CARBONATE D'ÉTHYLE (ÉTHER CARBONIQUE
Éq.= 1475 ou 118.
§ 4137. Cet éther, découvert par M. Ettling, s'obtient en faisant agir le potassium ou le sodium sur l'éther oxalique sous l'influence de la chaleur. Il se dégage, en môme temps que cet éther carbonique et pendant toute la durée de la distillation, de 1 oxyde de carbone. Le résidu de l'opération est de l'oxalate de potasse. Pour préparer ce produit, on. introduit l'éther oxalique dans une cornue tubulée à laquelle on adapte un récipient; on chauffe légèrement l'éther oxalique, soit à la lampe, soit au moyen de quelques charbons, puis on y projette successivement des globules de potassium ou de sodium, jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de gaz ; dès que ce terme est atteint, on chauffe plus fortement pour distiller le produit qui vient se condenser dans le récipient; on le lave à l'eau, on le fait digérer sur du chlorure de calcium, puis on le distille.
Ainsi préparé, l'éther carbonique est un liquide incolore très-
i58 ÉTHER SULFOCARBONIQUE.
poser vers i3o degrés. Il passe à la distillation de l'oxyde de carbone et de l'acide carbonique, du sulfure de carbone, du sulfocarbonate d'éthyle et du disulfocarbonate d'éthyle; le résidu, de couleur brun-jaunâtre, se compose d'un mélange de soufre avec une petite quantité d'un corps brun peu fusible, soluble dans l'alcool et Téther. En considérant ce dernier produit comme secondaire, la formation de ces différentes substances peut facilement s'expliquer au moyen des équations suivantes :
C,2H,0O4S8 = C'° H«°04S2-f- C'S* + S2, C,aH,,04S, = C,8Hl*0,S4-hCïO,4-Sl.
Une solution de sulfhydrate de sulfure de potassium l'attaque vivement, du soufre se dépose en même temps qu'on observe un dégagement tumultueux d'acide sulfhydrique, la liqueur étant soumise à l'évaporation laisse déposer des cristaux de sulfocarbovinate de potasse parfaitement pur. C'est ce qui exprime l'équation
O2 H,0O4 S84-2(KS, 11S) = z(C* W KO2 S4 ) + 2 HS 4- S2.
Lorsqu'on fait passer dans sa dissolution alcoolique un courant de gaz ammoniac, le liquide se trouble bientôt par la formation d'un dépôt de soufre; l'évaporation de la liqueur filtrée fournit deux produits bien définis, savoir : du sulfocarbovinate d'ammoniaque et de la xanthogc 'namide :
C 2 H* 0 O4 S8 4- 2 Az IP - C« H9 Az O2 S4 + Ce W \z O2 S2 + S2 .
On sépare facilement i'amide du sel ammoniacal au moyen de l'élher anhydre, qui ne dissout que le premier de ces produits.
La composition du bioxysulfocarbonate d'éthyle est représentée par la formule
ÉTHER SULFOCARBONIQUE. Éq.= i675 ou 134.
§ i140. Ce produit, qui correspond à l'éther carbonique, s'obtient en assez forte proportion par la distillation sèche du composé qui prend naissance dans l'action réciproque de l'iode «et du sulfocarbovinate de potasse. Le liquide condensé dans le récipient est soumis à de nouvelles rectifications, on ne recueille que le produit
DISULFOCARBONATE D'ÉTHYLE. i5g
qui distille entre 160 et 162 degrés. Celui-ci constitue l'éther sulfocarbonique pur.
C'est un liquide incolore, d une densité de i ,o3a à i degré. Son odeur éthérée a quelque chose d'agréable. Il réfracte fortement la lumière. Insoluble dans l'eau pure, il se dissout facilement dans l'alcool et dans l'éther.
L'acide chlorhydrique ne l'altère pas, il en est de même de l'acide sulfurique étendu. L'acide azotique concentré le détruit à chaud, il y a dégagement de vapeurs nitreuses. Ou peut le faire bouillir sur de l'oxyde de mercure calciné, sans qu'on observe la moindre altération.
