C. OXYOS LIPYLIQUE (l
Nous avons déjà dit que les combinaisons de l'oxyde lipylique avec les acides gras constituent les huiles et les graisses y et que l'oxyde lipylique , conformément aux bases dans les halides , ne peut pas être isolé ni obtenu à l'état d'hydrate , parce qu'il se combine aussitôt avec les éléments de l'eau pour former un corps nouveau, la glycérine.
Nous ne connaissons jusqu'à présent l'oxyde lipylique qu'en combinaison avec les acides gras. Peut-être est-il susceptible de se combiner aussi avec d'autres acides, par voie de double échange* Mais, en général, la force de combinaison de l'oxyde lipylique, ainsi que celle de l'acide gras , est très-faible; par conséquent l'échange impossible. Peut-être réussira-ton un jour, sous l'influence de certaines conditions, à convertir, au contact des acides, la glycérine en oxyde lipylique» comme cela sera praticable pour la glycérine et l'acide butyrique; on pourrait alors produire des combinaisons d'oxyde lipylique avec d'autres acides*
D'après les analyses que Stenhouse^ Francis et Marsson ont
(i) Voyez : Jtecfterches chimiques sur plusieurs corps gras, et particulièrement sur leurs combinaisons avec Us alcalis, par Chc^Teul, (Annales de chimie et de physK|uc, l. LXXXVUI, p. aaS.)
{Note du traducteur,)
foites des combinaisans de loxyde lipylique aTcc les acides palmistéarique , cocculostéarique et laurostéarique ^ loxyde lipylique ae compose de ;
Atonies, Ceoliçmes.
Carbone. • . , 3 64,330
Hydrogène 4 7,ia5
Qxygèae i a8,545
Poids atomique := 35o,3a, Formule î C H* O = tp. Il sera encore question de ces analyses à l'histoire des combinaisons lipyliques.
On pourra aussi admettre que Toxyde lîpyllque a le poids atomique double , et qu'il a pour composition C* H* C" = tp , neutralisable par a atomes d*acide. Le résultat en centièmes reste ici intact. Il est impossible de décider laquelle des deux manières de voir est la plus exacte. Ce qui milite en faveur de loxyde lipylique à I atome doxygène, c'est que les autres hali-bases connues ne renferment pas plus de i atonie d'oxygène. Mais^ d un autre côté, la formation de la glycérine vient à Tappui de a atomes d'oxygène dans l'oxyde lipylique. Nous adopterons la première manière de voir comme la plus simple.
Les combinaisons de l'oxyde lipylique sont décomposées par la distillation sèche, et caractérisées par un corps volatil qui prend naissance, et qui s'appelle acrol; son odeur particulière, insupportable, irritante, décèle de très-petites quantités d'une combinaison lipylique.
Nous allons maintenant passer en revue les combinaisons de chacun des acides gras avec loxyde lipylique.
Margarate lipylique [margarine)^ LpMgr(i). Il constitue la matière grasse solide des huiles végétales et des graisses animales, qui ne durcissent pas et qui renferment aussi du stéarate lipylique. Il n'a pu être encore exactement débarrassé de toute trace d'o-
(x) Le mot margurine fut d^abord employé |iar Chepreul, pour désigner le bimargirate alealÎQ, en paillettes, ipii le dépose d'une aoludon étendue de savon. Il appela stéarine toutes les gi'aisses solides. Lecanu fit ensuite voir la différence qui existe entre le stéarate et le margarate lipylique, et propos{i (}e iionimer |e premier stéarine et le dernier mürgarine.
4^8 BIMARGARAT£ LIPYLIQUE.
lëate lipylique , avec lequel il paraît se combiner chimiquement dans différentes proportions. Pour le préparer, on emploie le plus avantageusement Thuile d'olive, le beurre ou la graisse d*oie* On refroidit Thuile d*olive jusqu'à + 4^^ et on exprime l'élaïne pour séparer la margarine. Puis on fait fondre celle-ci et on la refroidit très-lentement , afin qu'elle ait le temps de se déposer en grains aussi gros que possible; on exprime ensuite la masse à + i^^ ou i5^. Quant au beurre et à la graisse d'oie, on les fait de même refroidir lentement, et on les exprime une première fois à + la'' ou + iS"*, puis une seconde fois à + ao^ Par des fusions répé* tées et par des refroidissements à des degrés de plus en plus éle<vés , on parvient à obtenir une matière grasse solide , qui fond à + Sa"*. On la dissout , jusqu'à complète saturation , dans un mélange bouillant de a parties d'alcool et de 3 parties d'éther : par le refroidissement , la margarine se dépose en grains , tandis que l'élaïne reste en grande partie dans la dissolution.
