EXTRACTION DU BISMUTH
souvent avec ranlimoinc et avec l’étain jusque vers 1740, époque à laquelle Pott en fit connaître les principales propriétés; ses combinaisons furent ensuite étudiées par Bergmann.
Le bismuth est un métal relativement rare qui se rencontre le plus souvent à l’état natif ou à l’état d’oxyde [bismiitliocre), plus rarement à l’état de carbonate, de silicate, de sulfure Bi^S^ {bismuthine), de tellurure et de sulfotellurures [tétradyinite). Il accompagne aussi quelquefois les minerais sulfurés de cuivre, de plomb et d’argent et les minerais de cobalt. Ces derniers sont exploités à Freiberg et dans d’autres localités l’Erzgebirge (Saxe). On a rencontré des gisements importants de bismuth en Australie, au Pérou et en Bolivie; les minerais de ces pays sont expédiés en Europe, surtout en Angleterre, pour y être traités. En France, on a rencontré le bismuth, partie à l’état natif, partie à l’état de carbonate à Meymac (Corrèze). La production annuelle totale du bismuth est d’environ 25,000 kilogrammes dont 22,000 sont fournis par la Saxe.
1366. Extraction. — Le bismuth natif est généralement retiré de sa gangue par simple fusion, mais celui qui est combiné reste dans la gangue.
L’opération se fait dans des tuyaux en fonte inclinés vers le tiou de coulée (fig. 229). On préfère aujourd’hui en Saxe griller le minerai, puis le fondre dans les fours à smalt avec du fer, du charbon et des scories. Il se forme deux couches ; la supérieure est le speiscobalt qui se solidilie d’abord; la couche inférieure est du bismuth qu’on fait écouler pendant qu’il est encore en fusion. Le bismuth ainsi obtenu est presque pur et ne renferme que des traces de fer, de cobalt, de plomb, d’argent, de soufre et d’arsenic. Pour le raffiner, on le fond sur des plaques de fer légèrement inclinées, sur lesquelles on allume un feu de bois et on le fait couler dans des calottes en fer où il se moule en blocs de 11 à 12 kilogrammes.
Les minerais de plomb et d’argent renfermant du bismuth fournissent un métal qui, soumis à la coupellation, donne de l’oxyde de bismuth passant avec l’oxyde de plomb dans la coupelle poreuse. On épuise celle-ci par l’acide chlorhydrique froid, on précipite la solution par l’eau et on réduit l’oxychlorure de bismuth précipité par le charbon et le carbonate de sodium.
Pour retirer le bismuth du minerai de Meymac, formé princi-
BISMUTH
paiement de carbonate, on l’épuise par l’acide chlorhydrique et l’on lait digérer la solution très peu acide avec des lames de fer. Le bismuth est précipité sous forme d’une poudre noire qu’on lave, qu on comprime et qu’on fond après dessiccation dans un creuset de plombagine sous une couche de charbon (Ad. Carnot).
Fig. 229.
Le bismuth du commerce est généralement très près de la pureté. Celui de Saxe renferme seulement des traces de fer, 0,08 p. 100 de cuivre, 0,05 p. 100 d’argent et 0,10 de soufre. Quelques échantillons peuvent renfermer du plomb. Ce métal doit être soigneusement éliminé lorsque le bismuth est destiné à la préparation des produits pharmaceutiques. On y arrive par voie humide en dissolvant le métal dans l’acide azotique, précipitant le plomb par l’acide sulfurique puis le bismuth par l’eau à l’état de sousazotate qu’on ramène par réduction à l’état métallique.
L’arsenic ne reste pas en dissolution lorsqu’on traite la solution nitrique du bismuth par l’eau, mais il est précipité à l’état d’arséniate basique de bismuth dans les premières portions du précipité ; on peut donc s’en débarrasser en opérant par précipitation fractionnée et rejetant les premières portions du précipité.
On se débarrasse aisément du soufre et de l’arsenic en fondant le bismuth avec un peu de salpêtre et d’un carbonate alcalin; ces métalloïdes se transforment en sulfate et arséniate alcalins qui restent dans la scorie.
1367. Propriétés. — Propriétés physiques. — Le bismuth est un métal dur et cassant, peu sonore. Il est blanc et brillant, avec un reflet rougeâtre. Densité à 12” = 9,823. Il fond à 270®
PROPRIÉTÉS
i (Person; 268”, Van Riemsdyck) et se dilate par la solidification, i II est sensiblement jvolatil au rouge et peut être distillé au rouge i blanc dans un courant d’hydrogène. C’est un des métaux qui conduisent le moins bien la chaleur.
ILe bismuth cristallise très facilement par fusion. En fondant quelques kilogrammes de ce métal et décantant la partie liquide avant la solidification complète, on obtient une très belle géode de bismuth tapissée de grands cristaux d’apparence cubique. Ces cristaux sont en réalité des rhomboèdres très obtus ; leurs faces offrent de beaux reflets irisés dus à une pellicule d’oxyde qui les recouvre.
Propriétés chimiques. — Maintenu fondu à l’air, le bismuth s’oxyde à la manière du plomb; à froid, il ne s’oxyde que très I superficiellement. Il décompose la vapeur d’eau au rouge. Les acides chlorhydrique et sulfurique sont à peu près sans action à froid : à chaud l’acide sulfurique le dissout avec dégagement ' d’acide sulfureux. L’acide azotique est vivement décomposé par le bismuth. Le chlore, le brome et l’iode se combinent très facilement à ce métal.
Poids atomique. — Dumas est arrivé pour le poids atomique du bismuth au nombre 210 par l’analyse du chlorure. La transformation du métal en oxyde Bi^O^ a conduit M. R. Schneider au nombre plus faible 207,5 et M. J. Lœw au nombre 207,33. Le nombre déduit par M. Marignac de la réduction de l’oxyde par l’hydrogène est 208,8, et celui résultant de la transformation de l’oxyde en sulfate, 207,64. C’est en résumé le nombre 207,5 (avec 0= 15,96) qui paraît le plus se rapprocher de la vérité.
Le bismuth est très nettement triatomique, ainsi que cela ressort de la densité de vapeur du chlorure de bismuth, qui correspond à la formule BiCP. Il donne en outre un bichlorure et fournit plusieurs degrés d’oxydation. Ses analogies les plus proches sont celles qu’il offre avec l’antimoine, et on pourrait, comme celui-ci, le ranger parmi les métalloïdes, n’était son caractère beaucoup plus électropositif.
Usages. — Le bismuth est surtout employé pour produire des alliages fusibles et pour préparer divers produits pharmaceutiques dont le principal est le sous-azotate.