‹ Traité de chimie minerale, végétale et animale (volume 3)Chapitre 20 sur 80 · II. i · texte numérisé non relu

II. i

194 ACIDE SlÉLBNIBpX.

Facide sélenieux, lacide nitrique s^échappe avec le chlore , et IV cide sélénieux reste sons la forme d'une masse saline blanche, qui commence à se sublimer quand on continue à chauffer la cornue. Cette masse nentre point en fusion, elle ne fait que se contracter un peu dans les points où elle est touchée par la chaleur,- après quoi elle se convertit en gaz. Je n ai pas pu déterminer la température à laquelle cette volatilisation s effectue; mais elle est de quelques degrés inférieure à la chaleur nécessaire pour la distil« lation de Tacide sulfurique : si donc on chauffe à la fois de ladde sélénieux et de lacide sulfurique, le premier se sublimera d a« bord ; mais l'acide sulfurique commencera à se réduire en vapeur avant que cette sublimation soit achevée. Lacide sélénieux coa« verli en gaz a une couleur jaune foncée, uu peu plus pile que celle du gaz sélénium lui-même, et on ne peut pas le distinguer du chlore gazeux, quant à Fapparence.

Le gaz acide sélénieux se condense , dans les parties les moins chaudes de Tappareil, en longues aiguilles quadrilatères, qui, dans une cornue de quelque capacité, peuvent acquérir une longueur de plusieurs pouces. Si l'on maintient la partie de l'appareil dans laquelle il se condense, à une chaleur assez forte, il s'y dépose sous forme d'une croûte épaisse , à demi fondue et demi -transparente. C'est là l'acide sélénieux anhydre.

Immédiatement après qu'on la retiré de l'appareil, lacide sélénieux est doué d'un éclat et d'un aspect particuliers. Mais si on les laisse à l'air libre, la surface des cristaux prend un aspect mat, et ils deviennent adhérents les uns aux autres, sans toutefois s'humecter. Cet effet parait tenir à ce que l'acide passe à l'état aqueux, en absorbant l'humidité de l'air, absolument comme il arrive à l'acide borique fondu. Il est même difficile de peser assez vite cet acide pour qu'il n'attire pas, pendant l'opération, une quantité d'eau capable de rendre le résultat inexact. Si on le fait chauffer ensuite, l'eau se volatilise longtemps avant la sublimation de Tacide. Celui-ci a une saveur acide franche, qui laisse un sentiment de chaleur brûlante sur la langue. Réduit à l'état de gaz, il a l'odeur générale et piquante des acides , sans posséder , sous ce rapport, rien de particulier qui le distingue des autres. Il est trèssoluble dans Teau, et se dissout presque en toutes proportions dans l'eau bouillante. Sa dissolution saturée et bouillante cristallise en petits grains par un refroidissement rapide. Refroidie moins

IkClQß SÉhimMVlS.. igS

jftQIßftemß^ie eWßiiefQSß de Tacide sélénieu]^ aqueux sous form^ de prismes striés. Desséchée lentement, elle présente une multitude de figures étoilées, à rayons convergents.

L'acide sélénieux se dissout aussi dans lalcool , et en grandp c[Oantité. Quand on distille une dissolution alcoolique concentrée, a» peu de sélénium se réduit, et le produit a une odeur éthérée sensible, qui tient le milieu entre celles de lether sulfurique et de rétbar nitrique; cependant, le produit que j*ai obtenu dans mes «ipériences contenait toujours si peu d ether , qu*en le saturant avec du chlorure calcique , il ne s*en séparait point. De Tacide seleDÎeux restait dans la cornue sous forme solide. Si Ton roéle la difisolotioD d*acide sélénieux dans Talcoöl avec de lacide sulfurique, et qu'on distiHe le mélange, il passe de l'alcool chargé d'une substance volatile qui exhale une odeur insupportable, et il se réduit une quantité considérable de sélénium. L odeur insupportable du produit de la distillation m'a eu)péché de lexaminer. C'est probablement le résultat d'une combinaison de sélénium avec un radiical composé, tel que lethyle ou Télayle. D'ailleurs, il ne se forme pas en égale quantité dans toutes les opérations.

