‹ Traité de chimie minerale, végétale et animale (volume 2)Chapitre 28 sur 84 · Sels de lithium · texte numérisé non relu

Sels de lithium

Les sels de lithium se distinguent par la propriété que possède la lithine de former un sel un peu soluble avec Facide phosphorique. Une dissolution saline renferme du lithium quand ellç n est pas précipitée , à froid , par la potasse caustique , ni à la température de rébullition par le carbonate potassique ; quand elle est troublée lorsqu'on 1 évapore , après y avoir ajouté du phosphate sodique ; et quand , après la dessiccation de cette liqueur, on obtient une masse saline qui^ reprise par Feau, laisse une poudre blanche qui gagne lentement le fond du vase. En général, les sels de lithium se distinguent par leur grande lisibilité , qu'ils communiquent même à d'autres sels , auxquels on en ajoute une petite portion. Si l'on enflamme une dissolution alcoolique d'un sel de lithium, elle brûle avec une flamme rouge purpurine. Si Fon fait un mélange d'une partie de spath-fluor en poudre fine et d'une partie et demie de sulfate ammonique , qu'on en ajoute un peu à un sel solide contenant du lithium , et qu'on chauffe le tout au chalumeau , la flamme se colore d'abord en vert, par suite de la décomposition de l'ammoniaque; puis, quand la masse fond, en rouge pourpre.

A. Seb halo'ides de lithium.

Chlorure lithique ^ L€l. Ce sel se retire , à très-peu de frais, d'un minéral appelé triphyllin^ et qu'on rencontre en quantité assez notable à Rabenstein , près de Bodenmaïs, en Bavière. C'est un sousphosphate lithique , ferreux et manganique. On le dissout dans Facide chlorhydrique , on oxyde la solution par un courant de gaz chlore qu'on y fait arriver , ou par Fébullition avec Facide nitrique, et on y précipite les oxydes métalliques^ en combinai-

tl54 FLUORURE BOHiCO-LITHfQUE.

son avec lacide phosphorique , par rammoniaque. La liqueur filtrée est traitée par un peu de sulfhydrale ammonique, pour séparer complètement un faible résidu de manganèse. On évapore ensuite la solution filtrée , dans une capsule de porcelaine , jusqu'à siccité , et le résidu est chauffé jusqu'à volatilisation du sel ammoniac, tandis que le chlorure lithique reste. Il est très-solublc dans Teau , et cristallise en cubes quand on évapore la dissolution à l'aide de la chaleur. Ce sel, plus déliquescent qu'aucun autre, se dissout dans l'alcool anhydre , entre facilement en fusion , et répand des fumées quand il est chauffé jusqu'au rouge. — Lorsqu'on laisse le chlorure lithique exposé à l'air, jusqu'à ce qu'il soit tombé en déliquescence et fondu, on obtient, d'après Her^ manrijSLU bout de quelque temps, de gros cristaux réguliers, qui contiennent 4^\ pour cent, ou 4 atomes d'eau de cristallisation, c'est-à-dire , quatre fois autant qu'il en faudrait pour oxyder le lithium. Si Ton enlève ces cristaux en les saisissant avec les doigts, et qu'on les pose sur du papier Joseph , les parties qui ont été en contact avec les doigts deviennent à l'instant même opaques, phénomène qui se propage dans toute la masse ; et lorsqu'on touche les cristaux ainsi devenus opaques , ils se réduisent sur-le-champ en une poudre cristalline.

Fluorures lithiques. a. Fluorure neutre^ L F. Il est à peu près aussi peu soluble dans l'eau que le carbonate. Quand on évapore la dissolution de ce sel , il se dépose à la surface du liquide de petits cristaux qui ressemblent, après la dessiccation, à une poudre farineuse très-fine ; celle-ci , vue au microscope , paraît composée de cristaux opaques , et se fond , au rouge naissant, en une masse transparente , qui perd sa limpidité en se solidifiant, i. Fluorure acide ^ LF + SF. Plus soluble que le sel précédent, il se dissout cependant difficilement. La dissolution donne de petits cristaux, qui se décomposent et passent à l'état de fluorure neutre, quand on les expose à la chaleur rouge.

Fluorure borico4Ukique , LF -f- B ¥\ On le prépare en précipitant le sulfate lithique par le fluorure borico-barytique. Il se dissout facilement dans l'eau; la dissolution donne, par une lente évaporation à +40 degrés, de gros cristaux prismatiques. Exposé à l'air, il s'humecte, redevient hquide, et dépose alors de petits cristaux rhomboédriques , dont la composition n'est pas encore connue.

