SOI
3io
L'isomérie d'un même corps à des états diffërens est remarquable en ce qu'elle présente une substance qui se combine avec elle-même; mais cela n'a rien qui doive étonner; car on conçoit facilement que le rapprochement des molécules, lors du passage des fluides élastiques k Tétat liquide ou à Tétat solide, doit permettre à ces molécules de réagir les unes sur les autres et de déterminer ainsi de nouveaux états d'équilibre par le partage ou la réunion des molécules.
On se rendra facilement compte aussi que, dans les réactions chimiques, les corps pourront donner lieu à des composés identiques quoi qu'ils aient été pris dans des états différens, parce que la présence d'un agent chimique fait naître une nouvelle circonstance qui amène un partage détermine.
Quelques expériences de M. Cagniard de La Tour tendent à faire penser que certains fluides élastiques peuvent éprouver l'isomérie multiple par l'action combinée de la chaleur et de la pression. Au moins, quelques corps volatils, tels que l'alcool , l'élher hydrique , le sulfure du carbone et le naphte rectifié, peuvent*ils, par une température suffisamment élevée, être réduits en vapeur dans un espace double ou triple de ce-^ lui qu'ils occupent à l'état liquide et sous une pression qui paraîtrait insuffisante si l'état moléculaire de la vapeur de ces
(i) Le nombre ia65 correspond au mercure liquide, (a) Le nombre 37,5 correspond à Teau liquide.
ISOttÉRÏfe MÛtTI^LIS. 4^
corps était ce qu'il est habituellement; ainsi un volume d'éther hydrique liquide ëtant réduit en vapeur et soumis à une température de iSo"" se dilaterait jusqu'à occuper 329 fois son volume primitif , et pour le réduire à deux volumes, en admettant qu'il reçût la chaleur suflisante pour ne pas changer d'état y il faudrait une pression de 1 64 atmosphères; cependant, le phénomène dont il est ici question pleut se présenter à la température indiquée sons une pression de Sy atmosphères seulement.
Les faits de cet ordre semblent évidemment indiquer que plusieurs molécules se sont réunies pour n'en former qu'une seule. Toutefois cela n'est qu'une simple supposition qui a besoin de vérification.
En comprimant le gaz de l'huile y qui est un quadricar^bûre d'hydrogène , on observe un phénomène comparable à celui dont il vient d'être question ; car ce gax, en se condensant, donne naissance i des produits nouveaux. D'une autre part, en cbauffiint le même gaz, ses molécules se divisent et il se change en simple bicarbure d'hydrogène.
nL Le docteur Prout a publié en i8i5 et 1816 (i) un mémoire dans lequel il fait remarquer qu'il existe un rapport déterminé entre les poids spécifiques des gaz, et, partant de certaines considérations, il arrive à faire la même remarque pour les équivalens chimiques qu'il suppose réduits en fluides élastiques. Gela le conduit à penser que « les poids spécifiques de « tous les corps à l'état de fluide élastique, rapportés à i'hy- « drogène, peuvent être exprimés exactement par des nombres « entiers, dont le plus élevé qui est relatif à Tor, serait aoo. )> On verra dans le tableau suivant qui est extrait des Annales de chimie et de physique le rapprochement des nombres qui paraissent le mieux déterminés, à cela près que l'oxygène est supposé peser 100 au lieu de 10 qui se trouve inscrit dans ce tableau.
(i) Jnti. of philos,^ by B' Thomson. Toir un extrait de ce mémoire, Aim. éU c&iBi. H depfysiq,, t. x, p. 411.
46 OOVWITVTIOII BIS GOEPS.
* . ^--c^ PoidiipéeMfw. fM» an Mateat.
MM «tt n»WMif. |1ijd««to«. - 1. rotyfèna.s |oo.