L'acide sélénieux est très-facile à réduire, tant par la voie humide que par la voie sèche. Si Ton mêle une dissolution de cet acide avec de lacide chlorhydrique, elle n'en éprouve aucune altération, et il ne se forme point de chlore. Quand on met dans la dissolution un morceau de zinc ou de fer poli , ce morceau se couvre sur-le-champ d'une couleur cuivreuse , et du sélénium se précipite peu à peu en flocons rouges, bruns, ou d'un gris noiritre, suivant que le précipité s'est opéré à une température plus ou moips élevée. Si l'on mêle l'acide sélénieux liquide avec de l'acide sulfurique , et qu'on plonge un morceau de zinc dans la liqueur » la précipitation n'a lieu qu'avec beaucoup de lenteur, et le prcdpîté contient un peu de soufre. Si la liqueur tient de l'arsenic en dissolution , le précipité ne s'opère quavec une lenteur extrême. Le sélénium précipité sur du fer laisse ordinairement une certaine quantité de séléniure de fer, quand on le soum^rt à la distillation. D'après Fischer^ le sélénium est précipité par l'argent et par tous les métaux qui précipitent l'argent. Mais cet effet n a lieu qu'avec l'acide sélénieux, et non avec l'acide sélénique.

La meilleure manière de précipiter le sélénium de Tacide sélénieux ou des sélénites, consiste à verser un acide dans la liqueur,

196 AGf]>£ SÊLÉNIEUX.

et à y ajouter ensuite du sulfite ammonique : l'acide sulfureux ainsi développé cominence , au bout de quelque temps , à réduire le sélénium. La liqueur est d*abord claire, puis elle devient jaune, se trouble , prend ensuite une teinte rouge de cinabre, et dépose des flocons rouges au bout de douze heures. Cependant le sélénium ne se précipite point entièrement à froid; pour le précipiter aussi complètement que possible , il faut faire bouillir la liqueur et prolonger Tébullition pendant une demi-heure, en ajoutant de temps en temps du sulfite ammonique. Le précipité qui se forme pendant TébuUition est d'un gris foncé , presque noir.

Si la liqueur que Ion se propose de précipiter par l'acide sulfureux contient de Facide nitrique , on obtient bien un précipité, mais la plus grande partie reste dans la dissolution , jusqu'à ce que l'acide nitrique ait été décomposé par lacide sulfureux. En pareil cas , ce qu'il y a de mieux à faire est de verser de l'acide chlorhydrique dans la liqueur et de Tévaporer avec précaution^ afin que l'acide nitrique soit décomposé et volatilisé , et qu'après avoir redissous le sel sec , on puisse le précipiter par l'acide sulfureux.

J'ai déjà dit que quand on sature l'acide sélénieux par la potasse , qu'on mêle le sélénite avec du sel ammoniac , et qu'on fait chauffer le mélange, il se forme du sélénite ammonique, qui est décomposé par la chaleur, et qui laisse du sélénium. Mais on perd toujours, dans cette opération, un peu de sélénium , qui passe à rétat d'acide, avec le liquide distillé, dans le récipient; etil ar^ rive quelquefois que la couche supérieure du sel restant dans la cornue contient de l'acide sélénieux non décomposé , en sorte que la dissolution de cette masse saline donne, quand on la fait bouillir, un précipité par Tacide sulfureux. J'ai toujours remarqué aussi que pendant cette réduction il se forme un gaz sélénifère, qui est décomposé par Fair dans le récipient, et qui dépose du sélénium tant à la surface du liquide que sur la paroi interne du vase. Ce gaz est probablement du sélénide hydrique. La quantité en est, dans tous les cas, peu considérable. Si le sel que Ton se propose de réduire de cette manière contient de l'arsenic, un peu de ce dernier se trouvera combiné avec le sélénium, et les gaz qui se dégagent pendant la réduction auront une forte odeur alliacée.

L acide sélénique a pour composition :

ACIDF SÉLÉNIQUE. 197

Centièmes. , Atomes.

