ACIOE TANNIQUE, OU TANNIN
galle, le café, le cachou, les quinquinas, dans Técoroe de chêne, de sapin, de poirier et de ponunier, dans Tarbousier^ la tormentille, etc.; nous ne nous occuperons ici que du tannin extrait de
la noix de galle, et, pour le distinguer des autres variétés, nous le désignerons sons le nom ^'acide oraUolanni(jue,
Nous no décrirons piis ici les diverses méthodes employées pour la préparation de l'acide gallotannique, nous nous contenterons de faire connaître le procédé fort simple décrit par M. Pelouze, qui consiste à traiter la noix de galle dans l'appareil de déplacement ima'^
giné par M. Robiquet. Celui-ci se compose d'une allonge en verre [fg, a65 ), munie d*un bouchon à sa partie supérieure, et qui par sa partie inférieure re[)ose sur une carafe ordinaire. On introduit dans cette allonge de la noix de galle réduite en poudre grossière, et pour que celle-ci ne puisse pas s'écouler par ia douille de l'isntonnoir, on y dispose une mèche de coton. On verse sur la noix de galle de l'éther ^ saturé d'eau : celle-ci dissout le tannin,
\ tandis que l'éthor. qui jouit d une ten-
sion assez conâiiiérable à la température ordinaire, presse sur ce liquide et accélère la filtration. L'éther et la dissolution sirupeuse de tannin toinbent goutte à goutte dans la carafe et se séparent bientôt en deux couches distinctes: l'une, très-flaide et éthérée, occupe la partie supérieure; l'autre, pesante, visqueuse, et de couleur brune, occupe le fond du vase : c'est une dissolution saturée de tannin. On évapore cette dernière dans le vide ou dans une étuve; on obtient alors un résidu spongieux, très-brillant, amorphe, présentant une teinte légèrement jaunâtre : c'est du tannin parfaitement pur, dont la saveur, franchement astringente, est d^urvue d'amerlume; loo parties de noix de galle donnent, par cette méthode, jusqu'à 4o pour ICO de tannin.
A l état de pureté, l'acide tannique de la noix de galle se présente sous ia forme d'une matière amorphe, incolore, brillante et
ACIDE lA.N.NiyUJc;, OU TAxNNiN. 383
dépourvue d'odeur. Il est très-soluble dans l'eau et dans l'alcool; sa solution rougit le tournesol.
La dissolution d'acide gallotanniqne se conserve sans altération à l'abri de l'air. Au contact de ce fluide, il se colore promptemont.
Chautfé au bain d'huile, à la température de 21;') degrés, ce composé se transforme en acide carbonique et en un produit cristallisé en longues aiguilles blanches qu'on désigne sous le nom ^ acide pyrogallique ; on obtient un résidu brun foncé.
L'acide gallotannique forme dans les sels de peroxyde de fer un précipité bleu>noiràtre qu'on emploie dans la composition de Tencre et qui sert de base- aux teintures en noir. Versé dans une dissolution d'albumine ou de colle animale, il produit un ubondant précipité floconneux: on l'emploie, pour cotte raison, dans la clarification de certains liquides. Fait-on dij^erer une peau animale dans une dissolution de tannin, cet acide est absorbé rapidement en formant avec cette dernière une combinaison imputrescible. C'est donc ce produit qui sert de base au tannage drâ peaux.
Suivant Berzelius» les acides minéraux énergiques forment avec l'acide tannique des combinaisons fort solnbles dans l'eau.
L'acide sulfurique concentré dissout à froid l acide gallotannique en prenant une coloration jaune. Si l'on chautTe la liqueur, elle devient pourpre et finalement noire, en dégageant de l'acide sulfureux. L'acide sulfurique étendu d'eau le convertit à rébullilion en acide galiiqve et glucose;. cette réaction s'explique au moyen de l'équation
C"H" 0'*4- 8110 =: 3 C'MrO'*'-!- C'=ir'0''.
Aoido Aeide GIucom.
fallolaiinlqiie. galllque.
La composition de l'acide tannique est exprimée par la formule
§ 1353. On rencontre dans le bois jaune un acide analogue au tannin, et de plus homologue de ce dernier, dont la compo^tton
est exprimée par la formule
Celui<i se dédouble, sous l'influence de Tacide sulfurique étendu
384 ACIDË GALLIQUË. '
et bouillant, en un nouvel acide et en glucose, à ]i manière du tannin. Cette réaction s'explique fadlement à l'aide de Téquation
CfH»0»*, 8H0 = 3(C"H*0'')4-C"H'«0".
Atlde Acide Glooote.
moriiaAoiqae. morlniqie.
ACIDE GALLlQUE.
