‹ Traité de chimie minérale, végétale et animale (volume 5)Chapitre 32 sur 95 · DE L ARGENT · texte numérisé non relu

DE L ARGENT

fourneau. On fond ensuite ce plomb dans un fourneau très-plat, appelé fourneau de coupellation, qui a la forme d’un grand plat, et qui est fait avec de la cendre de bois lessivée. Quand le métal fondu est arrivé au rouge, on met en mouvement deux soufflets, qui poussent l’air à la surface du métal, de manière que le plomb est oxidé. Il se forme "d’abord une croûte d’oxide peu fusible, que l’on enlève deux ou trois fois; ensuite il se produit de l’oxide plombique fusible ou litharge ^ que l’on fait écouler par une cavité pratiquée sur le coté du fourneau, vis-à-vis la tuyère des soufflets , de sorte que le courant d’air pousse l’oxide plombique vers cette cavité. Un ouvrier est occupé sans cesse à écarter l’oxide plombique qui se solidifie, afin que l’oxide fondu puisse s’écouler; car l’opération s’arrête, dès que la surface du métal est couverte. Le but de cette opération est de brûler, en même temps que le plomb, les métaux susceptibles de s’oxider, et qui consistent ordinairement en un peu de cuivre, de fer et de zinc; après quoi, il reste enfin de l’argent presque pur. Cependant il a besoin d’être refondu dans un fourneau semblable au précédent, mais plus petit, qu’on appelle Ce fourneau est formé de cendres de menu bois bien -lavées et tassées dans un anneau de fer; il ressemble à un grand plat dont le fond est épais^ et qui a très -peu de profondeur. La masse y est tenue à une chaleur plus intense que la première fois, parce que l’argent qui contient moins de plomb, est plus difficile à fondre. Toute la litharge qui se forme, est absorbée par le test, et vers la fin de l’opération , la surface du métal prend les couleurs de l’arc-en-ciel , puis devient tout-à-coup claire et miroitante. Ce phénomène, connu sous le nom de fuU guration ou éclair de V argent , annonce que tout le plomb est brûlé, et qu’il ne reste plus que de l’argent.

Quand l’argent qu’on exploite n’est pas à l’état de mélange avec la galène, on emploie un autre procédé d’extraction , c’est-à-dire X amalgamation. Ce procédé est suivi, tant en Amérique qu’à Freyberg en Saxe,

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pour extraire l’argent des minerais qui contiennent de l’arsenic, du nickel, du cobalt, du fer et du cuivre, mais qui ne renferment point de plomb, ou n’en renferment que très-peu. On cherche d’abord combien le minerai contient d’argent, puis on mêle des minerais de différente richesse, dans des proportions telles, que l’ensemble contienne 3 onces f à 4 onces d’argent par quintal. (Quand les proportions sont autres, il est impossible d’extraire tout l’argent.) Si le minerai ne contient point de pyrite, il faut en ajouter. On réduit le tout en poudre très-fine, on mêle celle-ci avec 8 à 9 pourcent de sel marin, et on grille le mélange dans un fourneau à réverbère, en le remuant souvent. 11 se forme de l’acide sulfurique, qui décompose le sel marin; une partie du chlore de celui-ci forme, avec l’argent, du chlorure argentique; une autre s’échappe en combinaison avec le fer et le soufre. Le grdlage étant terminé, on retire du fourneau la masse a^plomérée, on la réduit dans un moulin, en poudre fine, on mêle celle-ci dans des tonnes avec de l’eau, et l’on y ajoute des morceaux de fer et du mercure. Les tonnes sont tournées sur leurs axes au moyen d’une roue hydraulique, ou bien on fait jouer une espèce d’agitateur dans leur intérieur. Pendant ce mouvement, le chlorure argentique est réduit par le fer, et le mercure s’empare de l’argent mis en liberté, et forme avec lui un mélange liquide, amalgame.

Tant que la décomposition continue , on remarque qu’en été le contenu des tonnes est plus chaud de quelques degrés, que l’air ambiant. On soutire l’amalgame, et on le presse dans des peaux peu épaisses, qui laissent passer le mercure excédant et retiennent un composé solide de mercure et d’argent. Ce composé est distillé , per descensum , dans un appareil particulier, qui permet de recueillir le mercure sous l’eau , tandis que l’argent reste sous forme d’un gâteau poreux. Cette opération, qui paraît compliquée, est cependant fort simple, et elle a été portée en Saxe a un tel degré de perfection, qu’on n’y perd pas un

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demi pour cent de mercure par an, et que l’argent est complètement extrait.