Le dépôt de margarine , on lexprime et on le purifie par des solutions et cristallisations répétées. La margarine, exprimée en dernier lieu, renferme de Féther , que l'on peut éliminer par l'ébullition dans l'eau. Fondue, elle ne se solidifie plus alors qu'entre + 47* et + 49**; voilà le degré qu'il a été possible d'atteindre.
La margarine cristallise dans l'alcool sous forme d'aiguilles blanches, molles, à troncature droite aux sommets. Par l'expression, elle perd tout aspect cristallin. Suivant Chevreuil on peut, après la fusion, la refroidir jusqu'à + 4^% sans qu'elle commence à se solidifier; mais, au moment de sa solidification, la température s'élève à +49**« loo parties d'alcool anhydre en dissolvent 21 »5 parties à la température de Fébullition : elle cristallise en grande partie par le refroidissement. Traitée par la potasse et par l'acide chlorhydrique , elle donne de l'acide margarique qui fond à + 5i% et qui, d'après la table de Chevreul plus haut reproduite, renferme 17 pour cent d acide oléique, ce qui correspond à environ 5 atomes d'acide margarique pour i atome d'acide oléique*
Bimargarate lipylique ^ Lp Mgr + H Mgr. lljenko et Laskowski ont obtenu ce produit en traitant du vieux fromage par de l'alcool chaud; par le refroidissement, il se dépose à l'état butyracé, à cause de l'oléine qu'il renferme. Dissous dans de l'éther bouillant, il se dépose en aiguilles blanches, fines, microscopiques, qui
STiküATE LIPYLIQUE. 4^9
36 réunissent en grains de la grosseur d'un grain de chènevis^et dont le point de fusion est à + 4<'*- Fondu ^ il se congèle en laissant une espèce de graisse transparente à surface lisse. Par la saponification j ces chimistes obtinrent de Tacide margarique ^ fusible entre H- 67** et 58*. Il n était donc pas tout à fait exempt d'acide oléique. Mais comme, d'après la table de Cheçreul^ un centième d'acide oléique abaisse le point de solidification à + 55% cet acide margarique ne devait tout au plus contenir qu'un trois-centième d'acide oléique. — Le bimargarate lipylique fut trouvé composé de ;
Eipérience» Atomes« Calcul,
Carbone 76,182 71 76,251
Hydrogène ia,324 i38 i2,3ii
Oxygène.» . • • • • ii>494 ^ ii,438
Ce résultat s'accorde avec :
2 atomes d'acide margarique I atome d'oxyde lipylique I atome d'eau
On n'a pas examiné si sa solution alcoolique rougit le papier de tournesol. Ainsi la margarine du beurre avait éprouvé à la longue , par le mélange du caséum dans le fromage , une demi-saponification ; la moitié de l'oxyde lipylique s'est changé en glycérine, et a été remplacé par de l'eau.
Stéarate lipylique {stéarine) (^i). On l'obtient, d'après LecanUjde la manière suivante : On fait fondre de la graisse de mouton au bain-marie^ dans un matras de verre à large ouverture; dès que la fusion est uniformément opérée, on retire le matras, et on mêle la graisse fondue avec son poids d'éther; on ferme bien le vase, et on l'agite. Puis on y ajoute encore une fois autant d'éther , on agite bien , et on répète cette opération jusqu'à ce qu'on ait obtenu
(i) Voyez : Sur la stéarine, par Lecinu. (L'Inslitot, n* 48, p. xx8.)
{IfoU du traducteur.)
43o STEARATE LiPVtîQul?.
nne masse qui affecte , après le refroidissenient, la consistance du saindonx. Uéther dissont roléine, la margarine et très-peu de stéarine : celle-ci reste sous forme d'une masse grenue et pultacée. On exprime la liqueur, on place la masse entré plusieurs doubles de papier brouillard, et on recommence l'expression jusqu*à ce que le papier n'en reçoive plus de tache. La masse ainsi exprimée ne se solidifie, après la fusion, qu'à 4- 54", et constitue environ le cinquième du poids de la graisse employée. On la dissout une couple de fois dans Féther bouillant, et on la fait cristalliser : elle ne fond alors qu'à + 62^ Elle est tout à fait pure lorsque la sohifion éthérée, décantée, laisse, après Tévaporation , un résidu tjui fond également à + ôa**; — On pi'épare la stéarine de la même manière avec ITîuile de cacao.