Hydfo^ciiê < • • î « « t 19^5
Carbone. 6 75
Afote i4 t'jS
Phosphore i4 z?^
Oxygitee. .«.«•« i6 too
Soufre ••••••. i6 soo
Caldum so aSo
Sodiaoi a4 3oo
Fer ..•••.. . s8 3So
Zinc 3* 4oo
Chloro 36 45o
PotaBsinm -. 4o 5oo
Baryon é 7« ^7$
Iode •••••..• xa4 T&5o
Plus tard, M. Dumas a publié un tableau dans lequel il a rapproché let oorpa qui oiFrent une relation simple entre leurs poida moléculaires i le toid tel qu'il Ta donné (i) i
BîsBiti;1i ..«...«. é . i33o,4 ft m. PalMiiMB «#••••.«• iS3i^7
OMnian. «•..«.«•• s«4«»« Or. ..•«•.•••« • ta4S,o
Ptetine . • . • i • . • • « xsSS^t Iridium ' leSS^a
Molybdène .«...«•«. SgH.S x/s at. Tungstène 596,6
Gérium • « « 574,7
i/e at. Tantale (a) 576,8
Zinc • . « . • 4o3,a
Tttriaoi , 4019
f/e at. Antimoine 4o3|
Tellaro . • • « é 400^0
a at« Soufre 4oay3
Cobalt 368,0
Nickel .../.••... 36q,6 t/s at. Etain 367,6
n résulterait de l^en^emble de ces deux tableaux, qu'il serait possible que les corps simples présentassent une sorte d'isomé^ rie^ et que la différence de leurs propriétés et de leurs poids moléculaires fût due k des modes particuliers d'arrangement et de condensation. Mais ces résultats ne peuvent être adoptés sans discussion: ceux qui sont inscrits au tableau donné par le
(i) Lefons de philosophie chimique ^ p. 319. (a) Tantale est synonyme de oolombinm.
docteur Proiit ne sont point d'accord avec leê ejcpériences \ei phu précifles qne l'on ait pu faire jnsqti'à présent* Âinil^ \eê proportions chimiques donnent 390 , et non 3oo, pour le so^ dimn^ 339, etnon pas 3So, pour le fer; 49O9 et non Soo, pour le potaftsium; 1679 et non i55o, pour l'iode. Cependant, d'après le poids ipëcifique de l'acide carbonique, on avaitportë le poids molëcalaire chimique du carbone k 76,5, et, malgré cela , les Anglais qui rapportent ces sorte# de poids à l'hydrogène, ayaient toujours représente ce corps par un nombre correspon-« dant à 75, qui est le multiple par 6 de l'équivalent de l'hydrogène^ l'oxygène étant le terme de comparaison* Dans ces derniers temps, des expériences très précises, entreprises par MM. Du-» mas et Stass, ont établi le poids du carbone à 75, qui était le poids conservé par les Anglais et adopté par le docteur Prout»
Tout en admettant qu'une seule matière a pu produire les divers élémens chimiques connus k cette époque, cette opi* nion ne vient point à l'appui de la pensée qui veut que les poids moléculaires soient des multiples les uns des autres par un nombre entier; car, il est bien évident que Thydrogène est moléculaire, que son poids moléculaire déduit de son poids spé^ ciflque est la moitié de celui qui est adopté par le docteur Prou t, et qu'il peut même se faire que ce soient les élémens constitutifs* des molécules d'hydrogène qui se réunissent pour produire leS antres corpa, et non des molécules entières ; mais ces élémens ont un très faible poids , puisqn'en admettant que la moléculis d'hydrogène soit divisible seulement par 6, il n'est qu'égal à l'unité dans le système qui prend l'oxygène :^ 100 pour terme de comparaison. Comme il est presque toujours possible de commettre une erreur égale à l'unité dans la détermination des poids moléculaires qui dépassent 100; il en résulte que l'on ne doit pas corriger des nombres obtenus pat l'expérience pour les faire coïncider avec le point de vue du docteur Prout. Seulement, si le carbone a un poids qui est eiÉctement un multiple de celui de Thydrogène par la, ou par i4>oti p&i* 489 selon les considérations sur lesquelles oit s'appuie, cela est une relation remarquable qu'il faut enregis* tter^ je le répète , parce qu elle coïncide avec le résultat de l'expérience, et non parce qu'tîlle la corrobore.