L’argent obtenu en grand est assez pur; mais, pour l’avoir à l’état de pureté chimique, il faut le soumettre à l’opération suivante. On le dissout dans l’acide nitrique pur, on filtre la dissolution, et on j verse une dissolution filtrée et chaude de sel marin, jusqu’à ce qu’il ne se précipite plus rien. Le précipité est du chlorure argentique; les autres sels métalliques restent dans la dissolution. On lave bien le chlorure avec de l’eau bouillante , et on le sèche. Pour en extraire l’argent, on fait fondre, dans un creuset, deux fois autant de potasse, et quand elle est devenue liquide, on y jette peu à peu le sel argentique, qui se réduit en donnant naissance à un dégagement d’oxigène et de gaz acide carbonique. Tout le chlorure ayant été introduit dans le creuset, on augmente la chaleur jusqu’au point nécessaire pour fondre l’argent, que l’on trouve, après le refroidissement de la masse , au fond du creuset , réuni en un culot. Si l’on mêle immédiatement le sel argentique avec la potasse, et qu’ensuite on les fasse fondre ensemble, il se produit, pendant la décomposition du mélange, une effervescence qui occasionne la perte de beaucoup d’argent, lancé sur les parois du creuset; il peut se faire aussi que la potasse fondue passe par-dessus les bords du creuset.

L’argent pur est le plus blanc de tous les métaux, et celui qui est susceptible du plus beau poli. Il est plus dur que l’or, mais plus mou que le cuivre, et après l’or, il est plus ductile qu’aucun autre métal; un' grain d’argent peut être tiré en un fil long de quatre cents pieds. Un fil du diamètre de o,3 ligne, porte, suivant Sickingen, un poids de 20 livres et j i onces avant de se rompre. L’argent entre en fusion à une chaleur moins forte qüe l’or et le cuivre, environ à + 54o degrés. A une température très-élevée , par exemple, au foyer d’un miroir ardent, il entre en ébullition et se volatilise. Ajoutons toutefois, que l’argent poli ne fond pas au 'foyer

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d’un miroir ardent, même à une température où le platine entre en fusion, parce que sa surface lisse renvoie les rayons lumineux sans les décomposer. Quand de l’argent parfaitement pur, qui a été fondu, reprend la forme solide, il se produit une sorte de végétation à sa surface, et parfois une petite portion d’argent est projetée au loin; on dit alors qu’il roche. Pendant longtemps la cause de ce phénomène était inconnue ; mais dernièrement Lucas a fait voir qu’il provient de ce que l’argent absorbe, en fondant, un peu d’oxigène, qui se dégage au moment de sa solidification. Lucas a prouvé qu’il en est ainsi : Parce que, quand on verse quel-

ques livres d’argent fondu, dans de l’eau sous une cloche de verre, qui est remplie d’eau, le métal dégage, en^e figeant, une petite quantité d’air, qui est de l’oxigène presque pur ; oL" parce que l’argent fondu ne roche pas, quand on le couvre de charbon en poudre, peu d’instans avant qu’il ne se solidifie, et sa surface, au lieu de rocher, se couvre de réseaux cristallins trèsfins. Il suffit que l’argent contienne un à deux pour cent de cuivre, pour l’empêcher d’absorber l’oxigène, et par conséquent de rocher.

Lorsqu’on laisse refroidir l’argent avec lenteur, il forme quelquefois des cristaux assez gros, qui sont des pyramides à quatre pans, ou des octaèdres réguliers. En ré-duisant l’argent au moyen de la pile, il cristallise, tantôt en paillettes, tantôt en cubes à-arêtes tronquées. La pesanteur spécifique de ce métal varie entre 1 0,474 et 10,542.