PHOSPHATE SODIGO*LITHIQUBi a 55

Fluorure silica-lUhique y 3LF-f. aSiP^ Il se dissout difficilement dans leau, et devient plus soluble par un excès d*acide. Par levaporation, il cristallise en petits grains qui , vus au microscope^ se présentent comme des prismes à six pans. Lorsqu'on le conserve pendant longtemps dans la bouche j on s aperçoit qu il a une saveur amère aigrelette. Il entre en fusion à la chaleur rouge, mais retient le fluoride silicique avec opiniâtreté.

B. Oxysels de lithium >

Sulfate lithique, LS. Ce sel s'obtient au moyen du triphyllin^ en dissolvant celui-ci dans un mélange d acide sulfurique étendu et d acide nitrique, et en traitant la solution comme pour le chlorure lithique; le sulfate lithique reste. Avec 8 parties de triphyl* lin, on obtient i partie de sulfate lithique. Il cristallise en prismes plats ou en tables ; les cristaux sont plus volumineux quand la dissolution contient un excès d'acide, mais il ne se forme point de sursel. Ils renferment 149^0 pour 100, ou i atome d'eau de cristallisation. Le sulfate lithique pur est très-fusible. Les cristaux ne s'altèrent pas à l'air. 100 parties d'eau dissolvent 34,6 parties de sel anhydre à + i8^. Il ne se dissout qu'en très-petite quantité dans l'alcool.

Le sulfate sodico^lithique cristallise, suivant Mitscherlich j dans une solution qui renferme le sel lithique en excès. La forme cristalline du sel double est uti rhomboèdre aigu.

Nitrate lithique f LN. C'est un sel très-soluble , qui cristallise par une lente évaporation : il est extrêmement fusible , s'humecte

ppomptement à lair, et a la même saveur que le nitre.

* • * • Phosphates lithiqnes. a. Phosphate neutre^ L*P. Il est si peu soluble, que quand on ajoute de l'acide phosphorique à une dissolution d'acétate Uthique , presque tout le phosphate formé se précipite au bout de quelque temps.

b. Surphosphate y LP. Il est très-soluble dans l'eau; et quand on livre la dissolution à Tévaporation spontanée, il cristallise en grains transparents.

Phosphate sodico-lithique y Na'P + L*P. On l'obtient en ajoutant du phosphate sodique à la dissolution d'un sel lithique, que l'on évapore ensuite à siccité. La liqueur se trouble quand on fait le mélange ; cependant, la majeure partie du sel double ne paraît

356» PHOSPHilTE SODICO-LITHIQUE.

se former que pendant la dessiccation de la masse saline. En traitant celle-ci par une petite quantité d eau, le sel double reste sous forme d'une légère poudre blanche. Il est insoluble dans une liqueur contenant des phosphates, très-peu soluble dans Feau froide, et un peu plus soluble dans Feau bouillante. D*après Brandes^ il exige 1396 parties d*eau à + i5 degrés , ia33 parties à + 60 degrés^ et pSi parties à 100 degrés , pour se dissoudre. Lorsqu'on mêle le sel lithique avec de T^phosphate sodique, il se forme, par l'évaporation, un dépôt plus considérable que si Ion avait employé le ^phosphate ; et le sel double , qui ne fond ni ne s'agglutine au rouge, est aussi peu soluble après qu'avant la calcination. Le sel qui a été soumis à la calcination renferme i2,3a pour cent de lithine. Le phosphate sodico-Iithique est si peu soluble dans l'eau froide , que sa formation sert à constater la présence de la lithine dans les dissolutions qui n'en contiennent que des traces. On com* mence par ajouter du carbonate sodique à la dissolution, on l'évapore à siccité , on calcine la masse , et on la reprend par l'eau ; par ce moyen , on parvient à éliminer les terres et les sels que l'acide phosphorique pouiTait précipiter. On mêle ensuite la liqueur avec du phosphate sodique pur (i) , et on l'évaporé jusqu'à siccité. En traitant la masse saline par l'eau , le sel double reste. Par son aspect, il ressemble parfaitement aux combinaisons insolubles de l'acide phosphorique avec la chaux ou la magnésie ; mais il en diffère par les caractères suivants . Mêlé avec du carbonate sodique, et chauffé sur une feuille de platine jusqu'au point d'entrer en fxxr sion, le sel double se fond en une masse transparente, qui perd sa limpidité en se solidifiant. Les sels terreux, au contraire, ne fondent pas avec le carbonate alcalin. Si l'on fait l'essai sur du charbon , le sel double fondu s'introduit avec le carbonate sodique dans le charbon; les sels terreux, au contraire, restent sur le charbon pendant que le sel sodique est absorbé. — • La lithine s'extrait de ce sel double, en le calcinant au rouge avec 3 fois son poids d'hydrate potassique. On épuise la masse rougie par Tébullition avec de l'eau , on évapore la dissolution , on sépare , au moyen de la filtration , le carbonate calcique qui se précipite du*

(i) Pour être sûr que ce phosphate ne contient aucun phosphate terreux , on ajoute du carbonate sodique à la dissolution, on l'évapore à siccité , et on traite le résidu par Feau; s'il contient un phosphate terreux, ce qui arrive ordinairement, ce sel reste non dissous.

