‹ Traité de chimie minerale, végétale et animale (volume 3)Chapitre 46 sur 80 · Argent (argentum · texte numérisé non relu

Argent (argentum

L'argent se trouve à l'état métallique , tantôt assez pur et en cristaux, qui sont le cube, l'octaèdre régulier et la plupart des

AROXHT. 471

formée dérivées d% ces deux; tantôt il existe combiné avec Vor^ l'antimoine, Tarsenic, le tellure ou le mercure; mais, le plus souvent, il est à rétat de sulfure , soit seul, soit mêlé avec d'autres sulfures, tels que ceux de cuivre, de plomb et d antimoine ; le plus rarement on le rencontre à l'état de chlorure, de bromure et d'iodure.

La manière de l'extraire de ses minerais varie suivant leur com^ position. Le minerai d'argent le plus répandu est le sulltire de plomb (galène), qui contient un peu de sulfure d'argent en mélange. La quantité d'argent s'élève rarement au delà de aSo grammes par quintal, et ordinairement elle est de 3o à 90 grammes.

Pour extraire l'argent de la galène , on bocarde la mine, et , par le moyen du lavage, on enlève la gangue la plus légère; on fait ensuite sécber le minerai, on le grille dans des fourneaux particuliers, de manière à brûler le soufre, et on fait fondre, avec du charbon, la masse grillée. On obtient, avec les scories, du plomb argentifère, qui se rassemble sur le sol du fourneau. On fond ensuite ce plomb dans un fourneau très -plat, appelé fourneau de coupellation ^ qui a la forme d'un grand plat, et qui est fait aveo de la cendre de bois lessivée. Quand le métal fondu est arrivé au rouge, on met en mouvement deux soufflets, qui poussent l'air à la surface du métal , de manière que le plomb soit oxydé. Il se forme d'abord une croûte d'oxyde peu fusible, que l'on enlève deux ou trois fois; ensuite il se produit de l'oxyde plombique ftisible ou lUharge^ que l'on fait écouler par une cavité pratiquée sur le côté du fourneau , vis-à-vis la tuyère des soufflets, de sorte que le courant d'air pousse l'oxyde plombique vers cette cavité. Un ouvrier est occupé sans cesse à écarter Toxyde plombique, qui se solidifie, afin que l'oxyde fondu puisse s'écouler; car l'opé« ration s'arrête dès que la surface du métal est couverte. Le but de cette opération est de brûler, en même temps que le plomb, les métaux susceptibles de s'oxyder, et qui consistent ordinairement en cuivre, fer et zinc; après quoi il reste de la rgent presque pur. Cependant il a besoin d^étre refondu dans un fourneau semblable au précédent, mais plus petit, qu'on appelle test. Ce fourneau est formé de cendres de bois tamisées, bien lessivées, et enduites d'une couche de cendres d'os, et tassées dans un moule de fer; il ressemble à un grand plat, dont le fond est épais, et qui a très-peu de profondeur. La masse y est tenue à une chaleur plus intense que la première fois, parce que l'argent, qui contient moins de

47î> ARGENT.

plomb, est plus difficile à fondre. Toute la litharge qui se forme est absorbée par le test, et, vers la fin de lopération, la sur&ce du métal prend les couleurs de Tarc-en-ciel, puis devient tout à coup claire et miroitante. Ce phénomène , connu sous le nom de fulguration ou éclair de t argent^ annonce que tout le plomb est brûlé, et qu il ne reste plus que de largent.