Il a peu d’affinité pour l’oxigène, et seul, il ne peut être oxidé à aucune température, ni par l’air, ni par l’eau. Cependant il est des circonstances où on parvient à l’oxider, à l’aide de très-hautes températures, par exemple, quand on décharge une forte batterie galvanique avec une feuille très-mince d’argent, ou qu’après avoir placé de l’argent sur un charbon rouge, on l’expose à un courant de gaz oxigène; dans ce dernier cas, l’argent brûle, d’après Vauquelin, avec une flamme ca-

go OXIDE ARGENTIQUE.

nique, dont la base est jaune, le milieu pourpre et le sommet bleu. Si l’on recueille la fumée qui se dégage pendant l’expérience, on trouve, en l’examinant, qu’elle consiste en oxide argentiqae. En mêlant ce métal avec des corps qui, à une température élevée, ont de l’affinité pour l’oxide argentique, on parvient quelquefois à oxider une petite quantité d’argent à la chaleur nécessaire pour le fondre; il se forme alors un verre jaune. L’acide nitrique est le meilleur dissolvant de l’argent. Ij’acide sulfurique concentré le dissout à l’aide de la chaleur; l’acide hydrocblorique concentré l’attaque trèspeu: cependant quand on le fait digérer pendant (juelque temps avec cet acide , sa surface se couvre de chlorure argentique. A l’exception de l’or, l’argent, chauffé au rouge, résiste mieux que tout autre métal à l’action du nitre et des alcalis caustiques. Aussi se sert- on de creusets en argent pur, toutes les fois qu’il s’agit de fondre un corps à l’aide d’un alcali; car les creusets de platine, qui d’ailleurs résistent si bien aux acides et à la plus forte chaleur, Sont dissaus et détruits par les alcalis caustiques.

Oxides d'argent. Jusqu’à présent nous ne connaissons à l’argent que deux degrés d’oxidation : l’oxide argentique, et le suroxide d’argent (i).

Oxide argentique. On l’obtient en dissolvant l’argent dans l’acide nitrique, ef précipitant la dissolution

(i) Faraday prétend que l’argent a encore un degré d’oxidation moins élevé que celui qui forme la base des sels argentiques. D’après ses expériences, on l’obtient en dissolvant l’oxide argentique dans l’ammoniaque caustique. Par la filtration , on sépare la dissolution de la partie non dissoute, qui est de l’argent fulminant, et on l’évapore à une douce chaleur, jusqu’à ce que l’ammoniaque soit volatilisée : l’oxide reste alors sous forme d’une poudre grise et brillante. Suivant Faraday, il se dégagerait du gaz nitrogène pendant la formation de cet oxide, et celui-ci contiendrait les 2/J de l’oxigène, f[ui entre dans la composition de l’oxide argentique. Mais comme Faraday dit que le sel ammoniac , versé dans la liqueur ammoniacale, en précipite du

OXIDE ARGENTfQUE. 9 I

par la potasse caustique ou par l’eau de chaux. lia une couleur grise brunâtre, qui devient plus foncée par la dessiccation. D’après Thénard et Gay-Lu'ssac, il ne renferme point d’eau , et ne forme par conséquent point d’hydrate. Sa pesanteur spécifique est de y,i43, suivant Herapath. Exposé au soleil, il dégage une certaine quantité de gaz oxigène, et produit une poudre noire. Dn n’a point encore examiné si cette poudre est un sousoxide, ou de l’argent réduit. L’oxide argentique est une base énergique; il est légèrement soluble dans l’eau pure, exempte de sel, réagit comme les alcalis sur le papier de tournesol rougi, et déplace, de leurs combinaisons avec les alcalis, une portion des acides, avec lesquels il forme des composés insolubles. Il n’est pas dissous par les dissolutions d’hydrate potassique ou sodique.

11 se combine avec l’ammoniaque caustique, et produit ainsi un corps appelé argent fulminant ^ trèsdangereux par la violence avec laquelle il fait explosion. Il a été découvert, en 1788, par Bertbollet. On l’obtient en précipitant le nitrate argentique par l’eau de chaux, lavant l’oxide sur un fdtre, et l’étendant sur du papier gris, afin de lui enlever autant d’eau que possible. On verse ensuite de l’ammoniaque caustique sur l’oxide ' encore humide, on laisse les deux corps en contact pendant quelques heures; on décante le liquide, et on transporte la poudre noire, avec précaution et par petites quantités, sur du papier gris. Cette poudre noire est l’argent fulminant. Un moyen beaucoup plus expéditif, pour le préparer, consiste à dissoudre un sel argentique dans de l’ammoniaque caustique, et à précipiter la liqueur par l’hydrate potassique, dont on met un léger excès.

chlorure argentique ordinaire , tandis qidon a trouvé généralement que la dissolution ammoniacale donne, par l’évaporation, de petits cristaux d’argent fulminant, les données, relativement à cet oxide, réclament un examen approfondi, avant d’être adoptées comme exactes.