Sélénium 7^y^^ •••• ^

Oxygène 28,79 2

Poids atomique, =694,583; formule, =SeO" ou Se. Sa capacité d« saturation est= 14)^95 , ou | de son oxygène. L acide hydraté se compose de 86,o63 acide sélénieux , et de 13,937 d*eau, =Seiï. L'acide sélénieux est un acide assez fort. Il enlève Toxyde ar* gentique à Tacide nitrique, et Toxyde plombique tant à l*acide ni* trique qu à la dissolution de chlorure plombique. Étant moins Tolatil que Tacide nitrique et lacide chlorhydrique, il les déplace de leurs combinaisons avec des bases fortes; mais il est déplacé à son tour par les acides sulfurique , phosphorique , arsénique et borique, qui sont.plus fixes que lui. En général , il paraît se rapprocher de l'acide arsénique, ou peut-être venir un peu après lui, sous le rapport des affinités.

3^ j^cùie sélénique. Cet acide a été découvert par Mitscherlich en 1827. Dans mes recherches sur le sélénium, je n'avais trouvé que le précédent, auquel je donnais alors le nom lacide sélénique. Il est ' donc important de faire remarquer que tout ce qui a été appelé addeséléniqueyx&^exii^'k'j^ est sans exception deY acide sélénieux. L'acide sélénique ne se forme que par la voie sèche, en faisant détoner du sélénium ou un séléniure, par exemple celui du plomb ou le sélénite potassique ou sodique , avec du nitre. Il faut avoir soin que le sélénium dont on se sert soit parfaitement exempt de soufre, parce que l'acide sélénique et l'acide sulfurique, ainsi que leurs sels, ne sauraient être distingués les uns des autres. On mêle très-intimement une partie de sélénium avec trois parties de nitre, et Von fait détoner le mélange par petites portions, l'une après l'autre, dans un creuset chauffé. La masse qui reste con* tient du séléniate potassique; elle est dissoute, et la dissolution est traitée par du nitrate plombique , jusqu'à ce qu'il ne se forme plus de précipité. Si le sélénium n'est pas exempt de soufre, on le dissout dans l'acide nitrique , on étend la dissolutipn d'eau , et on la précipite par du nitrate barytique tant qu'il se forme un précipité de sulfate barytique ; on filtre la liqueur, on la sature par du carbonate sodique ou potassique , on l'évaporé , et on en sépare , par le filtre , le précipité de carbonate barytique ; on y mèie un peu de nitre , on évapore le liquide à siccité , et on calcine doucement le résidu : l'acide sélénieux se convertit par là

198 ACtDK siLCKIQÜfi.

en acide s^lénique. Le sel redissous est précipité par du nitrate plombique , et le précipité est bien lavé. On peut auîsi changer le sélénite potassique en séléniate, en ajoutant à la dissolution da sel une fois autant de potasse caustique que ce dernier en renferme déjà, et en y faisant arriver du gaz chlore jusqu'à saturation complète; on obtient ainsi un mélange de chlorure de potassium et de sélénite potassique , qu'on précipite par une dissolution chaude de chlorure plombique. On lave bien le séléniate plombique pré* eipité , puis on le délaye dans de leau , et Ton <âit passer du gaz sulKde hydrique à travers le mélange. Il se forme de cette »nanière du sulfure plombique, et Tacide sélénique se dissout dans la liqueur. La dissolution est filtrée, et on la fait bouillir « pour en chasser lexcès de sulfide hydrique; après quoi on ooncentre l'acide par Tévaporation. Quand , pendant rébaliitioli ^ la température de l'acide est arrivée à + &80 degrés, il m acquit k plus grand degré de concentration qu'il puisse prendre sans se décomposer. Si l'on prolonge alors l'évaporation , la température monte jusqu'à + ipodegrés, et Tacide se transforme d'une manière très-rapide en acide sélénieux , avec dégagement de gax oxygène.

Le chlore change en acide sélénique le sélénium très-dîvisé, iliissi bien que l'acide sélénieux; il se produit en même temps de l'acide chlorhydrique, qui n'agit pas à froid sur la composition dei'acideaëlénique. Mais quand on fait bouillir le mélange dissous, il se dégage du chlore , et l'acide sélénique se réduit à l'état d acide sélénieui«

