‹ Traité de chimie minérale et organiqueChapitre 337 sur 408 · EXTRACTION DE L’ANTIMOINE · texte numérisé non relu

EXTRACTION DE L’ANTIMOINE

par deux méthodes différentes. La plus simple, dite méthode martiale , consiste à le fondre avec des rognures de fer.

Sb2S3 + Fe3 = Sb2 + 3FeS.

Le sulfure de fer forme une scorie qui surnage l’antimoine fondu. Cette méthode, usitée quelquefois en Angleterre, donne un antimoine de mauvaise qualité. La méthode par grillage et réduction est plus longue, mais préférable. Elle comporte plusieurs opérations.

La première, nécessaire aussi pour la méthode martiale, a pour but de séparer le sulfure d'antimoine de sa gangue. On chauffe le minerai dans de grands creusets dont le fond est percé et s’engage dans des pots en terre. Le sulfure d’antimoine, qui est fusible, s’écoule dans les pots, tandis que la gangue reste dans les creusets.

La seconde opération est le grillage du sulfure d’antimoine dans des fours à réverbère, au-dessous du rouge sombre. Ce grillage est long et exige un brassage continu. Le gaz sulfureux qui se dégage entraîne de l'oxyde d'antimoine et de l’anhydride arsénieux. L’opération fournit donc, outre le minerai grillé, des fumées qu’on traite à part comme le minerai grillé et qui fournissent un produit plus riche en arsenic.

Le minerai grillé, qui est surtout formé d’oxyde d’antimoine et de peroxyde d’antimoine, avec un peu de sulfure non oxydé, est mélangé avec du charbon et du carbonate de sodium puis chauffé dans des creusets qu’on porte au rouge sur la sole d’un four à réverbère. L’oxyde d’antimoine est réduit à l’état métallique ; le sulfure restant se dissout dans la soude à l’état de sulfantimoniate qui reste dans les scories. Le métal, qu’on coule dans des lingotières en fonte, est soumis à un raffinage qui consiste à le fondre de nouveau avec une portion des scories de l'opération précédente et un peu de minerai grillé, ou plutôt avec un peu de nitrate et de carbonate de sodium. On prive ainsi l’antimoine du reste du soufre ainsi que du fer et du zinc qu’il peut renfermer.

L’antimoine peut être retiré des scories, en fondant celles-ci avec du fer.

Purification. — L’antimoine obtenu dans ces opérations est livré au commerce ; mais il est très impur et renferme surtout de l’arsenic.

ANTIMOINE

Ou mélange l’antimoine pulvérisé avec 1/8 de son poids de carbonate de sodium et 1/16 de sulfure d’antimoine et on fond le mélange dans un creuset. Le régule métallique obtenu est fondu une seconde fois avec du carbonate de sodium seul, puis une troisième fois avec du carbonate et une petite quantité de salpêtre. Dans la première fusion, les métaux étrangers y compris l’arsenic sont transformés en sulfures par le sulfure d’antimoine et passent dans la scorie; seul le plomb est retenu par l’antimoine; la seconde fusion élimine le restant des sulfures ; enfin la troisième, qui se fait avec addition de salpêtre, a pour but d’oxyder les dernières traces d’arsenic qui passent à l’état d’arséniate alcalin (Liebig).

Pour obtenir de l’antimoine chimiquement pur, on réduit par le charbon et un carbonate alcalin ou par le flux noir, la poudre d algaroth, ou oxychlorure d’antimoine, ou bien l’acide antimonique qu on obtient en oxydant l’antimoine du commerce par 1 acide azotique ; ces produits sont faciles à purifier par de simples lavages à l’eau (Lefort).

528. Propriétés. — • Propriétés physiques. — L’antimoine est un métal d’un blanc bleuâtre, brillant. Sa texture est lamelleuse ou à grains cristallins. Celui du commerce est toujours lamelleux et sa surface présente l’aspect d’étoiles, de feuilles de fougères; sa cassure n'est jamais grenue; ce sont des caractères qui appartiennent à l’antimoine impur. Une fois purifié, sa texture est à grains cristallins. L’antimoine cristallise en rhomboèdres isomorphes avec l’arsenic; il se clive facilement suivant la base du rhomboèdre. On peut obtenir ces cristaux en fondant l’antimoine et décantant la partie liquide avant la solidification complète.