OXIDE ARGEJN TIQUE.

Si Ton comprime Fargcnt fulminant avec un corps dur, pendant qu’il est encore humide, il fait explosion avec une violence sans exemple, et quand il est sec, il suffît quelquefois de le toucher avec une plume pour qu’il fulmine. Je dois dire aux jeunes lecteurs, dont la curiosité pourrait être piquée par les effets si violens de cette préparation , qu’elle a causé des malheurs même entre les mains de chimistes expérimentés et prudens. On risquerait sa vie, si l’on essayait de l’introduire dans un flacon de verre. La liqueur décantée de dessus l’argent fulminant, contient une dissolution de ce corps dans l’ammoniaque caustique. Il s’en décompose un peu pendant l’évaporation : de l’argent est réduit, du gaz nitrogène se dégage, et, pendant que l’ammoniaque se volatilise, il se dépose de petits cristaux brillans et opaques, qui, lorsqu’on les touche avec un corps dur, même au milieu de la liqueur, font explosion, brisent le vase, et lancent le liquide de tous côtés. La cause de cette explosion est facile à concevoir; elle tient à la production subite d’eau et de gaz nitrogène, au moment où l’oxide est réduit par l’ammoniaque. Mais il est assez singulier que des causes si faibles soient capables de vaincre les affinités, qui avaient donné naissance à l’argent fulminant. Cependant on peut admettre que le développement de l’affinité plus puissante est si proche, que la moindre circonstance suffît, pour donner la prépondérance à l’affinité de l’hydrogène contenu dans l’ammoniaque , pour l’oxigène de l’oxide argentique. Tant que l’argent fulminant se trouve à l’état de dissolution , il se décompose plus lentement , et on peut le faire bouillir, sans qu’il fasse explosion; mais, dès qu’il a pris la forme solide, le choc le plus faible suffit pour le détruire.

D’après Buchholz, l’oxide argentique se dissout en très-petite quantité dans l’eau de baryte.

Frick dit que , par le procédé suivant, on peut se procurer un pourpre d’argent, analogue au pourpre d’or.. On prend une partie (par exemple, une demi-once)

OXIDE ARGEWTIQUE. ()3

d’acide nitrique pur ( exempt d’acide nitreux), et on l’etend jusqu’à ce que sa pesanteur spécifique soit de i,io, puis on y ajoute encore six parties d’eau; on introduit dans cet acide de l’étain coupe en fils déliés , environ ÿ du poids de l’acide à r,io. Le tout est entouré d’un mélange réfrigérant, et remué d’heure en heure. Après vingtquatre heures, on a une dissolution étendue de nitrate stanneux. Cette liqueur doit être limpide; si elle se trouble, c’est une preuve qu’on ne l’a pas tenue assez froide, et on ne peut pas s’en servir. La liqueur limpide est étendue de I 8 fois son volume d’eau distillée. Alors on prend une quantité d’argent égale à o,oo4 du poids de l’acide employé d’abord, on le dissout dans de l’acide nitrique, on évapore l’acide excédant, et on dissout le sel dans 7 parties d’eau. Onmêle 0,024 partie d’acide sulfurique pur avec 1 ,66 partie d’eau. Tout étant ainsi préparé, on verse la dissolution d’argent dans celle d’étain , on remue le mélange, et on l’abandonne au repos. Peu à peu la liqueur devient d’un brun pourpre foncé, et quand elle n’acquiert plus d’intensité, on y ajoute l’acide sulfurique, qui l’éclaircit : sans ce dernier, elle se décolorerait peu à peu. On reçoit le pourpre sur un filtre. Sa couleur change facilement. On ne peut point s’en servir pour colorer les flux. La nature de ce précipité n’est pas encore connue.

