ALLIAGES D’ARGENT
1013. L’argent est rarement employé à l’état pur en raison de sa faible dureté et de l’usure rapide c[ui en est la suite. Son principal usage à l’état fin est la fabrication d’ustensiles de laboratoire. En outre, on recouvre fréquemment le cuivre ou divers alliages d’une couche d’argent pour leur communiquer le bel aspect de ce métal; nous en reparlerons à propos de \ argenture (1017).
L’argent s’allie en toutes proportions au plomb, à l’or, au cuivre.
Les seuls alliages d’argent que nous ayons à considérer ici sont ceux qu’il forme avec le cuivre, à des titres divers suivant la destination. On admet des alliages en proportions définies ; l’un fusible à 970° et renfermant Ag®Cu'' (Levol); l’autre, AgCu, fusible à 947° (Matthiessen).
Les alliages usuels sont l’alliage monétaire, qui renferme 900 d’argent p. 1000, c’est-à-dire qu’il est à 900 millièmes de lin, pour les pièces de 5 francs. Pour les monnaies divisionnaires ce titre a, pour diverses raisons, été abaissé à 835 millièmes ; on a cherché à remplacer en partie le cuivre par le zinc, afin de conserver à l’alliage la couleur de l’alliage à 900 millièmes.
Les autres titres légaux eiiFrance sont de 950 millièmes pour les objets d’orfèvrerie au premier titre et pour les médailles, et de 800 millièmes pour l’orfèvrerie au deuxième titre. La soudure d’argent est à un titre qui ne dépasse guère 670 millièmes.
En raison de la difficulté d’obtenir rigoureusement les titres ci-dessus, la loi accorde une tolérance de 2 millièmes en deçà ou au delà pour les monnaies et les médailles, et de 5 millièmes pour la vaisselle, l’argenterie et la bijouterie.
ESSAI DES ALLIAGES D’ARGENT
Ces essais, qui ont plutôt pour but de rechercher si l’alliage est
ESSAI DES ALLIAGES D’ARGENT
dans les limites de tolérance légale que d’établir la quantité exacte d’argent, se font par voie sèche ou par voie humide. La multiplicité de ces essais dans les laboratoires des monnaies et des bureaux de garantie, où l’on vérifie les alliages commerciaux, exige qu’ils puissent se faire avec rapidité sans pour cela leur enlever leur précision.
1014. Essai par coupellation. — Avant 1832, on employait exclusivement la voie sèche, c est-à-dire la coupellation.
Fig. 208.
Nous connaissons le principe de cette opération (1006), mais il faut ajouter que la litharge en fusion possède la propriété de dissoudre l’oxyde de cuivre qui se forme en même temps et l’entraîne avec lui dans la coupelle poreuse. L’essai par coupellation est encore usité dans certains cas; nous devons donc entrer à cet égard dans quelques détails.
Le fourneau à moufle pour coupellation est représenté fig. 2G8. Le moufle est un demi-cylindre en terre réfractaire fermé à l’une de ses extrémités. L’air du moufle se renouvelle sans cesse grâce aux fentes longitudinales qui y sont pratiquées et par lesquelles cet air est appelé par le tirage du foyer. C’est dans ce monde qu’on place les coupelles en cendres d’os qui doiventrecevoir l’essai.
ARGENT
Quand le moulle et la coupelle sont portés au rouge, on introduit du plomb exempt d’argent dans la coupelle. Lorsque le plomb est fondu, on y porte l’alliage pesé et enveloppé dans un petit carré de papier qui, en brûlant, réduit la petite quantité d’oxyde de plomb qui s’était formée. L’alliage se dissout dans le plomb, et celui-ci s’oxyde, en même temps que le cuivre. L’oxyde de plomb fondu dissout l’oxyde de cuivre, et est peu à peu absorbé avec celui-ci par la coupelle, jusqu’à ce que l’argent, inoxydable, reste seul. Lorsque l’opération touche à sa fin, on avance la coupelle vers l’ouverture du mouQe, et on laisse la porte assez ouverte pour pouvoir suivre les dernières phases de la réaction. Les dernières traces d’oxyde produisent à la surface de l’argent fondu une pellicule animée d’un mouvement ondulatoire rapide et présentant l’irisation caractéristique des lames minces; puis cette pellicule se déchire subitement et laisse à nu l’argent métallique, en produisant le phénomène de Y éclair (p. 276). Il faut alors laisser refroidir lentement le bouton d’argent afin que l’oxygène dissous ne se dégage pas brusquement au moment de la solidification. Le rochage qui se produirait dans ce cas pourrait entraîner une perte d’argent par projection; le bouton est alors hérissé de dentelures et d’aiguilles.