L'acide sélénique, à son plus haut degré de concentration, a pour poids spécifique 2,60. On peut le porter à a,6a5; mais alors il contient beaucoup diacide sélénieux. Lacide sélénique a la con* sistance de l'acide sulfurique; il est incolore, acre et caustique comme lui. Il s'échauffe avec l'eau , autant que l'acide suliiirique, et attire peu à peu l'humidité de l'air. On ne le connaît pointa l'état anhydre; à a,6 de poids spécifique, il contient environ 16 pour cent d'eau; l'acide aqueux n'en doit contenir que i3,4 pour cent. Le zinc et le fer sont dissous par cet acide, avec dé* gagement de gaz hydrogène. Avec le secours de la chaleur, il dissout le cuivre et même l'or, opération pendant laquelle il se convertit partiellement en acide sélénieux. Mais il ne dissout point le platine. Chauffé avec de l'acide chlorhydrique, il se décompose; du chlore et de l'acide sélénieux sont produits, et il se forme une sorte d'eau régale , qui dissout tant le platine que l'or. A« cob-

AGiDfi siLÉJsaqvB. 199

trtire, il n'«st décomposé ni par l'acide sulfureux , ni par le sulfide hydrique. Pour en précipiter le sélënium au moyen de lacide sulfureux, il fatti commencer par l6 faire bouillir avec de Tacide chlorhydrique , jusqu'à ce qu'il ne s en dégage plus de chlore; après quoi on ajoute l'acide sulfureux.

L'acide sélénique a pour composition :

Ontièmes. Atomes.

Sélénium • . 62,24 '

Oxygène ^7,76 3

Poids atomique, =7g4,583; formule, =zSeO'ou Se. Sa capacité de saturation est de 12,59, c'est-à-dire, du tiers de la quantité d'oxygène qu'il contient. Cet acide le cède un peu à lacide sulfurique par rapport aux affinités avec les bases salifiables; de manière que, par exemple, leséléniate barytique peut être décomposé <tl grande partie, mais non entièrement, par l'acide sulfurique. Ses combinaisons avec les bases ressemblent tellement aux sulfates correspondants, pour la forme cristalline, la couleur et les carac* tères extérieurs , qu'on ne saurait les en distinguer que par la propriété qu'ont les séléniatesde détoner avec le charbon chauft'é au rouge, et de donner naissance à un dégagement de chlore quand on les fait bouillir avec de l'acide chlorhydrique. Lorsque ladde sélénique et l'acide sulfurique se trouvent mêlés ensemble, 00 parvient a les séparer en les saturant avec de la potasse , mê-^ lant le sel desséché avec du sel ammoniac , et faisant chauffer le mélange; de cette manière, l'ammoniaque décompose Tacide sélénique et le réduit en sélénium.

S'agit-il de séparer quantitativement le séléniure et le soufre, on les acidifie, selon les circonstances, avec du salpêtre ou avec du chlore; on précipite au moyen du chlorure barytique, on lave bien le sulfate et le séléniate barytique précipités, on calcine le mélange, on le pèse , et , après lavoir introduit dans une boule de verre, on le chauffe, au-dessus de la lampe à eàprit-de-vin, dans un courant de gaz hydrogène (tome I, pi. I, fig. i3), jusqu'à ce qu'Une se forme plus deau. Le gaz hydrogène réduit le séléniate barytique en séléniure barytique avec une telle facilité , que sou-* vent la masse praît prendre feu et brûler dans le gaz hydrogène, parce que ce gaz se combine avec l'oxygène du sel; le sulfate barytique reste au contraire intact. On laisse refroidir la masse sans interrompre k courant de gaz hydrogène; après quoi le séléniure

aOO SlitÉKJDE HYDRIQUE.

barytique est facilement dissous par lacide chlorhydrique étendu, qu'on doit avoir récemment privé d'air atmosphérique au moyen de l'ébullition. Le sulfate barytique ne se dissout pas. En comparant le poids de ce sel avec celui du mélange avant la réduction , on trouve également la quantité du séléniate barytique.

Sélénide hydrique {acide sélènhydrique). Quand on fait fondre du sélénium avec du potassium, et-quon verse de Teau sur la masse , elle se dissout sans nul dégagement de gaz, et donne une liqueur d*un rouge foncé, qui est du séléniure de potassium. Si l'on mêle cette liqueur avec de l'acide chlorhydrique, il se précipite une certaine quantité de sélénium, et la liqueur acquiert une odeur de sulfide hydrique; mais il ne se fait point d'effervescence si la dissolution n'est pas très-concentrée.