Par suite de sa texture cristalline, l’antimoine est très cassant et se laisse aisément pulvériser. Sa densité est 6,6 à 6,8o. Il est assez mauvais conducteur de la chaleur et de l’électricité. Il fond à 425° et distille au rouge blanc dans un courant d’hydrogène. Il émet déjà des vapeurs au rouge vif lorsque sa surface est exposée à l’air ou à un courant de gaz.

Le spectre de l’étincelle éclatant entre deux pôles d'antimoine présente des raies très nombreuses, dont les plus brillantes sont dans l’orangé, le vert et le violet (Masson).

Propriétés chimiques. — L’antimoine est inaltérable à l’air à

PROPRIETES CHIMIQUES.

la température ordinaire; mais fondu, il brûle en répandant d’épaisses fumées d’oxyde d’antimoine, celui-ci se dépose en partie à la surface de l’antimoine fondu sous forme de belles aiguilles. Projeté sur le sol, l’antimoine fondu s’éparpille en une foule de globules qui brûlent avec un vif éclat. Lorsqu’il est pur, sa combustion ne répand aucune odeur; s'il est arsénical, l’odeur de l'arsenic se manifeste.

L'eau est sans action sur l’antimoine; il en est de même des solutions alcalines ou salines. Au rouge, l’eau est décomposée.

L'antimoine pulvérisé ou en fusion brûle dans une atmosphère de chlore. Il se combine également avec énergie au brome et à l'iode.

L’acide azotique transforme l’antimoine en acide antimonique insoluble. L’acide sulfurique ne le dissout qu'à chaud, quand il est concentré, en donnant du sulfate d’antimoine et de l’anhydride sulfureux.

L'acide chlorhydrique ne dissout que difficilement l'antimoine pulvérisé, avec dégagement d’hydrogène.

L'eau régale le convertit très facilement en chlorure. Les alcalis sont sans action, mais les polysulfures dissolvent l’antimoine pulvérisé en donnant des sulfantimoniates.

Lorsqu’on électrolyse une solution étendue de son chlorure, l’antimoine se dépose au pôle négatif en couche dure, cristalline, radiée, d’un gris d’acier et ayant une densité de 6,6. Mais dans certaines circonstances, comme l’a observé M. Gore, on obtient un dépôt tout différent, par exemple lorsqu’on électrolyse, avec un barreau d’antimoine au pôle positif et une lame de cuivre ou de platine au pôle négatif, une solution de trichlorure d’antimoine de 1,35 de densité ou d’oxyde d’antimoine dans 5 à 6 fois son poids d’acide chlorhydrique de 1,12 de densité. L'antimoine qui se dépose alors sur le pôle négatif, et qu’on nomme antimoine amorphe ou explosif , est une masse amorphe molle, d’un gris d’acier, à éclat métallique, à surface mamelonnée et lisse, et à structure amorphe et brillante; sa densité est de 5,74 à 5,83. Chauffé doucement ou rayé avec une pointe métallique, il fait subitement explosion avec un grand dégagement de chaleur et production de vapeurs de chlorure d’antimoine. Ce corps n'est pas une modification allotropique réelle de l’antimoine, car il renferme toujours du trichlorure d’antimoine, en moyenne

ANTIMOINE

de o a 0 p. 100. Il se laisse réduire en poudre sous l’eau à 0“ mars si alors on chauffe à 73" le même phénomène explosif sé

produit et l'eau se trouble par la formation d’oxychlorure d'antimoine.

529. Poids atomique. — Le nombre admis par Dumas est i22 M. II. Schneider est arrivé plus récemment au nombre j 20.3 * M. J. -P. Cooke également à 120; M. Clarke a trouvé le nombre 119,96, et MM. Meyer et Seubert 119,6. Le nombre 120 paraît

donc devoir être admis comme se rapprochant le plus de la réalité.