On détache finalement le bouton de la coupelle, on le nettoie avec une brosse et on le pèse.
L’essai se fait avec 1 gramme d’alliage pour les hauts titres ; avec la moitié pour les titres à 800 millièmes et au-dessous, afin d’abréger l’opération. Quant à la quantité de plomb à employer, elle varie avec la richesse de l’alliage. Voici ces quantités pour 1 gramme d’alliage :
Titre de l’argeut.
Plomb.
500 et au-dessous.
Si l’on ne connaît pas le titre de l’alliage, on le détermine approximativement par un essai préliminaire.
Si la température de la coupellation a été trop élevée, il y a
ESSAI DES ALLIAGES D’ARGENT
perle d’argent par volatilisation, et il faut faire subir à l’essai une correction qui est de 1 à 5 millièmes au plus.
1015. Essai par voie humide. — Ce procédé, beaucoup plus rigoureux que le précédent, est dû à Gay-Lussacet est fondé sur la précipitation de l’argent par le chlorure de sodium en solution titrée. Le chlorure d’argent se réunit très bien par l’agitation, et la liqueur surnageante étant limpide, il est facile de voir si une nouvelle addition de sel y produit encore un précipité.
La solution normale de chlorure de sodium est établie de telle façon que 100 centimètres cubes à 15° (1) précipitent 1 gramme d’argent. Ces 100 centimètres cubes doivent donc contenir O^^Sin de sel. Une liqueur dix fois plus faible ou liqueur décime sert à constater si la précipitation est complète ; 1 centimètre cube de cette liqueur décime précipite 1 milligramme d’argent. D’autre part, il peut se faire que la liqueur normale ajoutée se trouve en excès ; on établit alors cet excès à l’aide d’une liqueur décime d’argent contenant 1 gramme d’argent par litre.
Pour vérifier le titre d’un alliage, on en prend un poids tel qu’il comprenne 1 gramme d’argent. Le poids à peser variera donc avec le titre de l’alliage. Ainsi pour avoir 1 gramme d’argent avec un alliage à 900 millièmes, il faudra en peser ^ ;
mais comme il y a une tolérance de 2 millièmes, et qu’on se contente de rechercher si le titre est supérieur à 897, on pèse ^ = 1^%1148. Pour le titre à 950 millièmes, on pèsera de même D", 0593 = ^ d’alliage, et pour le titre à 835 on en prendra 1,2019 =~. Si le titre était inconnu, on l’établirait approximativement par coupellation.
On dissout l’alliage (par exemple 1^‘’,1148 d’alliage à 900) dans 5 ou 6°° d’acide azotique contenu dans un flacon chauffé au bainmarie, puis on y verse 100 centimètres cubes de liqueur normale de sel marin à l’aide d’une pipette jaugée B. Pour remplir celle-ci, onia met en communication par un tube en caoutchouc muni d’un robinet avec le réservoir A. La pipette se remplit par le bas ; quand le liquide déborde par l’orifice supérieur c, on ferme le robinet, on bouche l’orifice c avec le doigt, on enlève le tube de caoutchouc, on glisse le flacon sous l’orifice et on y laisse couler le liquide en
(1) Si la température s’écarte notablement de 15 degrés, il faut faire subir une correction à Tessai.
ARGENT
retirant le doigt. Cette disposition, due à M. Stas, est une modification de la pipette de Gay-Lussac.
Le llacon ayant reçu la liqueur normale est soumis à une vive agitation dans un panier à compartiments qui reçoit en même
neuf autres essais et qui est suspendu par une courroie à un ressort d’acier. Le chlorure d’argent s’étant bien réuni, on le laisse déposer et on ajoute ! centimètre cube de liqueur décime au liquide éclairci. Si cette addition ne produit aucun trouble c’est que le titre de l’alliage n’est pas supérieur à 898 millimètres ; il peut même être inférieur à 897.