Lorsqu'on l'abandonne pendant quelques heures avec une dissolution alcoolique de sulfhydrate de potasse, et qu'on refroidit à zéro, il se dépose des cristaux d'éthylsulfocarbonate de potasse, tandis que les eaux mères retiennent beaucoup de mercaptan. C'est ce qu'exprime l'équation '
, C'O4, (CWSJ'+KS, HS = C204C4H*S, KS-hC'H'S'.
La composition de ce produit est exprimée par la formule
C 0 H" 0 0* S2 = C2 O4 ( C4 H5 S Y 4 vol . vap .
DISULFOCARBONATE D'ÉTHYLE. Éq.= i875 ou i5o.
§ H41. Ce composé prend naissance dans ta réaction de l'éther chlorhydrique sur le xanthate de potasse. Il se forme pareillement dans la distillation sèche de bioxysulfocarbonate d'éthyle.
C'est un liquide d'un jaune pâle. Sa saveur est douceâtre, et son °deur a quelque chose d'éthéré. Sa densité est de i ,070 à 18 de- Srës. Il est peu combustible et bout à 200 degrés.
Insoluble dans l'eau, ce produit se dissout en toutes proportions dans l'alcool et dans l'éther.
Le potassium ne l'attaque que faiblement, même à chaud.
L'acide chlorhydrique ne l'altère pas. Un mélange d'acides azotique et sulfurique fumants l'attaque vivement, en dégageant d'abondantes vapeurs nitreuses.
Une solution alcoolique de sulfhydrate de potasse le convertit *n un mélange de xanthate de potasse et de mercaptan, ainsi que
i6o XANTHOGÉNAMIDE OU URÊTHANE SULFURÉE, l'exprime l'équation
C»«H'°02S*+ KS, HS = C8HiKO,S,+C,H,Sî.
Disuirocarhonale Xanihaie Mercaptan.
d ctbyte. de potasse.
Une dissolution aqueuse d'ammoniaque n'agit pas sur ce composé, mais lorsqu'on fait passer un courant de gaz ammoniac à travers sa dissolution alcoolique, et qu'on abandonne le mélange pendant vingt-quatre heures en vases clos, la réaction est complète; il se dégage, lorsqu'on distille, du sulfhydrate d'ammoniaque et du sulfure d'éthyle, tandis que le résidu renferme de la xanthogénamide. ,
La composition du disulfocarbonate d'éthyle est représentée par la formule
En distillant un mélange de xanthate de potasse et de sulfométhylate, on obtient une huile qui bout à 179 degrés et dont les propriétés sont entièrement comparables à celles du produit précédent. Sa composition est exprimée par la formule
C* H8 O2 S* = Ca S4, C4 H5 0, C2 H3 0.
C'est le disulfocarbonate d'éthyle et de méthyle.
XANTHOGÉNAMIDE OU URETHANE SULFURÉE.
Éq. = i3i2,5 ou io5.
§1142. Cette amide prend naissance dans l'action réciproque de l'ammoniaque et de l'éther xanthique, ou du bioxysulfocarbonate d'éthyle.
Cette substance cristallise par l'évaporation spontanée d'une dissolution alcoolique en prismes rhomboïdaux obliques, ou en octaèdres souvent très-volumineux qui fondent à 36 degrés.
La distillation sèche la décompose, il se dégage du mercaptan et des vapeurs d'acide cyanique. C'est ce qu'exprime l'équation
Ce H" AzO'S2 = C4 H6S2 + C2H AzO\
Xaulhogcnamide. Mercaptan. Ac. cyanique.
Le résidu renferme de l'acide cyanurique si l'on n'élève pas trop la température.
CYANATE D'ÉTHYLE. 161
La solution de la xanthogénamide est neutre et ne précipite pas l'azotate d'argent, l'acétate de plomb, le sulfate de cuivre, mais de forme des précipités dans les dissolutions de sublimé corrosif et de bichlorure de platine.
Les oxydes de mercure, de plomb et d'argent décomposent la xanthogénamide en produisant des sulfures; il se dégage en même temps un corps qui provoque le larmoiement à un très-haut degré, et dont l'odeur rappelle, celle de Pacroléine.
L'acide azotique attaque vivement la xanthogénamide et donne un acide particulier.
