‹ Traité de chimie générale élementaire léçons professées à l'Ecole Centrale des Arts et ManufacturesChapitre 91 sur 128 · ALCALIS DES SOLANÉES · texte numérisé non relu

ALCALIS DES SOLANÉES

NioorniB; Éq. = 2oa5,o ou i6a.

§ 1390. Nous n en examinerons qu'un seul, mais avec quelques détails, en raison de son importance, c'est la nicotine. Nous ne reviendrons pas sur son mode de préparation, que nous avons décrit plus haut d'une manière suflBsamment étendue, § 1383;

43o -ALCALIS DES SOLANÉHS.

nous indiquerons seulement ici, sous formo de tableau, d aprèsle travail important de M. Schlœsing, les proportions de nicotine Tônienues dans led différents tabacs de France et d'Amérique.

Nlcoilne poar 100 partie* , SlooM des tabacs de libac ter.- •

Lot »• 7, 96

Lot-et-Garonne 7,34

' " • Nord : 6,58

lile-et-Vilaine. 6,29 • »

Paa-do-Ca1ai8..,«.^.«*ik«... 4,94

Alsace». 3,21

Virginie 6,87

Kentucky 6,09

Maryland '2/29

' Havane moins de a, 00

• Il résulte de i'inspeclion des nombres contenus dans ce tableau que les tabacs corsés employés à la fabrication de la poudre, telis tpie le Lot, le Lot et-Garonne et le Virginie, sont c^iix qui nnferment le plus de nicotine, tandis que le& tabacs légers, tels que le Maryland, qui sont employés comme tabacs à fumer, contiennent comparativement une proportion beaucoup moindre de cettf» substance. C'est à la présence de la nicotine que le tabac à priser doit sa force et son montant aux sels ammoniacaux. « § 1391. A l'état (le pureté et au moment où elle vient d'être 'préparée, la nicotine est un liquide incolore et qui demeure tel, tant qu'on le conserve dans des tubes bouchés; mais au contact de l'air elle prend bientôt une teinte ambrée qui finit par devenir d*un brun f<ûicé. Son odeur est àcre et sa saveur brûlante'; ses vapeurs sont tellement irritantes, qu'on a peine à respirer dans une pièce où l'on en a vaporisé quelques gouttes. Sa densité est de 1,024 ; la densité de sa vapeur est de 6,607. C'est une substance excessivement vénéneuse et qu'on ne peut guère comparer, sous ce rapport, qu'à l'acide cyanhydrique.

Elle est très-soluble dans l'eau froide; la solution se trouble quand on la porte à Tébullition. £lle se dissout tràs*bien dan» Talcool, réther et les bulles grasses. Elle est fort hygrométrique; «elle bout à 25d degrés, en s'altéràni légèrement. Sa vapepr brûle

ÂLCAUS DES OMBËLLIFÈRËS. 43i

aVeé une flamme blanche, fuligineuse, à la manière des huilée, esaentiéllee*

La nicotine dissout à chaud le soufre et ne dissout pas le phos-, phore.

La solution aqueuse de nicotine est fortement alcaline; elle, précipite en blanc le sublimé corrosif, l'acétate de plomb, le pro-, lochlorure et le bicblorure d'étain, les sels de zinc.

Avec le sulfate de manganèse elle donne également un précipité blanc qui ne tarde pas à brunir au contact de Tair; elle précipite en jaune-serin le bichlorure de mercure et en bleu Tacé-ta te de cuivre. €e dernier précipité se dissout dans un excès do nicotine en formant une liqueur bleue analogue à celle que produit l'ammoniaque.

La nicotine détermine dans la solution du chlorure d'or un précipité jaune-rougeàtro très-soluble dans un excès de réactif.

Une infusion de tannin précipite abondadunent cette basa en blanc'. / ■

Les addes se oond>inent directement avec la nicotine, avec dé-, gagement de chaleur. Ces sels sont généralement déliquescents et, par suite, cristallisent avec difficulté. Le chlore, le brome et l'iode l'attaquent énergiquement en donnant naissance à des produits cristallisables dont la com[)Osition n'est pas connue. ;

La composition de la nicotine est représentée par la formule

C»H'*A2»=4 voLvap. > Cet alcali parait appartenir à la classe des diamines.

ALCALIS DES OMBELLIFÊRES. C0N1.NB. Éq. = i502,5 ou laS.