L’oxide argentique se dissout, par la fusion , dans les flux vitreux, et les colore en jaune. Pour préparer avec cet oxide un émail jaune, il faut procéder comme il suit. On prend trois parties de verre de plomb et une partie de flint-glass grossièrement pulvérisé , on verse sur le mélange une dissolution de j d’argent dans l’acide nitrique, on évapore le tout, en le remuant souvent, et ayant soin de le garantir de la poussière. La masse desséchée est fondue et versée hors du creuset; après le refroidissement, on la réduit en poudre fine, et on s’en sert pour peindre sur émail. Quand la peinture, appliquée sur l’émail , est fondue, on l’expose, pendant quelle est encore rouge, à la fumée de végétaux enflammes, qui fait paraître la belle couleur jaune.

SULFURE d’argent.

L’oxide argentique est formé de gS, 1 1 parties d’argent et 6,89 d’oxigène, ou 100 parties de métal y sont combinées avec 7,899 d’oxigène.

Siiroxide d'argent. Il a été découvert par Ritter. Il se dépose sur le conducteur positif de la pile, quand on décharge celle-ci à travers une faible dissolution d’argent. D’après Ritter, il cristallise en aiguilles longues de 3 à 4 ligîies , douées de l’éclat métallique et entrecroisées ; suivant Grotthiiss, il forme des tétraèdres. Traité par l’acide hydrochloriqne, il dégage du gaz chlore, et se transforme en chlorure argentique, et Grottlîuss dit que, quand on le met dans l’ammoniaque, il produit un dégagement si abondant de gaz nitrogène , que les particules d’oxide s’agitent dans la liqueur avec un mouvement semblable à celui d’une fusée , et qu’en peu d’instans la masse entière se convertit en écume. Mêlé avec du phosphore , il détone par le choc du marteau. Quand on le chauffe, il se décompose en décrépitant, et donne de l’argent pur. L’acide nitrique le dissout; les acides phosphorique et sulfurique en dégagent de l’oxigène, et donnent naissance à des sels argentiques.

Sulfure d'argent. L’argent s’unit facilement au soufre et forme avec lui une niasse cristalline, d’un gris plombé et d’un aspect métallique ; elle est plus fusible que l’argent, cristalline et si molle, qu’on peut la couper au couteau. Cette combinaison se rencontre aussi dans la nature, tantôt sous forme cristalline, tantôt en dendrites ou en morceaux. Elle est si molle, que le roi de Pologne, Auguste, fit frapper des médailles avec quelques morceaux de sulfure d’argent, qui furent trouvés, sous son règne, dans les mines d’argent de Saxe. Le soufre a beaucoup d’affinité pour l’argent, de sorte qu’il est difficile de décomposer le sulfure par le grillage. Quand on a recours à la fusion avec le nitre, on perd souvent de l’argent par l’effervescence qui se produit. La meilleure méthode, pour réduire l’argent, consiste à fondre le sulfure, et a remuer la masse fondue avec un fer

PllOSPIlURE d’argent. ()5

rouge, jusqu’à ce qu’elle soit transformée en sulfure de fer et en argent métallique; pour débarrasser ce dernier du fer, on le refond avec du nitre et un peu de borax. Le sulfure d’argent et l’argent se fondent ensemble en toutes proportions. Quand on conserve , pendant long-temps, de l’argent dans un lieu habité, sa surface se ternit d’abord, et prend une teinte sombre, jaunâtre, qui finit par devenir de plus en plus noire. Celte teinte terne est produite par du sulfure d’argent , dont le soufre provient des émanations des hommes et des animaux. De là vient que l’argent noircit beaucoup dans les endroits oii l’on brûle des minéraux chargés de soufre, par exemple, du charbon de terre, comme en Angleterre; lorsqu’on touche des œufs pourris, etc., avec une cuiller d’argent, elle devient noire par la meme raison. De l’argent terni par du soufre peut être facilement nettoyé avec de la suie et du vinaigre , et mieux encore avec une dissolution de caméléon minéral (suroxide manganique, qui a été calciné avec du nitre). On obtient aussi du sulfure d’argent, quand on précipite des sels argentiques par le gaz sulfide hydrique, ou quand on fait fondre de l’argent avec du sulfure de potassium, et qu’on enlève ensuite c.e dernier par l’eau. Le sulfure d’argent est une sulfobase puissante : calciné jusqu’au rouge dans des vaisseaux fermés, il retient des sulfides volatils, dont les combinaisons avec les alcalis sont décomposées à cette température.

Le sulfure argentique est composé de loo parties d’argent et 14,876 de soufre, ou de 87,04 du premier et de 12,96 du second.

