C8H408=C'H?06, 2 HO
ACIDE PARÀMALÉIQUE.
§ 1325. Ce produit, qui prend naissance toutes les fois que l'acîde malique est soumis à l'action d'une température qui ne dépasse pas i5o degrés, se rencontre fréquemment dans le règn végétal. On en a signalé l'existence dans le lichen d'Islande, dans la fumeterre et dans diverses variétés de champignons. Nous ne décrirons pas ici les méthodes qui servent à l'extraire de ces différents végétaux; nous nous contenterons d'exposer sommairement ses principales propriétés.
A l'état de pureté, cet acide cristallise en prismes larges, déliés, sillonnés par des stries. Soumis à l'action de la chaleur, ses cristaux fondent difficilement et ne se volatilisent qu'à une température supérieure à 200 degrés, en se changeant en eau et en acide maiéique anhydre. Cet acide se distingue de son isomère, l'acide maiéique, par sa faible solubilité dans l'eau; il exige, en effet, au moins 200 fois son poids d'eau pour se dissoudre; il forme dans la dissolution d'acétate de plomb un précipité qui ne cristallise pas comme le maléate. Mais de tous les caractères qui servent à distinguer l'acide paramaléique de l'acide maiéique, le plus sensible est, sans contredit, celui qu'il présente avec l'azotate d'argent. Cet acide forme, en effet, avec l'oxyde d'argent, un précipité tout aussi insoluble que le chlorure; l'acide maiéique ne présente rien de semblable.
La composition de l'acide paramaléique est exprimée, par la formule
C'H4Cr\
Les acides fiunarique et bolétique, extraits de ïa fumeterre et des champignons, présentent l'identité la plus complète avec l'acide paramaléique.
)gle
De même que l'acide malique se change, sous l'influence de la chaleur, en acide maléique ou en acide paramaléique, de même certains malates peuvent se transformer en maléates ou paramaléates, sous l'influence dune température convenablement ménagée.
§ 1326. Le dépôt cristallin qui se forme dans les vins et qu'on désigne sous le nom de tartre, renferme en combinaison avec la potasse un acide particulier auquel on donne le nom d'aride tartrique. Cet acide, très-répandu dans le règne végétal, se rencontre, soit libre, soit en combinaison avec la chaux,. dans les tamarins, les baies de sorbier non mures, les topinambours, les mures, les cornichons, etc. C'est principalement de la crème de tartre ou tartre purifié qu'on le retire à l'aide d'une méthode fort simple. A cet effet, on verse par petites portions, dans une dissolution bouillante de crème de tartre, de la craie réduite en poudre fine. On obtient de la sorte un tartrate de chaux insoluble et un tartrate neutre de potasse soluble. On jette le tout sur un filtre, puis on verse dans la liqueur filtrée une dissolution d'un sel de chaux, de chlorure de calcium par exemple; on donne ainsi naissance à une nouvelle quantité de tartrate de chaux qu'on ajoute à la précédente. Le précipité calcaire, ayant été lavé pendant un temps suffisant, est traité par une dose convenable d'acide sulfurique : on obtient de la sorte du sulfate de chaux peu soluble et de l'acide tartrique qui l'est beaucoup ; la liqueur séparée du dépôt, étant concentrée, puis abandonnée dans une étuve, laisse bientôt déposer des cristaux d'acide tartrique. La présence d'un léger excès d'acide sulfurique favorise la cristallisation.
§ 1327. Ainsi préparé, l'acide tartrique cristallise en prismes incolores, d'une densité de. i ,75. Les cristaux ne s'altèrent point à l'air et sont anhydres. Très-solubles dans l'eau et dans l'alcool, ils sont complètement insolubles dans l'éther.
La^solution d'acide tartrique dévie à droite le plan de polarisation. Cette solution précipite en blanc les eaux de chaux, de baryte et de strontiane, ainsi que l'acétate de plomb; mais elle ne produit aucun trouble dans les dissolutions de chlorures de barium, de strontium et de calcium. Versé en excès dans la, dissolution
36o ACIDE TARTRIQUE.
d un sel de potasse, la solution d'acide tartrique occasionne un précipité grenu, cristallin, qui se forme surtout par l'agitation; on met à profit cette propriété dans l'analyse chimique pour distinguer la potasse de la soude. •
Soumis à l'action de la chaleur, l'acide tartrique fond vers 180 degrés et se transforme en un produit isomère, l'acide mélatartrique. En continuant l'action de la chaleur, l'acide tartrique perd graduellement de l'eau et se transforme en de nouveaux produits dont la capacité de saturation serait, suivant M. Fremy, différente de celle de l'acide tartrique. En chauffant encore un peu plus, l'acide tartrique perd * molécules d'eau se transformant en acide tartrique anhydre. Enfin, sous l'influence d'une température plus élevée, l'acide tartrique" éprouve une allération profonde et se change en deux nouveaux acides de composition plus simple, l'acide pyrotartrique et l'acide pyruvique, en perdant tout à la fois de l'acide carbonique et de l'eau,
Calciné au contact de l'air, il se boursoufle, s'enflamme et brûle en répandant une odeur qui rappelle celle du caramel. Sous l'influence de corps oxydants, tels que l'oxyde puce de plomb, l'acide chromique, un mélange d'acide sulfurique et de bichromate de potasse ou d'acide sulfurique et de peroxyde de manganèse, l'acide tartrique donne une quantité notable d'acide forinique.