£^ tous les élémens chimiques sont formés d'une seule ma* tière toujours identique avec elle-même, mais arrangée dé
48 CONSTITUTION DBS GOEM.
diflcrcntcs manières, on peut dire que cet arrangement n'a lieu que dans les molëcnles secondaires, et peut-être plus loin encore ; car le chlore , le br^me et Tiode^ jouant exactement le même rôle dans les combinaisons, sont parfaitement isotoniiques; c'est-à-dire que leurs molécules sont formées d'un même nombre de groupes secondaires, qu'elles se divisent de la même manière dans les combinaisons , et que c'est dans les derniers groupes que doit avoir lieu l'arrangement qui détermine les différences qu'ils présentent
L'observation des rapports qui eiîstent entre les poids mo* Icculaires chimiques, vient à l'appui des théories alchimiques qui admettent que les métaux peuvent être transmutés les uns dans les autres : il suffirait pour cela de modifier l'arrangement de leurs parties. Le fait ne paraît pas impossible aujourd'hui.
des finis relatift à rîioméria.
Àu premier aperçu l'isomérie est une chose simple et facile à étudier*, car il n'y a rien de plus simple en effet que de se faire une idée de corps qui ont une même composition ultime, et qui jouissent cependant de propriétés différentes; mais lors- . t|ue l'on veut approfondir le sujet, lorsque l'on cherche à classer ces corps selon l'ordre de propriétés qui est altéré, il se présente immédiatement à l'observation une foule de cas particuliers offirant de telles différences, lorsque l'on vient à les comparer, que l'on ne sait comment les réunir, ni comment les distinguer. Ainsi, les différences des corps isomères portent tai^tôt sur leur poids moléculaire, tantôt sur leur forme, tantôt sur leur couleur, tantôt sur la manière dont ils se comportent dans les réactions chimiques ; mais il en est d*embarrassans et que l'on ne sait où classer, soit parce qu'ils présentent quelque complication, soit parce qu'ils sont étudiés d'une manière insuffisante.
Si l'on divise les corps isomèreê à prioriy selon les idées que l'on peut se faire de la constitution des corps, on crée des groupes dont il n'existe pas d'exemples bien avérés. Si l'on forme les groupes en se fondant sur l'observation directe, on reste incomplet. C'est cependant ce dernier mode que j'ai préféré, afin d'éviter les détails nombreux, et prématuré peut-* être, dans lesquels il aurait fallu entrer.
I80HXRIE MULTIPLE, 4^
L'ensemble de tous les corps qui présentent un genre d'isomërie quelconque, se trouve résumé dans le tableau suivant ;
OOBM nOKABIQVBS.
Corps pofymorphiques.
1* DiifÊM^t^/tf/miM.* Soufres, carbones, pyrite etipericise, cuivres oxydniés, coirres sons-sulfurés, lulfures d'argent» salfares de manganèse^ bi-iodnres de mercure , acides arsén^eox , acides antimonieux , grenats , idocrases , cvbouates de chaux, carbonates de magnésie , carbonates de fer, car* booates de plomb, baryto-calcites , chromate de plomb, nitrates de potasse» sulfotes de nidiel, suUates de linc , sal&tes de magnésie , séléniâtes de skie, bi-sulfates de potasses, bi-pbosphaies de soude, léadhylitesi
s" Distincts par la couleur : lodures jaune et rouge de mercure, sulfures* noir el ronge de mercure , oxydes de zinc blanc et jaune , sulfates sodiques bhnc et jaune, acides tantaliques blanc et jaune , acides hypo-4wotiques«
3* Basiques on indifférens : Oxydes de chrome, sesqui-oxydes de fer, zûqpônes , alumines.
4** & combinant ci n^imprimant point de diffirenets aux composés dans lesqueis Us entrent : Hydrogènes phosphores de la formule Hs P, acides arsâiieux, acides antîniooieux, bi-iodures de mercure, cyanogène et paracyanogène. ( i )
Corps présentant tisomérie simple,
1* Se combinant directement et communiant des propriétés différentes aux
eon^fosés dont ils font partie : Les acides stanniques. s* Dans lesquels on peut opérer des substitutions sans qu*ils cessent tt appartenir
à un même type : Tartntes et racémates , malates et citrates • fulminates
etcyanates.
3** Donnant lieu à des réactions chimiques dijférentes : Formiate éthérique et
acétate méthylique , alcool et éther méthylique , urée^ cyanate et cyanu-
lale d*ammoniaqae.