Lorsqu'on fait passer de l'acide azoteux dans de l'eau tenant en suspension de la xanthogénamide réduite en poudre, cette substance fond, et bientôt il se forme des cristaux en même temps que l'eau se colore en bleu par l'excès d'acide azoteux ; il se forme dans cette réaction un produit particulier que M. Debus, à qui 1 on doit une étude approfondie de tous ces corps, a donné le nom tioxysulfocyanatc (l'étlnïe.
i (C6H7 Az O2 S2 ) + AzO3 ^ C12 H" AzHVS2 4 HO -h S2 4- a AzO.
Xautuogéaaujide. Oxy su Ifucy anale
d'étbyle.
Le chlorure de cuivre forme avec la xanthogénamide plusieurs combinaisons bien définies.
La composition de la xanthogénamide est représentée par la
C6H'Az02S2.
CYANATÈ D'ÉTHYLE (ÉTHER CYANIQUE).
Éq.= 887,5 ou 71.
§ 4143. Ce composé s'obtient en distillant, au bain d'huile, un mélange intime de 2 parties de sulfovinate de potasse et de 1 partie de cyanate de potasse soigneusement desséchés.
À une température d'environ 180 degrés, les deux sels commencent à réagir, ils entrent en fusion en émettant des vapeurs blanches qui se dégagent tumultueusement et qu'on peut condenser dans des récipients bien refroidis.
Pour que cette opération réussisse, il est essentiel d'employer le cyanate de potasse immédiatement après sa préparation.
i6a CYANATE D'ÉTHYLE.
Quand il ne passe plus rien dans le récipient, on introduit le liquide distillé dans une cornue, puis on le rectifie en arrêtant l'opération, lorsqu'un thermomètre plongé dans le liquide indique environ 100 degrés. Le résidu de la cornue se prend en masse par le refroidissement : c'est de l'éther cyanurique. Pour avoir l'éther cyanique entièrement pur, il est nécessaire de le rectifier une seconde fois, et de ne recueillir que ce qui passe à 60 degrés.
A l'état de pureté,* c'est un liquide incolore et très-mobile. Sa densité est de 0,898. La densité de sa vapeur est égale à 2,4;5; il bout à 60 degrés. Ses vapeurs sont extrêmement irritantes; même délayées dans une grande quantité d'air, elles excitent le larmoiement à un haut degré, et déterminent une toux violente accompagnée d'un vérilable accès de suffocation.
L'ammoniaque aqueuse dissout instantanément l'éther cyanique avec dégagement de chaleur. La réaction est analogue à celle que produit cette base avec l'acide cyanique. Au lieu d'urée, c'est de i'éthylurée qui prend naissance en cette circonstance. La réaction s'explique au moyen de l'équation
C2AzO, C4H50 + AzH3 = C6H8Az202.
Éiher cyanique. Éthylurée.
Au contact de l'eau, l'éther cyanique se dédouble instantanément. Il se produit un abondant dégagement d'acide carbonique, et l'on obtient de la diéthylurée qui reste en dissolution dans le liquide. La réaction s'explique au moyen de l'équation
2 ( C H5 Az O2 ) 4- 2 HO = C 0 H1 2 Az2 O2 -h 2 COa .
Élher cyanique. Diéthylurée.
Lorsqu'on expose à la chaleur du bain-marie un mélange de volumes sensiblement égaux d'éther cyanique et d'alcool absolu renfermé dans un tube scellé à la lampe, les deux liquides ne tardent pas à réagir. Il se forme, dans ce contact, un liquide bouillant vers 175 degrés, doué d'une odeur aromatique analogue à celle de l'éther carbonique. La composition de ce produit est représentée par la formule
C,0Hl,AzO^C6jc<^ |Az04.
EtuyluréUiane.
CYANURATE D'ÉTHYLE. i63
C'est de Yéthyluréthane, qui ne diffère de l'uréthane qu'en ce que i équivalent d'hydrogène s'y trouve remplacé par i équivalent d'éthyle.
L'éther ordinaire n'agit que très-difficilement sur l'éther cyanique. Il se forme une petite quantité d'un produit représenté par la formule
C,'H,iAzOl = C6]c*Hi Az(V,
(C4Hfc)
qui serait la diéthyluréthane.