L'hydrate de potasse, à la température de 200 degrés, convertit l'acide tartrique en un mélange d'acétate et d'oxalate de potasse, résultat facile à comprendre au moyen de l'équation
CBHl01% 2HO==C4Ht04-f-C4H208.
L'acide azotique fumant transform.» par l'ébullition l'acide tartrique en acide nitrotartrique; prolonge-t-on l'action, on obtient un mélnnie d'acide oxalique et d'un autre acide qui ressemble beaucoup à l acide malique.
La composition de l'acide tartrique libre est exprimée par la
formule .
§ 1328. L'acide tartrique est un acide bibasique qui peut échanger pou 1 de ses équivalents d'eau contre 1 ou 1 équivalents de base métallique. L'acide tartrique peut donc former avec les
ACIDE TAKTH1QUE. 36i
bases deux genres de sels qui sont représentés par les formules suivantes:
C8H40,a, (MO, HO), C8H4010, 2 MO.
On donne aux premiers le n€m de tardâtes acides ou bitartraies; on désigne les seconds sous le nom de tartrates neutres. Nous n'entrerons pas ici dans l'étude de ces différents sels, nous n'examinerons que les combinaisons formées par l'acide tartriquo avec la potasse.
Le tartrate neutre se prépare en saturant le sel acide par du carbonate de potasse; il cristallise difficilement.
11 se présente sous la forme de prismes courts dont les faces ont peu d'éclat. Très-soluble dans l'eau, il l'est extrêmement peu dans l'alcool, même bouillant. Les cristaux sont hémièdres.
Le bitartrate de potasse se dépose souvent dans les vins à l'état de croûtes dures et épaisses qui constituent le tartre brut. En le soumettant à de nouvelles cristallisations, on l'obtient totalement incolore; il constitue alors la crème de tartre. Il se dissout dans •ifa parties d'eau à 10 degrés et dans i5 parties seulement d'eau bouillante. Il est insoluble dans l'alcool et se dissout facilement d. ns les acides minéraux concentrés. Ses cristaux sont hémièdres.
Le bitartrate de potasse dissout une grande quantité d'oxyde d'antimoine; la dissolution abandonne par Févaporation des cristaux octaédriques (ïernétique.
Soumis à la calcination, le bitartrate de potasse dégage une vapeur acide et piquante, et laisse un résidu de carbonate de potasse et de charbon, que les anciens chimistes désignaient sous le nom de flux noir. Le bitartrate de potasse est fréquemment employé par les teinturiers pour le mordançage des laines.
§ 1329. L'acide tartrique et ses sels forment des cristaux hémièdres qui agissent énergiquement sur la lumière polarisée. On connaît, relativement à cette action sur le plan de polarisation, deux modifications particulières qui diffèrent par le caractère héiniédrique et le sens du pouvoir rotatoire; M. Pasteur, à qui l'on doit ces curieuses observations, les désigne sous les noms d'acide tartrique droity et $ acide tartrique gauche.
Ces deux modifications présentent entre elles les ressemblances m. 3i
3fo ACIDE TAttTIUQUB.
les plus considérables : mômes apparences, môme solubilité, même densité, identité de formes cristallines dans toutes leurs parties respectives : seulement celles-ci ne sont pas superposables, la forme cristalline de l'un étant la formé symétrique dé l'autre. L'uno dévie le plan de polarisation à droite, tandis que l'autre le dévie à gauche de la môme quantité.
Ces deux acides, entièrement identiques en ce qui touche l'hémiédrie et le pouvoir rotatoire, lorsqu'ils sont unis à des combinaisons inactives sur la lumière polarisée, cessent de l'être en présence de substances ayant une action quelconque sur le plan de polarisation. Les combinaisons correspondantes n'ont plus alors ni la même composition, ni la môme solubilité, de plus elles se comportent d'une manière toute différente sous l'influence de températures élevées.
Lorsqu'on sature des poids égaux d'acide paratartrique par de la soude et de l'ammoniaque, et qu'on mêle les liqueurs neutres, on obtient par l'évaporation un très-beau sel qui souvent acquiert des proportions assez considérables. En examinant attentivement les cristaux qui se déposent, on reconnaît qu'ils sont- de deux sortes : les uns hémièdres à gauche, les autres hémièdres à droite, et exactement en même poids. La solution des cristaux hémièdres à droite dévie à droite le plan de polarisation, et les cristaux hémièdres à gauche le dévient dans le sens inverse exactement delà môme quantité.
Pour séparer ces cristaux, il faut examiner successivement chacun d'eux et mettre ensemble tous ceux dont les facettes hémiédriques présentent la môme orientation.
Pour extraire de chacun de ces sels l'acide correspondant, on traite leur solution par de l'azotate de plomb. Le précipité, d'abord gélatineux, ne tarde pas à devenir cristallin, surtout à chaud.
Si l'on traite ensuite ces sels de plomb par de l'acide sulfurique faible à une douce température, on obtient les acides droit et gauche sous la forme de cristaux limpides, volumineux et d'une très-grande netteté. Examinés superficiellement, ces deux acides paraissent identiques. Angles des faces, aspect physique, solubilité, poids spécifique, composition, tout se ressemble : ils ne diffèrent en réalité qu'en ce que la forme cristalline de l'un est la forme symétrique de l'autre. ' f
ACIDE PYROTARTRIQUE. 363