% 1354. Ce composé se prépare sojt au moymi du tannin, soit à l'aide de la noix de. galle. H suffit pour celà de préparer une
infusion de celte substance qu'on fait fermenter à une température de 20 à 3o degrés. Si l'on prolonge l'expérience pendant plusieurs moi^, le tannin disparaît complètement, et l'on voit la matière se recouvrir de petits cristaux blanchâtres d'acide gallique. Pour Ton retirer, on laisse dessécher la matière, puis on la reprend par de l'alcool bouillant, qui ne dissout que Tacide gallique et l'abandonne par le refroidissement. Si l'on remplace la noix de galle par un extrait de cette substance, la transFortnation se fait de même, mais d'une manière beaucoup plus lente. Il paraîtrait, d'après cela, qu'il existe dans la noix de galle un ferment particulier capable de produire celte transformation du tannin. L'action des acides sulfurique et chlorhydrique sur le tannin permet d'obtenir très-promptement de grandes quantités d'acide gallique. Si l'on introduit, en effet, du tannin dans de Tacide sulfurique moyennement étendu et bouillant tant qu'il peut s'en dissoudre, il se dépose bientôt, par le refroidissement, des cristaux colorés d'acide gallique. Après les avoir débarrassés d'acide sulfurique par plusieurs cristallisations, on les fait dissoudre dans do l'eau bouillante, et l'on précipite la dissolution par l'acétate de plomb. On lave le précipité, puis on le met en suspension dans de l'eau bouillante à travers laquelle on dirige un excès d'acide sulfbydrique. Lorsque tout le plomb est précipité, on jette la liqueur sur un 6Itre; l'acide gallique se sépare, par le refroidissement, sooe la forme de cristaux incolores.
L'acide gallique parfaitement pur cristallisé soit en longues aiguilles, soit en prismes rhomboïdaux obliijues. Ces cristaux sont inodores; ils possèdent une saveur astringente et faiblement acide;
AC1D£ PïKUGALLiQU£. 385
ils se dissolvent dans loo parties d'eau froide et dans 3 parties seulement d'eau bouillante.
Chauffé entre 210 et 11 5 degrés, l'acide gallique se dédouble en acide carbonique et acide pyrogallique, ainsi que l'exprime r équation
Porté brusquement à la température de tt5o degrés, Tacide ga!lique laisse dégager de l'acide carbonique et do Peau, tandis (ju il reste une matière noire d'apparence charbonneuse, douée de propriétés acides, à laquelle on donne le nom d'acide métagalUque.
A Tabri de l'air, la dissolution d'acide gallique se conserve sans altération. Sous Tinfluence de l'oxygène, elle s'altère et se colore rapidement en brun. Cette altération devient plus rapide encore lorsqu'on fait intervenir une sul)stance alcaline. *
Chauffé doucement avec de l'acide sulfuHque concentré, l'acide gallique perd les éléments de 2 équivalents d'eau et donne un acide particulier qu'on dési^^ne sous le nom druide rujin gallique.
Cette ti^rnsformation s'exprime au moyen de l'équation
C'*H«0«=C'*H*(y4-aH0.
Cet acide forme des grains cristallins d'un brun de kermès, presque insolubles dans l'eau.
La composition de l'acide gallique est exprimée par la formule
C'est un acide tribasique.
n existe entre l'acide gallique et l'acide salicylique des relations analogues à celles qu*on observe entre l'acide succinique et
l'acide tartrique, et peut-iHre par\iendra-t-on prochainement à passer de l'un à l'autre par des procédés identiques à ceux que nous a\ uns indii[ués pour opérer la conversion de l'acide succmique en acide lartrique, et réciproquement.
ACIDE PYROGAULIQUE.
§ 1355. Cette substance, observée pour la première fois par Scheele, s'obtient en distillant l'acide izallique au bain d'huile, à une température qui ne doit pas dé[)asser 220 dei^rés. L'acide pyrogallique se sublime alors en cristaux dans le col de la cornue, m. 33
386 ACIDK PYROGALLIQUE/
On peut obtenir ce pro(]iiit diino manière plus économique, en soumettant à la (iistiUation l'eitrait de noix de galle, ou mieux en ohauffiint oe dernier dans, une terrine au bain de sable, ainsi qu'on le fait pour la préparation de Tacide benzoïqoe au moyen de la résine benjoin.
A l'état (le pureté, l'acide p\ rogallHnic se présente sous la forme de idinelles allongées, d'un blanc éclatant, trea-solubles dans l'eau, moins solubles dans l'alcool et l'éther.
Il entre en fusion vers 1 15 degrés et en ébullition à ato degrés. A aSo degrés, il se dédouble en eau et en acide métagallique. A rétat sec, l'acide pyrogallique ne s'altère point an contact.de l'air. Sa dissolution s'y décompose promptement au contraire. Cette transformation est surtout rapide en présence des alcalis; c'est en se fondant sur cette propriété que M. Liebig a proposé l'acide pyrogallique pour faire l'analyse de l'air. Il |>arait se former dans ces circonstances du carbonate et de racetale.
Lorsqu'on verse une dissolution d'acide pyrogallique goutte à goutté dans un lait de chaux, la liqueur prend, bientôt une belle coloration rouge qui passe rapidement au brun foncé. Cette réaction nette et tout à fait caractéristique permet de déceler des traces d'acide pyrogallique.
Une dissolut iuii d'un sel de protoxyde de fer, versé dans la ilissolution d'acide pyrogallique, produit une coloration indigo foncé, sans (ju'il se sépare le moindre préi ipité. Si le sel de protoxyde contient des traces de sel de sesquioxyde, la liqueur se colore en vert foncé.
La composition de l'acide pyrogallique est exprimée par la formule
§ 11 existe dans le règne végétal une foule de produits analogues à ceux dont nous venons de tracer* l'histoire, mais dont l'élude, entièrement calquée sur celle de ces composés, nous entraînerait trop loin sans qu'il en résultât pour vous ' le moindreavantage.