CONSIDÉRATIONS GÉNÉRALES SUR LES ÉTHERS SIMPLES ET COMPOSÉS
§ 1154. Les chimistes étaient divisés d'opinion, il y a trente ans environ, relativement à la constitution de l'alcool. Les uns, à la tète desquels il faut placer M. Chevreul, regardant le gaz oléfiant comme le radical des combinaisons éthérées, avaient été conduits à considérer l'alcool comme un bihydrate d'hydrogène bicarboné; les autres, admettant dans ces composés, avec M. Liebig, l'existence d'un oxyde particulier correspondant à l'oxyde de po-; tassium, regardaient l'alcool comme un monohydrate de cet oxyde analogue à l'hydrate de potasse. Or l'alcool pouvant s'obtenir de toutes pièces en unissant à l'eau, soit Téther, soit le gaz oléfiant, à quelle hypothèse nous arrêterons-nous? Nous n'admettrons pas à l'égard de ce corps une de ces constitutions plutôt que l'autre, plusieurs réactions pouvant concourir à produire le même composé sans qu'il soit nécessaire de conclure que ce composé soit formé de l'union des produits qui lui ont donné naissance. Nous considérerons simplement l'alcool comme une molécule type analogue à l'eau, susceptible de fournir par son contact avec les réactifs un grand nombre de dérivés importants, de laquelle nous pouvons retirer sous l'influence de certains réactifs soit du gaz oléfiant, soit de l éther.
L'éther simple se comporte-t-il maintenant comme une véritable base? Les éthers composés doivent-ils être assimilés à de véritables sels analogues aux combinaisons formées par l'ammoniaque? C'est ce qu'on ne saurait admettre, bien que cette théorie fort séduisante ait reçu la sanction des chimistes les plus éminents» Soit que l'on considère le gaz oléfiant, comme le radical des combinaisons éthérées, soit qu'on admette dans ces derniers l'existence de l'oxyde d'éthyle, on peut formuler ces différents composés à la manière des dérivés de l'ammoniaque. En effet, supposons qu'on admette C4 H4 analogue à AzH3 ou C4H5 analogue à AzH', on a '
C*H\ HO, gaz oléfiant hydraté analogue à AzH\ HO, C'H4, HS, » AzH3, HS,
C'H\ HCI, » AzH\ HCI,
(G4 H*, HO), <?0\ » (AzH3, HO) C'0\
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(C4H5, HO), tfIFO3, gaz oléf. analogue à (AzH3, HO) C4H303, {C4H4, HOJaSO3, HO, » (AzH5, HOJaSO3, HO,
ou «
C/HsO, oxyde d'éthyle analogue à AzH40,
C4H*S, » AzH4S,
C4HSC1, » AzH4Cl,
C4HJ0, C'O3, » AzH40, C'O3,
C4H*0, C4H303, *> AzH40, C4H30\
C4H>0, aSO3, HO, » AzH40, 2SO3, HO,
Mais si telle était la constitution de ces produits, ils devraient, comme les sels ammoniacaux, obéir aux lois de la double décomposition : ce que l'expérience ne vient vérifier en aucune façon.
En effet, l'éther chlorhydrique, c'esUa-dire le correspondant du chlorhydrate d'ammoniaque ou du chlorure d'ammonium, ne précipite pas, à la manière de ce dernier, une dissolution d'azotate d'argent, et l'éther oxalique qui correspond à l'oxalate d'ammoniaque ne produit, à la manière de ce sel, aucun trouble dans les sels de chaux. On avait d'abord objecté que l'insolubilité de ces éthers dans l'eau changeait complètement les conditions de l'expérience; néanmoins, on ne saurait comprendre comment au contact des deux liquides il ne se produit aucune décomposition. Au reste, si l'on fait agir des dissolutions alcooliques d'éther chlorhydrique et d'azotate d'argent, d'éther oxalique et d'azotate de chaux, bien que le contact ait lieu cette fois dans tous les points, il ne se produit néanmoins aucune décomposition. Les éthers ne sont donc as des composés qu'on puisse comparer aux sels de la chimie
inérale.
Pour faire disparaître ces anomalies, M. Regnault propose de considérer les éthers simples comme des produits dérivés d'un carbure d'hydrogène
C4H8 = 4 vol.
par la substitution de 1 molécule de chlore, brome, iode, soufre, cyanogène, etc., à 1 molécule d'hydrogène. Les corps oxygène, chlore ou soufre, faisant partie intégrante de la molécule elle-même
CONSIDÉRATIONS SUR LES ÉTHERS. i;5
et ne constituant pas un oxyde, un chlorure ou un sulfure, ne peuvent évidemment réagir à la manière de ces derniers.
D une autre part, M. Gerhardt considère les éthers composés comme des produits analogues aux amides, ne renfermant à la manière de ces dernières, ni l'alcool ni l'acide qui ont servi à leur donner naissance, mais simplement les éléments de ces composés et susceptibles par suite de les reproduire par la simple fixation de 2 molécules d'eau, résultat qu'on réalise facilement, soit en opérant avec l'eau seule sous une forte pression, soit en faisant intervenir les acides ou les bases. Dans ces deux hypothèses on pourrait formuler la formation des éthers simples et composés de la manière suivante :
C4H«4-aCl = ClH-f-C4HsCI,
Eth«r chlorbydriqae.
C4 H40* -h C4He02 = *HO 4- Cs H80\
Élher acétique.
Cette manière de voir qui ne préjuge rien relativement à la constitution intime de l'alcool et de ses analogues permet d'expliquer très-facilement la formation des éthers ainsi que celle des produits qui naissent du contact des réactifs. Ainsi l'on a
C"»H"0*4-C4H602 = 2H0 + COT+4H^0*-% C^Hw+4Ox-2-f-KO, HO = CWIH',-,Ox-^ K0+C4H602, Cm+4H"+40* 2-h AzH3= C'H'-'O*-2, ÀzH2-+-C4H«02.
i70 ESPRITDE-BOIS, OU ALCOOL MÉTHYLIQUE.