MATIÈRE ORGANISÉE OU CONFERVKS
et l'oxygène sous une forme déterminée par la nature ; 2« en décomposant les principes azotés des eaux et peut-être même en facilitant l'absorption de l'azote atmosphérique; 3® enfin en décomposant de l'acide carbonique, afin qu'elle en assimile le carbone dissous ou bien répandu dans l'atmosphère. Tels sont, en effet) et chimiquement parlant, les éléments qui constituent la matière végétale de toutes les eaux minérales, mais dépouillées des substances étrangères (soufre, silice, oxyde de fer, etc.), qui n'y existent qu'accidentellement.
Voyons maintenant le rôle que l'air joue dans la production des conferves.
Nous croyons devoir rappeler que les eaux qui sourdent du sol n'entraînent jamais de matière organique solide, du moins en apparence, et que c'est seulement après un séjour plus ou moins long à l'air que l'on voit se développer dans Teau ces curieuses végétations.
A les voir occuper continuellement les parois et le fond des réservoirs, en un mot être toujours submergées, on pourraitsup* poser que l'air n'est pas nécessaire à leur génération; mais il n'en est rien. Tout le monde sait que les eaux renfermées dans des conduites ou même des vases dans lesquels l'air n'a pas d'accès ne donnent pas de conferves, et que celles-ci, mises dans des vases avec de l'eau minérale elle-même, mais à l'abri du contact de l'air, ne se développent plus et finissent par se décomposer.
L'eau remplit donc le rôle d'intermède pour communiquer à la matière organique, encore à l'état rudimeutaire, Tair indispensable à la nutrition de la plante.
M. Bineau a conclu de ses recherches que les conferves décomposaient les sels ammoniacaux et les azotates, afin de s'en approprier lazote indispensable à la formation de l'albumine, principe dominant de ces plantes aquatiques, puis que cette absorption se faisait avec d'autant plus de rapidité qu'elles étaient soumises à une plus forte ^insolation. Mais comme la quantité d'azote contenue naturellement dans le végétal est tou^ jours bien supérieure & celle dissoute dans l'eau, il est hors de doute, qu'à la manière des espèces végétantes d'un ordre plus élevé, les conferves puisent l'azote dans l'atmosphère. Du reste, si l'air ambiant n'était pas nécessaire pour développer la matière, on arriverait sans peine à la faire reproduire dans des
flacons complètement remplis d'eau : or c'est ce qui n'est pas; tout au plus parvient-on, ainsi que Ta vu M. Cazin, à faire nattrede la matière organique inorganisée quelques traces d un commencement d'organisation, mais tout s'arrête là.
L'action directe de l'air a sur la matière organique organisée de toutes les eaux les conséquences les plus grandes ; il suffît de la retirer du liquide qui la submerge et de Texposer pendant quelque temps à l'air pour la voir se décomposer rapidement. C'est le cas de ces masses glaireuses qui, extraordinairement gonflées par les gaz, viennent surnager dans les réservoirs des eaux minérales thermales, comme à Bourbon-FArchambault et à Néris. De verte qu'elle était, elle devient peu à peu jaunâtre, puis brune, noire, et elle se décompose ensuite.
Considérées sous uil point de vue général, les conferves possèdent des teintes qui varient avec la nature, la température do l'eau, et enfin le milieu dans lequel elles végètent. Elles sont tantôt d'un beau vert d'herbe (Néris, Bourbon-rArchambauU, É vaux),. tantôt blanches (beaucoup d'eaux sulfurées des Pyrénées), tantôt grises ou noires, suivant la composition des substances minérales qu'elles retiennent emprisonnées ; ce sont les colorations que Ton observe le plus souv^it. Dans quelques cas rares, elles se présentent sous un aspect un peu diflerent; ain;û Anglada a signalé une espèce de matière organisée rouge quMl croit propre aux eaux sulfurées très-chaudes. M. Filhol ne partage pas cet avis, car il a trouvé à Ax, dont les eaux marquent depuis -|- 24% 6 jusqu'à 77«, 5, et à Mérens, qui a des sources minérales marquant depuis -f- 39^ jusqu'à 45°, des conferves d'un beau rouge cramoisi. ^ D'après M. Filhol^ cette coloration serait due à la présence du monas siUfuraria de MM. Joly et Fontan.
Mais la lun ière apporte des changements très- notables dans la couleur des conferves. Ainsi, une de ces plantes qui apparaît à nos yeux avec une teinte verte prononcée si elle végète au contact de la lumière, devient grise et même blanche lorsqu'elle a été recueillie dans un endroit sombre, enfin dans tous les lieux où les rayons lumineux et solaires ne pénètrent pas.
La coloration blanche des conferves des eaux sulfurées est,