Pour le savoir, on ajoute d’abord 1 centimètre cube de liqueur décime d’argentpour précipiter la liqueur décime de sel qu’on avait versée dans Fig. 209. le liquide; puis de nou-
veau, après avoir laissé éclaircir, 1 centimètre cube de liqueur décime d’argent. S’il ne se produit pas de précipité, c’est que le titre est à 897 ; s’il y a un précipité c’est que le titre est inférieur, et dans les deux cas, l’alliage doit être rejeté. }
Lorsque la liqueur décime de sel produit un trouble, ce qui doit ' être si l’alliage est dans les limites delà tolérance légale, soit à 898, on ajoute de nouveau, après clarification, 1 centimètre cube de la même liqueur, et ainsi de suite jusqu’à ce qu’il ne se produise plus de précipité. Cbaque centimètre cube de liqueur décime de sel qu’il a fallu ajouter accuse un excédent de 1 milligramme d’argent. Mais comme le dernier centimètre cube a pu ne pas
ESSAI DES ALLIAGES D’ARGENT
être employé en entier, on admet qu’il n’en a fallu que la moitié. Si par exemple il a fallu 4 centimètres cubes de liqueur décime, c’est que l^^l’US d’alliage renferme 1 000 -|- 0035 d’argent,
et son titre est de = 900,16 millièmes.
1016. Procédé de M. Volhard. — Le titrage s’effectue comme dans la méthode de Gay-Lussac, mais le chlorure de sodium est remplacé par le siilfocyanate d’ammonium. Le sulfocyanate d’argent est aussi insoluble que le chlorure, et, par la coloration rouge que donnent les sulfocyanates avec les sels ferriques, on peut avec une grande précision saisir le moment où la précipitation de l’argent est complète, si elle a lieu en présence du sulfate ferrique.
Le sulfocyanate d’ammonium produit d’abord un trouble dans une solution d’argent, puis le précipité en devenant plus abondant se réunit en flocons qui se déposent rapidement. Dès que la précipitation est complète, une goutte de sulfocyanate suffit pour produire en présence du sulfate ferrique une coloration rouge-brun très pâle.
On prépare une solution de sulfocyanate d’ammonium telle que 100 centimètres cubes précipitent exactement 1 gramme d’argent. On dissout environ 8 grammes de sulfocyanate d’ammonium pour 1 litre d’eau (il en faudrait exactement 7®%057 s’il était sec), puis on titre 10 centimètres cubes de la solution avec une liqueur contenant 10 grammes d’argent par litre. Gomme on lui trouve un titre plus fort, on rétablit le titre voulu par l’addition d’une quantité d’eau calculée d’après le titre observé.
On dissout l’essai comme dans l’autre méthode dans l’acide azotique; on chasse les vapeurs nitreuses, on étend d’eau, puis on ajoute 100 centimètres cubes de la solution do sulfocyanate et environ O centimètres cubes d’une solution de sulfate ferrique. Si la coloration rouge due au sulfocyanate ferrique se manifeste, c’est que l’essai renferme moins de 1 gramme d’argent.
On établit facilement la quantité qui fait défaut en ajoutant au mélange, à l’aide d’une burette, la liqueur normale d’argent (à 10 grammes) ou la liqueur décime jusqu’à disparition de la coloration. Si, au contraire, il n’y a pas eu de coloration rouge, l’essai est au-dessus du titre présumé, et l’excédent est donné par la'quantité de sulfocyanate en liqueur décime qu’il faudra ajouter pour faire apparaître la coloration. Ce point étant facile à saisir, on arrive exactement à la teneur en argent (1).
(1) Le procédé de M. Volhard est susceptible d’uiie grande extension. Ainsi il
AUGENT.
ARGENTURE
1017. On connaît un grand nombre de procédés pour argenter les métaux ou le verre. Un des procédés les plus anciens pour recouvrir les métaux d’une couche d’argent, consiste à déposer sur ces métaux une couche d’amalgame d’argent dont on chasse ensuite le mercure par la chaleur. La surface bien décapée du métal est mouillée, à l’aide d’un pinceau, avec une solution faible d’azotate de mercure, puis recouverte d’une couche d’amalgame d’argent; on chauffe légèrement pour ramollir celui-ci et Tétaler à l’aide d’une brosse, puis on porte la pièce au rouge jusqu’à volatilisation de tout le mercure. Pour argenter le fer, il faut préalablement le recouvrir d’une couche de cuivre.