Corps présentant tisomérie mulâpU,
I* Appartenant à un type moléculaire semblable, mais non identique: Carbures dliydrogène : CH, Ca H^, G4 H4, Gie Hie ; Toléène Ce He, féléène, Go Ho ; le citrène Cs H4 , le térébène Cio Hg.
a" Mésullani de la combinaison dun mime type moléculaire , qui revient toujours à un type déterminé dans les réactions chimiques : Presque tous les corps qui existent sous plusieurs états, tds que le soufire, le mercure, Tiode, etc.
3* Qui paraissent appartenir à des types différens : Naphtaline et paranapbtaline.
t^*Isomérie soupçonnée et non prouvée expérimentalement :Ce\\t que plusieurs élé* acna cbhniqaes peuvent présenter en les comparant les uns avec les autres.
Les modifications qui produisent Pisomérie me paraissent
(x) Boor être exact, il aurait plutôt £b]1u dire que le cyanof^ène et le paracyanogène s'extrayaient d'une même combinaison, qui.est la cyanure de mercure; ■ma eela «unît caractériaé un groupe particulier que je n'ai pas jugé i propos d'élddir*
5o GOTfB'TltlTtlOlf BfiS CORPS.
être de T^riUtbles actions chimiques, qnoiipi'il n'y ait q[uelqilefois qu'un seul ëlëment chimique (}ui réagisse sur lui-même} car tout cela résulte de systèmes moléculaires qui sont modifiés, et c'est l'étude même de ces modifications qui constitue la chimie. Pour les corps composés cela est de la plus grande évidence) car, les molécules d'un de ces corps, même saûs changement dans leurs poids, subissent une modification isomérique, il sera évident alors qu'il* se sera opéré une réaction entre les élémens des systèmes moléculaires, réaction qui aura pu les diviser» les réunir et les combiner dans un autre ordre, ou bien encore, les élémens d'un système auront pu passer dans un système voisin, et il aura pu s'opérer ainsi une espèce d'échange ou de substitution dont est résulté l'isomérie. De mime» des astres qui présenteraient une gi^nde «xoêii« tricité , comme les comètes d'un système astronomique, pouriraient passer dans un autre système si elles venaient k s'en Rapprocher assez pour qu il pût se les assimiler*
HÉTiAOHOai»HtSMlK.
Presque tous les corps qui peuvent être représentés par une formule chimique semblable ont été trouva cristidltsës sous les mêmes formes, cependant il y a encQre quelques exceptions, et l'on conçoit que cela peut être, puisqu'un corps déterminé par sa composition chimique peut anecter plusieurs formes différentes; mais , quand ou connaît les formes qu'un corps peut affecter, on a tout lieu de soupçonner qu'elles se présenteront dans un autre corps qui est représenté par une formule semblable f ainsi on ccmnaissait le carbonate de chaux sous la forme d'un rhomboèdre et sous celle, d'un prisme droit ^ à bMes rhombotdales, et l'on ne connaissait le carbonate dé jdomb et le carbonate de baryte que sous cette dernière forme seulement; ndais on a vu récemment que le carbonate àê plomb pouvait aussi cristalliser dans le système rhomboédri^ que, et l'on trouvera probablement quelque jour qu'il en est de même du carbonate de baryte. On pourrait citer beaucoup d'autres exemples à l'appui de celui-ci, comme ceux qui ont élé offerts par le carbonate de fer et par le carbonate de magnésie, que l'on ne connaissait que sous la forme rhomboédrique, comme le calcaire auquel ils se rattachent par l'isomor* phismc; et que l'on connaît aujourd'hui sous la forme da pti»*
niTiAOHOKPniSME. 5i
