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TRAITEMENT DES MINERAIS D’ARGENT

Aaialgamation américaine. — Le minerai qui renferme de l’argent natif, du chlorure et du sulfure d’argent et beaucoup de gangue, est réduit en poudre avec de l’eau dans une machine appelée arrastre. On obtient ainsi une bouillie qu’on étale dans une cour dallée {patio) après qu’elle a pris une certaine consistance par la dessiccation. On répand alors à la surface du tas {tourte) du sel marin dans la proportion de 2 parties pour 100 dominerai. On rend le mélange uniforme en le faisant piétiner par des mules, puis on y ajoute 1 à 2 p. 100 de pyrite cuivreuse grillée, qui doit contenir environ 20 p. 100 de sulfates de fer et de cuivre; c’est le magistral. On procède alors, toujours de même, à l’incorporation d’une première dose de mercure (4 parties environ pour une partie d’argent contenue dans le minerai). Quand le mélange a été suffisamment piétiné, c’est-à-dire après quinze jours ou six semaines, on l’abandonne à lui-même jusqu’à ce que la réaction se ralentisse, ce qu’on reconnaît à la consistance de l’amalgame. On incorpore alors à la masse une nouvelle quantité de magistral. Si la tourte échauffe, on y incorpore de la chaux ou des métaux divisés. Quand l’amalgame essayé ne contient plus de mercure liquide, on procède à une nouvelle addition de mercure (la moitié environ de la quantité primitive). La durée de cette amalgamation est d’un à trois mois. Quand elle est terminée, on ajoute encore une fois du mercure, dans des cuves, de manière à réunir tout l’amalgame, et on enlève par lévigation les matières étrangères. Le mercure chargé d’argent est passé sur des filtres en toile qui retiennent l’amalgame solide, grenu ou plastique, renfermant 15 à 20 p. 100 d’argent. Cet amalgame est enfin distillé et l’argent restant est soumis à la fusion.

Voici la théorie, donnée par Boussingault et par Karsten, de cette intéressante opération métallurgique, dont il reste pourtant quelques points obscurs.

Le sulfate de cuivre du magistral et le sel marin donnent par double décomposition du chlorure cuivrique et du sulfate de sodium. Le chlorure cuivrique rencontrantle sulfure d’argent réagit d’après l’équation

2CuGl2 H- Ag2S = Gii2CI2 + 2AgGl H- S.

Le chlorure cuivreux formé est soluble dans le sel marin, et celte solution agit à son tour sur le sulfure d’argent:

Gu^GP -P Ag2.S = GiPS -P 2A gGl.

ARGENT

Le chlorure cuivreux ramène en outre à l’état métallique la petite quantité de chlorure d’argent dissous dans le sel marin. Quant au reste du chlorure d’argent, formé ou préexistant, il est réduit par le mercure et sc transforme en amalgame; une portion du mercure se convertissant en chlorure mercureux est ainsi perdue. On éviterait en partie cette perte, qui est le double du poids de l’argent produit, en effectuant la réduction du chlorure d’argent par d’autres métaux, le zinc, le fer ou le cuivre.

Quand la tourte s’échauffe, c’est qu’il y a trop de magistral et qu’il se forme un excès de chlorure cuivrique qui détermine la formation d’un peu de calomel et la réduction du chlorure d’argent est entravée. Le mercure alors se divise et prend un aspect grisâtre. On y remédie par l’addition de chaux.

Amalgamation a chaud. — Dans l’Amérique du Sud, où l’on a aflaire à des minerais non sulfurés, c’est-à-dire à de l’argent natif et à du chlorure d’argent, on pulvérise le minerai et on le traite à 100° dans des chaudières à fond de cuivre, par une solution de sel marin et par du mercure ajouté peu à peu. Le chlorure d’argent, au contact du cuivre, en présence du chlorure de sodium, donne du chlorure cuivreux et de l’argent qui s’amalgame ; le chlorure cuivreux, entrant en dissolution à la faveur du chlorure de sodium, réduit alors le chlorure d’argent dissous ou en suspension. Ici la perte de mercure est à peu près nulle.

Amalgamation saxonne. — Ce procédé, aujourd’hui abandonné, consiste à griller le minerai avec du sel marin de manière à convertir le sulfure d’argent en chlorure. Le minerai grillé et chloruré est introduit, avec 30 p. 100 d’eau et 6 p. 100 de débris de fer dans des tonneaux animés d’un mouvement de rotation autour d’un axe horizontal. Après que le fer a réduit le chlorure d’argent, on introduit du mercure (50 p. 100) dans le tonneau de manière à produire l’amalgame d’argent qu’il ne reste plus qu’à filtrer et à distiller. L’argent ainsi obtenu renferme toujours beaucoup de cuivre et d’autres métaux, mis en liberté par le fer, en même temps que l’argent.