Les autres minerais d'argent, contenant peu ou point de plomb, sont exploités par un autre procédé d extraction , par \ amalgamai' tiofu Ce procédé est suivi, tant en Amérique qu à Freyberg, en Saxe. Ces minerais contiennent, outre largent, du soufre, de lantimoine, du bismuth, de Tarsenic, du fer, du cuivre, etc. On cherche d'abord combien il y a d'argent, puis on mêle des minerais de différente richesse , dans des proportions telles , que l'ensemble contienne looà i3o grammes d'argent par 5o kilog. Si le minerai ne contient point de pyrite, il faut en ajouter. On réduit le tout en poudre très-fine, on mêle celle-ci avec environ lo pour cent de sel marin , et on grille le mélange dans un fourneau à réverbère, en le remuant souvent. Il se forme des sulfates métalli* ques qui se décomposent par le sel marin, de manière à donner naissance à des chlorures métalliques, surtout à du chlorure argentique et à du sulfate sodique. Le grillage étant terminé, on retire du fourneau la masse brunie et agglomérée , on la réduit, dans un moulin, en poudre fine, on mêle celle-ci dans des tonnes avec de Veau, et Ton y ajoute des morceaux de fer et du mercure. Les tonnes sont tournées sur leurs axes au moyen d'une roue hydraulique, ou bien on fait jouer une espèce d'agitateur dans leur intérieur. Pendant ce mouvement, qui doit durer i6 heures, le chlorure argentique est réduit par le fer; le mercure s'empare de l'argent mis en liberté, et forme avec lui un mélange liquide, appelé amalgame. On soutire l'amalgame , et ou le presse dans des peaux peu épaisses, qui laissent passer le mercure excédant, et retiennent un composé solide de mercure et d'argent. Ce composé est distillé , /76r descensum^ dans un appareil particulier, qui permet de recueillir le mercure sous l'eau, tandis que l'argent reste sous forme d'un gâteau poreux. — Cette opération, qui paraît compliquée, est cependant fort simple, et elle a été portée en Saxe à un tel degré de perfection, qu'on n'y perd pas un demi pour cent de mercure par an, et que l'argent est complètement sépré. L'argent obtenu en grand est assez pur; mais, pour l'avoir à

AIIGFNT. 473

letat de pureté chimique, il faut le soumettre à l*opération sui* vante : On le dissout dans lacide nitrique pur, on filtre la dissolution, et on y verse une solution filtrée et chaude de sel marin, jusqu a ce qu'il ne s y précipite plus rien. Le précipité est du chlorure argentique ; les autres sels métalliques restent dans la dissolution. On lave bien le chlorure avec de l'eau bouillante , et on le dessèche. On retire le métal du chlorure argentique par le moyen suivant : On mêle ce dernier avec parties égales de carbonate potassique ou sodique anhydre , et on introduit le mélange dans un creuset ; ce qui adhère au mortier et au pilon est enlevé par le frottement avec une nouvelle portion d alcali, et on Tajoute au reste. Le creuset est ensuite chauffé jusqu'au rouge sombre ; on le maintient à cette température pendant une demi-heure, ou, en général, jusqu'à ce que la niasse soit convertie en un mélange d'argent métallique et de sel fondu. L'alcali s'empare du chlore contenu dans le chlorure argentique, et donne, en retour, de l'acide carbonique et de l'oxygène, qui s'en vont à l'état de gaz. Si l'application de la chaleur était portée jusqu'à la fusion, le dégagement du gaz occasionnerait une effervescence : l'alcali, aussi bien que les particules d'argent , seraient projetés contre les parois du creuset, et il serait difficile de détacher l'argent parfaitement et de le recueillir. Cette projection n'a pas lieu si la décomposition se fait dans le mélange non fondu. Le creuset est ensuite chauffé à une température à laquelle l'argent fond; celui-ci s'obtient alors , à l'état de régule aggloméré. Pour prévenir la projection de l'argent, on emploie d'ordinaire, si l'expérience doit être faite en grand, deux fois plus de potasse que ne pèse le chlorure argentique; on la fait fondre dans un creuset, et, après qu'elle est devenue fluide, on y projette, par petites portions ,1e sel argentique, qui se réduit avec dégagement d'oxygène et de gaz acide carbonique. Après que tout le sel argentique y a été introduit, on augmente la chaleur de manière à faire fondre l'argent, qui, par le refroidissement, se réunit en culot au fond du creuset.

Gay-Lussac mêle très-intimement 100 parties de chlorure argentique, 70,4 parties de craie ex\^*i de charbon en poudre; et, après avoir rempli un creuset de ce mélange jusqu'aux^ de la hauteur, il le calcine au rouge, h mesure que la masse s'affaisse, on ajoute de nouvelles quantités de mélange, et l'on finit par élever la température jusqu'au point de fusion de l'argent. Ladecomposition s'opé-