On procédait autrefois aussi à l’argenture du cuivre par divers autres procédés, aujourd’hui presque complètement abandonnés et remplacés par l’argenture galvanique, donnant sans aucune perte un dépôt parfaitement uniforme et adhérent, auquel on peut donner toute épaisseur voulue. Le principe de l’opération est le même que celui du dépôt galvanique de cuivre; mais la nature du bain a une grande influence sur la qualité du dépôt. L’idée première de l’argenture galvanique est due à M. de la Rive ; cette opération est devenue industrielle à partir de 1840, après que MM. Elkington eurent eu l’idée d’employer comme bain le cyanure double d’argent et de potassium. Presque à la même époque M. de Ruolz breveta un procédé tout semblable.
Les objets à argenter, par exemple des couverts, sont d’abord décapés et dégraissés avec le plus grand soin. Pour cela on les plonge dans un bain de carbonate de sodium et on les frotte avec des brosses dures animées d’un mouvement rapide. On les porte alors dans le bain d’argent, obtenu en dissolvant le cyanure d’argent provenant de 250®’" d’argent dans 500®" de cyanure de potassium dissous dans 10 litres d’eau. Le bain est contenu dans une
peut servir à doser volumétriquement le chlore. Pour cela, on précipite la solution du chlorure à analyser par une solution titrée d’azotate d’argent en excès, on filtre et on dose l’excès d’argent dans la liqueur filtrée, à l’aide de la solution de sulfocyanate avec addition de sulfate ferrique. On connaît donc la quantité d argent précipitée à l’état de chlorure et, par suite, le chlore. La filtration du chlorure d’ar.gent est nécessaire parce qu’il peut réagir sur le sulfocyanate d’aninionium par double décomposition.
On peut également doser le cuivre par ce procédé (1003).
ARGENTURE
auge en bois doublée de giilta-percba. On les met en communication avec le pôle négatif d’une pile, le pôle positif étant formé d’arg-ent fonctionnant comme électrode soluble.
Pour arriver à avoir une couche d’une épaisseur déterminée il faudrait peser à plusieurs reprises les pièces à argenter. On évite ce grave inconvénient pratique en faisant usage de la balance de Roseleur. Le lléau porte à une de ses extrémités un plateau pour recevoir les poids et à l’autre un cercle auquel sont suspendus les objets à argenter plongeant dans le bain; on leur fait exactement équilibre, puis on ajoute dans le plateau un poids égal au poids de l’argent qui doit se déposer. Par une disposition spéciale, le courant s’établit dès que le fléau s’incline du côté du plateau. Aussitôt le dépôt commence et quand il a atteint l’épaisseur voulue l’équilibre se rétablit et le courant s’arrête, en sorte que l’opération n’exige aucune surveillance.
Les objets argentés doivent être brossés et brunis.
1018. Argenture du verre et des glaces. — Nous avons vu que beaucoup de substances organiques réduisent à l’état métallique les solutions ammoniacales d’argent. Si l’on se place dans des conditions convenables de dilution et de température, l’argent qui se dépose forme sur les parois du vase une couche très adhérente dont la surface de contact réfléchit les images comme le font les glaces étamées. C’est Liebig qui a le premier indiqué ce procédé pour obtenir un semblable miroir.
On dissout 10 grammes d’azotate d’argent dans 200 grammes d’eau distillée et on y ajoute assez d’ammoniaque pour redissoiidre le précipité d’abord formé*. On aj oute peu à peu à la liqueur 450 centimètres cubes d’une lessive de soude de 1,035 de densité, exempte de chlore ; il se produit un abondant précipité brun noir qu’on redissout par l’addition d’ammoniaque. Enfin on étend le mélange de manière à lui faire occuper 1“‘,450 et on y ajoute une solution d’azotate d’argent jusqu’à ce qu’il commence à se produire un précipité permanent.