La distillation de l’amalgame par le procédé saxon s’effectue dans des coupes en îav hb fixées sur une tige portée par un tré-

COUPELLATIOiN DU PLOMB D’ŒUVRE.

pied a. Ce trépied est placé dans une cuve pleine d’eau, maintenue froide par un courant d’eau extérieur. Il supporte une grande cloche en fei* (fig. 204) qui recouvre l’ensemble des coupes et dont la moitié supérieure est entourée de charbon. Le mercure en distillant se condense dans la cuve a.

1005. Traitement des plombs argentifères. — Les galènes, presque toujours argentifères, fournissent un plomb qui contient tout l’argent du minerai et qu’on nomme plomb d’œuvre. Autrefois on ne pouvait traiter que les plombs relativement riches en argent, c’est-à-dire en contenant au moins 1 millième. On peut aujourd’hui, grâce au pattinsonage., du nom de son inventeur N.-L. Pattinson, traiter des plombs beaucoup plus pauvres.

Le pattinsonage est fondé sur ce fait que lorsqu’on laisse refroidir lentement du plomb argentifère fondu, il abandonne des cristaux de plomb pauvre en argent, tandis que le métal liquide s’enrichit, l’alliage étant plus fusible que le plomb. On enlève à l’aide d’une écumoire le plomb cristallisé dans une première chaudière en fonte, jusqu’à ce que l’on en ait retiré environ les 7/8 si le plomb est pauvre, ou les 2/3 seulement s’il est riche. Ce plomb cristallisé est traité de même dans la chaudière voisine et on arrive ainsi par fractionnements successifs à obtenir d’une part du plomb marchand, à 2 ou 4 grammes d’argent par 100 kilogrammes ; d’autre part du plomb riche, plomb de coupelle pouvant contenir de 0,9 à 1,8 p. 100 d’argent.

1006. Coupellation du plomb d’œuvre. — Le plomb d’œuvre riche ou enrichi par le pattinsonage est soumis à la coupellation, opération dans laquelle le plomb se convertit en litharge, qui est fusible, tandis que l’argent est inoxydable. On fait écouler la litharge en fusion ou on la fait absorber par des matériaux poreux.

CouPELLAïiox ALLEMANDE. — Le four employé est une espèce de four à réverbère dont la sole est une calotte sphérique ou coupelle, formée de marne fortement tassée, qui repose sur un lit de briques et qu’il faut renouveler fréquemment. La voûte du four G est en tôle et peut être enlevée à l’aide d’engins extérieurs lorsqu’il faut renouveler la coupelle poreuse (fig. 205).

La coupelle a un diamètre de 3 mètres et une profondeur de 0“30; son bord est muni du côté de la porte de sortie de rainures pour l’écoulement de la litharge ; à l’opposé de celte porte débouchentdeux tuyères tl' qui amènent l’air nécessaire. La charge étant

AllGENT.

offeclLiée, on font! le plomb; il s’en sépare des crasses {Abstrich) formées de sulfures et d’un reste de gangue ; on les enlève à l’aide de râbles, puis on donne le vent alternativement par les deux tuyères, de manière à obtenir une Üamme oxydante. La litbarge fondue s’écoule par les rainures dont on augmente progressivement la profondeur; les dernières litliarges sont argentifères et recueillies séparément. Vers la fin de l’opération, le métal se recouvre d’un voile irisé qui fait subitement place à \ éclair : c’est la surface brillante de l’argent qui apparaît subitement. L’éclair ne dure qu’un instant puisque le métal se refroidit rapidement et prend

la température du four, tandis que tant que dure l’oxydation la température du métal est supérieure à celle du four; l’éclair passé, on verse de l’eau sur le métal et on l’enlève. L’argent qui reste ou argent cV éclair renferme encore environ 2 p. 100 de plomb. La coupellation d’une charge de plomb de 10 tonnes dure 72 heures.

Coupellation anglaise. — Le four de coupellation est un four à réverbère à sole elliptique mobile, portée sur un chariot. La sole peut recevoir 300 kilogrammes de plomb; elle est en os calcinés imprégnés d’une solution alcaline. Les litharges produites s’écoulent par une rainure maintenue toujours à la même profondeur, l’oxydation devant avoir lieu à niveau constant, c’est-à-dire qu’on ajoute du plomb fondu à mesure que s’écoule la litbarge. On

Fig. 205.

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