474 ARGBITT.

rànt ici dans une misse non encore fondue , il ne se produit point de projection. iHoAr ajoute au chlorure argentiquele tiers de son poids de colophane, et il fait chauffer le mélange dans un creuset. L'hydrogène de la résine réduit Targent , avec développement d'acide chlorhjdrique, qui colore la flamme du gaz en vert. Dès que le gaz cesse de brûler, on ajoute du borax et on fait fondre la masse. On obtient l'argent à 1 etat de division mécanique extrême , en traitant une solution de nitrate argentique à froid par une solution de chlorure sodique; on laisse le chlorure argentique ainsi préci«* pité se ramasser au fond, sans le chauffer; on décante le liquide, et, s'il y reste des métaux étrangers en dissolution, on verse sur le chlorure argentique une nouvelle quantité d'eau, on laisse le sel de nouveau se déposer, et on répèle cette opération jusqu'à ce que toute la solution métallique soit enlevée par le lavage. On introduit ensuite le chlorure argentique dans une capsule de pla* tine, on y verse de l'eau, acidulée de quelques gouttes d'acide sulfurique, et on y plonge une lame de zinc distillé, exempte de plomb et de fer. En moins de la heures, l'argent est réduit à Té« tat d'une masse volumineuse, d'un gris foncé; ce n'est pas lade l'argent pur, mais une combinaison de celui-ci avec un peu de zinc. La lame de zinc est retirée, la liqueur décantée^ et l'argent traité à froid par de l'acide sulfurique étendu : il se produit un vif dégagement de gaz hydrogène, et le zinc se dissout. La poudre métallique est lavée à l'eau froide, jusqu'à ce que le liquide filtré ne soit plus précipité par le chlorure bary tique , puis on la fait dessécher sans l'intervention de la chaleur. Elle se trouve alors dans un état tellement divisé, qu'on peut l'étendre sur la peau comme de la poudre de talc et de graphite. Dans cet état, l'argent est gris foncé. Si, pendant la préparation, on précipite le chlorure argentique à chaud, de manière qu'il s'agglomère^ ou qu'on le lave avec de l'eau chauffée au delà de-f-6o", ou qu'on le dessèche à chaud, on obtient l'argent à l'état compacte, de couleur plus blanche, et présentant davantage les caractères d'un métal. En le frottant sur la peau, on éprouve la sensation de petites granula-^ tions dures. Ainsi, une légère élévation de température a modifié l'état de l'argent; peu importe que cette modification se soit effectuée pendant que l'argent était encore uni au chlore, ou qu'il en était déjà séparé. Ce fait, quelque insignifiant qu'il paraisse | mérite cependant une grande attention«

ABOEHT. 475

Il n'est pas difficile non plus de réduire Targent par la voie humide. Le meilleur moyen d'atteindre ce but consiste à fondre le chlorure argen tique dans une capsule de porcelaine, à verser de Teau acidulée d'acide chlorhydrique sur le gAteau refroidi, et à mettre à sa surface un morceau de fer d'un poids égal au sien. Après un intervalle de i a heures , la majeure partie du fer est dissoute à l'état de chlorure, et l'argent se trouve réduit de manière qu'on peut le retirer de la capsule sous la forme d'une masse cohérente. On le réduit en petits morceaux , qu'on broie entre les doigts, et on le fait bouillir d'abord avec de l'eau contenant de l'acide chlorhydrique, et ensuite avec de l'eau pure, tant que celle-ci conserve la propriété de bleuir le cyanure ferrico-potassique. Sous cette forme , l'argent est souvent employé pour les expériences de chimie. On peut l'obtenir encore plus divisé , en le dissolvant dans l'acide nitrique, et précipitant la dissolution avec du cuivre métallique. Mais , obtenu par ce moyen, qu'on emploie ordinairement, l'argent contient toujours du cuivre.

L'argent pur et réuni par la fusion est le plus blanc de tous les métaux, et celui qui est susceptible du plus beau poli. Il est plus dur que l'or, mais plus mou que le cuivre, et, après l'or, il est plus ductile qu'aucun autre métal; un grain (5 centigrammes) d'argent peut être tiré en un IBI long de quatre cents pieds (environ i3o mètres). Un fil du diamètre de o,3 ligne (environ \ de millimètre) porté, suivant de Sickingen^ un poids de 20 livres et II onces (environ io,34i grammes) avant de se rompre. L'argent entre en fusion à une chaleur moins forte que Tor et le cuivre ^ environ à+ 1061 degrés du pyromètre à registre de Daniell, ou à -H I023 degrés du thermomètre à air. A une température très* élevée, par exemple, au foyer d'un miroir ardent, il entre en ébulr lition et se volatilise. Ajoutons, toutefois, que l'argent poli ne fond pas au foyer d'un miroir ardent, même à une température où le platine entre en fusion, parce que sa surface lisse renvoie les rayons lumineux sans les décomposer. Quand de l'argent parfaitement pur, qui a été fondu , reprend la forme solide , il se produit une sorte de végétation à sa surface, et parfois une petite portion d'argent est projetée au loin,* on dit alors qu'il roche. Pendant longtemps la cause de ce phénomène était inconnue^ mais Lucas a fait voir qu'il provient de ce que l'argent al^sorbei en fondant, un peu d'oxygène, qui se dégage au moment delà

Page 1