Phosphure cVaigent. Ij’argent s’unit facilement au phosphore. La combinaison est blanche, cristalline, à cassure grenue, aigre; elle peut être coupée au couteau. L’argent se combine, pendant la fusion, avec plus de phosphore qu’il ne peut en retenir après le refroidissement, de manière qu’une partie de phosphore se sépare et brûle, quand la masse se solidifie. Ce phosphure pa-

qG alliage dVrgënï.

raît €tre composé de 8o parties d’argent et 20 parties de phosphore.

En faisant fondre de l’argent avec du charbon ou du silicium y il est très-facile de le combiner avec une petite quantité de ces corps, qui se séparent, si l’on vient à dissoudre le métal. On avait prétendu, qu’à l’aide de la pile galvanique, on pouvait aussi le combiner avec de V hydrogène ^ mais cette assertion a besoin d’être confirmée.

Alliages d'argent. Les alliages de l’argent avec les radicaux des alcalis et des terres sont encore inconnus.

Il est facile de combiner l’argent avec le sélénium. L’argent est noirci par les vapeurs de sélénium , par l’acide sélénieux et par le sélénide hydrique. La combinaison est tout aussi facile à produire par la voie humide, en précipitant un sel argentique par le sélénide hydrique, que par la voie sèche, en faisant fondre le sélénium avec l’argent. Le séléniure obtenu par la voie humide, fond facilement en un globule d’un blanc d’argent, qui est susceptible de s’aplatir un peu, et qu’on ne peut débarrasser entièrement du sélénium, ni par le grillage, ni par la fusion avec du borax, de l’alcali ou du fer ; ce dernier s’y dissout et produit une combinaison grenue, de couleur foncée, grise-jaunâtre. Si l’on fait fondre du séléniure argentique, obtenu par précipitation, avec du sélénium, il en prend une certaine quantité, qu’il retient même à la chaleur rouge. En fondant, sa surface devient miroitante; après le refroidissement, il est gris et mou. La portion de sélénium, qu’on y a ajoutée, peut être chassée par le grillage. Le séléniure argentique est une sélénibase très-forte; celui qu’on a obtenu par précipitation est formé de 78? 16 parties d’argent et 26,84 de sélénium. Dans le séléniure, qui a été saturé de sélénium par la fusion, l’argent est uni au double de sélénium , ou 67,68 parties d’argent y sont combinées avec de sélénium.

L’argent s’allie très-aisément à et en conserve

une partie, même au feu le plus violent. Cette combi-

ALLIAGES 1) ARGENT. gj

liaison se rencontre dans la nature, quoique très-rarement; les minéralogistes lui ont donné le nom ^argent arsenical.

D’après d’Elhujart, l’argent et le tungstène se combinent parla fusion. La combinaison est d’un brun pâle, spongieuse et un peu ductile.

L’argent forme avec le molybdène un mélange gris, grenu et aigre.

\d antimoine et l’argent produisent une masse métallique aigre , qui se décompose aisément par la fusion à l’air, l’antimoine étant converti en oxide , qui se sublime et s’échappe sous forme de fumée. Cette combinaison se rencontre dans la nature; on lui a donné le nom d’^3rgent antimonial.

La nature nous offre l’alliage de tellure et d’argent dans les mines d’or tellurifères de la Transylvanie, où ’ on le trouve, tantôt seul, tantôt accompagné du tellurure de plomb , combiné comme telluribase avec le telluride aurique.

L’argent peut être allié à \ iridium , sans perdre sa ductilité, et quand on traite l’alliage par l’acide nitrique, l’argent se dissout, tandis que l’iridium reste sous forme pulvérulente.

Il est facile de combiner l’argent avec le bismuth ; l’alliage est cassant, et peut être déeomposé par la coupellation, comme l’alliage d’argent et de plomb.

\léiain forme avee l’argent une masse aigre; une très-petite quantité d’étain suffît pour détruire la ductilité de l’argent. Mais un mélange d’une partie d’argent et de deux parties d’étain, est un peu ductile. La meilleure manière de séparer les deux métaux, consiste à réduire l’alliage à l’état de limaille, et à distiller celle-ci avec du chlorure mercurique.

L’argent et le plomb fondent et s’unissent à une température moins élevée que celle qui est nécessaire pour la fusion de l’argent seul. L’alliage est ductile; d se décompose par l’action de la chaleur rouge, ainsi que j’aurai occasion de le répéter.