CAHBONATK UTHIQUE. uSy

rant TévaporatioD; et, après avoir saturé le sei par de lacicle chiorhydrique, on pousse Tévaporation jusqu'à siccité, pour extraire le chlorure lithique au moyen de Talcool anhydre.

he perchlorate lithique^ L€l, est un sel déliquescent. Soluble dans Talcool, il cristallise en aiguilles longues et transparentes par 1 evaporation de cette dissolution. Si la litbine contient de la potasse , le sel potassique se dissocie lors du traitement par Talcool.

Chlorate lithique^ L€l. Cest un sel extrêmement soluble. Après 1 evaporation de la liqueur, il forme une masse irrégulière, radiée, qui renferme, d après les expériences de Wcichter ^ i atome ou 9,10 pour cent d*eau. 11 est déliquescent à lair, fond dans son eau de cristallisation à + 5o°, et perd, à -H 100°, toute son eau, en même temps qu*il se dégage du gaz oxygène.

Bromate lithique ^h^r. Il cristallise, dans le dessiccateur , sous forme d aiguilles, qui ne tardent pas à seffleurir. Il est déliquescente Tair, et très-soluble dans Teau.

lodate lithique y L I. Il forme une croûte saline. Il est anhydre, se dissout dans a parties d'eau froide et dans une quantité moindre d'eau bouillante.

Carbonate lithique^ LC. On prépare ordinairement ce sel en décomposant le sulfate lithique au moyen de lacétate bary tique, évaporant Tacétate lithique jusqu'à siccité, et le calcinant au rouge pour le transformer en carbonate. Cependant on peut l'obtenir beaucoup moins chargé de matières étrangères par la méthode suivante : On fait dissoudre un excès de carbonate ammoniacal dans une dissolution concentrée de chlorure lithique. La majeure partie de la lithine se précipite à Tétat d'un sel neutre blanc, pulvérulent; on rasseipble le sel sur un filtre, et on le lave avec de Talcool de 0,80. La liqueur qui passe contient encore de la lilliine) qu'on extrait en évaporant la liqueur jusqu'à siccité, et calcinant le résidu pour volatiliser le sel ammoniac ; il reste du chlorure lithique. Enfin, on peut encore précipiter le carbonate lithique eu mêlant un excès de carbonate sodique avec une dissolution de sulfate lithique chauffé jusqu'à Tébullition. Cependant cette méthode n'est pas ap[:!icable avec avantage. 11 n'y a que le sel précipité par le carbonate ammoniacal qui soit pur.

Le carbonate Uthique est très-peu soluble dans Teau , entre en m. 17

a58 TARTRATE LITHIQUE.

fusion au rouge brun , et laisse une masse d'un blanc d email, à cassure mate. Sa dissolution aqueuse dépose , pendant Tévaporation, une croûte saline irrégulière. Ce sel est insoluble dans lalcooK Après avoir été saturé de gaz acide carbonique ^ il est un peu plus soluble, et donne, par Tévaporation spontanée, une croûte de petits grains cristallins, qui décrépitent fortement quand on les chauffe. On rencontre le carbonate lithique à 1 état de dissolution dans quelques eaux minérales de Bohême (district d'EUenbogen).

Oxalate lithique^ L€. Ce sel cristallise, quoique difGcilement; en masses salines peu volumineuses et mamelonnées ; il se dissout facilement dans l'eau. Avec un excès d acide, il forme un sel peu soluble, qui se dépose à Tétat de petits grains cristallins transparents.

Le rhodicate lithique est une poudre rouge foncée. En dissolution dans feau, il laisse déposer une poudre violette, tandis qu'il se change en oxalate et en croconate.

\uQ croconate lithique ^ LCO^ se dessèche en une masse saline jaune pâle , peu soluble dans l'alcool.

Borate lithique^ LB*. Ce sel ressemble au borax j sa saveur et ses réactions sont alcalines. Au feu il se boursoufle, puis se fond en un verre limpide.

Acétate lithique^ LAc. Il s'obtient en saturant l'acide acétique par le carbonate lithique. Par l'évaporation jusqu'à siccité , il forme ime masse gommeuse , déliquescente ; mais, d'après Winter^ on peutTobtenir cristallisé par une évaporation lente et spontanée. Les cristaux qu'il forme sont des pyramides aplaties , quadrangulaires , à côtés inégaux. Ils se conservent dans l'air sec, se dissolvent à -f- i5* dans 0,28 de leur poids d'eau, et dans 4,64 parties d'alcool de 0,81. A -f- ip** , le sel commence à fondre dans son eau de cristallisation ; à H- loS**, il se boursoufle et se solidifie; à une température un peu plus élevée , le sel anhydre fond. Par le refroidissement, il se prend en une masse blanche, opaque. Il red* ferme 4 atomes d'eau de cristallisation.