§ 1392. Nous n examincrons également qu'un tcul do ces alcalis^ c'est celui qu'on trouve dans la ciguë [Conium maïuUuum). 0» le rencontre dans toutes les parties du végétal, mais plus particu-* Hècement dans les fruits avant leur entière maturité- La conine s'obtient en distillant avec une solution de potasse les fruits de la ciguë préalablement écrasés, jusqu'à ce quil ne se dégage plus de vapeurs alcalines. Le produit de la dislillalion ren- J'erme, outre la conine, une huile neutre cl de Tamuioniaque. Un

43a ALCALIS DES OMBËLLIFÈRËS.

sature le produit de la condenflation par l'acide sulfarique dilué, on enlève Thuile neutre, m évapore à aec à raide d*one douce chaleur, et Ton reprend le réeidu par ralcool froid qui ne dissout

que le sulfate de conine; on décompose enfin ce sel par la potasse qui met la conine en liberté. On purifie cette dernière soit par la distillation, soit en la traitant par l'éther; cette matière s'altère rapidement et ne peut être conservée que dans des tubes ou des flacons parfaitement bouchés.

La conine est un liquide incolore, d'apparence oléagineuse, plus, léger que l'eau; sa densité est de 0,89. Son odeur pénétrante est fort désagréable; elle bout vers 170 degrés, s'altère rapidement à Fair en produisant unè substance résineuse et de Taeide butyrique.

De même que la nicotine, elle se dissout en plus forte proportion dans Teau froide que dans l'eau chaude ; l'alcool, Téther, les huiles grasses et volatiles la dissolvent en toute proportion.

Elle se combine avec les acides et forme des sels qui cristallisent avec beaucoup de difficulté. Ceux-ci s*altèrent promptement à Tair à la manière de la base libre. Le gaz chlorfaydrique sec communique à la conine une coloration pourpre qui passe graduellement à l'indigo foncé.

Sous l'influence de corps oxydants, tels que Tacide azotique ou bien un mélange d'acide sulfurique et de bichromate de potasse, la conine est attaquée très-énergiquement ; il se produit dans toutes ces réactions une certaine (piantité d'acide butyrique.

La composition de la conine est exprimée par laiprmule

C"'H''Az = 4vol.vap.

§ 4393. En soumettant à la distillation sèche des matières azotées soit seules, soit mélangées avec des alcalis caustiques (potasse ou soude), on obtient des liquides volatils doués de propriétés basiques tres-manifestes, et dont il est impossible de méconnaitre les analogies avec les alcalis volatils élaborés par les végétaux.

La première substance basique produite artificiellement. Tune de eellesquifixerontleplusparticulièrementnotreattention,enceqQ'on peut la considérer comme un véritable type, est l'aniline, obtenue par M. Fritsche, en soumettant à la distillation sèche un mélange

ALCALIS DES OMBËLLIFÈUËS. 433

d*hydrate de potasse solide et dlndigo. Celte découverte fttt bientôt suivie de celle de la quinoléine, que de son côté M. Gerhardt obtint en distillant avec de la potasse caustique la quinine, la

cinchonine et la strychnine, et que M. Hofmann retrouva plus tard au nombre des bases existantes dans les produits de la distillation du goudron de houille. La distillation de la pipérino m'a fourni pareillement une base douée de propriétés alcalines trèâprononcées, mais qu*on ne saurait rattacher par sa composition à la matière primitive.

La production d'alcalis artificiels, obtenus par Vaction réciproque ' de la potasse et de certains produits azotés, tout en prouvantr qu'on peut engendrer par des procédés en dehors de ceux dont dispose la nature des composés analoj^ues à ceux que les végétaux sont susceptibles d'élaborer sous l'influence dé la force vitale, ne nous permettait cependant de nous rendre aucun compte de la constitu- ' lion de ces produits, lorsque les expériences de Laurent et de Zinin vinrent élucider la question.

Le premier observa qu'en chauffent dans un tube scellé à la lampe un mélange d'ammoniaque et d'hydrate de phényle, ces deux corps engendraient par leur action mutuelle de l'eau, plus une substance basique, présentant l'identité la plus com{)!ète avec l'aniline de Fritsche. La formation de Taniline, dans une circonstance analogue à celle où se produisent les amides, conduisit donc Laurent à l'envisager comme appartenant à cette classe de produits. En effet, on aurait

CnPO, llO+AzU^=C'=il\ AzlP-haHO.

Hydrate de phényto. Aniline.

