HUILES GRASSES DES BALEINES
Ce qu'on appelle vulgairement huile de baleine renferme , d'après les recherches de Chevreul et de quelques autres chimistes, du margarate ou de l'oléate lipylique, et rappelle ainsi la composition de la graisse des autres mammifères. Mais il reste encore à examiner s'il ne s'y trouve pas, en outre, d'autres acides et une autre oxybase. Voici les recherches qu'on a faites à ce sujet:
I. HuUe de baleine. Outre l'huile liquide où s'est déposée la cétine, on obtient, en faisant fondre la graisse située au-dessous de la peau des baleines, une huile jaune ou brunâtre qu'on rencontre dans le commerce. On la décolore en l'agitant avec une décoction d'écorce de chêne, et la traitant d'abord par une solution d'hypochlorite calcique, puis par de l'acide sulfurique étendu, qui sépare du gypse f on la laisse ensuite s'éciaircir, et on la décante. L'huile ainsi purifiée a été cependant un peu altérée par le chlore de l'hypochlorite employé.
D'après les obsei^vations de Chesfreul^ l'huile de baleine est cohi- VI. 34
$3o UEl^PHIirUß PHOCfNA.
plétement neutre à H-ao"*; elle a pour poids ipécifi^a 09927, Abandonnée quelque temps à o'^jelle dépose de la stéaripe^ qui peut, par décantation, séparer de lelaine. Par la vaporisation de l'huile d^ baleine, Cheyreulne découvrit pas la présence de lacide stéarique; il n y trouva que des acides margarique et oléique ; il ne retira du savon que de la glycérine. Mais il' obtint, en outre , une matière huileuse, neutre, liquide, odorante, plus ou moins colorée, qui na pas été examinée de plus près ; c'est probablement un produit de transformation d'une nouvelle oxybase combinée avep les acides margarique et oléique, et peut-être aussi avec d'autres acides en mélange.
a. Stéarine. La stéarine qui se dépose par le refroidissement de l'huile de poisson, et qu'on a débarrassée, par l'alcool étendu, de l'élaïne qui y adhérait encore, se 6ge entre + 21^ et a^"*, après avoir été fondue. Elle exige, pour se dissoudre, y, 8 partie d'alcool anhydre bouillant. Elle se sépare en cristaux de cette dissolution, laissant une eau mère brune et épaisse. Clievreul trouva, dans la stéarine cristallisée par la saponification, 85 parties d'acides margarique et oléique, 7 parties de glycérine d'une saveur up peu acre et amère, 4 parties d'une matière brune infusible à 100°, complètement soluble dans l'alcool brûlant et bouillant sans laisser de résidu.
b. Elaïne, Cette matière est si soluble dans l'alcool anhydre, qu'à + 75*' elle n'en exige que o,8a partie pour s'y dissoudre. Elle se saponifie facilement avec 0,6 partie d'hydrate potassique et 5 parties d*eau, en donnant de la glycérine d'une saveur pure, et une graisse huileuse, neutre, brune, ayant l'odeur de l'huile de baleine. Cheçreul prit l'acide gras isolé pour de l'acide oléique souillé d'un peu d'acide margarique. Il contient des traces d'acide valérianique, qu'on peut enlever par la distillation avec l'eau.
2. Graisse de dauphin. Chei^reul a analysé la graisse du de^/dnus phocœna et celle du delphinus globiceps. Toutes deux sont des huiles liquides.
a. Delphinus phocœna. L'huile obtenue en fondant la panne du dauphin dans de l'eau était d'un jaune pâle. Elle avait une odeur de poisson, qui disparaissait par l'action réunie de la lumière solaire et de Tair, Son poids spécifique était de 0,937 à + 16°. Elle ne rougit point le papier de tournesol, mais elle prend à Tair une couleur brune, qui disparaît au bout de quelque temps; elle
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etbale alors 1 odeur de Thuile de colva^ et rougit le papier de tour« nesol. loo parties d alcool bouillant, de 0,821 , forment , avec ao parties de cette huile, une dissolution qui 9e trouble dès qu'on la retire du feu; mais quand on fait bouillir ensemble parties ^ales d'huile et d alcool , ces deux substances se combinent mieux , la dissolution ne dépose plus rien ensuite, et on peut y ajouter de nouvelle huile presque en toute proportion* Par la saponification, cette huile donne 0,82a d un mélange d*acides margarique et oléi? que, 0,1 4 de glycérine, et une quantité d*acide valérianique suffisante pour former 0,^6 de valérianate bary tique. Daqs cette opération il se dégage une matière ayant Todeur du cuir apprêté au gras.
b. Dêlpkinus globiceps. Sa graisse est une huile d'un jaune citrin , ayant à la fois l'odeur de poisson et celle du cuir apprêté au gras." Le poids spécifique de cette huile est de 0,918 à + 20^ 100 parties d alcool anhydre à + 20'' en dissolvent i23, et 100 d'alcool à 0,812 et à +70** n'en dissolvent que iio parties. Ea faisant refroidir très-lentement cette huile jusqu'au point de con* gélation , ou un peu au-dessous , elle dépose une cétine qui se rapproche de celle du cachalot {physetêr maerocephalus) j sans néanmoins lui ressembler parfaitement.
