Palladium
Le palladium accompagne en général le minerai de platine, où il n'entre, comme nous Tavons vu, qu'en petite quantité. fVol-' laston a trouvé, parmi les minerais de platine de l'Amérique méridionale, des grains aplatis de palladium pur; mais ces grains étaient extrêmement rares, et se distinguaient par une texture rayonnée, dans laquelle les rayons partiiient d'un point de l'arête. Plus tard on a trouvé le palladium en plus grande quantité , combiné avec l'or, dans le Ouro poudre {ov pourri) de Capitania-Propez, dans r Amérique du Sud; cet Ouro poudre se compose de 85,98 or, 9,85 palladium, et 4)17 argent. On rencontre encore le palladium dans un minerai d'or de la mine de Gorgo-Soco, au Brésil,
4*58 PklX^ÂBWM.
dans un gisement de minerai de fer. L'or y est recouvert d'i couche ocreuse, formée d'hydrate d'oxyde ferrique, qui renferme aussi de l'oxyde palladeux. On a rencontré le palladium même en Europe. Zinken et E. Bennecke l'ont trouvé près de Tilkerode, au Harz , accompagné d'or natif et de séléniure plombique. Primitivement le palladium était très^rare; mais maintenant on le rencontre dans le commerce comme un alliage d'argent , provenant de l'affinage du minerai d'or paliadifère de Goi^o- Soco.
Le palladium a été découvert, en i8o3, par ff^oUfiston ^ qui, sans faire connaître son nom , en donna une certaine quantité au marchand de minéraux Forstsr^ à Londres , pour le vendre. Les opinions sur la nature et sur l'origine de ce nouveau métal étaient partagées : cependant, on croyait assez généralement qu'il n'était autre chose qu'un produit de la méthode que Mussin-Puschkin avait proposée pour travailler le platine à l'aide du mercure. Ch^^ neifix annonça ensuite qu'il était parvenu à préparer artificiellement du palladium , en mêlant des dissolutions de platine et de mercure, y versant du sulfate ferreux, et faisant fondre le mélange précipité. Mais sa méthode ne réussit à nul autre, et on a su depuis qu'il employait de la poudre de charbon et du borax pour faire fondre les précipités, et que ce qu'il regardait comme du palladium n'était qu'une combinaison de platine avec le silicium et le bore. Enfin , fFollaston fit connaître la méthode suivante pour obtenir ce métal, jusqu'alors problématique : On dissout le sable de platine dans l'eau régule , on évapore la liqueur jusqu'à ce que l'excès diacide soit chassé , ou on sature cet excès, avec beaucoup de soin , par de la soude caustique; on verse dans la liqueur une dissolution de cyanure mercurique, jusqu'à ce qu'il ne se produise plus de précipité. Il arrive quelquefois que le précipité ne se forme qu'au bout de quelque temps. Le palladium se précipite seul ; car aucun des autres métaux ne décompose le sel mercurique. Le précipité est d'un jaune clair , et donne du palladium pur , quand on letpose à une forte chaleur rouge. Par ce moyen , le sable de platine fournit environ \ pour loo de palladium.
Pour extraire le palladium de la dissolution du minerai de platine {voyez page 43o) , d'où la plus grande partie du platine a été précipitée par le chlorure potassique ou ammonique,on procède
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comme il ftiiît : On rend cette liqueur acide en y Tersmi de Taeide chlorhydrique, el Ton précipite les métaux qui ^j trouvent dis* sous, à Taide du fer ou du zinc pur ; le fer reste dans la dissolution. On fiiit digérer avec de lacide chlorhydrique les métaux précipités, on les lave bien^ et on les dissout dans Feau régale. La dissolution renferme alors du platine, de Firidium, du rhodium , du palladium et du cuivre. On la neutralise , aussi exactement que possible , avec du carbonate sodique $ puis on y ajoute du cyanure mercurique. Au bout de quelques moments, il se forme un précipité blanc de cyanure palladeux, qu'on lave sur un filtre. A rétat de pureté, le cyanure palladeux est incolore; mais, obtenu comme nous venons de le dire, sa teinte tire ordinairement sur le vert, ce qui provient d*un peu de cuivre qui s*est précipité avec lui. Pour enlever ce cuivre, qui se trouve aussi dans le précipité obtenu par le procédé de JVtdlastony on brûle le cyanure palladeux, on redissout le métal dans Feau régale, on ajoute à la liqueur du chlorure potassique une fois et demie le poids du palladium dissous , et on Févapore à siccité en y versant sur la fin un peu d'eau régale. Il se forme un chlorure double palladique et potassique de couleur rouge foncée, qui est insoluble dans Falcool; on le réduit en poudre fine, et on le lave avec de Falcool qui dissout di% chlorure double cuivrique et potassique. Pour extraire le palladium du sel double qui reste, on Fexpose, dans un creuset de porcelaine, à une très-forte chaleur; ou bien on le mêle avec du sel ammoniac , et alors on le calcine moins fortement.