La stéarine se dépose , par le refroidissement de sa dissolution alcoolique bouillante , sous forme de paillettes nacrées, brillantes, semblables à celles de lacide margarique, et fusibles à + 6a**. Fondue, elle se solidifie en une masse amorphe, ressemblant à de la cire blanche. Elle est facile à réduire en poudre. Par la distillation sèche, elle donne de Tacide margarique et des huiles volatiles, protenant de l'acide stéarique, et mêlés d'alcool. Elle est insoluble dans l'alcool de o,3o. L'alcool de 0,97 la dissout, à la température de rébullition ; mais la partie dissoute se dépose presque complètement par le refroidissement, en formant des flocons amorphes d'un blanc de neige. L'éther la dissout abondamment ; mais, par le refroidissement, il ne conserve que -^ de son poids en dissolution. Lacide stéarique, que Lecanu avait obtenu par la saponification , avait son point de fusion à + 6&*^y il contenait donc encore un peu d acide oléique ou d'acide margarique. Par conséquent, cette méthode de préparation ne paraît pas donner de la stéarine absolument pure.
La stéarine a été analysée tant par Lecanu que par Liebig et Pelouze. Mais il est à regretter que ces derniers chimistes n'aient pas indiqué le point de fusion de la stéarine employée ou de l'acide stéarique qu'ils en obtinrent. En adoptant ces analyses , avec latome de carbone corrigé , on a ;
OL^A^TE LlPtLÎOtÈ. 43l
Expérience. Atomes. Calcul.
Lecahu. L. et P.
Carbone 76,684 76,522 71 77,358
Hydrogène....; 12,387 12,328 i38 12,490
Oxygène 10,929 ii,i5o 7 io,i52
Le rapport atomique a été calculé d'après Thypothèse de Liebig
et de Pelouze^ admettant la stéarine ==Lp Str 4- H Str. Cependant les analyses ont donné trop peu de carbone et d*hydrogène, et indiqué la présence d'un acide plus oxygéné que Tacide stéarique.
Ce résultat s*accorde parfaitement avec la composition du bimargarate lipylique^ dont il vient d*étre question. Pour s'assurer si la stéarine renferme un etcès d'acide stéarique, Pe/ouze et Liebig employèrent le moyen suitant : Ils firent dissoudre le produit dans l'éther chaud , et ils cessèrent d y ajouter de l'alcool dès que la liqueur commença à dohner'un précipité ; puis ils y versèrent quelques gouttes d'une solution d'hydrate potassique dans Talcool; et ils chauffèrent le mélange jusqu'à ce que le précipité rentrât eU dissolution. Ils se proposèrent par là de saturer l'excès d'acide stéarique, et d'obtenir un stéarate double potassico-lipylique. La liqueur donna, par le refroidissement, des cristaux lamellaires minces, qui augmentaient par l'évaporation spontanée. Ces cristaux ressemblaient, par leur aspect, à la stéarine; mais ils étaient solubles dans l'eau, et leur solution, traitée par les acides, donna un précipité de stéarine, mais non d'acide stéarique.
Oléate Upylique {pleine , élaine). Il constitue la partie liquide des huiles non siccatives, ainsi que des huiles et des graisses animales. Mode de préparation : On prend une huile non siccative, on la refroidit jusqu'à 0°, et on l'exprime à la même température; la plus grande partie de la margarine reste sur le linge, tandis que Toléine a passé, mais souillée de quelques traces de margarine. On la dissout ensuite dans 3o fois son poids d'alcool bouillant de 0,816 densité : il se dépose, par le refroidissement, un peu d'oléine. On expose le liquide à quelques degrés au-dessous de o"* : il ae dépose une plus grande quantité d'oléine, contenant un peu de margarine en dissolution. On filtre la liqueur, et on chasse la plus jurande partie de l'alcool par la distillation : l'oléine se sépare , et
