‹ Traité de chimie hydrologique comprenant des notions générales d'hydrologie et l'analyse chimique des eaux douces et des eaux minéralesChapitre 94 sur 299 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

On admet asse2 généralement que jamais, ou presque jamais, une eau minérale transportée au loin ne jouit des mêmes propriétés thérapeutiques que lorsqu'elle est utilisée à son point d'émergence. Elle n'a d'abord plus son calorifique primitif, principe peut-être plus important qu'on ne le croit généralement ; puis, par suite de divers arrangements survenus entre ses principes constituants, et surtout des altérations qu'elle a subies de la part du temps, elle ne possède plus quelques-unes des propriétés physiques qui la caractérisaient à la source même.

l. Annales dû la HodéU d'hydrologie , t. I, 1S54, p. 904.

288 KAUX MINÉRALES

Voulons-nous dire par là que Ton doit rayer du formulaire hydrologique les eaux minérales que, depuis des siècles, on administre en boisson et à une distance souvent considérable des sources? Pas le moins du monde ; nous connaissons les services qu'elles rendent journellement à la thérapeutique^ et nous sommes convaincu que si, en général, on apportait plus de soin dans leur mode de conservation elles seraient encore mieux appréciées dans leurs effets.

Comme chimiste, les eaux minérales transportées sont dignes d'attirer son attention, parce que les altérations que beaucoup d'entre elles subissent n'ont pas re.cu tous les éclaircissements que l'on est en droit d'attendre de Tétat actuel de la science. Il est, en effet, tout aussi important de connaître la composition exacte d'une eau minérale transportée et conservée depuis quelque temps, que celle de Teau puisée récemment à la source; or, il faut bien l'avouer, aucun analyste n'a encore absorbé ce sujet d'étude : tout au plus s'est-on contenté d'indiquer les altérations de deux ou trois principes minéralisateurs. Il y a là évidemment une lacune que les expérimentateurs devraient s'empresser de combler.

La diminution ou l'augmentation du calorique naturel des eaux minérales est la première cause de la modification qui s'opère entre les principes minéraux et saUns; tous les cbi* mistes savent que Certaines substances salines sont dans un état de mobilité tel, que de simples alternatives de chaud et de froid les dissocient en tout ou en partie. Puis viennent les éléments de l'air, l'élimination partielle ou générale des gaz que les eaux tiennent en dissolution et en combinaison, et principalement l'existence des matières organiques normales ou acci* dentelles.

Chaque variété d'eau minérale possède une manière d'être qui lui est propre; d'où il résulte que les modifications que les eaux éprouvent sous l'influence des causes que nous venons de nommer, ne sont jamais parfaitement identiques dans toutes. •On peut cependant établir quelques règles générales basées sur la nature et la proportion des principes dominants : ainsi les eaux sulfurées ne s'altèrent pas de la même manière que les eaux bicarbonatées, et celles-ci que les eaux sulfatées et les eaux chlorurées. Nous allons passer en revue les modifications

MODIFICATIONS DES EAUX EN BOUTEILLES t89

et les altérations des eaux minérales transportées d'après les quatre grandes classes précédentes.

Hais d'abord disons qu'à part les eaux sulfurées qui sont généralement peu sulfatées» toutes les autres indistinctement, lorsqu'elles ont été conservées pendant très** longtemps dans des vases mal bouchés, au contact des rayons lumineux et solaires, et dans un endroit dont la température est modérément élevée, répandent une odeur toute spéciale d'hydrogène sulfuré, et cela d'autant plus rapidement et profondément que les matières organiques sont de nature plus altérable et plus abondantes, et qu'il existe plus de sulfates dans les eaux. La matière organique, agissant comme corps réducteur, transforme l'acide sulfurique des sulfates en sulfure, puis en acide sulfhydrique ; les corpuscules qui voltigent dans l'air, des bouchons malpropres, un sinH>le débris de paille sufQsent pour convertir l'eau minérale la plus agréable à boire en un liquide d'odeur repoussante. On évite en partie ces inconvénients en se servant de vases de verre très-foncé au lieu de vases de grés : ceux-ci par leurs rugosités intérieures sont difficiles à maintenir dans un parfait état de propreté, et ne permettent pas d'apercevoir si le rinçage a été suffisamment prolongé.

Les eaux minérales les plus claires et les plus transparentes se conservent mieux que celles qui sont louches et dans lesquelles nagent des matières organiques mélangées à des substances minérales. L'eau minérale de Neyrac (Ardèche) qui arrive trouble à la surface du sol (par suite de la présence du carbonate de chaux imprégné d'humus], mise en bouteilles et conservée avec tout le soin possible, répand au bout de quelque temps une odeur désagréable qu'elle ne possède pas à son point d'émergence.

Les eaux chlorurées et les eaux sulfatées sont celles qui éprouvent les modifications les moins sensibles et les moins apparentes pendant leur transport et leur conservation. Cependant plusieurs d'entre elles contiennent une quantité notable d'acide carbonique, et d'après quelques auteurs, du bicarbonate de fer et de l'acide sulfhydrique : toutes substances qui les font alors ranger parmi les eaux bicarbonatées et sulfurées, sous le rapport des précautions à prendre pour les maintenir dans un état parfait de conservation.

Lkfort, 2* édition. 10

Les eaux sulfurées, à base de sulfure de sodium ou de calcium sont, de toutes les eaux minérales, celles qui, conservées en bouteilles et transportées au loin, éprouvent les modifications les plus promptes et les plus profondes dans leurs principes constitutifs.

M. Filhol qui s'est livré à une étude très-attentive des difTérentes altérations que les- eaux pyrénéennes subissent, soit lorsqu'on les expose pendant quelque temps au contact de Tair, soit lorsqu'on les conserve en bouteilles , a montré, par des ■analyses nombreuses, que toutes les eaux sulfurées sodiques d'une même station, transportées au loin, se décomposaient de la manière la plus diverse. Ainsi, pour en donner ici un exemple, l'eau des huit sources deBagnèresde Lu4hon, transportée et essayée plusieurs mois après son puisement, à Paris, a montré à ce chimiste que la source de Bordeu avait perdu 7 pour 100; la source du Pré n» 1, 14 pour 100 ; et la source de la Reine 30 pour 100 de leur principe sulfureux ; toutes ces différences tiennent, à n'en pas douter, au degré de sulfuration, qui n'est pas le même pour chacune d'elles, et à d'autres causes encore peu connues.

M. Gintrac a annoncé que l'eau de la source de César vieille, à Cauterets, analysée à Bordeaux, avait perdu 47 pour 100 ; la source du Tambour, à Baréges, 44 pour 100 ; et la source Vieile, à Baréges, 34 pour 100 de leur principe sulfureux, et cela dans l'espace de quelques mois.

M. Filhol, de son côté, a résumé dans le tableau suivant le résultat de ses recherches avec l'eau de Bagnères de Luchon, prise à la source, puis transportée à Paris et analysée quelques mois après le puisement.

Page 1