CLASSIFICATION DES ÉLÊMENS CHIMIQUES
DES œMPOSÉS DÉFINIS.
Les naturalistes Ae l'antiquitd ne se sont point occupés de classer les êtres qu'ils étudiaient, de manière à faire penser qu^ils accordaient un grand prix aux méthodes qu'ils sui- Taîent* Aujourd'hui, les classifications ne sont pas seufement constituées pour introduire de l'ordre dans les matériaux des sciences, elles tendent vers un but beaucoup plus élevé.
En classant les êtres selon diverses méthodes, et en se fondant sur des principes variables, on s'est aperçu qu'il en était qui présentaient beaucoup d'analogie entre eux, et l'on s'est efforcé de les réunir les uns à côté des autres. Ces réunions, faites sous le point de vue de la plus grande analogie et de la plus grande ressemblance, permettent de comprendre plus facilement les modifications àm êtres et de leurs organes, d'en saisir l'ensemble d'un seul coup-d'œil , et de se conformer, jusqu'à un certain point, au plan de la nature.
Les classifications ainsi établies sont nommées naturelles^ par cda même qu'elles semblent suivre la filiation naturelle des êtres.
"Les êtres qui sont l'objet des classifications naturelles sont les espèces; les espèces sont réunies pour former Aes genres; les genres sont rapprochés pour établir des tribus; les tribus donnent \eB familles; celles-^i donnent les ordres et les classes.
Les classifications des êtres organiques , végétaux et animaux, sont les seules qui aient atteint un certain degré de perfection. Les classifications des corps anorganiques en sont demeurés fort loin : elles ont seulement offert quelque tendance à en suivre les traces. Cependant la simplicité relative de ces derniers êtres pourraient porter à penser qu'ils auraient pu être mieux coordonnés, et qu'ils auraient dû servir d'exemple pour classer les êtres organiques.
Toutefois, il faut le dire, il existe une si grande différence entre les êtres anorganiques et les êtres oi^aniques, qu'il peut et qu'il doit y avoir des principes particuliers pour les uns et
l88 CLÀ8S1P1GA.TIOK.
pour les autref. En eflfet, parmi les corps ano^aniqaes, il n'y u point de reproduction , et par conséquent on ne peut observer ni cette filiation, ni cette espèce de parenté que l'on trouve chez les ôtres organiques.
Il faut encore dire que les classifications des corps organiques sont fort loin de ce que Ton est en droit d*attendre. Nos moyens graphiques et les leçons des professeurs, ne permettent guère que de les réunir en séries linéaires , c'est-à-dire les uns à la suite des autres, et plusieurs naturalistes ont déjà avancé Tidée que les corps devaient être représentés sur un plan, comme les différens lieux d*une carte géo« graphique, et que leurs affinités pouvaient être indiquées par des lignes , comme celles qui représentent les chemins et les routes.
De Lamarck combat cette dernière idée, mais il ne dit point ce que l'on devrait adopter. Il faut ajouter Ici que les espèces ne paraissent pas être des choses arrêtées comme les naturalistes le veulent ; que les genres ne commencent et ne finissent en réalité nulle part *, qu'il en est de même des tribus et des familles; que tous ces groupes, quoiqu'ils rapprochent du but désirable, sont eiicore artificiels.
Dans ma pensée, les êtres organiques dérivent de types particuliers qui peuvent être modifiés à l'infini. Toutes les classifications doivent avoir pour but de rapporter les êtres à ces types qui indiquent leur origine.
SI l'on peut élever quelques doutes sur la philosojihic .des classifications dites naturelles, il faut donc n'imiter en elles que ce qui ne peut être discuté , se renfermer dans le sujet propre de la classification des corps inorganiques, et y puiser toutes les notions nécessaires pour les coordonner convenablement.