432 BLAÏDATE LIPYLIQUE.
ce qui reste dissous dans le résidu d'alcool est précipité par Feau. Diaprés Kerwyck^ on se procure Toléine dans un état de pureté plus grande y en mêlant a parties d'huile d'olive pure^ exprimée à froid) avec i partie d'une solution de soude caustique (dont le degré de concentration n'a pas été indiqué), et faisant digérer le mélange pendant vingt-quatre heures en l'agitant souvent. On y ajoute ensuite de l'alcool faible ou de l'esprit-de-vin pour dissoudre le savon stéarique produit : l'élaïne non saponifiée se sépare, et vient nager à la surface de la liqueur. On la décante, et on la traite de nouveau par son poids d'esprit-de-vin. Elle a une teinte jau* nâtre, qu'on parvient à lui enlever par une digestion de vingtquatre heures, à chaud, avec du charbon animal. Par la fîltration, on obtient l'oléine claire et incolore«
L'oléine a l'aspect d'une huile claire , insipide , conservant sa liquidité encore à — Ji^ ^maàs se prenant, à quelques degrés audessous de cette température, en une bouillie d'aiguilles. loo parties d'alcool de 8,816 densité dissolvent, à la température de l'ébullition, 3,2 parties d'oléine, dont une partie se dépose par le refroidissement. Elle est miscible avec l'éther en toutes proportions. L'élaïne incolore jaunit à la longue , par suite d'une altération de l'acide oléique. Après un temps plus long , elle perd sa couleur, et l'oléine devient épaisse et poisseuse. Elle s'est ainsi changée en olanate lipylique , et a pris une odeur très-rance.
Olanate Upylique (olanine). Il se produit quand on étend les huiles non siccatives en minces couches sur une grande surface , et qu'on les expose ainsi à l'action de l'air. Au bout de deux ou trois ans, l'oléine s'est changée en une matière presque incolore, tenace, d'une odeur etsaveur rances, et assez soluble dans l'alcooK C'est un mélange de margarate et d'olanate lipylique ; il se saponifie très*vite avec la potasse ou la soude caustique.
Élaïdate lipylique (élaïdine)^ LpEld. C'est une matière grasse solide, qu'on obtient par l'action de l'acide nitreux ou sulfureux sur l'oléine. On débarrasse l'oléine aussi bien que possible de toute trace de margarine, et on y fait arriver l'acide nitreux: pour cela on se sert du gaz rutilant, préparé, soit par la distillation sèche du nitrate plombique, soit en chauffant un mélange d'amidon avec de l'acide nitrique fumant , soit en chauffant doucement l'acide nitrique rouge fumant , préalablement saturé de gaz oxj4e
ihÂÏDkTE UPTLIQUB. 433
nitrique. On prescrit d'ordinaire de faire passer le courant de gaz pendant cinq minutes à travers Toléine; mais cette opération est plus ou moins lente, suivant les quantités d'oléine employées. Moins on emploie d'acide nitreux , plus il faut de temps pour que l'oléine se solidifie. Avec un demi-centième d acide rouge , il fiiut 7 à 8 heures ; avec un centième, a heures, et avec trois centièmes, I heure \. L'introduction de Tacide achevée, on agite bien et longtemps le mélange, afin que toutes les parties de l'oléine soient mises en contact avec l'acide. Dès que la solidification commence^ on laisse reposer la masse pendant quelque temps, jusqu'à ce que la transformation soit complète. Cependant il reste toujours une partie d'oléine intacte. La partie d'oléine qui s'était déjà auparavant changée en olanate lipylique ne se transforme pas en élaldine, et communique à celle-ci une couleur jaune ou jaune brun. On extrait l'oléine et l'olanine par de l'alcool bouillant de 0,90 , tandis que l'élaîdine reste incolore. Après la décantation de l'ai* cool , on étend l'élaîdine sur du papier brouillard , qui s'imbibe de toutes les parties liquides. Probablement l'élaîdine , pas plus que la margarine, n'a été jamais obtenue parfaitement exempte d'oléine.
Préparée d'après ce procédé de Boudetj l'élaîdine est une matière grasse, solide, incolore, qui, fondue, se solidifie à + 36**, sans aucun indice de cristallisation. Par la distillation sèche, elle se volatilise , accompagnée d'huiles volatiles contenant de l'acroléine, d'où l'on extrait l'acide pyroléique par l'eau bouillante, preuve qu'on ne réussit pas de cette manière à séparer l'oléine complètement.
