PRÉPARATION DU PLATINE
mérées et d’apparence métallique qui ne se soudent pas bien avec le métal spongieux; il en résulte des cavités imperceptibles, mais dont les parois se distendent par l’absorption d’hydrog-ène. Les moyens de compression que l’on possède aujourd’hui amènent une soudure plus complète. Pour arriver au même résultat, Wollaston réduisait le chloroplatinate à une température aussi basse que possible et divisait la mousse de platine en poussière avec les mains, la délayait dans l’eau et la passait à travers un tamis très fin qui retenait les parties à aspect métallique. La poussière était ensuite comprimée en une masse cohérente qu’il chauffait au rouge blanc dans un creuset, pour la forger ensuite en la recbauffant à diverses reprises, comme on le ferait pour le fer. Ce procédé tenu longtemps secret ne fut publié par Wollaston que quelques années avant sa mort.
jMM. Deville et Debray, qui ont si puissamment contribué à l’histoire des métaux de platine, ont montré qu’on peut traiter le minerai de platine ou le platine à l’état d’éponge par fusion directe dans un four à chaux à l’aide du chalumeau oxhydrique.
Le four, représenté dans la figure 235, est formé par une coupelle B taillée dans un bloc de chaux vive et fermé par un couvercle A qui reçoit par une ouverture centrale la buse du chalumeau EE'; l’oxygène y arrive par un tube O, l’hydrogène, qu’on peut remplacer par le gaz d’éclairage, par le tube à robinet H. La flamme s’échappe par une ouverture rectangulaire D, qui permet en outre de voir l’intérieur dü four et de couler le métal fondu. Le minerai ou le métal est introduit par petites portions par une autre ouverture pratiquée dans le couvercle et qu’on ferme avec un tampon de chaux. Si l’on opérait sur le minerai, on mélangerait celui-ci avec 5 p. 1 00 de chaux qui s’empare de l’oxyde de fer formé ; quant au cuivre, il est volatilisé par la haute température produite par le chalumeau ; il en est de même de l’or et du palladium. Le métal fondu renferme le rhodium et l’iridium du minerai.
Ce procédé permet de revivifier le métal des appareils hors d’usage au lieu de recourir à la voie humide, procédé long et pénible.
Fig. 235.
PLATINE
1482. Préparation du platine pur. — Le platine du commerce renferme de l’iridium avec des traces des autres mé^taux entraînées dans la précipitation des chlorures doubles.
Pour séparer l’iridium, Berzelius fondait* lentement dans un creuset de platine le cliloroplatinate d’ammonium avec du carbonate potassique : il se forme du chlorure de potassium, du platine et de l’oxyde d’iridium; on lave le produit avec de l’eau, puis avec une eau régale faible qui ne dissout que le platine et laisse l’oxyde d’iridium, retenant une certaine quantité de platine.
Dœbereiner employait un procédé fondé sur une propriété curieuse découverte par John Ilerschel : la chaux ne précipite l’oxyde de platine ni dans l’obscurité ni à la lumière artificielle, mais bien sous l’influence des rayons solaires, tandis qu’elle précipite immédiatement les oxydes des autres métaux du platine. On ajoute donc de la chaux pure à la solution de platine du commerce jusqu’à réaction faiblement alcaline. On filtre dans l’obscurité, puis on expose la liqueur filtrée au soleil ; l’oxyde de platine se précipite alors peu à peu. Mais il est plus simple de précipiter le platine à l’état de cliloroplatinate d’ammonium après avoir neutralisé la solution filtrée par l’acide chlorhydrique. M. Stas a constaté que le platine ainsi obtenu ne renferme qu’une très faible quantité d’iridium, dont on peut le débarrasser en le redissolvant dans l’eau régale et recommençant le même traitement.
Procédé de MM. Deville et Debray. — On fond le platine avec 5 à 6 fois son poids de plomb dans un creuset de charbon de cornue, puis l’on attaque le culot par l’acide azotique étendu qui dissout la majeure partie du plomb, avec le cuivre et le palladium de l’alliage, ainsi qu’une très petite quantité de rhodium, de platine et de fer. Il reste comme résidu un alliage cristallisé de plomb, de platine et de rhodium, soluble dans l’eau régale faible, et de l’iridium en poudre cristalline, absolument inattaquable par l’eau régale, et retenant tout le ruthénium et la majeure partie du fer.
La dissolution de platine contient un peu de rhodium et de plomb, mais pas trace d’iridium. On précipite le plomb par une quantité convenable d’acide sulfurique, puis le platine à l’état de cliloroplatinate d’ammonium. Si le précipité renfermait un peu de rhodium, ce qui serait le cas si la solution était très colorée en rouge, on le calcinerait après lavage et l’on dissoudrait de nou-
PROPRIÉTÉS
’veau le métal clans l’eaii régale, cjui laisse le rhodium, pour le précipiter une seconde fois par le sel ammoniac concentré.