D’autre part, on prépare une solution de i^ncre de lait au dixième; c’est la liqueur réductrice qu’on n’ajoute qu’au moment de procéder à l’argenture.
Pour argenter la surface d’une plaque de verre, il faut d’abord la nettoyer et la laver à l’alcool puis poser la plaque horizontalement sur 4 petits cônes dans une auge, à P“,5 du fond, dans latl. — Chimie minérale. 19
ARGENT
quelle on verse le mélange, mais seulement de manière à ne mouiller que la face inférieure de la plaque. Le dépôt d’argent s’effectue aussitôt tant sur la surface du verre que sur les parois de l’auge. On enlève la plaque, on la lave et on la sèche, sans la frotter. P OLir préserver la couche d’argent qui est très faible (2^",2 par mètre carré), Liebig la recouvrait d’une couche galvanique de cuivre.
Le 'procédé Petitjean pour l’argenture des glaces fait usage de l’acide tartrique comme réducteur. On dissout 100 grammes d’azotate d’argent dans 500 centim. cubes d’eau distillée et on y ajoute 62 grammes d’ammoniaque caustique. Cette solution est étendue de 16 fois son volume d’eau; on y ajoute, au moment de l’opération, goutte à goutte en agitant, 7^%5 d’acide tartrique dissous dans 30 centim. cubes d’eau. On prépare en outre une liqueur argentique semblable, mais avec le double d’acide tartrique.
La glace bien nettoyée est placée sur une table horizontale, recouverte d’une toile cirée ou d’une couverture de laine et chauffée vers 40“ ; on répand sur toute sa surface la première solution argentique et après vingt-cinq minutes la couche d’argent est déposée. On incline la glace, on la lave à l’eau tiède, puis on la remet en place pour y verser la seconde solution d’argent qui y produit un dépôt après douze ou quinze minutes. On fixe le dépôt métallique soit par une couche de peinture au minium soit par un dépôt galvanique de cuivre.
On obtient de même un beau miroir métallique sur les parois d’un flacon ou d’un ballon.
M. Lenoir fixe le dépôt d’argent en le convertissant en amalgame. A cet effet, on l’arrose avec une solution de cyanure double de mercure et de potassium, puis après lavage et dessiccation on recouvre l’amalgame d’une couche de vernis.
C’est par des procédés analogues qu’on produit les miroirs des télescopes.
ARGENT ET ÉLÉMENTS HALOGÈNES
1019. Fluorure d’argent AgFl. — On l’obtient en dissolvant l’oxyde ou le carbonate d’argent dans l’acide fluorhydrique. La solution concentrée évaporée à l’air libre abandonne des prismes limpides, incolores et déliquescents, qui renferment AgFl -f- 21PO (Fremy). Cristallisé dans le vide il est en octaèdres quadratiques brillants, contenant AgFl + IPO (Marignac) et s’alté-
ARGENT ET ÉLÉMENTS HALOGÈNES
rantpar une élévation de température. M. Gore l’a obtenu à peu près anhydre, sous la forme d’une masse terreuse jaune brun, par dessiccation de l’hydrate dans le vide. Le fluorure anhydre se dissout dans 0^,55 d’eau à 15°; il est insoluble dans l’alcool. Il fond au-dessus du rouge en un liquide mobile noir qui se prend par le refroidissement en une masse feuilletée noire hygrométrique et pouvant absorber 844 fois son volume de gaz ammoniac.
Le fluorure hydraté ou humide se décompose sous l’influence de la chaleur d’après l’équation
2AgFI -h H'O = Ag3 + 2F1H -h O.
Le chlore agit sur la solution de fluorure d’argent avec élévation de température et dégagement d’oxygène (Gore)
8AgFl -h 4G12 -t- 4H2Q = 7 AgCl ClO^Ag + 8HF1 + O.
Le brome et l’iode agissent d’une manière analogue.
Le silicium attaque avec violence le fluorure d’argent en lui enlevant tout le fluor.
1020. Chlorure d’argent AgCl. — Le chlorure naturel corné ou kérargyrite) se présente en masses cornées ou bien en octaèdres réguliers ou autres formes du système cubique. Il est rarement incolore ou violacé, le plus souvent gris.