L'alcool de 0,8935 densité ne dissout, à la température de l'ébuUition, que \ centième de son poids d'élaïdine, qui, par le refroidissement, se précipite en flocons amorphes. L'éther la dissout en toutes proportions. La potasse caustique la saponifie^ et si l'on n'a pas enlevé préalablement le mélange jaune par l'alcool bouillant, le savon prendra une couleur rouge brique. Traitée par l'acide nitrique concentré, l'élaîdine se décompose, et se change, d'après les expériences de Pelouze et de Boudetj en un corps oléagineux, qui renferme de l'acide nitrique, et qui est probable* ment de même nature que le résidu qui reste après qu'on a traité l'acide oléique par l'acide nitrique fumant.
434 tllClKiLÀÏDATfi ttPTttQlTC.
RtcittéarcUB lipylique ( riciscéarine, margaritine di» Baudet). On Fobtieat en exprimant l'huiie de ricin fortemenl refroidie , et débarraasant le dépôt, par TexpreasioD , de toute trace d'huile li« quide. On ne l'a pas étudié autrement. U n'existe pas, dit-on, dans Thuile de ricin préparée en soumettant les graines de ridn à l'ébuUition avec l'eau.
RicUhaU et ricinoUate lipylique (ricinine et ricinoléine). Ils constituent la partie liquide de l'huile de ricin , et seront décrits à l'histoire de Fhuile de ricin.
Ricinélcadatê lipylique ( ricinélaïdine , palmine de Baudet). On l'obtient en traitant Fhuile de ricin par l'acide nitreux ou sulfureux : il se produit une graisse solide petidant que Fhuile se fige; mais il se passe ici beaucoup plus de temps que pour la solidification de Foiéiae. Une partie de Fhuile liquide reste intacte, probablement de la ricine, qu'on exprime bien. Ija ricinélaïdine bien exprimée , on la purifie en la dissolvant dans un peu d'alcool bouillant; par le refroidissement, poussé peu à peu jusqu'à o% elle se dépose en grains amorphes, qu'on exprime bien à la même température. En évaporant ensuite Falcool, on en obtient encore un peu ; mais celle-ci n'est pas aussi pure , et doit être soumise à une nouvelle cristallisation.
La ricinélaïdine- est blanche, semblable à delà cire, et d'une odeur particulière. Sou point de solidification est entre + 62® et + 66^ Playfair ne le trouva qu'à -+• 43', différence qui tient peutrétre à la pureté plus ou moins grande du produit Elle se dissout dans moitié de son poids d'alcool de 0,90, à + 3o'. L'al^ cool bouillant la dissout presque en toutes proportions. La ricinélaïdine est détruite par la (distillation sèche , et donne des huiles volatiles contenant de l'akool, pendant qu'il reste dans la cornue^ si Fon n'emploie pas une chaleur trop forte, une matière particulière, dont il sera question à Farticle Huile de ricin. Les huiles volatiles ont une couleur brune; et quand on les rectifie avec Feau , on obtient les mêmes huiles qu'avec Fhuile de ricin , et il reste dans la cornue » en mélange avec Feau, un acide gras, qui n'est pas l'acide ricinélaîdique. Cet acide se dissout dans l'alcool , et se combine avec les alcalis ; mais on ne Ta pas étudié davantage. La ricinélaïdine a été analysée par Play/air^ qui Fa trouvée composée de ;
Expérience. Atomes. Calcul.
Carbone, 73,i5 87 73,071
Hydrogène 11, 56 68 ii,i55
Formule : C* H* O + C« H** 0^
Unoléate lipylique (linélaïne). Il constitue la plus grande partîe de riiuile de lin, qui ne contient que très-peu de margarine. Ses propriétés seront décrites à Tarticle Huile de lin,
Palmistéarate lipylique (palmistéarine, palmitine de Frémy^^^
Lp Plst. On l'obtient en faisant ondre et refroidissant lentement Thuile de palme jusqu'à consistance de raisiné ; après quoi on Texprime fortement sous une presse refroidie à la même température. La matière exprimée, ou la réduit en poudre, et on la fait bouillira plusieurs reprises avec de lalcooî, en ayant soin de la pulvériser de nouveau avant chaque ébullition. Elle est exempte d*élaïne lorsque son point de fusion reste stationnaire.
La palmistéarine, en solution saturée dans Téther bouillant, se dépose en aiguilles fines incolores. Fondue, elle se solidifie à + 48** en une masse amorphe, demi-transparente, semblable à de la cire. A une chaleur plus forte, elle se décompose en donnant des huiles volatiles acrolifères, mais pas d'acide pyrotéique. Elle est tout à fait insoluble dans Talcool. L'alcool bouillant anhydre en dissout à peine une trace, qui se sépare de nouveau, par le refroidissement, en flocons amorphes. Elle est extrêmement soluble dans Téther , et cristallise par levaporation spontanée.