Quand , au lieu de mettre le séléniure de potassium dans de l'eau , on l'arrose avec de l'acide chlorhydrique dans un appareil distillatoire, la masse se gonfle et prend une couleur rouge; il se sépare beaucoup de sélénium en flocons légers, et du gaz sélénide hydrique se dégage. On obtient aussi ce gaz en dissolvant du séléniure ferreux dans de l'acide chlorhydrique. La meilleure méthode de préparer ce gaz pour des expériences en petit, consiste à réduire le sélénide phosphorique en poudre grossière , et à le faire digérer avec de l'eau bouillie (privée d'air) dans un petit appareil à dégagement de gaz , qui en soit complètement rempli, de manière qu'il n'y reste plus d'air. Le phosphore se change alors, aux dépens de l'eau, en acide phosphorique, pendant qu'il se dégage du gaz sélénide hydrique. L*eau qui d'abord est expulsée par le gaz, de même que le gaz qui est entraîné par Teau et qu'on ne recueille pas, sont conduits dans une dissolution de sulfate cuivrique: il se précipite aussitôt du séléniure cuivrique, ce qui remplit le double but de ne pas faire perdre de sélénium, et d'éviter l'inspiration dangereuse du gaz. Si on reçoit ce gaz sur de l'eau bouillie , celle-ci s'en sature peu à peu complètement Lorsqu'on le reçoit sur le mercure, il s'y décompose peu à peu, quoique lentement. Le gaz est incolore; et s'il est mêlé de beaucoup d'air atmosphérique , il présente une odeur tellement semblable à celle du sulfide hydrique , qu'il est difficile de l'en distinguer: mais lorsqu'on respire ce gaz dans un état plus concentre, on remarque une différence dans l'odeur ; ce n'est plus alors , à vrai dire, une odeur; c'est la sensation d'une douleur brûlante

siLÉNTDE HYDRIQÎTE* SOI

quou éprouve dans le nez, qu'on dirait irrité par tin pinceau de pointes d*aignilles fines. Il est dangereux à respirer ; et la membrane muqueuse des fosses nasales, même après n'en avoir été frappée que d'une quantité insignifiante, est bientôt atteinte de sécheresse; la conjonctive même s'injecte , et les yeux rougissent. En manipulant ce gaz , il faut donc se garder d'en respirer les moindres traces. Ce gaz produit sur la trachée-artère et les organes respiratoires les effets les plus violents, qui^ à ce qu'il paraît, peuvent facilement devenir dangereux. En agissant sur l'organe olfactif, il fait d'abord naître une odeur parfaitement semblable à celle du gsa sulfide hydrique ; mais à peine a-t-on perçu cette odeur , qu'on éprouve sur tous les points des fosses nasales, frappés par le gaz, une sensation douloureuse de picotement et de constriction. Cette sensation rappelle assez celle que produit le gaz fluoride si* licique, mais elle est infiniment plus vive. Les yeux deviennent instantanément rouges ; l'odorat disparaît complètement. Dans la première expérience que je fis pour apprécier l'odeur de ce gaz , après n'avoir inspiré par l'une des narines qu'une bulle de gaz de la grosseur d*un pois, je perdis tellement la faculté olfactive pour plusieurs heures, que je pouvais flairer l'ammoniaque la plus concentrée sans éprouver la moindre sensation. L'odorat se rétablit au bout de cinq à six heures , mais il resta un coryza violent et incommode, qui dura i4 jours. La cause de ces effets tenace^ réside en ce que le sélénide hydrique se décompose avec une facilité extrême, par l'air qui se trouve en contact avec la membrane muqueuse du nez et des organes respiratoires : le sélénium se préci* pite, et s'y fixe aussi solidement que les matières colorantes sur les étoffes; et les symptômes du coryza ne cessent que lorsque la malière étrangère, fixée sur la membrane muqueuse, est complètement éloignée, ce qui ne s'effectue que très-lentement.