530. Usages de 1 antimoine. — A part les usages de quelques composés d’antimoine employés en médecine (émétique, kcimès, etc.) ou dans les arts (vermillon d’antimoine, peroxyde d’antimoine), l’antimoine est surtout employé pour produire des alliages usuels à cause de la dureté qu il communique aux métaux. Les principaux alliages dans lesquels on fait entrer 1 antimoine sont les caractères cV imprimerie , le métal anglais et divers alliages pour coussinets.

Les caractères d’imprimerie sont essentiellement formés de plomb et d antimoine ; mais on y associe généralement du cuivre et une petite quantité d’étain. L’antimoine y entre pour 15 à 20 p. 100 environ. Un bon alliage doit être dur, sans être cassant et doit se dilater par la solidification, afin qu’il s’applique exactement dans le moule.

Le métal anglais, qui est employé pour fabriquer de la vaisselle de ménage, renferme 80 à 85 p. 100 d’étain et 15 à 10 p. 100 d'antimoine auxquels on ajoute quelquefois du cuivre, plus souvent du zinc.

L’alliage pour coussinets se rapproche du métal anglais, mais on y associe généralement du cuivre, quelquefois du plomb.

L 'alliage de Réaumur est dur comme l’acier, et s’obtient en fondant iO parties d antimoine avec 30 parties de fer, sous une couche de charbon.

L antimoine peut aussi servir à recouvrir le laiton d une belle patine. On plonge le laiton dans un bain obtenu en dissolvant 1 partie d’émétique et 1 partie de crème de tartre dans 3 à 4 parties d’eau bouillante, puis additionné de 3 à 4 parties d’acide cblorbydrique et d’autant d’antimoine en poudre.

Le noir cV antimoine est de l'antimoine porphyrisé qu'on

HYDROGÈNE ANTIMONIÉ.

I emploie pour donner au plâtre ou autres objets l’aspect du fer ou | de l'acier.

HYDROGÈNE ANTIMONIÉ. — SbH!.

531. Ce gaz se produit dans les mêmes circonstances que l’hydrogène arsénié : action de l’hydrogène naissant sur un composé oxygéné de l’antimoine en solution acide; décomposition i d’un antimoniure métallique par l’acide chlorhydrique. Il n’a pas été obtenu pur, mais toujours mélangé d’un grand excès d’hyj drogène.

On le prépare en traitant un alliage de 2 parties de zinc et de 1 partie d’antimoine par l'acide chlorhydrique. Une grande ; partie de l’antimoine se sépare à l’état métallique et le gaz qui se dégage ne renferme guère que quelques centièmes d’hydrogène antimonié. On obtient un gaz beaucoup plus riche en employant l’antimoniure de potassium (Schiel) ou en versant une solution concentrée de chlorure d’antimoine sur de l’amalgame de sodium (Humpert). Dans ces deux cas, une partie de l’antimoine se dépose spontanément dans le tube de dégagement. C’est donc un gaz extrêmement instable. Il se solidifie à — 102° en une masse neigeuse qui fond à — 91°. 11 se dissocie partiellement déjà à — 60° (Olszewski).

L'hydrogène antimonié possède une odeur nauséabonde. Il est combustible et brûle avec une flamme bleuâtre en émettant des fumées blanches d’oxyde d’antimoine. Si l’on écrase la flamme avec un corps froid, on obtient des taches noires et si l’on fait passer le gaz à travers un tube chauffé au rouge il s’y forme un anneau d’antimoine non volatil, qui se réunit en petits globules métalliques si l’on chauffe très fort. Ces faits sont utilisés pour la recherche de l’antimoine.

L hydrogène antimonié réduit l’acide sulfurique concentré. Il est absorbé par la potasse solide qui se recouvre d’un enduit brun disparaissant à l’air. Il se dissout dans une lessive de potasse; Ja solution est brune et avide d’oxygène; elle laisse déposer un corps brun très altérable auquel on a assigné la formule SbOH3.

Il donne dans une solution d’azotate d’argent un précipité d antimoniure d’argent SbAg3 d’où se déduit la composition de 1 hydrogène antimonié. Il donne avec l’hydrogène sulfuré, surtout à la lumière, du sulfure d’antimoine et de l’hydrogène.

2SbH3 + 3H2S = Sb2S3 + 6H2.

Page 1