D après l'analyse de Slenhouse^ elle se compose de :
Expérience. Àtomet. CakiiL
Carbone 75,82a 35 y^A^y
Hydrogène 1 1,990 66 ^^^9^
Oxygène 12,188 4 > 1,624
Poids atomique : 344K)04- Composition rationnelle :
I atome d'acide palmistéarique =:32C + 62H + 30 I atome d'oxyde lipylique = 3C+ 4H-|-îO
436 COCCOSTéA.RATE LIPTLIQUE.
Sous le nom de cire du Japon ^ on rencontre quelquefois dans le commerce une matière grasse solide, qui est, d'après Stakmerj du palmistéarate lipyiique. Son origine végétale est encore inconnue. On la trouve en gâteaux ronds d'un pouce d'épaisseur, d'un aspect cireux, striée à la surface, et souvent couverte d'une pous* sière blanche. Elle est plus molle que la cire , grasse au toucher , et exhale une odeur de saindoux. Par la saponification, elle donne de Tacide palmistéarique et de la glycérine; mais le produit ne parait pas être de la palmistéarine pure, parce qu'il fond à + 4o^ Il estsisoluble dans Talcool bouillant, que la solution se prend en gelée par le refroidissement. Il se dissout aussi dans lethér, et se dépose en flocons. D'après l'analyse de Stahmer^ la cire du Japon se compose de C" H^ O* : elle contiendrait donc a atomes d'hydrogène et I atome d'oxygène de plus que la palmistéarine. Par la distillation sèche, elle donne de l'acide palmistéarique, de Tacrol et des huiles volatiles, mais pas d'acide pyroléique; il reste dans la cornue un résidu charbonneux. Traitée par Tacide nitrique, elle donne ^ entre autres produits de décomposition, de l'acide succînique. Bien que l'analyse de Stahmer paraisse avoir été faite avec soin, on pourrait cependant soupçonner dans la cire du Japon encore plusieurs matières inconnues.
Coccostéarate lipyiique (coccostéavine y coccine de Brandes). On l'obtient en coupant les noix de cocos en tranches minces, ou les broyant en une masse, qu'on exprime entre deux plaques chaudes. L'huile exprimée, qui se fige par le refroidissement, on la traite par l'alcool bouillant, qui, par le refroidissement, dépose la coc* costéarine. On peut épuiser les fragments de noyau par de Talcool bouillant, jusqu'à ce qu'il ne se dépose plus de stéarine par le refroidissement. La coccostéarine ainsi préparée, on la fait cris* talliser à plusieurs reprises , d'abord dans de Talcool bouillant , puis une couple de fois dans de l'éther bouillant.
Elle présente l'aspect d'une masse brillante, feuilletée, d*un blanc de neige, dont le poids spécifique est de 0,925 à + 8^ Fondue, elle se solidifie à + a^^; mais elle est encore molle à + 18® et 2o\ Elle n'est pas très-soluble dans l'alcool. 100 parties d'alcool anhydre en dissolvent a,4 parties' à +20^, et jusqu'à 8 parties à + 44^. Elle n'est guère soluble dans l'alcool de 0,76, mais elle est beaucoup plus soluble à la température de l'ébulli«
GOCGULOSTiA.RàTK LIPTLIQUK. 4^7
tion : elle se dépose, par le refroidissement, en aiguilles groupées en rayons concentriques. Elle est très-soluble dans Véther anhydre , mais elle ne se dissout que dans 80 parties d*éther ordinaire à + i8\
Par la distillation sèche , elle donne d abord des huiles volatiles acrolifères, puis de Tacide coccostéarique; enfin une huile empyreumatique brune et une matière grasse solide , d'où la potasse extrait un acide gras non examiné, en laissant de la paraffine, corps semblable à une matière grasse solide , dont il sera question plus bas«
Myristéarate lipylique (myristéarine, myristine). Suivant i'/fljfaÙTy on l'obtient en exprimant le beurre de muscade d'après les préceptes déjà indiqués. On broie ensuite la matière^ et on la fait digérer dans de l'alcool, qui dissout la margarine et l'oléine, en laissant la myristéarine, qu'on fait cristalliser à diverses reprises dans de l'éther bouillant; après quoi on exprime la solution refroidie.