L'eau qui dissout du sélénide hydrique n'acquiert point de couleur par là; mais , au bout de quelque temps, il s'y manifeste un léger trouble rougeâtre , paraissant provenir d'une certaine quantité de sélénium que l'air, dont l'eau s'est chargée, a mis à nu en décomposant le gaz sélénide hydrique. L'eau chargée de ce dernier gaz a une saveur hépatique, rougit le papier de tournesol, teint la peau en brun rouge, et y produit une tache qu'on ne peut point enlever par le lavage. Exposée à l'air , elle se trouble peu à peu de haut en bas , se colore en rouge , et dépose du se«

SOa SBL^iriDB HTDRIQÜS.

léfiium en flocons légers. L'acide nitrique qu'on y verse en petite quantité ne détcompose pas le sélénide hydrique, et, dans mes etpériences, IVau conserva' encore la propriété de précipiter les sels métalliques douze heures après que j*y eus ajouté cet acide. Le gat sélénide hydrique ne se dégage pas aussi facilement de l'eau que le Sulfide hydrique , et de là vient qu il lui communique une odeur beaucoup moins forte que ce dernier. Une eau qui en contient la moitié de son volume n'a qu'une très-faible odeur. Du reste, je nai point déterminé jusqu'à quel degré il y est soluble; mais il paraît résulter de ce qui précède que Teau en prend davantage qu'elle ne dissout de sulfide hydrique.

Tous les sels métalliques , même ceux de zinc et de fer, quand ils sont neutres, sont précipités par une dissolution de gaz sélénide hydrique. Les précipités sont en général noirs ou d'un brun foncé ; et susceptibles d'acquérir l'écLat métallique quand on les frotte avec de Thématine polie. Il faut pourtant excepter ceux de zinc, de manganèse et de cérium , qui sont couleur de chair.

Le gaz sélénide hydrique est plus facilement décomposé que le sulfide hydrique par l'action réunie de l'air et de l'eau. Quand on le met en contact avec un corps humide^ il est absorbé de suite par Teau de ce corps ; et au bout de quelques instants il donne une couleur rouge de cinabre, en même temps que l'hydrogène s'oxyde à l'air. Le sélénium qui se dépose dans cette circonstance pénètre tellement dans les corps poreux , surtout ceux d'origine organique, qu'on ne peut plus Ten séparer par des moyens mécaniques. Un morceau de papier mouillé s*inibibe de cette couleur rouge; elle pénètre un peu dans un morceau de bois mouillé, et j ai même remarqué qu'un morceau d'un tube mince de caoutchouc, dont je m'étais servi dans une expérience ayant pour but d*obtenir du gaz sélénide hydrique^ était devenu rouge dans toute sa masse, à la tin de l'opération.

Le sélénide hydrique se combine avec les séléniures métalliques, savoir, le séléniure potassique, le séléniure ammonique, etc. Nous donnons à ces sels le nom de sélénkydrates. Les dissolutions de ces sels dans l'eau sont incolores , mais elles rougissent à l'air, parce que Thydrogène du sélénide hydrique s'oxyde, et qu'il se forme un séléniure métallique contenant une proportion double '(le sélénium, absolument comme il arrive à l'égard des sulftiydnitas.

dUtPlDR SÉLÉIflEUX. ao3

Le siléniéè hydriquft a pour composition :

Cfntièxnes. Atomes.

Sël^nium 97*56 t

Hydrogène a,44 ^

Poids atomique, =507,06; formule, =HSe ou H. Le gaz est formé de î volume de sélénium et de 2 volumes d'hydrogène , condensés en 2 volumes; et son poids spécifique est, d après le calcul , = 3,42 1 .

Sulfure de sélénium. Le sélénium peut se combiner en toutes proportions avec le soufre. Une petite quantité de soufre, un pour cent, par exemple, le rend plus fusible, plus rouge et transparent. Tant qujB le mélange reste chaud , il est opaque, noir et peu eoulant. En se refroidissant il forme, comme le soufre, un liquide moins épais; îl devient en même temps d'un rouge foncé et transparent, et conserve ces deux qualités après le refroidissement. Qiiatid, au contraire, on mêle cent parties de soufre avec une de séiéniutn, ces deux corps se combinent parfaitement ensemble, et le soufre acquiert une couleur orangée sale. Des quantités peu eonsidérables de soufre qu'on mêle au sulfure de sélénium , ne diminuent pas sa transparence après le refroidissement, mais lui donnent une teinte plus pâle. Quand on y ajoute beaucoup de soufre, il devient opaque.