1483. Propriétés. — Propriétés physiques. — Le platine est un métal ductile et malléable, dont la couleur est intermédiaire entre celles de l’étain et de l’argent. Il est très tenace et peut être étiré en fils d’une grande ténuité. Sa ténacité est voisine de celle du fer; elle lui est supérieure quand le métal est allié à un peu d’iridium qui lui donne aussi beaucoup plus de dureté. Le platine est, après l’iridium, le plus lourd des métaux. Densité du métal fondu = 21,50; du métal martelé = 21,7. Il est infusible dans les fourneaux ordinaires, mais fusible, comme on l’a vu, au chalu-r * meau à oxygène. MM. Deville et Debray ont pu fondre et couler avec cette disposition 300 kilogrammes de platine.
Le chalumeau oxhydrique permet aussi de souder le platine à lui-même, ce qu’on ne pouvait faire auparavant que par l’intermédiaire de l’or. Deville évalue à 2000° le point de fusion du platine. Le platine fondu dissout l’oxygène et l’abandonne par la solidification en rochant comme l’argent. Il possède plus que tout autre métal la propriété de condenser les gaz dans ses pores.
Le platine compacte absorbe 3,8 fois son volume d’hydrogène au rouge, et ce gaz traverse une paroi de platine portée à cette température (§ 28). Cette condensation dégage 14°'‘\200 par gramme d’hydrogène. Introduit dans l’oxygène, le platine hydrogéné devient incandescent et perd le tiers de son hydrogène par combustion (Berthelot).
Le platine décompose le gaz d’éclairage à une température élevée, sans doute par suite de son affinité pour l’hydrogène. Il devient boursouflé. IL Davy observa en 1817 que le platine préalablement chauffé devient incandescent dans un mélange d’oxygène ou d’air et d’hydrogène, d’oxyde de carbone, d’éthylène, de vapeurs d’éther, etc., et détermine la combustion lente ou brusque de ces gaz ou vapeurs combustibles. Si l’on suspend un fil de platine tourné en spirale et porté au rouge au-dessus d’une couche d’éther ou d’alcool éthéré contenu dans un verre à pied, ou au-dessus de la mèche d’une lampe à alcool contenant de l’éther, le métal reste incandescent et il se manifeste une vive odeur d’aldéhyde. De même, une lame de platine portée au rouge dans la flamme du gaz reste incandescente dans le gaz quand on éteint la flamme; elle peut même rallumer le gaz.
PLATINE
Ces pliénomèiies qu’on ineUaiL autrefois avec Berzelius sur le compte d’une action catalytique ont pour cause la chaleur développée par la condensation des gaz et vapeurs à la surface du métal. Ils sont d’autant plus prononcés que le métal est plus divisé. Le métal compacte ne produit ces combustions que si on le porte préalablement à une température assez élevée, mais s’il est divisé, comme cela a lieu pour V éponge ou la mousse de platine ou pour le noir de platine, \vi condensation des gaz sera beaucoup plus abondante, le métal offrant sous une même masse une surface infiniment plus considérable, et par suite la chaleur dégagée sera suffisante pour le porter à l’incandescence; nous avons déjà signalé ces phénomènes à propos de l’hydrogène (t. I, p. 117).
Propriétés chimiques. — Le platine ne s’oxyde à aucune température. Le chlore ne l’attaque qu’à l’état naissant, ce qui a lieu quand on le traite par l’eau régale. Une solution concentrée de chlorure ferrique dissout aussi lentement le platine à chaud. L’acide chlorhydrique et l’acide azotique sont sans action; l’acide sulfurique dissout une petite quantité de platine quand il est concentré et voisin de son point d’ébullition (t. I, p. 392).
Le platine se combine facilement au phosphore, au silicium et indirectement au carbone. Le phosphore chauffé dans une capsule de platine la perce presque instantanément; une petite quantité de phosphore rend le métal aigre et cassant, aussi faut-il éviter de calciner dans un creuset de platine des phosphates accompagnés de matières réductrices.
Chauffé avec du silicium, dans un creuset brasqué, le platine s’y combine avec violence, donnant une masse cristalline blanche de siliciure Pt^Si (A. Guyard). Lorsqu’on chauffe le platine au feu de forge dans un creuset de terre avec du charbon, il absorbe 2 à 6 p. 100 de silicium (Boussingault). Chauffé à une température élevée dans un courant de cyanogène, le platine est converti en carbure PtC^ (Sebutzenberger). Chauffé dans une flamme fuligineuse, il se recouvre d’une suie qui contient un peu de platine. Ce métal devient cassant lorsqu’il est chauffé sur un feu de charbon, car il fixe et du carbone et du silicium provenant des cendres.
Le bore donne avec le platine un composé fusible.
Le platine ne se combine au soufre que s’il est divisé et chauffé dans la vapeur de ce métalloïde.