La myristéarine est un produit cristallin , d'un éclat soyeux , qui, fondu, se solidifie à + 3i^ Elle est peu soluble dans l'alcool chaud, et se dissout en toutes proportions dans l'éther bouillant.
D'après les analyses de Play f air ^ elle se compose de :
Expérience. Atomes. Calcul.
Carbone T^-ß^^ ^9 T^y^l^
Hydrogène ia,a!20 ii4 ^^^P^P
Oxygène i3,i68 8 i3,46o
Ces nombres atomiques correspondent au bimyristéarate lipylîque = Lp Mst + H Mst.
Cocculostéarate Upylique (cocculostéarine, stéarophanine de Francis ), On ne l'obtient pas pure en employant l'huile retirée par voie d'expression des coques du Levant. Pour préparer la cocculostéarine, on débarrasse d'abord les graines de leur enveloppe, parce que celle-ci communique au produit une couleur verte, difficile à enlever. Les graines ainsi dépouillées de leur périsperme, on les écrase et on les fait bouillir trois ou quatre fois avec de l'alcool , qui dissout l'élaîne en laissant la stéarine. La par-^ tie non dissoute, on l'exprime, on la dessèche, et on la fait bouillir
438 LAURMTiiLRATE LIPTtIQÜE.
aTcc réthcr, qui dissout U cocculostéariDC : odle^si se depoü, soit par le refroidissement , soit par l'éTaporation spontanée de lethcr.
La cocculostéarine se dépose en cristaux minces , formant des arborescences. Fondue, elle se solidifie, entre + 35^ et + 36"*, en une masse amorphe, à surface inégale, ondulée, semblable à de la cire et facile à réduire en poudre. Elle se dissout à peine dans Talcool bouillant, et ce qui s'est dissous se dépose, par le refroidisseiDent , à Tétat pulvérulent ou en flocons amorphes.
D'après lanalyse de F rancis ^ elle se compose de :
Ezpérieaoe» Atomes. CaleoL
Carbone , • • • • 76,27 38 71^"]^
Hydrogène. ••••»•••• la^ig 72 ia,i3o
Oxygène • n,54 4 10,799
Sauf quelque différence, due sans doute à Timpossibilité d'obtenir un produit absolument pur, ces nombres démontrent que la cocculostéarine est du cocculostéarate lipylique = If) Golst.
Par la dîstUtalion sèche ^ cette stéarine donne des huiles Tolatiles acrQlifères I et un acide gras non examiné; du moins on n'a pu y constater aucune trace d'acide pyroléique.
Laurostêârate lipylique (laurostéarine). On l'obtient, d'après Marsson , en faisant bouillir trois ou quatre fois avec de l'alcool des baies de laurier pulvérisées , filtrant la liqueur bouillante, et exprimant le résidu encore chaud. On mêle les différentes solutions alcooliques ensemble; pendant 24 heures de repos, elles déposent la laurostéarine sous forme d'une masse Jaunâtre, caséeuse. L'alcool décanté , on l'évaporé , jusqu'à ce qu'un tiers ait passé à la distillation ; après quoi il dépose encore un peu de laurostéarine. L'eau mère décantée ne renferme plus alors que de rékïne. La laurostéarine ainsi obtenue, on la lave soigneusement avec de l'alcool froid. La couleur jaune est due au mélange d un corps résineux. On fait cristalliser le produit jusqu'à trois fois dans de l'alcool bouillant, on l'exprime bien, on le fond, et on le filtre à travers un entonnoir entouré d'eau bouillante : il passe clair et incolore , pendant que le corps résineux reste sur le filtre. Cependant il ne faut procéder à cette opération que lorsqu'on s'aperçoit que la masse se compose d'une stéarine incolore, mêlée de pail-
BUTTRATE UrTLIQÜB. 4^9
lettes jauoea. Taot que cetie séparation spontanée n*a pas eu Ueu, il faut répéter la cristallisation dans Takool.
La laurostéarine cristallise en aiguilles déliées , groupées en étoiles, formant une masse légère d'un blanc pur. Fondue, elle se solidifie, entre + 44** et + 43"*, en une matière amorphe, talqueuse, friable, et facile à réduire en poudre. Peu soluble dans lalcool froid, elle se dissout abondamment dans Talcool bouillant, d où elle cristallise presque complètement par le refroidissement. Elle est très-soluble dans lether, et y cristallise, comnàe dans Tal* cool , par leTaporation spontanée. Elle est parfaitement neutre, et se saponifie facilement*
D après les analyses de Mareson , elle se compose de :
Expérience. Atomes. Calcul.