Aujourd'hui encore, la classification des corps anorganiques est fort imparfaite, et cela se concevra facilement, irl Ton songe
Ïu'ils sont divisés en trois groupes qui sont l'objet des études 'hommes tout-à-fait spéciaux. On distingue les minéraux des produits chimiques j et ceux-ci sont divisés en anorganiques et en organiques. Si, dans l'étude des êtres, il en manque toujours quelques-uns pour compléter les séries et pour relier les différens anneaux de la chaîne qu ils forment, depuis le pins simple jusqu'au plus compliqué , quelle perte pour la philo-
CLAS8IFIGATIOV. sSg
Sophie de la da&iificatîon des corps anorganiques, de les' diviser en trois groupes qai ne sVclairent point mutuellement.
Les composes chimiques, dits organiques, ne méritent ce nom que par leur origine, car ils sont tout aussi dënués d'or* ganisation qu'un cristal de quarz ou de sulfate potassique. Les cristaux de sucre ou de tartrate hydrique, ou de citrate fay* drique, que Ton considère comme des produits organiques, se forment par juxta-position, comme les minéraux les mieux caractérises et ne possèdent en eux-mêmes absolument rien qui les en distingue. Cela étante il est bien évident que la sdence ne pourra que gagner en réunissant ensemble tous les minéraux et les produits chimiques, quelle que soit d ailleurs l'origine de tous ces produits; l'origine étant une chose absolunient insuffisante pour établir une distinction convenable parmi eux, et, par corps anorganiques^ il faudra entendre d'une manière générale tous les corps dépourvus d'organes et n'ayant jamais vécu, qu'ils aient pris naissance dans le sein de la terre, sous l'influence de circonstances naturelles , ou qu'ils aient été formés dans le laboratoire du chimiste, quelle que soit la source dont ils proviennent.
Pour étudier les dassifications des corps anorganiques , il faudrait donc examiner, d'une part les classifications des' minéraux, et d'autre part celles que les chimistes ont suivi dans leurs traités scientifiques. Pour éviter des détails, cette étude pourra être faite en bloc.
Les classifications des corps anoi^aniques ont été fondées sur des caractères physiques, sur des caractères géométriques ou sur la composition chimique.
Les caractères physiques n'ont jamais été employés d'une manière absolue , mais ils étaient réunis avec des caractères tirés de la composition des corps. Isolément, ces caractères ne pourraient rien produire ; car la couleur , la transparence^ l'opacité, la dureté, la fragilité, le poids spécifique, etc«, spnt trop variables et trop peu significatifs pour conduire à une classification ayant quelque valeur.
La forme des corps anorganiques prâentant des reUtkns géométriques et des valeurs parfaitement déterminables^ l^ pa donner l'idée d'en fiiire usage pour classer ï^ corps. Haûy iievs a laissé un tableau comparatif des résultats de la cristaUegra-* phie et de l'analyse chimique^ relativement à la dassificatioa T. I. 19
apO CLASSIftGATIOir.
deé minéraux. Dans ce tableau, les corps sont rangés tout à-Ufois par les deux méthodes. Si l'on songe que les formes cristallines ne peuvent è(re convenablement observées que sur on nombre de corps 1res limité, qu'elles ne se rapportent qu'à six types fondamentaux, et qu'à cela près des corps hémiidriques, tous les composés du système cubique ou isoaxique, devraient être rapprochés les uns des autres ^ car, pour eux, il n'y aurait aucune valeur d'angle à prendre en considération, puisque les angles sont les mêmes pour tous , on sera convaincu que les formas cristallines sont insuffisantes pour conduire à une classification générale des corps anorganiques. Voici comment s'exprime Haûy : « Je n'ai jamais prétendu, au reste, élever le caractère tiré de la géométrie au-dessus de sa véritable valeur. Il est limité dans ses applications qui ne s'étendent qu'aux corps cristallisés , ou à ceux qui , sans être des cristaux proprement dits, ont le tissu lamelleux... »
La forme des corps offre bien un caractère de la plus haute importance^ mais on voit qullaûy lui-même, malgré l'enthousiasme que ses découvertes devaient lui inspirer, l'a réduite du premier abord à sa juste valeur. Cependant nous verrons bientôt de quelle importance est la forme des corps pour leur classification, quel rang eUe doit occuper, et le parti que Von peut en tirer.
