SÉPARATION ET DOSAGE DU CHLORE
Le chlore ou Tacide chlorhydrique est Tun des corps que Ton arrive à reconnaître le plus facilement et à doser avec le plus d'exactitude. C^est qu'en effet le nitrate d'argent versé dans une eau préalablement acidulée par Tacide nitrique produit toujours du chlorure d'argent, dont Finsolubilité esta peu près nulle.
La quantité d'eau nécessaire pour ce genre de détermination est très-variable.
Un litre d'eau douce donnant de 4 à 20 centigrammes de chlorure d'argent, on comprend que ce volume de liquide est suffisant pour obtenir un résultat concluant. Mais pour les eaux atmosphériques, il est indispensable d'opérer avec 3 ou . 4 litres au moins, qu on fait réduire jusqu'à 100 centimètres cubes environ; le précipité de chlorure d'argent devient alors appréciable à la balance.
L'analyse qualitative est, pour les eaux minérales, le seul guide pour le volume à employer.
Quant aux eaux des mers, toujours trës-chargées de chlorures, 15 à 20 grammes donnent un dépôt très-abondant de chlorure d^argent mélangé de bromure de ce métal.
Comme toutes les eaux contiennent des sels qui sont précipités, comme les chlorures, par le nitrate d'argent (sulfates, carbonates, phosphates, etc.), on doit préalablement les aciduler à l'aide de l'acide nitrique, puis on y verse le sel d'argent en léger excès. Le dépôt de chlorure d'argent est abandonné à lui-même dans un endroit obscur, et, lorsqu'il est parfaitement réuni, on décante la plus grande partie du liquide clair, et on filtre le reste. Le précipité lavé est placé avec le filtre entre des feuilles de papier Joseph jusqu'à ce qu'il soit sec.
On détache avec soin le chlorure d'argent, que l'on met dans un creuset de platine, puis on le chauffe peu à peu jusqu'à ce qu'il ait perdu toute son eau d'interposition *, tandis que le filtre est brûlé entièrement sur le couvercle du creuset.
Toutes les fois que les eaux ne sont pas chargées d*acide sulfhydrique ou de sulfures le chlorure d'argent est parfaitement blanc. Avec les eaux sulfurées, au contraire, et malgré l'addition de l'acide nitrique, il possède toujours une légère teinte brunâtre. On enlève la petite portion de sulfure d'argent retenu avec opiniâtreté par le chlorure, en lavant le précipité avec de l'acide nitrique étendu de son volume d'eau et chaud.
Avec l'eau de mer, le précipité contient en outre du bromure d'argent; nous ferons connaître tout à l'heure le moyen de séparer ce dernier.
On a proposé dans ces derniers temps de doser le chlore des eaux minérales par la méthode des volumes^ et cela, en renversant le procédé chlorométrique de Gay-Lussac. Mais, comme Ta fait observer M. LevoP, on éprouve la plus grande difBculté à éclaircir les liqueurs par une simple agitation lorsqu'elles renferment le chlorure alcalin en excès, et s'il faut filtrer, on retombe dans les lenteurs inhérentes au mode de dosage par k pesée du chlorure d'argent.
Pour connaître les variations que le sel marin éprouve suivant le lieu où on le prépare, M. Benj. Roux s'est servi d'un procédé chlorométrique aussi exact que simple.
Ce mode d^analyse repose sur ce fait déjà signalé par M. Mohr, que si on verse une solution de nitrate d'argent dans une solution de chlorure alcalin contenant un peu de chromate neutre de potasse, il ne se forme du chromate d'argent que lorsque tout le chlorure a été converti en chlorure d'argent.
Pour cela, M. Roux emploie 1* une dissolution de nitrate d'argent préparée avec 14 gr. 529 de nitrate pur et sec, et la quantité nécessaire d'eau distillée pour obtenir un volume de 1000 cent, cubes ; 2* une solution normale de sel pur et décré-
1. On peut 86 dispenser de chauffer jusqu'à la fusion le chlorure d*argent, car dans cet état il adhère fortement au vase et on a quelque peine à l'en détacher. Si cela arrivait, on mettrait dans le creuset de la limaille de zinc, de l'eau et de l'acide sulfurique. L'hydrogène naissant réduit assez facilement le chlorure d'argent fondu.
% Jourtial de pharmacie et de c/itmt>, 1857; t. XXXI, p. 109.
pité, obtenue avec 5 grammes de chlorure de sodium et le volume d'eau nécessaire pour 1000 cent, cubes; S"* une dissolution de 30 grammes de chromate neutre de potasse dans 300 grammes d*eau ; A"* une burette de 50 grammes, au moins, de capacité, semblable à celle des essais alcalimétriques, portant 100 divisions, dont chacune correspond à 0 gr» 50 cent, cubes, de la liqueur d'argent.
Veut-on apprécier la quantité de chlorure de sodium que renferme un échantillon de sel, on en pèse exactement 5 grammes ou 1 gramme que Ton dissout dans de Teau distillée, de manière à ce que la dissolution occupe le poids de 1000 grammes ou de 200 grammes.
La solution étant opérée,*on prend avec une pipette 50 grammes que Ton verse dans un verre à expérience. Cette solution étant colorée par dix à douze gouttes de la liqueur de chromate de potasse, on y verse la solution titrée de nitrate d'argent jusqu à ce que le précipité formé passe de la teinte jaune clair à la teinte jaune rougeâtre.
Une fois ce résultat obtenu on lit sur les parois de la burette le nombre de divisions employées pour précipiter tout le chlore.
La burette marquant 100 divisions, et chaque division correspondant à 0 gr. 00-25 de chlorure de sodium, il est évident que s'il faut 80 divisons de la liqueur d'argent, les 0 gr. 0025 de nitrate d'argent employé répondront à 0 gr. 200 de chlorure de sodium, soit 80 V^. S'il avait fallu 98 divisions de la solution d'argent, le sel examiné renfermerait 0 gr. 245 de chlorure de sodium et serait au titre de 98 1 •/" de chlorure.
On peut ainsi, affirme M. Roux, déterminer très-rapidement et à 1 V"* près la richesse en chlorure de sodium du sel marin.