Le mode do production de l'aniline imaginé presque à la môme époque par Zinin vint confirmer pleinement cette manière de voir. Lorsqu'on traite la benzine par de l'acide nitrique fumant, il se produit, comme nous le verrons bientôt, une huile pesante, douée

d'une forte odeur d'amandes amères, à laquelle on donne le nom de nitrohcnzi/tCy et tpii n'en ditïère qu'en ce qu'une molécule de vapeur nitreuse a pris la place d'une molécule d'hydrogène. La composition de ce produit est exprimée par la formule

C'^llHAzO').

IM. 3t

434 ALCALIS DES OMBELLÏFfeUES.

Fait-ou réagir de l acicie suilhydriquc , ou mieux du sulfhydrato d'ammoniaque sur une dissolution alcoolique de cette substance, on voit bientôt se fonner un dépôt abondant de soufre, l'odeur de la nitrobenzine disparaît complôtement, et Ton obtient une matière huileuse, volàtile, soluble dans les acides, avec 1^quels elle forme des combinaisons cristalliaables et qui présente ridentilé la plus complole avec l'aniline. La formation de l'aniline au moyen de celle métliode s'explique à 1 aide de l'équaliou

C'»H*(AzO»H-6SH = 4HO+6S 4-C*H*AzH»,

le résidu AzU^ prenant la place de la vapeur nitreuse dans la nitrobenzine , pour engendrer ' la nouvelle substance. Ces deux modes de production de Taniline concourent donc à jeter le jour le plus vif sur sa constitution.

Or ce fait n'est point particulier à la nitrobenziiu', et M. Ziiiin a fait voir que par Faction de l'acide sulfhydrique sur les divers produits azotés résultant de la substitution d'un équivalent de vapeur nitreuse à ri)}cirogène de certains hydrocarbures, on donne naissance, à de véritables bases présentant les analogies les plus étroites avec Tammomaque.

En représentant, en effet, par

un carbure d'hydroj^ène quelconque, et, par suile, par

C*»H»^»(AzO«)

le [produit nitrcux qui résulte de l'action de l'acide azotique fumant, la formation de l'alcali correspondant pourra s'exprimer au moyen de réquation générale suivante : *

Qz-n ^2n- • ( Az 0' ) + 6 SU = 4 110 4- 6 S 4- C^' H^""' Az

§ i3'Jl. La réaction fuit remarquable que l'on doit à Zinin et qui découle tout naturellement de la manière dont se comporte l'acide sulthydrique à l'égard des oxacides de l'azote, qu'il convertit en ammoniaque, tout en nous faisant connaître la constitution exacte de ces produits, nous fournit donc un moyen précieux do produire un nombre considérable d*alca1is organiques.

Plus tard M. Wurlz découvrit une source d'alcaloïdes non

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moins intéressante, et qui vint établir les lièns incontestables de parenté qui rattachent ces divers composés à l'ammoniaque.

On savait depuis longtemps que lorsqu'on fait agir une lessive concentrée do potasse sur l'acide cyanique, celui-ci se décompose en produisant du carbonate de potasse et laissant déL:a.i2;er de Tammoniaque pure, ainsi que l'exprime Téquation suivante :

C»HAzO'4-2(KO, HO) = 2(00=, KO)+AzlP.

En remplaçant Tacide cyanique par les éthers correspondants, cyanate de métbyle, d*éthyle et d*am\ie, M. Wurtz a donné naissance à de véritables ammoniaques composées dont les analogies

avec rammoniaquc sont tellement considérables, qu'on a dû plus d'une fois les confondre avec elle, avant cette remarqual)lc découverte. La formation de ces ]^roduils, dans les circonstances que nous ^ enons d'indiquer, peut s'exprimer de la manière la plus nette à l'aide des équations suivantes :

G* 11' AzO'-i-2(KO, 110) = 2(C0=, KO) + C' AzH^

CjrtMle da méthfle.

. C H* AzO'-l-a(KO, HO) = a(CO^ KOj + C* AzH'.

Cyanalc d'clliyle.

C"H"AzO^-|-2(KO, H0) = 2(C0% KOj-hC^AzH'^

CyaoaUi d'amyle.

M. Hofmann parvint presque en même temps à reproduire Fis. SM. ces curieuses substances par une

autre voie qui mît en relief d'une

manière ])lus nette encore leur ron>titution. Cette méthode consiste à faire réagir dans des tubes scellés à la lampe el plongés dans un bain-marîe, ainsi que le représente la Jïg. n&b, des mélanges des étbers brombydriques ou iodhydriques des divers alcools, avec des dissolutions alcooliques d'ammoniaque. La réaction s'accomplit très- nettement et d'une manière rapide à lao degrés, en fournis-

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