La composition chimique, offrant quelque chose de plus général et de plus facile à déterminer exactement que la plupart des propriétés physiques et que les formes cristallines, a toujours occupé le premier rang dans les classifications des corps anorganiques. Elle domine partout, même dans les classifications qui lui paraissent être le plus étrangères, et elle sert pour les contrôler.
Les classifications chimiques peuvent se diviser en deux ordres différens, selon qu'elles s'appliquent aux élémens ou selon qu'elles s'appliquent aux composés chimiques.
DB LA CLASSIFICATION DBS ÉLÉaiEltS CHIMIQUSS.
La coordination des élémens chimiques est fondée sur leur nature, aur les réactions auxquelles ils donnent lieu, et enfin sur Tenaernble de leurs propriétés.
Les anciens chimistes divisaient les corps élémentaires en corps non métalliques, en métaux et en demi-métaux : le soufre
ÉLJSMÈlfS ClItttlQtJfiS. figt
est an corps non métallique; Pdr, l'argent, le mercure, le plomb) rétain, le cuivre et le fer étaient des métaux f l'antimoine et le bismuth étaient des demi-métaux. Lavoisicr distinguait l'oxygène comme corps comburant, ou entretenant la combustion, et tous les autres corps, comme étant combustibles ou susceptibles d'être brûlés par l'oxygène.
ClasnfioatMm de M, le Imutod Thenard.
M. le baron Tbenard, datts les premières éditions de son Thiîté de chimie , distinguait W âërnena ekimiqwN en corps non métalliques et en mâa^xJ Les covpa aojd métidli^iai étaient rangés selon leur ordre d'affinité poâr Potygène. Celui-ci était le premier de tons. Plus tard, le nom de corps non métalliques a été changé en celui de méudlaidêê ^ »t M. le baron Thenard a divisé les élémens chimiques en oxygène , en métalloïdes, en corps intermédiaûres aux uétsdloïdea et aux métaux ^ et enfin en corps métalliques. Les métalloïdes ont toujours été classés par rapport à leur rang d'affinité pour l'oxygène.
Les métaux ont été divisés en diverses sections , selon la manière dont ils se comportent avec l'eau ou avec l'oxygène de Tair. Cette dernière partie de la classification de M. le baron Thenard a été revue par M. Regnault. qui y a apporté quelques modifications par suite d'expériences qu'il avait entreprises.
"Voici en entier la classification des élémens chimiques, telle qn^elle a été instituée par M. le baron Thenard, avec les modifications indiquées par M. Regnault.
COBVS OOI
Oxygène.
OOBP8 COXBirSTlBXJBI.
Hydrogène. — Bore, — Silicium. — Carbone. — Phosphore. — Soulire. — SéWnran. — Ffoer. -* Chlore. -«- Brtoe. -^ Iode. -^ Atole.
ooBVB âMÊEmmê. (i) Thorinitim* ^-«Ziroonium.
(x) Ces corps se trouvent répétés pkls loin dans la deuxième section établis pur M. Regnault
QQ3 GLASSIFIGATlOll.
MÉTAVZ.
MéUntof oxydables immédtutemeni et dont les ûxydes sont indestructibles par une température élevée.
l'* UCTIOV.
Méiaux décùmpotant Veau à o% et oxydables à la température ordinaire.
Poustium. Sodium. — Lithium. — Baryum. — Strontium. — Cilnum. —
Magnéiium?
Métau» ne eommeneant à décomposer teau que vert loo». Glttcynium. — Aluminium. — Zirconium. — Thorium. — Tltrinm. — Cérium. — Manganèse.
3* SKcnoH.
Métaux ne décomposant teau qu'à la température rouge ou
en présence des acides, {i)
F«r. — Nickel. — Cobalt. ^ Zinc. — Cadmium. — Chrome. — Vahadia».
4* iicnoir.