Pour extraire en grand le palladium du minerai d'or de Gorgo« Soco, on procède de la manière suivante : On fond l'or avec % \ fois son poids d'argent, à Faide d'un flux de nitre et de borax , et on réduit le métal fondu en grains, en le faisant tomber, à travers un diaphragme percé de trous, dans l'eau; on le traite ensuite par la méthode d'inquartation au moyen de Facide nitrique « qui dissout Fargent et le palladium, quelquefois aussi un peu de platine, et laisse l'or non dissous. La solution ainsi obtenue, qui renferme aussi un peu de cuivre, de plomb, et quelquefois de platine, est traitée par une solution de sel marin, jusqu'à ce qu'il ne se précipite plus de chlorure argentique; la liqueur filtrée est précipitée par du zinc. Le précipité métallique ainsi obtenu est bien lavé I puis dissous dans Facide nitrique ; la solution est sursaturée
46o FAUADIÜM.
d'ammoniaque : Tozycle palladeux, qui s*était d*abord précipité,
se dissout en même temps que loiyde cuirrique, et il reste de
I oxyde plombique mêlé d'oxyde platînîque. La liqueur filtrée est saturée aussi exactement que possible d*acide chlorhydrique : il se précipite une poudre jaune, qui est du chlorure de palladium sm« moniacal. Lechloride cuivrique reste eu dissolution dans la liqueur en même temps qu'une trace de chlorure de palladium. La poudre jaune , lavée , donne , après la calcination , la moitié de son poids de palladium à Tétat pulvérulent. Le palladium contenu dans la solution cuivrique filtrée peut être précipité, lorsqu'on mêle celleci avec du formiate potassique , et qu*on fait bouillir : le palladium est réduit à l'état de métal et se précipite , tandis que le cuivre reste dissous.
Le palladium est presque aussi difficile à fondre que le piatioe, et sa fusion exige les mêmes moyens que celle du platine. Cependant, on peut le braser et le forger comme celui-ci, quoique moins aisément. fVollaston préférait fondre le palladium avec du soufre, ce qui s'opère assez facilement. Lorsque la combinaison ainsi obtenue était fondue à une forte chaleur avec du borax, il se volatilisait du soufre , pendant que le palladium restait sous forme d'un corps bien aggloméré parfaitement malléable.
Suivant G. Rose^ le palladium est isomorphe avec le platine et l'iridium ; comme ceux-ci , il est dimorphe. Il se rencontre , sous forme de cristaux hexaédriques, dans le sable de platine du Brésil, et sous forme de tables hexagonales, au Harz. Les sels de palladium sont isomorphes avec ceux de platine et d'iridium.
Extérieurement, il ressemble parfaitement au platine. Il est trèsmalléable. Sa chaleur spécifique est , d'après Regnault^ ==0,05937. A l'état fondu, son poids spécifique est de 11, 3 ; quand il est laminé, il est de 11,8. Il a très-peu d'affinité pour l'oxygène, et il ne subit aucune oxydation, même au rouge blanc. A une certaine température , sa surface se ternit , devient bleuâtre , et passe à l'état de sousoxyde ; mais , à une chaleur plus forte, il est réduit.
II ne s'oxyde point au pôle positif de la pile électrique, et, en le faisant bouillir avec de l'acide sulfurique ou chlorhydrique concentré, il est à peine attaqué; cependant, il communique à ces acides une couleur plus ou moins rouge. L'acide nitrique le dissout, en prenant une couleur rouge brunâtre ; l'acide se convertît en acide nitreux, et Ton ne voit point de gaz nitreux se dégager,
à moins qu'on ne chauffe la liqueur, car alors Tacitte nitreux est décompose. L'eau régale dissout le palladium avec facilité. Une dissolution alcoolique d*iode, qu'on fait dessécher sur du palladium, le noircit, mais n'attaque pas le platine ; ce qui permet de distinguer les deux métaux Tun de rautre,lorsquils sont déjà travaillés.
L*atome du palladium pèse 665,899; il est représenté par Pd.
Oxydes de palladium. Le palladium a beaucoup plus d'affinité pour loxjgène que n'en a le platine. Il forme un sousoxyde et deux oxydes basiques.