Les dissolutions alcalines exercent sur l'éther cyanique une action très-remarquable et comparable à celle que ces alcalis exercent sur l'acide cyanique; tandis qu'avec ce dernier on obtient un carbonate et de l'ammoniaque, avec l'éther cyanique on obtient un carbonate et de l'éthyliaque, composé qui ne diffère de l'ammoniaque qu'en ce que i équivalent d'hydrogène de ce composé se trouve remplacé par i équivalent de carbure d'hydrogène C4H5. C'est ce qu'expriment, du reste, les deux équations suivantes :
C2HAz0' + 2(K0, H0)-2(C02, KO) + AzIl3
Ac. cyanique. Ammoniaq.
C'H'Aztf-l-^KO, HO) = a(COJ, KO) + C4H'Az.
Êlhcr cyaolque. Éitijllaqne.
La composition de l'éther cyanique est exprimée par la formule
CIPAzO'^C'AzO, C4H&0.
CYANURATE D'ÉTHYLE (ÉTHER CYANURIQUE).
Éq. = 266a, 5 ou 21 3.
§ 4144. Nous avons vu précédemment que le résidu de la préparation de l'éther cyanique se prend, par le refroidissement, en une masse cristalline : ce produit est de l'éther cyanurique brut. En redissolvant ces cristaux dans l'alcool bouillant, et leur faisant subir plusieurs cristallisations, on obtient un produit parfaitement pur.
L'éther cyanurique se présente sous la forme de prismes inco-
164 FORMIATE D'ÉTHYLE.
lores qui sont quelquefois très -volumineux ; il fond à 95 degrés et bout à 9.53; il est parfaitement neutre. L'alcool le dissout facilement, surtout lorsqu'il est concentré. L'-ammoniaque n'exerce aucune action sur lui. Une dissolution très-concentrée de potasse le dédouble en carbonate et éthyliaque.
La composition de l'éther cyanurique est représentée par la for-
Cl8H'5Az306==C6Az,03, 30*^0.
Il existe, comme on le voit, entre l'éther cyanique et l'éther cyanurique, les mêmes relations qu'entre l'acide cyanique et l'acide cyanurique, la molécule du second étant triple de celle du premier.
FORMIATE D'ÉTHYLE (ÉTHER FORMIQUE).
Éq. = 925 ou 74.
§ 144-5. Ce composé, découvert en 1777 par Afzelius, s'obtient en distillant un mélange de 7 parties de formiate de soude deèséché, 10 parties d'acide suifurique du commerce et 9 parties d'alcool à 90 degrés. On agite avec de l'eau distillée le produit qui s'est condensé dans le récipient, puis on le rectifie sur du chlorure de calcium.
Cet éther se forme en quantité considérable dans la préparation du fulminate de mercure.
L'éther formique est un liquide incolore très-mobile, d'une odeur éthérée, douce et pénétrante. Sa densité est de 0,915 à 18 degrés; il bout à 54 degrés environ. L'eau en dissout environ le dixième de son poids; l'alcool et l'éther le dissolvent en toute proportion. Les alcalis le décomposent de même que l'éther acétique en régénérant de l'alcool et de l'acide formique.
Le chlore agit sur ce composé comme sur l'éther acétique, et donne une série de produits dérivés par substitution.
La composition de l'éther formique est exprimée par la formule
C6Hfl04 = C5HO\ C4HsO = 4 vol. vap.
Or nous verrons dans le prochain chapitre que telle est la composition de l'acétate de méthyle : ces deux corps renferment en effet les mômes éléments unis dans les mêmes proportions: ils
ACÉTATE DÉTHYLK. i65
présentent en outre le même groupement mécanique. Leur point d'ébullition se confond presque, ainsi que leur densité; néanmoins ils présentent d'énormes différences que nous révèle immédiatement Faction des alcalis, le premier se transformant sous cette influence en acide formique et alcool, tandis que le second se change en acide acétique et en esprit-de-bois. C'est là l'un des plus curieux exemples d'isomérie que nous connaissons et qui nous prouve de îa manière la plus incontestable l'influence que le groupement des molécules apporte dans les propriétés des corps.