Métaux décomposant teau à une température élevée^ mois ne la décomposant point
en présence des acides énergiques (a) et formant des acides, Tongstène. — Molybdèue; — Osmium. — Columbinm. — Titane. — Élain. — Antimoine. — Urane.
5* StCTtOV.
Vétastx ne décomposant Veau que très faiblement à une température élevée et ne formant point et acides.
Cuivre. — Plomb. — Bismuth.
Métaux en général non oxydables à une température élevée , mats dent les oxydes peuvent être réduits dans cette dernière circonstance.
6* sicTioir.
Métaux ne décomposant Veau à aucune température.
Mercure. — Argent. — Rhodium. — Iridium. — Palladium. — Platine. — Or.
Gomme il est facile de le voir, la classification précédente repose entièrement sur des réactions chimiques, et, poar qu'elle soit le plus utile possible, elle a été déterminée relativement à Tair et à l'eau, qui se trouvent dans presque toutes les «expériences. Cette classification , • avec tous les perfectîonnemêns qu'on y a apportés, fait ressortir les principales affi-
|[k et a) Ce n*est point Teau, mais les sels hydriques qui sont décomposés.
ÉLÉvszrs CHIMIQUES. agZ
nitës naturelles des corps , maïs elle en rompt bien quelquesunes aussi : la première dissidence vient de la séparation des ëlëmens chimiques en métaux et en métalloïdes ; car Fazote, le phosphore, Tarsenic, l'antimoine et le bismuth, forment une série qui ne peut être rompue sans désayantage. Le zinc doit èire à côté du magnésium, le fer à côté du manganèse, le plomb auprès du baryum, le sodium à côté de l'argent, etc.
Je ne discuterai point ici la valeur réelle des métalloïdes et des métaux , je me bornerai à dire qu'il existe une transition insensible et absolument insaisissable entre les uns et les autres, qu'il est impossible de dire en quoi un métal diffère d'un métalloïde. Seulement on sait que ce que Ton appelle vulgairement un métal, possède un ensemble de propriétés que l'on ne retrouve point chez les métalloïdes. Pour tous les chimistes observateurs, l'hydrogène est un métal gazeux , de même que le mercure est un métal liquide.
Clairification de M, BenéKvf .
M« Berzélius a classé les élémens chimiques selon leur état électro-chimique. Sa classification a été rapportée p. a35, et discutée p. ^53-a54. Il est inutile d'y revenir ici. Seulement il faudra observer que l'hydrogène est le dernier des métalloïdes , et l'or le premier des métaux.
OlasdfioatioB d>Ampère.
n y a déjà bien des années qu'Ampère a cherché à introduire la méthode dite naturelle dans la classification des élémens chimiques. Après une savante discussion ^ insérée dans les jinnales de chimie et de physique^ t. 1 9 p. apS et SjS, et t. II , p. .5 et io5 , il range les 48 élémens chimiques alors connus dans quinze genres différeus. Les genres eux-mêmes sont répartis dans trois classes.
La classification d'Ampère devant être considérablement modifiée afin de pouvoir être adoptée, je me bornerai à en donner le tableau.
GUB^WJQATfOM.
Carbone. Boie. . . .
Hydrogèaci. • Silidam.
Tbimii»m.
f Azote.
Oiygèoc Soufre.
Chlore. Pbtona.
Iode.
ITeHare.
Phosphore.
Arsenic.
{Aatimoîne.
Étain.
Zinc.
IBisBmih.
Mercure, Argent.
Plomb.
««"^"•«•jSSL.
Galccdis..
/Baryum.
StronthuL
[ Magnésium.
Colombium.
Molybdène.
Chiône. . .
Tungstène.
Titane. . .
Osmium. .
Rhodium. .
Ir^him. . .
Or
Platine. . .
Palladium. .
Ciiiyre. . .
Nickel. . .
Fer. . . . .
Cobalt. . .
Urane. . .
Manganèse.
Cîentm. • .
Zirconium.
Aluminiuai.
GluGynhun. .
Tttrium. . . .