‹ Traité de chimie générale élementaire léçons professées à l'Ecole Centrale des Arts et ManufacturesChapitre 109 sur 128 · ESSENCE D'ANIS · texte numérisé non relu

ESSENCE D'ANIS

§ 1464. Cette huile, qu'on Extrait des semences d'anis (Pimpi^ neUa tmisitm), se rencontre dans le commerce sous la forme d'une

masse l'oncrète, formée de lamelles cristallines, lorsque la tempénitme est inférieure à i8 degrés; au-dessus de ce terme elle affecte l'état liquide.

La purification de ce produit est d'une extrême simplicité; il suffit en effet de le presser entre des doubles de papier josepht jusqu*à ce que ce dernier cesse d'être taché, après quoi Tessence est reprise par de Talcool à o,85, qui la dissout. En lui faisant subir deux ou trois cristallisations dans ce véhicule, on obtient une substance parfaitement pule, qui possède les caractères suivants :

Elle se présente sou^ la forme de lamelles blanches, douées de beaucoup d'éclat; sa pesanteur spécifique est presque égale à celle de l'eau ; elle possède une odeur d'anis plus faible et plus suave que l'huile brute.

Elle est très-friable, surtout , vers o . degré, et à des températures inférieures; elle fond i i8 degrés, et bout régulièrement à 'XTJL degrés, température à laquelle elle se volatilise en entier en n'éprouvant qu'une altération insensible. Sa vapeur présente une anomalie toute semblable à celle que m'ont offerte les acides du groupe formique.

Exposée pendant irès-longtemps au contact de .l'oxygène; ou de l'air sec ou humide, cette huile n'éprouve pas d'altération tant qu'elle affecte l'état solide; mais lorsqu'on la maintient à l'état liquide, elle s'altère graduellement et finit par perdre la propri(^(é de cristalliser. En prolongeant l'expérience pendant deux années, M. Théodore de Saussure a démontré qu'elle fmit \mr se résiniiier.

ESSENCE D'ANIS. 5i3

Le chlore et le brome réagissent avec énergie sur cette substance, et donnent naissance à des produits qui dérivent de l'essence par substitution. Ceux que fournit le brome sont cristallisables.

Lorsqu'on agite cette essence avec de petites quantités d'acide sulfurlque à 66 degrés, elle s'échauffe beaucoup en se colorant en

roulée; l'addition do l'eau décolore le produit en séparant une matière résinoïdo à hu[iu'lh> j'ai donné le nom d'nnisoïne et qui possède la môme composition quo l essence. L'acide phosphorique, le protochlorure d'antimoine et le bichlorure d'étain se comportent de la même manière.

§ 1465. L'acide nitrique, en réagissant sur Teasence d'anis con- , crête, fournit, suivant son degré do concentration, des produits variables par leur nature, leur composition et leurs pro[)riétés.

Lorsqu'on emploie de l'acide nitrique fumant, ou môme un acide d'une concentration supérieure à 36deii;rés, il en résulte toujours une action des plus vives; élève-t-on un peu la température du mélange, il se dégage d'abondantes vapeurs rutilantes, et Ton obtient, mais pas toujours, quoiqu'on s*assujettlssant à ces conditions, une substance jaune résinoïde, qui parattdériver de l'essence normale par une substitution de vapeur nitreuse à l'hydrogène. Si,, au lieu d'employer de l'acide nitrique concentré, comme le précédent, on fait usage d'acide à 34 ou 36 degrés, il en résulte encore une action très-vive : l essence se transforme bientôt en une substance huileuse rougeàtre, beaucoup plus posante que l'eau; par l'action prolongée de 1 acide nitrique, toute la matière huileuse disparaît, et si à cette époque on verse de l'eau sur la liqueur acide, il se dépose bientôt des flocons jaunes abondants, qui constituent un nouvel acide azoté, dont nous parlerons tout à l'heure.

IvOrsqu'on fait usage d'acide nitricpie d'une densité do 23 à 9,4 degrés, il en résulte une action beauc()U[> moins vive que dans les ^eux cas précédents. Dans cette réaction il se forme deux produits; un liquide rougeàtre pesant, dont nous avons parlé plus haut, et un nouvel acide exempt d'azote, cristallisable en longues et belles aiguilles, volatil sans décomposition et qui se plate naturellement, par l'ensemble de ses caractères, à côté des acides benzoïque, cinnamique, salicylique..

6i4 £SS£NCE D AMS.

Enfin, lorsqu'on emploie de l'acide nitrique encore plus làîble que le précédent, l'huile rouge pesante devient le produit principal. Si on lave cette huile à plusieurs reprises avec de Teau

distillée, afin de la priver de la majeure partie de l'acide nitrique qu elle retient assez opiniâtrement, puis qu'un la soumette à une distillation ménagée, on obtient pour résidu, dans le vase distillatoire, une faible quantité d*une matière charbonneuse; le produit condensé dans le récipient contient deux substances distinctes : l'une, solide et cristallisable, présente exactement la composition de l'acidç anisique dont elle possède, en outre, toutes les propriétés; l'autre, liquide, de couleur rougeâtre, pesante et assez fluide, n'en diffère que par une u.oindr ^ pro{>ortion d'oxygène. La séparation de ces produits est facile à effectuer au moyen d'une lessive faible de potasse qui ne dissout que l'acide anisique à froid et laisse Thuile intacte. Cette dernière, lavée à plusieurs reprises à l'eau pure, puis soumise à deux ou trois rectifications ménagées, est enfin traitée par une dissolution de bisulfite de soude qui donne un produit cristallili. Ce dernier, purifié par plusieurs cristallisations dans l'alcool, est ensuite dissous dans l'eau, la dissolution soumise à la distillation se décompose en mettant en liberté de Thydrure d'anisyle parfaitement pur. Par sa composition et ses proprié: és, cette huile présente tous les caractères d'une aldéhyde; c'est pour cette raison que je l'ai désignée sous le nom ^hydrwre d*anisyle ou ^'aldéhyde anisique; son histoire est entièrement calquée sur celle de l'aldéhyde benzoYquè.

La formation de l'hydrure d'anisyle par l'oxydaUon de l'eseeiice d'anis est toujours accompagnée de celle de l'acide oxalique; c'est ce qu'exprime l'équation

Page 1