I. Sousoxyde de palladium. Il se forme lorsqu'on chauffe le palladium métallique à une douce chaleur rouge : le métal se recouvre d'un enduit bleuâtre ^ excessivement mince, qui n'augmente pas. d'épaisseur, quelque prolongée que soit Ta chaleur. C'est là un moyen de distinguer très-facilement une lame de palladium d'une lame de platine. Plusieurs expériences, entreprises dans lé but d'obtenir cet oxyde en quantité suffisante pour en faire un examen plus détaillé, échouèrent, jusqu'à ce que Kane constata que Toxyde palladeux, chauffé jusqu'à ce qu'il commence à dégager du gaz oxygène, et maintenu à cette température jusqu'à ce qu'il ne donne plus d'oxygène , laisse un sousoxyde, en perdant seulement la moitié de son oxygène. Ce sousoxyde a l'aspect d'une poudre noire, qu; se décompose à une chaleur plus forte et laisse du palladium métallique, en même temps qu'il se dégage de l'oxygène. On n'a pas réussi à le combiner avec les acides; car ceux-ci le décomposent en oxyde palladeux qui se dissout , et en palladium métallique, qui reste insoluble. Le sousoxyde de palladium se compoi^e, suivant Kane^ de :
Centièmes, ' Atomes.
Palladium • • • 93,oâ ••••••••••• a
Oxygène 6,98 » . • i
Poids atomique, == 1431,798; formule, =Pd"0 ou Pd.
a. Oxyde palladeux. C'est l'oxyde de palladium, connu depuis longtemps. On l'obtient en dissolvant le palladium dans l'acide nitrique, évaporant la dissolution jusqu'à siccité, et calcinant doucement le nitrate. L'oxyde reste Sbus forme d'une masse noire, qae les acides dissolvent très-difficilement et avec lenteur. On peut atissile préparer en mêlant un sel de palladium avec du carbonate potassique, et chauffant le mélange jusqu'au rouge naissant. Quand on dissout ensuite la masse saline dans l'eau , l'oxyde palladeux
46si O^VOE PALLADIQlifi.
reste pur. Par la voie humide , on obtient de Y hydrate paUadeux en précipitant la dissolution d'un sel paUadeux par du carbonate potassique ou sodique en excès : il se dégage de lacide carbonique, et rbydrate, d'une couleur brunâtre très-foncée, se précipite. A une légère chaleur rouge, il abandonne son eau ; mais il n est té* duit que par une calcination violente. On ne peut pas le précipiter par un alcali caustique , parce que le précipité qui se forme est un soussel y et se dissout dans un excès d alcali , d où résulte aoe Uqueur incolore. Il est très-difficile d oxyder le palladium par U calcination avec Thydrate potassique et le nitre ; loxyde qui se forme alors n'est pas au plus haut degré d oxydation : c'est de loxyde paUadeux.
Jusqu'à présent y on n'est pas parvenu à produire d'oxyde suspalladeux.
L'oxyde paUadeux se compose de :
Ceatiènei. Atomes.
Palladium • • . • . 86,94 x
Oxygène i3,o6 i
Poids atomique, =1^765,899 ; formule, =PdO ou Pd.
3. Oxyde pcUladique. On le prépare en prenant du chlorure palladique et potassique sec (car ce sel est décomposé quand on le dissout dans l'eau) , et versant dessus une dissolution d'hydrate ou de carbonate potassique, dont on met un excès, avec la précaution de n'en ajouter qu'une petite quantité à la fois, et de bien remuer le mélange. Il se sépare alors un corps brun jaunitre, composé d'oxyde palladique , d'eau et d alcali. Si l'on verse tout d'un coup un excès d'alcali sur le sel palladique , tout se dissout; mais la dissolution , qui est d'un brun foncé , devient ensuite gélatineuse, et laisse déposer la plus grande partie de l'oxyde. L'alcali ne peut pas être extrait de cette combinaison par le lavage, et les acides^ qui l'enlèvent, dissolvent en même temps l'oxyde. Si l'on fait bouillir la dissolution alcaline du chlorure palladique, tout l'oxyde palladique se précipite^ le précipité ne contient point d'eau, mais l'oxyde palladique y est combiné avec de l'alcali. L'hydrate brun a, lorsqu'U est sec, une couleur jaune brunâtre foncée , semblable à ceUe de la terre de Cologne. Lavé à l'eau bouil* lante, il perd en grande partie son eau, et devient noir. Quand on chauffe l'hydrate sec dans des vases distillatoires , il se décompose avec une telle violence, et l'eau se dégage si rapidement avec la