mes rhomboidaux isomorphes avec rarragonite (]ui est encore un carbonate de chaux; on connaissait le cuivre o)cyduIé Gu % O, sous les formes du système cubique , et le cuivre sulfure Gn 2 S, sous une forme du système rhomboëdrique. L'analogie des formules devait porter à penser que l'on rencontrerait des deux corps sous la même forme ; car il ^tait probable que le polymorphisme leur permettrait de se trouver dans la condition de l'isomorphisme , et Pou a , en effet , trouvé du cuivre oxydulé appartenant au système rhomboëdrique, et du cuivre sulfuré appartenant au système cubique , qui viennent compléter l'analogie que la similitude de leurs formules avait fait supposer. Il y a donc entre les corps de formules semblables une relation qui permet de soupçonner l'isomorphisme et le polymorphisme : c'est cette relation que je désigne sous le nom dliétéromorphisme (i). Les corps isomorphes ont seulement une même constitution ^ indépendante de la nature des élémens qu'ils contiennent et affectent la même forme ; les corps polymorphes sont représentés par une même composition cnimique et se présentent sous des formes différentes; les corps hétéro-* morphes ont une même constitution chimique » indépendante de la nature de leurs élémens, et ils affectent des formes différentes. Ils donnent l'idée du polymorphisme considéré d We manière plus étendue qu'il ne Ta été jusqu'à présent , c'est-àdire dans le corps de même formule seulement, au lieu de l'être dans lescorpsde mêmecompositionchimique.Enun mot, les corps hétéromorphes représentent le polymorphisme des corps isarithmiques. L'hétéromorphisme est du même ordre que l'isomorphisme et lui est directement opposé , ils s'appliquent tous deux rigoureusement aux mêmes corps : l'un les rassemble par l'identité de la forme, l'antre les disjoint par la possibilité qu'ils ont d'affecter des formes différentes. L'isomorphisme fait soupçonner la possibilité de l'hétéromorphisme, et lliétëromorphisme conduit à rechercher si Fisomorphisme n'existe pas, car il est un cas possible de la condition de l'hétéromorphisme. Enfin, pour être bien compris, je suppose que l'on découvre un nouveau corps de la formule C OsA, en considérant l'ensemble du groupe que cette formule représente, et d'après les exemples précédons, lliétéromôrphisme conduira
■ ■■■Il > ■■< >l —■■■■■HJll I II 1 ■■ ■ I
(i) De ËT^o( tutre, et de Ub^ forme. PoisîbiUté d'affecter des formes difiérentes^
Sa COIVSTITUTION DBS CORPS.
à Signaler les formes des systèmes rhomboédrique et prismatique à bases rhomboïdales.
Oq connaît aujourd'hui la braunite ou le sesquî-osyde de manganèse Mu a Os sous la forme d'un octaèdre à bases carrées, et Toligiste ou le sesqui-oxyde de fer Fei Os, sous des formes dérivées d'un rhomboèdre. Ces deux corps sont hétéromorphes, et l'on a tout lieu d'espérer que l'on rencontrera la braunite sous la forme actuellement connue de l'oligiste, et que Ton trouvera celui-ci sous la forme de la braunite. L'haus* manite Mns O4 cristallise comme la braunite , en octaèdres à bases carrées, et l'oxyde noir de fer Fes O4 cristallise dans le système isoaxique. Ces deux corps sont dans le même cas que les précédens.
L'hétéromorphisme représente cette irrégularité apparente de deux corps de même formule, cristallisant cependant dans des systèmes différens. Il la consacre cependant comme une chose vraie et qui se trouve dans les lois de la nature, car si le polymorphisme peut affecter un corps dont les élémens sont déterminés, & plus forte raison affectera-t-il des corps dont les élémens sont différons.
Causes de Pkétéromorphisme. — L'hétéroiiiorphisme a sa source dans les mêmes causes qui donnent naissance au polymorphisme, et, déplus, il y a la différence des élémens chimiques, qui fait que des formes différentes peuvent quelquefois être produites dans les mêmes circonstances, et que des formes semblables peuvent être produites dans des circonstances différentes.
On trouvera dans le tableau suivant une suite de faits qui démontrent cette proposition.
l'rrïOj, AO, 5H02.
VOVS J>MS SUBfTAHCU.
Séléniate de mangan.
Sal£ite de mangan.
Séléniate de zinc
— de cobalt Sulfate de fer.
— de cobalt.
TKMPiaAT.
VORMIS OBsnv.
} CriitMizdinniqiMt.
~ wUile A
de 3o à ^o"" Tenip. ordÎD.
} (FornM du ) euifrr}.
1 Séléniate de cobalt au-desaotis de 10^ 'Sulfate du manganèse au-dessous de 6*
i Sulfate de zinc.
— de nickel.
— de magnésie.
ISéléniate de zinc.
— de m«gQ,
Grittam elbbortati- «|un.
(Forma eu mJUake ém
Au-dessus de 1 5"
Au -dessous del
\ CriMM iribortati^wi.