Tartrate lithique ^ LTr. Ce sel est tellement soluble dans l'eau, qu'il serait difficile de l'obtenir sous une autre forme que sous celle d'une masse saline desséchée. Il ne contient point d'eau de cristallisation, et ne s'humecte pas à Tair. Le hitartrate lithique^

LTr', est très-soluble, elil donne de petits cristaux brillants, qui,

AKTIMONIAT£ LITHlQUE. 2^9

d après Du/^, renferment 4 atomes dVau. Quand on neutralise le sel avec de la potasse ou de la soude , ou les sels acides de ces alcalis sâTeo de la lithine, il se forme des sels doubles, qui , d après

Dulk^ ont pour formules, K'ïr-f-LÏr+2H, et Na'fr4-l.fr+4S. Le premier cristallise en beaux prismes rhomboîdaux , qui sont très-solubles dans Teau, et s'effleurissent légèrement à la surface quand on les laisse en contact 'avec l*air. Le sel sodique ne cristallise pas.

Sélérdtê lUkique^ LSe: Il s'humecte à l'air, entre en fusion audessous de la chaleur rouge , et donne un liquide jaune qui se prend, par le refroidissement, en une masse cristalline, translucide, à éclat nacré, composée de grandes lames.

Le tellurate lithiqua neutre^ LT, aussi bien que le bitellurate et le quadritellurate lithiques, se réduisent , par l'évaporation, en une masse limpide et gommeuse , qui, après la dessiccation complète opérée par la chaleur, devient laiteuse et se détache du vaisseau. Desséché à + loo degrés , le quadritellurate forme une poudre blanche, qui est insoluble dans l'eau. Ce corps pulvérulent est isomère avec le sel d'où il a pris naissance. Une température plus élevée liii fait perdre «on eaM , et le rend jaune.

Le tellurite lithique , L 1\ préparé par la fusion et soumis à un refroidissement très«lent, cristallise. Refroidi brusquement, il se boursoufle comme le sel sodique. 3pluble dans l'eau , il se dessèche, au-dessus de Tacide sulfurique, en une masse blanche et terreuse, qui présente à peine des traces de cristallisation. Le bitellurite litliique , L + Te* , est très-fusible, et il cristallise en refroidissant. L'eau froide le décompose, et l'eau chaude le dissout sans altération. En refroidissant , la dissolution dépose du quadri^ tellurite Ulhique^ LTe* , sous la forme de grains d'un blanc de lait, qui se comportent exactement comme les sels correspondants des autres alcalis , tant à la fusion que par rapport à l'eau.

uéntlmoniate lithique ^ LSb. Il est très-peu soluble dans l'eau froide, et se précipite dans une solution pas trop étendue de chlorure lithique , par l'addition d'une solution d'antimoniate potassique. Le précipité se présente , comme celui du sel sodique, sous forme de flooôn^ , qui ne tardent pas à se traiisformet' en grains cristallins. Il est beaucoup plus soluble que le sel sodique , et ne cristallise pas, par conséquent, dans des liqueurs un peu étendues.

^(io SULFHYDRATE LITHIQUE.

Il se dissout dans Teau bouillante, et cristallise ^ par le refroidissement, en grains fins.

Chromate lithique^ LCr. Il est très-soluble, et cristallise en prismes obliques , de couleur jaune.

Fanadate lithique. a. Sel neutre , L V. Ce sel est très-soluble dans Teau. Sa dissolution, concentrée jusqu a consistance de sirop, se prend lentement en groupes arrondis de cristaux aciculaires, partant d*un centre commun et allant en divergeant.

^. Le biifanadate litlUque^ LV% cristallise d*une solution sirupeuse en gros cristaux , qui ressemblent entièrement au bichromate potassique. A sec , dans Tair chaud , il perd de Teau , et devient opaque. Ce bisel est insoluble dans Talcool concentré; mais il se dissout dans lalcool un peu affaibli , de sorte qu*il n*est précipité que très-incomplétement , lorsqu'on mêle sa solution aqueuse avec de Talcool.

Tungstate Uthique. Le tungstate neutre^ LW, est très-soluble dans Teau, et se dépose sous forme de cristaux qui paraissent être des octaèdres, et qui ne s'altèrent pas à Tair. Le bitungstatCy LW', est assez soluble, cristallisable , et inaltérable dans lair.

D'après Mitscherlich , le permanganate Uthique , L Mn , forme des ciistaux qui résistent à l'action de l'air.

Page 1