Carbone 73,547 aj yi^oiy
Hyilrogène ii,55o 5o ii,386
Oxygène x4,9^3 4 i4)597
C*est donc un laurostéarate lipylique neutre = Lp Lst.
Par la distillation sèche , la laurostéarine donne des huiles tolatiles acrolifères, et un corps gras solide, cristallisable dans Talcool, mais qui n a pas été étudié.
Butyrate lipylique ^ Lp But, Cestjusqiia présentie seul composé lipjlique qui ait été produit artificiellement. Pelouze et Gélis Tobtinrent en dissolvant de la glycérine et de lacide butyrique, parfaitement desséchés, dans une certaine quantité d*acide sulfu« rique concentré. Après avoir chauffé la solution , ils la firent refroidir, et y ajoutèrent ensuite une grande quantité d'eau pour s'emparer de Tacide sulfurique ; le buiyrate lipylique vint nager à la surface de la liqueur sous forme d'une huile ; par le lavage à l'eau, on le dépouilla de leau mère acide.
Le butyrate lipylique a l'aspect d'une huile jaunâtre; il est insoluble dans l'eau , soluble en toutes proportions dans l'alcool et dans l'éther, et donne, par la saponification avec Thydrate potassique, du butyrate potassique et de la glycérine. Sa formation est due à une action cataly tique que l'acide sulfurique exerce sur la glycérine au contact de l'acide butyrique : cette action ressemble tout a fait à celle que l'acide sulfurique exerce sur l'alcool , mêlé d acides susceptibles de se combiner avec l'oxyde éthylique. Il
44o YAL^RIAN ATE LIPTLIQÜB.
faudrait voir si l'on ne pourrait pas produire des combinaisons semblables avec d'autres acides. Mais il importe de faire observer ici que l'acide butyrique en combinaison avec l'alcool peut , par l'effet de l'acide sulfurique, produire du butyrate éthylique plus facilement qu'aucun autre acide, et qu'enfin ce qui est facile avec Facide butyrique et la glycérine est peut-être beaucoup plus difficile avec d'autres acides.
Chevreul donna le nom de butjrnne à un produit obtenu de la manière suivante ; On traita le beurre par de l'eau chaude, jusqu'à ce que celle^i passât limpide. Après cela , on maintint le beurre longtemps à une température intermédiaire entre + 16* et + 19"*; la butyrostéarine se tassa de manière qu'il fut Êicile d'en déverser l'élaïne. On mêla cette élaîne avec son poids d'alcool anhydre, on agita bien le mélange à + ip'^dans un flacon fermé, et on le laissa à cette température pendant 24 heures. La liqueur ainsi obtenue, on la sépara par la distillation; le résidu fut la butyrine en question. Mais c'est un mélange d'oléine, de butyrate, capranate, capronate et caprinate lipylique, contenant des traces de margarine. Il est un peu acide, ce que Cheçreul attrihua à une action de l'alcool sur la matière grasse neutre. Quant à l'acide libre, il est constitué par les acides volatils du beurre, et on peut l'éliminer par de l'hydrate magnésique. En dissolvant cette butyrine dans 5 parties d'alcool bouillant de 0,82a, on obtient une liqueur qui dépose, par le refroidissement, une graisse margalinifère. Si Ton n'a employé que 4 parties d'alcool , la solution ne se trouble pas , parce que la butyrine , en raison de sa solubilité, retient la margarine. Elle se dissout en toutes proportions dans l'alcool bouillant de 0,822. Cette butyrine renferme tant de margarine , que les acides gras qui en ont été extraits par la saponification sont rendus opaques à -h 36** par l'acide margarique, tandis qu'ils se maintiennent encore mous à + 16^. La butyrine la plus riche en butyrate lipylique que Chevreul ait obtenue d'après la manière indiquée, donna 8o,5 pour cent d'acides gras fixes, 1 2,5 pour cent de glycérine, et 26 pour cent d'acides gras volatils, combinés à la baryte.
FaUrianate lipylique. Ce composé est contenu dans la graisse du dauphin [delphinus phocœna) ^ des phoques et de différentos espèces île poissons ; mais on n'est pas parvenu à l'isoler. Che*