I80DYNAMIE. 53
Les cristaux de chacun de ces groupes sont isomorphes entre eux 9 mais ils ne se produisent pas exactement dans les mé< mes circonstances de température. On conçoit facilement que des corps de natures différentes , pouvant éprouver les mêmes modifications , ne les éprouvent cependant point à la même température : ainsi le sulfate de manganèse et le séléniate de cobalt ne sont isomorphes que lorsqu'ils sont produits dans des circonstances différentes. Dans les mêmes circonstances , ils seraient hétéromorphes , et même plus encore , ils pourraient cristalliser avec une quantité d'eau différente , car la température a assez d'influence» non seulement pour modifier la constitution d'un corps, mais même pour en changer la com« position.
HÉTÉROTOHIE. HÉTÉRAEITHMIB* HBTÉA0MÉB.IB.
La création de l'hétéromorphisme, qui se trouve en opposition avec l'isomorphisme, portera sans doute à créer l'hétéro* tomie, l'hétérarithmie et l'hétéromérie qui sont la conséquence de l'isotomie , de Tisarithmie et de l'isomérie. Peut-être ces mots trouveront*ils leur emploi. Quoi qu'il en soit, ils représentent nettement certains faits qui exigeraient des phrases entières pour être caractérisés. Ainsi , le formiate éthylique et l'aoétate éthérique sont isomériques et isarithmiques ; mais ils sont hétérotomiques, parce quHls se divisent différemment sous Pinfluence des mêmes agens chimiques ; le sulfate de potasse et le sulfate d'ammoniaque sont isotomiques et isomorphes, mais ils sont'hétérarithmiques ; les corps isomorphes et les corps hétéromorphes sout hétéromériques.
L'étude complète dés corps, sous les divers points de Vue du nombre et de l'arrangement des parties qui les constituent, pourrait encore donner naissance à des conditions qui né sont point comprises parmi celles qui précèdent; mais, ou bien elles sont sans importance réelle pour le moment , ou bien on manque d'exemples qui s'y rattachent; j'ai donc cru devoir me borner à exposer ce qu'il y a de plus important , pensant qu'il fallait attendre pour aller plus avant.
ISODY5AMIB.
L'ordre et le type des molécules se trouvant déterminés par le nombre et l'arrangement de leurs parties constituantes^ on
54 CONSTITUTION DBS CORPS.
comprendra facilement que des corps de natures différentes puissent jouer des rôles semblables dans la construction de ces espèces de systèmes mécaniques. C'est à ces corps jouîssaal d'une même puissance que je donne le nom de corps isodynu'^ miques (i) : ainsi , le fer et le calcium sont isodynamiqnes , parce qu'étant combinés à l'état des carbonates , ils sont sua-* oeptibles de cristalliser dans les mêmes systèmes, soit le xhomboédrique, soit le prismatique droit à bases rhomboïdales; car ces carbonates sont tous deux dimorphiques. Le manganèse , le zinc, le cobalt et le cuivre, à l'état de sulfate ou de séléniate» sont encore parfaûtement isodynamiques, parce qu'ils cristal^ lisent dans les méme^ systèmes,
n faut remarquer que l'isodynamie des substances n'entraîne cependant point leur identité, et que l'égalité d^ leur puissance peut fort bien se manifester dans des circonstances distinctes; ppr exemple, ce n'est qu'à 5* de température, envi* ron, que le sulfate de manganèse est isodynamique avec le sulfate de cuivre) au-dessous de cette température , il estisch* dynamique avec le sulfate de fer , et dans chacune de ces cir^ constances , ils déterminent le sel à cristalliser avec des quantités différentes d'eau*
L'isodynamie des substances est une des principales propriétés à constater; car c'est bien certainement sur elle qu'il est possible d'établir les rapprochemens les mieux fondés. Si l'on déterminait avec exactitude dans quelles limites de température, de pression, etc., les corps peuvent se remplacer les uns par les autres , on aurait avancé considérablement la dûmie \ car on aurait pour ainsi dire une mesure exacte de leur égalité de puissance, et l'on pourrait bien certainement alors appliquer les méthodes de calcul aux phénomènes chimiques.
Isomorphtsme par substitution. —On a donné le nom d'isomorphes, non-seulement aux corps qui, ayant une même constitution, affeetent les mêmes formes, mais encore à ceuit qui se remplacent dans les combinaisons sans en modifier la fqrme : ainsi un carbonate contenant du carbone, de Toxygène et un métal , ou peut faire yarier la nature de ce dernier corps sans détruire le type du carbonate , et tous les métaux ou tous
• (i) De ico< aenbMble, et de ^vofAK puitsaMe: néifie puinanoe.