Le Sulfide sèlénieux s'obtient en faisant fondre ensemble i atome de séléniure et 2 atonies de soufre, ou en faisant arriver dans une dissolution d'acide sèlénieux un courant de sulfide hydrique. Pendant l'opération la liqueur se trouble, et prend une belle couleur citrine; mais le sulfure de sélénium se dépose très-lentement. Si l'on ajoute un peu d'acide chlorhydrique , le sulfure se précipite plus facilement, et, en chauffant le mélange, le précipité se rassemble en un corps cohérent, élastique, et d'une couleur rouge de feu. Le sulfure de sélénium, préparé par ce moyen, entre trèsaisément en fusion. A la chaleur de l'eau bouillante, des morceatix épars de ce composé s'agglomèrent, sans cependant devenir liquides; à quelques degrés au-dessus, il entre en fusion. A une température plus élevée encore, il bout et distille; après le refroidissement, il est d'une couleur rouge jaunâtre, transparent, et ressemble à l'orpiment fondu.

Le sulfide sèlénieux n'est attaqué que lentement par l'acide nitrique; l'eau régale, au contraire, le décompose facilement. Le

ao4 SULFIDR SÉLÉNIQUE.

soufre non dissous présente eà et là des taches rougeâtres , et retient très-longtemps du sélénium ; mais^ dès qu'il fond dans la liqueur acide concentrée et qu'il prend, après le refiroidisseinent, une couleur jaune, il est exempt de sélénium.

Le Sulfide sélénieux est dissous par les alcalis caustiques fixes; les sulfhydrates alcalins ne le dissolvent que par suite d'une ébul« lition prolongée , et en lui faisant subir une décomposition partielle ; car il reste du sélénium non dissous. Le sulfide sélénieux a peu d'affinité pour les sulfobases. Les sulfobases alcalines le décomposent, de manière à mettre le sélénium en liberté, et passent avec le soufre à un plus haut degré de sulfuration ; il n'y a que les sulfobases dont les radicaux n'ont pas de degré supérieur de sulfuration , qui puissent donner des sulfoséléniosels , quand od décompose loxyséléniosel par le gaz sulfide hydrique.

Quand on chauffe du sulfide sélénieux à feu nu et qu'on l'enflamme, il répand d'abord une odeur d'acide sulfureux, à laquelle se mêle ensuite l'odeur de raifort, qui devient à la fin prédominante. S'il n'y a qu'une petite quantité d'oxygène, il se dégage de l'acide sulfureux sentant le raifort , et il se sublime du sélénium.

Le sulfide sélénieux a pour composition :

Sélénium 55,i4 i

Soufre 4^yS6 a

Poids atomique, =^896,913; formule, =:SeS* ou Se.

Le sulfide sélénique s'obtient en faisant fondre i atome de sélénium avec 3 atomes de soufre. Ce composé, à l'état de masse fondue, est noir, bien moins volatil que le soufre, et peut être distillé sans altération. Après le refroidissement , il est complètement transparent et d'un rouge jaune. Il reste quelque temps mou et élastique comme le soufre Sy, mais il n'est pas glutineux comme celui-ci. Après s'être solidifié, il est opaque et d'un rouge brique. Il est dissous sans résidu par de l'alcali caustique en excès; si ce dernier n'est pas en excès, il reste du sélénium, et l'alcali se con* vertit en un polysulfure.

Les sulfoséléniates ne peuvent donc être produits par la voie humide. On n'a pas encore examiné si on les obtient plus stables par la voie sèche , et si les séléniates métalliques peuvent être réduits à l'état de sulfoséléniates par le sulfide hydrique.

Le sulfide sélénique se compose de :

siL£TriUR£S DE PHOSPHORE. 2o5

Centièmes. Atomes.

Sélénium 4S>o4 i

Soufre 54996 3

Poids atomique, = 1098,078; formule, =:SeS' ou Se.

Sélentures de phosphore. Le phosphore peut être foudu en toutes proportions arec le sélénium , non pas parce que ces corps s unissent dans des proportions. non définies, mais parce que le cornposé ainsi produit est soluble dans un excès de matière première, et qu'il fond avec celle-ci.

Le phosphore et le sélénium peuvent être fondus ensemble sous Teau; le phosphore se recouvre de poudre de sélénium et devient noir; mais on peut l'enlever mécaniquement , et rendre ainsi le phosphore incolore , par le procédé décrit à l'histoire de ce corps. L'union du phosphore avec le sélénium n'est pas accompagnée d'un phénomène lumineux aussi marqué que celle du phosphore avec le soufre.

