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JO

594 ÀRSÉNIURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE.

en est de même lorsqu'on met Tiodurc de cacodyle en présence du même composé. Remplace-t-on le zinc-méthyle par le zincéthyle, on a les composés

As Me E\ AsMe'E,

qui, comme les précédents, appartiennent au groupement

AsX>;

groupement très-stable, vers lequel sont sans cesse ramenées les combinaisons arsenicales. Ce groupement peut facilement s'assimiler * ' -

soit Y2, soit YZ.

Mais sous une foule d'influences, ou les corps ajoutés se séparent, ou bien il se produit une double décomposition, et dans l'un comme dans l'autre cas, on retombe sur le groupement

AsXs.

Ce groupement pouvant fixer i molécules de chlore, de brome ou d'iode, ou bien i molécule de chlorure, de bromure, ou d'iodure . d'éthyle, qui en sont l'équivalent, il devenait probable qu'il pourrait également s'assimiler % équivalents de méthyie ou d'éthyle, pour former les combinaisons limites

As Me5 et AsE5;

mais il paraît se développer ici des conditions d'instabilité qui ne permettent pas de réaliser la production de ces substances, ou qui ne nous permettent, du moins, que de les entrevoir, celles-ci ne possédant qu'une existence très-éphémère.

Dans le but de résoudre cette question expérimentalement, j'ai fait agir Tiodure d'arsenméthylium sur le zinc-méthyle; ces deux corps réagissent l'un sur l'autre, et.si l'on soumet le mélangea la distillation, on obtient un résidu d'iodure de zinc, tandis que le liquide condensé se compose presque exclusivement d'arsentriméthyle. Néanmoins, si l'on soumet ce liquide à de nouvelles rectifications, en ayant soin de fractionner, on peut s'assurer que le produit qui passe en dernier lieu renferme une proportion de car-

ARSÉNIURES D'ÊTHYLE ET DE MÉTHYLE. 595

bone et d'hydrogène plus considérable que rarsentriméthyle. De plus, fait-on bouillir ce liquide avec du brome ou de l'acide bromhydrique, on observe un dégagement de gaz des marais, et l'on obtient en outre le dibromure d'arsentriméthyle.

L'iodure de tétraméthylstibium se comporte, à l'égard du zincméthyle, d'une manière exactement semblable.

Si les composés liquides et volatils qu'on obtient en proportion si minime par l'action du zinc-méthyle sur l'iodure d arsenmélhylium et de stibméthylium ne présentent pas rigoureusement la composition

AsMe* et SbMe*,

l'analyse fournit du moins des nombres qui se rapprochent beaucoup de ceux qu'exigent ces formules. Si donc la proportion de ces substances qui devraient se former exclusivement est aussi faible, et si l'on n'obtient au contraire presque entièrement que de l'arsentriméthyle ou du stibtriméthyle, cela tient évidemment à l'instabilité de ces produits qui tendent à se dédoubler pour rentrer dans le groupement

RX5,

qui paraît être pour les combinaisons éthylées et méthylées de la famille à laquelle appartiennent l'arsenic et l'antimoine, la véritable limite stable.

L'arsenic et l'antimoine présentent en général une bien faible tendance à produire des composés de la forme

RX\

C'est ainsi que, d'une part, on ne connaît pas de perchlorure, de perbromure et de periodure d'arsenic, et que l'acide arsénique tend à se dédoubler sous l'influence de la chaleur, en repassant à l'état d'acide arsénieux, et que de l'autre le perchlorure et le perbromure d'antimoine tendent à se résoudre sous l'influence de la distillation seule en trichlorure ou tribromure avec élimination de chlore ou de brome. On comprend dès lors toutes les difficultés que doit présenter la réalisation des combinaisons quintiméthylées ou quintiéthylées de l'arsenic, ainsi que celle des hydrures correspondants

As H1 et SbH\

596 ANT1M0NIURES D'fcTHYLE ET DE MÉTHYLE.

Néanmoins, si faibles que soient les affinités qui relient ces corps, les observations que je viens de rapporter semblent démontrer leur existence.

§ 4531. L'arsenic forme avec l'éthyle des combinaisons correspondantes dont on doit la découverte à M. Landolt; et pour lesquelles nous n'aurions qu'à répéter ce que nous avons dit précédemment. La description de chacun de ces composés, quelque intérêt qu'il présente, ne saurait trouver place dans un ouvrage dont le cadre est si restreint et dont le but est principalement d'offrir aux lecteurs des généralités qui résument l'état de la science à l'époque t)ù il est écrit.

Du reste, à l'occasion des bases ammoniacales, je vous ai dit quelques mots relativement à Tarsentriéthyle, qui appartient au groupement

AsX\

ANTIMONIURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE.