IflODYHAMIB. 55
la» ozideB qm'ils foraient sont considérés comme isomorphes ^ perw <ju'Ub peuyent se remplacer mutuellement dans une molécule de carbonate d'one forme déterminée.
Les carbonates magnésique, calciqne^ ferrique, manganiqae et zinciqae , ainsi que les carbonates qu'ils peuvent for>mer en s'unissant les uns avec les autres , cristallisent dans le système rhomboédrique^ mais dans tous ces carbonates , il n'j a que les métaux qui changent, tout le reste de la formule dmeure invariable : ces métaux sont donc considérés comme étant isomorphes.
Ce genre d'isomorphisme diffère de celui qui a été décrit précédemment : je le nommerai isomorpkisme par substitution. Il ne faut point les confondre avec Fisodvnamie : celle-ci est à l'isomorplusme par substitution ce que lliétéromorpbisme est à Pisomorphisme direct. L'isomorphisme par substitution est donc moins général que l'isodynamie. Deux corps que l'on cou* sidère sous le point de vue de l'isodjnamie sont susceptibles des mêmes modifications, quelque nombreuses qu'elles soient^ lonqu'ils entrent en combinaison } deux corps isomorphes par substitution sont deux corps susceptibles d'affecter une forme déterminée en se combinant de la même manière.
L'isomorphisme par substitution différant de l'bomorphis* me direct et se rapprochant beaucoup de l'idée que l'on peut attacher aux corps isodynamiques, il serait peut-être convenable dt conserver exclusivement le mot isodynamie pour représenter Pidée que l'on attache à ces corps ; car les corps isodynamiques sont nécessairement isomorphes au moins dans une circonstance déterminée, et les corps isomorphes sont aussi nécessairement isodynamiques; seulement, comme cela a été dit plus haut , l'isodynamie comprend toutes les circonstances dans lesquelles un corps peut être isomorphe avec un antre.
L'isodynamie peut se déduire, non-seulement de la forme, mais aussi des pro^ortioxis dans lesquelles les corps sont com** Innés ^ ainsi , l'isodynamie du soufre et de Toxygène pourrait âe déduire des oxysels comparés aux sulfosels de même ordre, quand bien même ces corps ne pourraient être obtenus à Tétat de cristaux^ de même, l'isodynamie du chlore et de Phydro^ gène est parfutement reconnue dans certains composés d'origine organique , tels que les éthers ordinaires et les
56 uonsTiTirrioïc dbs goaps.
ëlhen chlorurés, ëtudiës par M. Malaguti. Partant Ae ià, presque tous les corps, représentés par une formule semblable, sont isodynamiqucs et peuFent u'étre point isomorphes*
Les groupes qui suivent réunissent les corp dont Tisodynamie est bien constatée :
X Oxygène, soufire, fléléniam, tellure.
a Chlore, brome, iode» cyanogène. — Hydrogène.
3 Azote, phosphore , meoio, antimoine^ bûnuth.
4 Bore , silicium.
5 Aluminium , glucynium.
6 Etain , titane.
7 Molybdène, tungstène.
8 Vanadinm, chrome , manganèse, fer, nkkel, cobalt, cuivre.
9 Zinc y magnésiuin, calcium, strontium, baryiun , plomb.
10 Potassium, ammonium.
1 1 Sodium , argent.
x% Argent, or, mercure.
i3 Platine, palladium.
Les corps d'un des groupes précédens, combinés de la même manière et en proportion semblable avec ceux d'un autre groupe, produisent des composés isodynamiques et même isomorphes si les circonstances le permettent. II est encore des affinités qui ne sont point comprises dans ce tableau , ce sont les suivantes :
i4 Fer, chrome, manganèae, aluminium, combinés à Tétat d'oxyde Oj À2
dans les aluns , les grenats, les pyroxènes , etc. xS Le soufre, le sélénium , le chrome, le manganèse dans les acides de la
formule O3 2, combinés avec les bases.
16 Le chlore, le brome , Tiode, le manganèse dans les acides de la formule
O7 X , combinés à l'état salin.