CHAPITRE XVI
V arsenic^ dit Robert Boyle, peut aum se rencontrer dans les eaux minérales, ce qui n'est pas étonnant y car ce corps existe abondamment dans Vintérieur de la terre^ d'où jaillissent ces eaux 2.
Cette hypothèse, sur laquelle plus d'un siècle et demi a passé sans qu'on s'en soit préoccupé autrement, a été confirmée par M. Tripier, alors pharmacien militaire à Alger. . En effet, dans le cours de l'année 1839, M. Tripier annonça
1. Journal de pharmacie et de chimie, 3* sériOi 1863, t. XLIII, p. 251. 9. M. Hœfer. Histoire de la chimie, t. If, p, 179.
qa'il avait trouvé dans les dépôts de l'eau tbermale de Hammanmes-Koutin (Baias maudits), parmi des carbonates de chaux, de strontiane et de magnésie, de l'oxyde de fer, de Toxyde de manganèse et du fluorure de calcium, une petite quantité d*arsenic, qu'il suppose à Tétat d*arséniate de chaux et de strontiane ^ .
Peu de temps après, M. 0. Henry entreprit, sur des échantillons d'eau minérale de cette provenance et sur des incrustations, ayant la même origine, plusieurs expériences dans le sens dé celles de M. Tripier. Mais, soit que ce chimiste n'ait pas opéré de la même manière, toujours est-il' qu'il ne put confirmer d'abord la découverte de M. Tripier.
L'attention des chimistes s'étant portée sur ce point, M. O. Henry, opérant en 1845 avec de nouveaux dépôts d'eau minérale d*Hamman-mes-Koutin, est revenu sur sa première assertion ; il a pleinement confirmé les résultats de son devancier, et il a considéré l'arsenic dans cette eau à l'état d'arséniate de chaux ou de baryte.
L'année suivante,'M. Walchner, dans une réunion de natura* listes allemands à Brème, mit hors de doute les observations de M. Tripier, en ce qui concerne les eaux acidulés ferrugineuses de la forêt Noire et du duché de Nassau (Ems, Wiesbaben, Schwalbach), et il posa en principe que toutes les ocres déposées par les eaux ferrugineuses pendant leur parcours sur le sol ou dans les réservoirs renfermaient non-seulement de l'arsenic mais encore du cuivre.
MM. Mialhe et L. Figuier 2, expérimentant sur les eaux de Wiesbaden, arrivèrent aux mêmes conclusions que M. Walchner.
A partir de ce moment tous les chimistes qui eurent l'occasion d'analyser des eaux minérales s'appliquèrent à la recherche de Tarsenic, et presque toujours les résultats qu'ils obtinrent ont été affirmatifs.
§ l'r. — Arsenle et ses composés dans les eaux donoes.
A part l'eau douce de Villaines Saint-Aubin (Loiret), qui
1. Tripier. Annalct de chimie et de physique, 8« série, 1841, t, I, p. 340. î. Mialho et Figuier. Journal de pharmacie et de chimie. 3» s^Tie, 1848, t. XIII, p. 401.
AHS£NIC éS»
sort d^une couche d'argile et dans laquelle M. Poanvarède a indiqué des traces d'arsenic, aucune autre analyse. d*eau de rivière ou de source n'en fait mention. Cependant M. E, Mar-^ chand, généralisant la théorie de M. Walchner, croit que toutes les eaux potables peuvent renfermer de l'arsenic et du cuivre.. « Mais, dit-il, si ces deux métaux existent dans les eaux po-* tables, c'est en proportion tellement faible, que c'est à peine s'ils deviendront sensibles sur le résidu de la vaporisation d'un million de litres d'eau ; leur constatation directe ({evient bien difficile à effectuer. »
Il nous semble tout au moins prématuré d'affirmer que toutes les eaux douces contenant du fer renferment aussi de l'arsenic. La grande disposition qu'ont les acides de l'arsenic à produire avec l'oxyde de fer des composés insolubles, permet de dire que s'il est peu facile de reconnaître des traces de ce métalloïde dans un grand nombre de litres d'eau, on pourrait au moins le retrouver dans les concrétions : or, on sait qu'aucun chimiste ne l'a signalé dans ces dernières.
§ II. — Arsenlo et ses composés dans les eaux minérales.
La plupart des analyses d'eaux minérales qui sont chargées notablement de fer, comprennent l'arsenic tantôt à l'état d'arsénite, tantôt à l'état d'arséniate de potasse ou de soude, tantôt enfin à l'état d'arséniate de chaux et de magnésie. Mais la théorie de M. Walchner, qui veut que toutes les eaux ferrugineuses soient arsenicales *, n'a pas été trouvée exacte par MM. A Chevallier et Gobley 2. Ainsi ces chimistes ont prouvé que certaines sources très-ferrugineuses, comme celles de Forges (Seine-Inférieure), étaient complètement privées d'arsenic. M. Filhol est arrivé, de son côté, à un résultat identique en ce qui concerne les sources ferrugineuses d'Aulet (Aude), et une autre source située dans le département du Tarn -et- Garonne : ce qui le conduit à admettre, contrairement à l'opinion de M. Walchner, que tous les terrains ferrugineux ne sont pas arsenicaux.
1. Journal de pharmacie et de chimie, 3« série, 1847, t. XI, p. 246.
2. Chevallier elGobley. Recherches sur la présence de Varsenicdans Us taux minérales {BuUeiin de rAcadémie de Médecine, 1848}.
En France, Teau minérale la plus arsenicale que l'on connaisse jusqu'à ce jour appartient à la station de la Bourboule (Puy-de-Dôme) .
Voici les résultats que nous avons obtenus avec Teau des principales sources qui n'existent plus aujourd'hui sous ces noms i.