Le chlore s’unit à l’argent au rouge, mais sans incandescence (Stas). L’argent décompose le gaz chlorhydrique au rouge ; inversement, l’hydrogène décompose le chlorure d’argent (Boussingault). L’acide chlorhydrique en solution concentrée agit aussi superficiellement sur l’argent ; il en est de même des solutions de sel marin et Proust a constaté que des pièces de monnaie trouvées dans un navire espagnol submergé depuis longtemps s’étaient transformées en chlorure d’argent.
Le chlorure d’argent s’obtient par double décomposition en ajoutant de l’acide chlorhydrique ou un chlorure soluble à une solution d’azotate d’argent. C’est un précipité blanc, généralement caillebotté; mais, ainsi que l’a fait ressortir M. Stas, il peut se déposer sous diverses modifications: 1° à Vétat gélatineux; 2° kl' état caillebotté ; 3° à l’état pulvérulent ; 4° à l’état grenu, cristallin ou fondu. Sous cette dernière forme, il peut être considéré comme tout à fait insoluble dans l’eau froide (qui en prend 1 dix-millionième), mais non à l’ébullition. C’est le précipité caillebotté
ARGENT
qui est le plus soluble; mais sa solubilité diminue lorsque les üocons se contractent ou deviennent pulvérulents par l’agitation.
Lorsqu’on verse à froid et goutte cà goutte une solution étendue d’azotate d’argent dans l’acide chlorhydrique concentré, le précipité se redissout immédiatement ; l’addition d’eau le précipite de nouveau, mais pas complètement. De même le chlorure d’argent est un peu soluble dans l’azotate d’argent en solution concentrée, qui transforme en chlorure cristallin celui qui ne se dissout pas (Debray). Il se dissout aussi dans les chlorures alcalins et alcalino-terreux. Yoici, d’après M. A. Vogel, la quantité de chlorure d’argent que peuvent dissoudre 100 centim. cubes des solutions saturées suivantes :
sr-
Chtorure de baryum 0,0143
— de strontium. .. . 0,0884
— de calcium 0,0930
— de sodium 0,09o0
— de potassium... 0,0472
— d’ammonium... 0,1575
— de magnésium.. 0,1710
gr-
Acide chlorhydrique de
1,16 de densité. . 0,2980
— à l’ébullition 0,5600
— étendu de 1 V. d’eau. 0,0560
— — de 2 V. d’eau. 0,0180
— — de 5 V. d’eau. 0,0035
Le chlorure d’argent se dissout dans une solution chaude d’azotate mercurique, mais s’en dépose de nouveau par le refroidissement (Debray).
Le chlorure d’argent se dissout très facilement dans l’ammoniaque (1 partie se dissout dans 12^,88 d’ammoniaque de 0,89 de densité) ; la solution abandonne le chlorure par l’évaporation en octaèdres brillants. Il se dissout aussi très facilement dans le cyanure de potassium et dans les hyposullîtes.
Le chlorure d’argent fond à 260° en un liquide jaune foncé qui se prend, par le refroidissement, en une masse presque incolore d’aspect corné, de 5,59 de densité ; la solidification a lieu avec une notable dilatation.
Le chlorure d’argent sec absorbe le gaz ammoniac. Le composé saturé à 0° a pour composition AgCLSAzIP. Chaufîé à 35°, il perd la moitié du gaz ammoniac et renferme alors 2AgC1.3AzIl‘'.
Le chlorure d’argent est converti par la potasse bouillante en oxyde d’argent. Traité par le bromure de potassium ou par l’iodure de potassium il est converti en bromure ou en iodure. L’acide iodhydrique concentré produit cette transformation avec élévation de température en dégageant 1I°“*,2 (t. I, 63).
argent et éléments halogènes.
Le zinc eL le fer le décomposent en mettant l’argent en liberté.
Action de la lumière. — Le chlorure d’argent précipité se colore rapidement en violet à la lumière, puis devient brun et finalement noir. Scheele avait déjà reconnu que les rayons violets agissent avec le plus d’activité et que l’eau qui accompagne le chlorure d’argent, devient acide en même temps que de l’argent est mis en liberté. On pensait que l’humidité était nécessaire pour provoquer cette altération, mais Berzelius fit voir que le chlorure sec s’altère de même et que la lumière est sans action en présence de l’eau de chlore, du chlorure ferrique ou du chlorure cuivrique, de traces de chlorure mercurique, etc. La présence de l’acide azotique ralentit aussi cette action. On admit alors, et on admet encore souvent qu’il se forme un sous-chlorure d’argent, mais M. de Bibra fit voir que la quantité de chlore mise en liberté est trop faible pour être accusée par la balance.