Après avoir été fondue , cette cétine commence à se figer à + 4S%^> 6t ^Ue est totalement solidifiée à 4^%&, Cent parties d'alcool bouillant à o,834 en dissolvent 2,9 parties. Elle se saponifie plus difficilement que le blanc de baleine, donne moins d'éthal et plus d'acides gras, qui sont plus riches en acide margarique. L'éthaï de cette huile fond à + 47''9 tandis que celui de l'autre fon4
L*huile où cette cétine s'est déposée est parfaitement Uquide à + ao% et semblable à du beurre à + i5^ Son poids spécifique est de 0,924. Cent parties d'^loool de o,8ao en dissolvent 149,4 parties avant FébulUtion. Paf la saponification, 100 parties de cette huile donnent 66 parties d'acides gras (acides mapgarique et oléique), qui contiennent i4,3 parties d'une graisse non saponifiable, semblable à Téthal, seulement plus fusible, et, à proprement parler, composée de deux graisses, dont l'une fond à + 27% et l'autre n'entre en fusion qu'à + 35*, On la sépave des acides gras par les mêmes moyens qu'on emplqie pour isoler Te^ thaï. Sa saponification donne en outre i5 parties de glyeérine, et
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une quantité d'acide valérianique suffisante pour produire 34^6 parties de valérianate barytique.
Il y a là une nouvelle source de recherches intéressantes ; car ces deux espèces de graisses sont, selon toute apparence, des bases organiques, comme Téthal. G est sous ce point de vuequ il faudrait les examiner.
lo parties de cette graisse se dissolvent à peu près dans 9 parties d'alcool chaud anhydre. En reprenant^ après Tévaporation, le résidu huileux par de Talcool hydraté froid, on en extrait du valérianate lipylique en bien plus grande quantité que de Thuile brute : il reste une matière oléagineuse, d'une odeur particulière, quoique faible, rappelant un peu celle de Téther et de Tacide valérianique. Son poids spécifique est 0,954 à +17°. On en sépare l'acide valérianique d'après la méthode employée pour la séparation des acides gras volatils.
Cheçreul en retira 32,82 parties d'acide valérianique (dosé à l'état anhydre), 69 parties d'acide oléique hydraté, et i5 parties de glycérine. Ghevreul appelle cette huile phocénine , et l'acide ( acide valérianique) , acide phocénique,
3. Graisse du cachalot à bec {balœna rostrata). On prend aux environs des Féroé le cachalot à bec, que les indigènes appellent doegling, et on retire de ses couches graisseuses une huile, qu'on rencontre assez souvent dans le commerce sous le nom de graisse de doegUng. Cette huile a été l'objet de quelques recherches de la part de Scharling.
Elle est limpide, presque incolore ou ayant une faible teinte jaune. Elle est inodore; sa saveur est désagréable, et rappelle celle de Fhuile de poisson ; son poids spécifique est 0,868 à +20'' ; en cela elle diffère des autres huiles grasses, dont la densité est rarement inférieure à 0,900, et elle réfracte plus fortement la lumière que les autres huiles. Chauffée rapidement, elle distille sous forme liquide, en laissant environ i pour cent d'une matière grasse. Le produit de la distillation est une huile jaunâtre, non étudiée, qui ne renferme pas d'acide pyroléique, et se trouve mêlée d'acroléine, ce qui montre qu'elle ne contient pas d'acide oléique , et des traces seulement d'oxyde lipylique. Â une température inférieure à + 8% riiuile de doegling dépose des aiguilles fines d'une matière grasse solide, environ a pour cent du poids de l'huile. Cette graisse solide fond à + 24% et se trouve évidemment mêlée d'huile de baleine.
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Uiiuile de doegling se dissout dans le double de son poids d*alcool bouillant. Elle appartient à la classe des huiles siccatives, et absorbe Toxygène de Tair, en se couvrant d'une pellicule facile à enlever; après quoi elle devient visqueuse, s'épaissit et se dessèche à la. longue en une masse solide, en dégageant une petite quantité d'acide carbonique.
Semblable à Toléate lipylique, elle se change, par l'acide nitreux, en une graisse solide cristalline, d'où l'alcool bouillant extrait une huile jaune rougeàtre en laissant la graisse cristallisée, en grande partie incolore.
L'huile de doegling se saponifie avec la potasse, en formant une solution trouble; elle donne avec l'hydrate calcique un savon grenu, et avec l'oxyde plombique une masse emplàtrîforme. Ce liquide surnageant renferme à peine des traces de glycérine.
En épuisant le composé plombique par l'éther; on obtient un sel plombique, formé par un acide gras liquide ; le sel barytique de cet acide se distingue de Toléate barytique en ce qu'il est moins soluble dans l'alcool bouillant que dans l'alcool froid.
Scharling soumit ce sel à l'opération prescrite par Gottlieb pour préparer l'acide oléique , et il obtint un acide particulier, qu'il nomma acide doeglique.
Cet acide est jaunâtre, quoique parfaitement limpide à + 16^^. Il se solidifie à quelques degrés au-dessus de 0% rougit le papier de tournesol, et se dissout facilement dans l'alcool de 0,826 poids spécifique. Scharling analysa, tant l'acide hydraté que les combinaisons de cet acide, avec la baryte et l'oxyde éthylique. En voici les résultats pour la composition de l'acide doeglique :
Acide anhydre. Acide hydraté.
Atomes. Centièmes. Atomes. Centièmes.
Carbone... 38 79,483 38 77,07
Hydrogène. 70 ia,i63 72 12,1 3 Acide., 96,96
Oxygène... 3 8,354 4 10,80 Eau... 3,o4
Poids atomique : 359i,36. Poids atomique de l'acide hydraté : 3703,84.
Cet acide diffère donc de l'acide oléique ordinaire, en ce qu'il renferme 2CH* de plus. Avant d'adopter un nom définitif, il faudrait savoir s'il n'est pas identique avec l'acide cétinélaïque.