Du sélénium qu'on fait tomber sur du phosphore fondant s'y dissout, et la dissolution se dépose dans le phosphore sous forme de stries rouges. Le phosphore fondant peut dissoudre le séléniure de phosphore en toutes proportions. En saturant le phosphore de sélénium, oa obtient une combinaison très-fusible, qui, après le refroidissement, a une couleur foncée tirant sur le brun, beaucoup d'éclat , une cassure vitreuse et polie. Par la fusion des deux éléments dans des proportions atomiques exactement pesées, on obtient du sélénide phosphoreux aussi bien que du sélénide phosphorique. Le dernier est d'une couleur un peu plus foncée que le premier. On peut les distiller l'un et l'autre sans altération , et le produit de distillation du sélénide phosphorique a quelquefois une cassure cristalline. Ils ne fument ni ne s'oxydent comme les composés de soufre correspondants ; au moins ils ne se comportent ainsi que très-lentement. Mais mis dans leau , surtout quand on la chauffe , ils développent du gaz sélénide hydrique. Les sélénides de phosphore se combinent avec les séléniures métalliques, pour former des sélénisels analogues aux sulfosels ; mais ces sélénisels n'ont pas encore été l'objet de recherches particulières. Les sélénides de phosphore sont dissous par les alcalis caustiques ; il se forme un phosphite ou phosphate alcalin , ainsi qu'un composé de sélénium, avec le radical de l'alcali, soluble dans la liqueur, et qui, dans l'air, commence à déposer du sélénium à la surface* Le

ao6 CHLORURE SÉLÉlTIEirX«

séléniure de phosphore , bouilli avec une lessive de potasse caustique , s*y dissout, et la liqueur renferme du phosphate et du séléniure potassiques. Exposée au contact de l'air, la dissolution dépose du sélénium, comme si elle renfermait du séléniure potas» sique seulement.

Chlorures de sélénium. Le sélénium , tout comme le soufre, se combine en plusieurs proportions avec le chlore; mais on ne connaît réellement bien qu une seule de ces combinaisons, savoir ^ le chlorure s élénleux. Quand on met du sélénium dans une boule de verre soufflée sur un tube barométrique, et qu'on y fait passer un courant de chlore gazeux ; ce dernier est absorbé par le sélénium, qui réchauffe, entre en fusion et se convertit en un liquide brun. A mesure que le chlore continue de traverser l'appareil , le liquide se transforme en une masse solide et blanche, qui est le chlorure sélénieux. Chauffée, cette masse se contracte sans fondre, puis se convertit en un gaz jaune, qui ressemble tout à fait au gaz acide sélénieux, et se condense dans les parties moins chaudes de l'appareil , sous forme de petits cristaux déliés. Lorsque, par l'action prolongée de la chaleur, le sublimé augmente et s'échauffe, il produit une masse blanche, demi-fondue, qui se fendille par le refroidissement, et se dissout dans l'eau avec dégagement de chaleur, accompagné quelquefois d'une légère efl'ervescence : j'ai cru m'apercevoir qu'il se dégageait alors un gaz permanent, mais en si faible dose , que je n'ai pas pu me rendre compte de la nature de ces petites bulles. La dissolution dans l'eau est transparente, incolore, sans odeur et fortement acide. Elle renferme de l'acide sélénieux, mêlé d'acide chlorhydrique.

Le chlorure sélénieux a pour composition :

Cen démet. Atomo*.

Sélénium 35,84^ ^ i

Chlore 64,x58 4

Poid» atomique, = 1379,886 ; formule, =rSe€l\ H. Rose a trouvé que le chlorure sélénieux se combine peu à peu avec Taci/ie sulfurique anhy<lre, quand on laisse ces deux corps en contact lun avec l'autre dans un vaisseau couvert. Le composé qui en résulte est liquide, et dégoutte de l'acide solide qui n'est pas encore entré en combinaison. Par la distillation, cet acide passe d'abord sous form« de vapeurs incolores; on change de récipient d^s qu'il se mànifeite des vapeurs d'un rouge jaune, U ae recueille duns le ré-

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