à l'acide arsénique. Ce dernier, qui peut s'unir soit à 2 équivalents d'eau, soit à 2 équivalents de base, et qui présente les caractères d'un acide bibasique, forme des sels cristallisables et très-nettement définis. Le groupement
RXS,
pour les combinaisons arsenicales, est, comme on sait, beaucoup moins stable que le groupement ,
RX3.
L'acide arsénique se dédouble en effet, sous l'influence de la chaleur, en acide arsénieux, et l'on n'a pu, même en présence d'un excès de chlore, former un chlorure correspondant à l'acide arsénique. Les combinaisons du premier groupement tendront donc à repasser dans le second , sous des influences dissociantes plus ou moins énergiques.
De même que l'arsenmononiéthyle peut s'unir à 4 équivalents d'oxygène pour former la combinaison à saturation qu'on désigne
59* ARSÉNIURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE.
sous le nom (X avide arsenmonomëthfliqite, de même il peut former avec le chlore le tétrachlorure d'arsenmônométhyle
As(C2H3)Cl\
Ce composé, qui se présente sous la forme de beaux cristaux, se dédouble lorsqu'on l'échauffé à peine au-dessus de la température ambiante; on obtient alors du chlorure de méthyle et du chlorure d'arsenic; c'est ce qu'exprime l'équation
As ( C1 W ) Cl* = C2 H* CH- AsCl3.
Des composés de l'arsenmonométhyle on repasse donc finalement aux composés arsenicaux les plus simples de la chimie minérale.
§ 1529. Met-on maintenant le cacodyle en présence de l'iodure de méthyle, on obtient»à la fois de l'iodure de cacodyle et l'iodure d'un nouveau radical, X arsentétraméthyle ; c'est ce qu'exprime l'équation
«2 As ( C2H3 )2 + a (C2 H3,I) = As ( C'H3 )'I +■ As ( C2 H3
Cacodyle. lodnre lodarc lodare d'arsen-
de mélhyle. de cacodyle. tétraméttiyle. -»
Ce produit, lorsqu'il se dépose lentement de sa dissolution alcoolique, se présente sous la forme de magnifiques cubes incolores, qui présentent la plus grande ressemblance avec l'iodure de potassium.
Fait-on agir sur ce composé de l'oxyde d'argent, on obtient le composé correspondant
As(C2H70, HO,
qui possède la causticité de la potasse et de la soude, et nous en offre les caractères les plus saillants. Comme ces derniers, il ramène au bleu la teinture de tournesol rougie, désorganisant la peau, saturant les acides les plus énergiques, saponifiant les corps gras et se comportant enfin comme eux à l'égard des sels métalliques. Remplace-t-on l'oxyde d'argent par l'un quelconque de ses sels, on obtient un sel correspondant de Foxyde d'arsentétraméthyle. L'oxyde et l'iodure précédents, qui appartiennent au groupement à saturation, sont-ils soumis à l'action de la chaleur, ils se dédou*
ARSÈNIURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHVLE. 593 blent pour rentrer dans le groupement précédent. En effet,
As ( C2 H 1 Y I = C2 H3 1 -h As (C2 H3 )3.
Anentrtmèthyle.
C'est même là le meilleur moyen dont on puisse faire usage pour obtenir l'arsentriméthyle à l'état de pureté.
L'arsentriméthyle, liquide incolore et très-limpide, dont l'odeur rappelle celle de l'hydrogène arsénié, mais qui présente en même temps quelque chose d'éthéré, peut fixer directement i équivalents d'oxygène, de soufre, de chlore, de brome ou d'iode, pour rentrer dans le groupement
AsX\
Ces composés fort peu stables, et qui présentent une grande tendance à rentrer dans le groupement
AsX3,
se dédoublent par la simple distillation. Chauffe-t-on le chlorure et l'iodure, par exemple, qui sont représentés par les formules
As (C2 H3)3 Cl5, As(C2H3)3P,
i équivalent de méthyle se sépare à l'état de chlorure ou d'iodure, et l'on obtient alors du chlorure ou de Piodure de cacodyie.
On voit donc qu'à l'aide d'un mécanisme fort simple, on peut obtenir avec l'arsenic, le méthyle, et les corps électro-négatifs, cinq groupements dont le terme à saturation est de la forme
RX\
Soumet-on ces composés à des influences dissociantes, du méthyle- se sépare à l'état d'oxyde, de chlorure, d'iodure, etc., et Ton retombe sur le groupement
•RX3,
qui pour les combinaisons arsenicales présente le maximum de stabilité.
§ 4530. Fait-on agir le diiodure d arsenmonométhyle sur le zincméthyle, on obtient de l'iodure de zinc et de l'arsentriméthyle. Il