MATIERE ORGANISEE OU CONFRRVKS
§ P'. — GoAforves des eanz donees.
Ainsi que nous l'avons dit dans le chapitre précédent, la glairine finit avec le temps par acquérir une organisation véritable. Mais en est- il de même de Torigine des matières organisées, tant végétales qu'animales, que l'on rencontre dans les eaux douces, principalement stagnantes ? C'est là, on le comprend, un problème dont la solution est assez difficile. En eflfet, dans ces dernières, les sporules ont pu provenir du sol et même de l'atmosphère. Ces germes microscopiques qui parcourent l'espace, trouvant à la fin un milieu propice à leur évolution, ont pu se développer et produire toutes ces substances vertes qui tapissent le fond des étangs, des mares, enfin de toutes les eaux douces qui ont peu ou pas d'écoulement. Tout ce que l'on sait^ c'est que les eaux douces distillées avec les plantes, abandonnées à elles-mêmes dans des flacons bouchés, renferment une matière organique azotée soluble, qui se précipite avec le temps sous la forme de glaires, et dans lesquelles le microscope découvre des filaments. Mais toute organisation semble s'arrêter là, du moins nous ne sachions pas que dans les eaux douces, placées dans une semblable condition, Ton ait signalé encore la présence de conferves comparables à celles des eaux minérales. Le mode d'agir de la matière organique azotée et amorphe des eaux douces ne serait donc pas le même que celui des eaux minérales, et de plus rien ne prouve, comme nous venons de le dire, que les conferves de celles qui ont le contact de Tair, n'ont pas emprunté leurs sporules à l'atmosphère.
Les eaux douces stagnantes soumises à une température toujours supérieure à 0** et aux radiations lumineuses et solaires commencent par se troubler, puis prennent une teinte verte plus ou moins prononcée. C'est alors qu'apparaissent tous ces végétaux aquatiques sur le nombre desquels la botanique est loin d'avoir dit son dernier mot; mais il se développe aussi d'autres matières organisées, paraissant tenir aussi bien du règne végétal que du règne animal : tels sont les animalcules ou infusoires.
M. Morren, qui a fait des matières organiques végétales et animales des eaux stagnantes l'objet d'une étude très-
suivie, 1 a observé que la coloration verte provenait de plusieurs espèces de conferves et d'animalcules monadaires verts, presque d'une seule espèce, Tenchélide monadaire de Bor; de Saint- Vincent. Quant à la teinte rouge que possèdent certaines eaux stagnantes, M. Morren l'attribue à un autre animalcule d*un beau rouge carminé {trachelemonas volvocina)^ qu'il est arrivé à faire reproduire à volonté en plaçant quelques gouttes d'eau rouge dans de l'eau de puUs filtrée.
Suivant cet auteur, les conferves vertes, les animalcules verts et rouges des eaux douces stagnantes, décomposent avec une grande énergie, comme les végétaux d'un ordre plus élevé et sous l'influence des rayons luminenx, l'acide carbonique dissous dans l'eau.
M. Bineau ^ a aussi remarqué que les conferves qui se développent dans les eaux douces avaient la propriété de décomposer l'ammoniaque. Ses expériences ont porté sur l'eau de pluie conservée depuis quelque temps et dans laquelle il s'était formé des matières organiques végétales analogues à celles des eaux distillées. Il a vu alors que la décomposition de l'aleali avait lieu bien plus rapidement sous l'influence des rayons solaires qu'à la lumière difl'use ou à l'obscurité.
Voici, du reste, les conséquences que M. Bineau tire de ses recherches :
lo La démonstration du fait d'une absorption ou d'une décomposition de sels ammoniacaux efl'ectuée par des plantes avec une intensité analogue à celle qui s'observe dans l'élaboration de l'acide carbonique, et n'ayant rien de comparable avec ce qui a été signalé jusqu'ici au sujet des matières salines, qu'on voyait généralement être absorbées bien moins abondamment que leurs dissolvants;
2o L'aptitude des algues à faire disparaître également les azotates des eaux au sein desquelles elles végètent, soit qu'elles s'assimilent directement l'azote de ces sels, soit qu*elles déterminent leur passage à l'état d'ammoniaque, prête à concourir à leur nutrition ;
1. Morren. Recherches sur l'influence qu'exercent et la lumière et U substance organique de couleur verte souvent contenue dans l'eau stagnante. [Annales de chimie et de physique, 1811, t. I, p. 456'.
2, BiDnaix, Annales de chimie et de phyêiquej t. XLVI, p. 65, 18ô6.