CHAPITRE X
ACIDE SULFURIQUE § I''. — Sulfates dans les eaux douces.
Les sulfates, de même que les carbonates, font presque toujours partie des eaux douces et des eaux minérales. A peine connaît-on jusqu'à présent trois ou quatre exemples où l'existence de ces sels n'a pu être constatée.
S'il nous était permis de juger par analogie, nous dirions que toutes les eaux atmosphériques contiennent des sulfate3, car l'eau de pluie tombée à Paris nous en a présenté des traces non douteuses ; résultat conforme du reste à ceux de nos devanciers. A plus forte raison, toutes les eaux douces de sources et courantes en renferment-elles des quantités plus grandes.
Aucune règle générale n'est applicable à la proportion des sulfates dissous dans les eaux douces courantes, et la constitution môme du sol n'indique rien de précis à cet égard. Quant à celles qui proviennent de l'intérieur de la terre, on peut dire qu'elles sont d'autant plus sulfatées qu'elles traversent une plus grande étendue de terrain gypseux. Tel est le cas des eaux de puits de Paris.
Toutes choses égales d'ailleurs, les eaux de rivières renferment moins de sulfates que les eaux de puits, parce que les premières s'en sont dépouillées en partie au contact de Tair, soit dans les canaux, soit sur le sol et mélangées avec les matières organiques insolubles qu'elles charrient .
§ IL — Snlfates dans les eanx minérales.
En France, la seule eau minérale, du moins que nous connaissions, qui ne soit pas imprégnée de sulfate est celle deSaint- Alban (Loire) : soit qu'on opère avec l'eau puisée à la source, soit qu'on la fasse évaporer en grande quantité sous un petit volume, jamais les réactifs n'indiquent la présence d'un sulfate, même à dose infinitésimale.
Comme les eaux minérales froides ou chaudes jaillissent des terrains de toutes les formations géologiques, la proportion des sulfates y est très- variable. Les moins riches sourdent généralement des laves, des basaltes et des terrains primitifs. Par contre, certaines d'entre elles en sont tellement chargées que Ton a pu en faire une classe particulière sous le nom d'eaux sulfatées : ce sont les eaux minérales qui ont leur point d'émergence au-dessous des terrains modernes.
L'origine des sulfates est facile à expliquer : ou les eaux minérales les ont trouvés tout formés dans les couches du sol principalement sédimentaires ; ou ils sont le résultat d'une action chimique spéciale. Dans ce dernier cas se range l'eau de Cransac, qui emprunte de l'acide sulfurique aux schistes pyriteux.
Les eaux sulfurées à base de sulfure de sodium sont généralement peu sulfatées, sans doute parce que l'acide sulfurique a subi Faction réductrice de la matière organique. Les eaux à base de sulfure de calcium en sont, au contaire, notablement chargées; d'abord parce qu'elles prennent naissance dans les terrains gypseux, et ensuite parce que la matière organique n'a pu atteindre toutes les parties du sulfate de chaux qu'elles entraînent avec elles pendant leur mouvement ascensionnel.
Suivant la classe à laquelle appartiennent les eaux minérales, l'acide sulfurique est représenté dans les analyses combiné avec la soude, la potasse, la chaux, la magnésie, Toxyde de fer et même avec l'oxyde de manganèse et l'alumine.
§ IIL — SnlfAtes dans l'eau de mer
Dans l'eau de mer, les sulfates alcalins constituent environ la 6® ou la 7* partie de chlorure de sodium dissous; mais il convient de dire que ces sels sont plus sujets à subir des variations que les autres. D'après M. Usiglio 1,000 grammes d'eau de la Méditerranée puisée sur les côtes de France contiennent &r, 43 d'acide sulfurique calculé anhydre et combiné en grande partie à la magnésie. Dans l'eau de l'Océan, des analystes ont montré au contraire une variation de 28^,289 à 2&'',436.