1021. Sous- chlorure d’argent. — Il se produit lorsqu’on traite le sous-oxyde ou le citrate argenteux par l’acide chlorhydrique (Wœliler) ; le citrate s’obtient en chauffant le citrate argentique sec dans un courant d’hydrogène. Le sous-chlorure d’argent est une poudre noire qui s’agglutine par la chaleur. Il a pour composition d’après M. de Bibra Ag^CP. L’ammoniaque ainsi que l’acide azotique le dédoublent en SAgCl-j-Ag ; la première en dissolvant le chlorure d’argent, la seconde en dissolvant l’argent.
On peut se demander si l’on a réellement affaire à une combinaison définie et non à un mélange.
1022. Bromure d’argent AgBr. — On l’a trouvé au Mexique et au Chili en petites masses jaunes ou vertes, rarement cristallisé ; c’est la bromargyrite . Uembolite est un mélange variable de chlorure et de bromure.
Précipité, le bromure d’argent ressemble au chlorure ; il est un peu soluble dans l’acide bromhydrique concentré, soluble dans l’ammoniaque, mais beaucoup moins (30 fois) que le chlorure. Dissous dans l’azotate mercurique à chaud, il cristallise en octaèdres parle refroidissement (Debray). Chauffé, il fond en un liquide rougeâtre qui se prend par le refroidissement en une masse cornée jaune. Le chlore le transforme en chlorure : il en est de même du gaz acide chlorhydrique à 700°. Il ne paraît pas absorber le gaz ammoniac.
ARGENT
Comme pour le chlorure, M. Stas a montré qu’il existe plusieurs modifications du bromure d’argent.
Le bromure d’argent est impressionné par la lumière comme le chlorure.
1023. lodure d’argent lAg. — 1j' iodargtjrite est de l’iodure d’argent cristallisé en lames hexagonales, qn’on rencontre au Mexique, au Chili, en Espagne.
Il se forme par union directe et par l’action de l’argent sur l’acide iodhydrique ainsi que par l’action de cet acide ou des iodures solubles sur le chlorure d’argent.
Par l’action de l’acide iodhydrique concentré sur l’argent à chaud, il se dépose par le refroidissement des lamelles incolores qui paraissent être un iodhydrate d’iodure AgHP (H. Deville), puis les eaux mères abandonnent des cristaux hexagonaux d’iodure neutre.
L’iodure d’argent obtenu par voie humide est un précipité jaune insoluble dans l’eau, dans l’acide azotique et à peu près insoluble clans V ammoniaque ^ qui blanchit seulement le précipité. La potasse bouillante ne l’attaque pas ; il devient seulement gris. Il est soluble dans les hyposulfites et les cyanures alcalins, ainsi que dans une solution concentrée et chaude d’iodure de potassium d’où il se dépose par le refroidissement des cristaux d’un iodure double. Il se dissout dans l’azotate mercurique à chaud et s’en dépose en octaèdres par le refroidissement (Debray). Il est donc dimorphe.
L’iodure d’argent se dissout dans une solution concentrée et chaude d’azotate d’argent et l’on obtient par le refroidissement des cristaux représentant une combinaison des deux sels.
Chauffé, l’iodure d’argent se transforme au delà de 116° en une modification plastique rougeâtre et transparente (Kodwell); il fond au rouge sombre en un liquide jaune, rouge ou brun suivant la température. Refroidi, il se prend en une masse cornée jaune. Densité = 5,687 à 0°. Fizeau a fait l’observation curieuse que l’iodure d’argent se contracte à partir de — 10° jusqu’à-|- 70°, puis se dilate de nouveau parle refroidissement. D’après M. Rodwell, le maximum de densité est à 116°.
L’iodure d’argent pur s’altère peu à la lumière; il n’en est pas de même s’il retient des traces d’azotate d’argent ; il se colore alors en gris verdâtre (Stas).