§ 4532. Lorsqu'on fait réagir de l'éther iodhydrique sur l'alliage d'antimoine et de potassium obtenu par la calcination d'un mélange intime de 4 parties d'antimoine et de 5 parties de tartre, on obtient un liquide très-fluide, très-réfringent et doué d'une odeur d'oignon très-désagréable. Ce produit, auquel on donne le nom de stibtriéthyle, jouit des propriétés suivantes : c*est un liquide incolore qui ne change pas encore d'état à — 3o degrés; il bouta 1 58 degrés. Sa densité est de i ,3*24 à 16 degrés; la densité de sa vapeur est égale à 7,44. Insoluble dans l'eau, il se dissout en forte proportion dans l'alcool et dans l'éther.

Exposé au contact de l'air, il répand une fumée blanche trèsépaisse et ne tarde pas à prendre feu en brûlant avec une flamme blanche très-lumineuse. Si l'on fait arriver l'air, bulle à bulle, au milieu du liquide, celui-ci s'unit lentement à l'oxygène et finit par s'oxyder complètement. Le soufre, le sélénium et l'iode s'unissent directement au stibtriéthyle, en donnant naissance à des produits cristallisés.

L'acide nitrique attaque le stibtriéthyle surtout à l'aide de la chaleur; il se dégage de l'azote et des vapeurs nitreuses, et Ton obtient un liquide qui fournit par l'évaporation de beaux cristaux rhomboïdaux d'azotate de stibtriéthyle.

ANtlMONIURES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE. 597

Lorsqu'on ajoute de l'iodure d'éthyle au stibtriéthyle, il se produit, au bout de peu de temps, une combinaison cristallisée en belles aiguilles blanches qui n'est autre chose que l'iodure d'un radical correspondant à l'ammonium, auquel on donne le nom de stibéthylium. En traitant cet iodure de stibéthylium par l'oxyde d'argent, on obtient un dépôt d'iodure d'argent et de l'oxyde de stibéthylium hydraté correspondant à l'hydrate de potasse. Ce même oxyde étant traité par les différents acides, se comporte à la manière de la potasse caustique et donne naissance à des sels très-nettement cristallisés. Je me contenterai de vous faire connaître sous forme de tableau les combinaisons les plus importantes formées par le stibtriéthyle et le stibéthylium.

Stibéthyle (équivalent de H2) C,3H,&Sb,

Oxyde de stibéthyle C,2H,5Sb, O2,

Sulfure de stibéthyle C,2H,sSb, S',

Séléniure de stibéthyle C,2H,5Sb, Se3,

Chlorure de stibéthyle C,2rPSb, Cl2,

Bromure de stibéthyle C,2H,sSb, Br2,

Iodure de stibéthyle C"H,sSb, I2,

Sulfate de stibéthyle C,2H,sSb, O2, aSO3,

Nitrate de stibéthyle C,2H,5Sb, O2, 2AzO\

Oxyde de stibéthylium hydraté CIBH"Sb, O, HO,

Chlorure de stibéthylium". ; . . C'IPSb, Cl,

Iodure de stibéthylium C,6HMSb, I,

Azotate de stibéthylium C,6H,0Sb, O, AzO&,

Sulfate de stibéthylium C«filPSb, O, SO\

§ 1533. Le stibtriméthyle se prépare de la même manière que son homologue, le stibtriéthyle. On doit à M. Landolt une étude assez détaillée des propriétés de ce composé.

C'est un liquide incolore, très-pesant, doué d'une odeur forte; insoluble dans l'eau , peu soluble dans l'alcool, très-soluble dans l'éther.

Lorsqu'on l'expose à l'air, il répand d'abondantes vapeurs blanches, prend feu et brûle avec une flamme blanche en déposant de l'antimoine métallique.

II forme avec le soufre, le chlore, le brome, l'iode, des combinaisons cristal li sables analogues à celles que donne le stibéthyle.

598 ANTÏM0N1URES D'ÉTHYLE ET DE MÉTHYLE.

Lorsqu'on chauffe vers i5o degrés, dans des tubes scellés à la lampe, de l'iodure de méthyle et de l'antimoine, on obtient une combinaison d'iodure d'antimoine et d'iodure de stibméthylium qui, distillée sur des fragments de potasse caustique, dégage beaucoup de stibtriméthyle.

Le stibtriméthyle s'échauffe lorsqu'on le mêle avec de l'iodure de méthyle, il s'y combine immédiatement et donne une belle cristallisation d iodure de stibméthylium.

Celui-ci fournit par double décomposition un oxyde, un sulfate, un azotate, un acétate, etc.

Les combinaisons du stibméthylium ont une grande ressemblance avec les composés du potassium et du sodium. Elles sont généralement très-solubles dans l'eau , peu solubles dans l'alcool et presque insolubles dans l'éther.

Les sels de stibméthylium sont en général très-stables , et l'on peut les chauffer jusqu'à 140 degrés sans en opérer la décomposition; mais en les chauffant un peu plus, ils s'altèrent et dégagent une fumée blanche qui s'enflamme à l'air.

Les combinaisons qui ont été plus particulièrement étudiées par M. Landolt sont le stibéthyle, l'iodure , le chlorure, le bromure de stibméthylium, les sulfates et azotates d'oxyde de stibméthylium; elles sont représentées par les formules

Stibtriméthyle Sb(C5H3)3,

Sulfure de stibtriméthyle Sb(C2H3 )3S*,

Chlorure de stibtriméthyle Sb(C2H3)3ClJ,

Iodure de stibtriméthyle Sb(C3H3)3P,

Chlorure de stibméthylium Sb(CJH3)*Cl,

Bromiîre de stibméthylium Sb(C'H3)*fir,

Iodure de stibméthylium Sb(C2H*)*I,

Oxyde de stibméthvlium hydraté.. Sb(C'H3)40, HO,

Sulfate Sb!C2H3)*0, SO3,

Bisulfate Sb(C5H3VO, HO, *SO\

Azotate Sb(C'H:,)40, AzO\

§ 4534. Les combinaisons du stibtriméthyle présentent, comme on voit, les analogies les plus manifestes avec celles que nous offrent rarsentriméthylo et l'arsentriéthyle. L'étude du premier est entièrement calquée sur celle de ces derniers. Ces corps, quoique

BISMUTH- ÉTHYLE. 699

présentant une composition parallèle à celle de la triéthylphosphine et des propriétés très-voisines , en diffèrent néanmoins d'une manière notable par le caractère suivant.

La triéthylphosphine

Ph(C*H5)s

jouit de propriétés alcalines comparables à celles de son analogue la triéthylamine

C'est donc une véritable base analogue aux bases ammoniacales, et c'est pour cette raison que nous en avons placé l'étude à côté de celle des bases éthylazotées. Or par ce caractère la triéthylphosphine s'éloigne complètement des composés éthylés correspondants de l'arsenic et de l'antimoine qui en sont dépourvus. Mais d'une autre part la triéthylphosphine peut fixer O2, S2, I2, etc., à la manière des combinaisons arséniées et antimoniées correspondantes, pour rentrer dans le groupement

PhX*,

jouant ainsi le rôle d'un véritable radical. La triéthylphosphine peut donc être considérée comme le trait d'union entre les combinaisons de l'azote et celles de l'arsenic, le passage s'opérant progressivement et non par ressaut brusque comme on l'observe ordinairement.

BISMUTH-ÉTHYLE.

§ 4535. Le bismuth, qui sous beaucoup de rapports se rapproche de l'arsenic, paraît, suivant M. Dunhaupt, susceptible de former avec l'éthyle deux combinaisons définies qui n'ayant pas atteint le terme de la saturation peuvent fonctionner comme de véritables radicaux. Ces deux composés sont :

Le bismuth-éthyle Bi2 C'H*,

Le bismyth-triéthyle Bi (C4H5)3.

Le premier, en fixant X2, donne naissance à des produits de la forme

w Bi^C'H^X*

boo BlSMUTH-ETHYLfc.

qui correspondent au groupement

Bi'X\

Le second, en fixant pareillement X2, donne des produits représentés par la formule générale

K*(CJH*)aXs

qui correspondent à ia limite de saturation

BiJX\

Le bismuth-éthyle et le bismuth-méthyle présentent une instabilité trcs-considérable qu'on retrouve dans toutes leurs combinaisons. Aussi me contenterai -je de vous en signaler l'existence , sans aborder l'étude de leurs propriétés et de leurs réactions principales.

§ 1536. L histoire particulière des divers composés que je viens de passer sommairement en revue ne eonfirme-t-elle pas de la manière la plus éclatante l'hypothèse que j'émettais au début de ce chapitre, savoir : que si les corps qui fonctionnent comme radicaux nous présentent, quoique souvent très-complexes, toutes les allures des corps simples, jouant tautôt le rôle d'élément électro-négatif et tantôt celui d'élément électro-positif; cela tient d'une part à ce qu'ils possèdent assez de stabilité pour qu'on puisse les engager dans des combinaisons et les en faire ressortir sous l'influence de certaines forces, sans que l'équilibre de leur molécule se trouve détruit, et que d'une autre part les substances simples qui les constituent n'ayant pas atteint la limite de la saturation tendent à la satisfaire lorsqu'on les place dans des conditions couvenables.

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