()8 ALLIAGES d’argent.

LargeDt et le zinc forment une masse înétailiqiîè ^ aigre et à grain fin.

T.e nickel et l’argent s’unissent facilement par la fusion; la combinaison est ductile.

L’argent ne s’allie pas au cobalt. En faisant fondre un mélange de ces deux métaux, on les trouve séparés l’un de l’autre , après le refroidissement. Cependant l’argent retient un peu de cobalt, qui le rend cassant, et le cobalt un peu d’argent, qui lui donne une couleur plus claire.

L’argent et le fer s’allient facilement, en fondant, et on ne peut pas les séparer l’un de l’autre par la coupellation, à l’aide du plomb. Pour les séparer, il faut avoir recours aux acides , ou à la fusion avec le borax et le nitre ; ou bien il faut faire fondre l’alliage avec du sulfure de plomb , puis soumettre l’argent plombifère à la coupellation, comme je le dirai un peu plus loin.

Le manganese et l’argent se combinent par la fusion, et peuvent être séparés l’un de l’autre- par la coupel- ' lation.

L’argent et le cuicre s’allient avec beaucoup de facilité; l’alliage qui en résulte constitue l’argent travaillé ordinaire. On ajoute du cuivre à l’argent, pour le rendre plus dur et moins sujet à s’user, sans que pour cela sa malléabilité soit sensiblement diminuée. L’addition d’une grande quantité de cuivre rend l’argent rougeâtre, et l’argent des orfèvres a communément une couleur moins blancbe que l’argent pur.

La quantité d’argent qui se trouve dans un alliage de cuivre et d’argent, constitue son titre: ainsi la monnaie d’argent est au titre de —5^, c’est-à-dire qu’elle contient sur 1000 parties gSo parties d’argent. Le titre de l’argent monnayé diffère ordinairement de celui de l’argent travaillé, et dans chaque pays il est réglé par la loi. Afin d’éviter que les orfèvres ne trompent le public, en introduisant trop de cuivre dans l’alliage, le gouvernement entretient le contrôle., ou chaque pièce d’argente-

AIJJAGKS J)’aJI(;£NT. 99

rie est essayée. Quand on y trouve la quantité d’argent voulue par la loi, on munit la pièce d’un timbre parti» culier : c’est alors de X argent contrôlé; si au contraire la pièce d’argenterie est au-dessous du titre légal, on la brise et on rend les morceaux à l’orfèvre. Pour contrôler l’argent, on ratisse des morceaux très-petits de la partie inférieure non polie de la pièce , on les pèse ave(‘ soin et on les coupelle avec du plomb; ce dernier passe avec le cuivre, sous forme de scories, à travers la coupelle, tandis que l’argent, réuni en un grain, reste; on le pèse. Cette opération , connue sous le nom de coupellation ^ exige beaucoup de soin. Elle est fondée sur ce que l’oxide plombique forme avec l’oxide cuivrique une masse fusible, qui s’écoule du métal et qui pénètre dans les pores de la coupelle sur laquelle on calcine l’alliage.

La coupelle est faite avec des cendres de bouleau bien lessivées, ou avec des os calcinés, ou bien avec un mélange de ces deux substances. Pour la préparer, on prend une forme en laiton, plus profonde que la coupelle ne doit être épaisse, on la remplit de cendre un peu bumectée, que l’on y tasse avec un morceau d’acier, dont la surface inférieure est polie, et présente à peu près la même courbure qu’un verre de montre. On enfonce l’acier au moyen de quelques coups de marteau très-forts : il importe de mettre toute la cendre à la fois; car autrement la coupelle se partage en couches, quand on la chauffe. On la sèche avec beaucoup de précaution , et on la fait rougir avant de s’en servir. Une partie, en poids, de la coupelle absorbe, pendant la coupellation, l’oxide formé par deux parties de plomb, proportion d’après laquelle on peut se régler pour le choix de la grandeur de la coupelle. Quand on fond ensemble du plomb et du cuivre seulement, une partie du cuivre est réduite en scories par six parties de plomb; mais quand le cuivre est allié à l’argent, il faut employer une bien plus grande quantité de plomb. La quantité de plomb nécessaire pour différentes proportions de cuivre et d’argent, a été déterminée; voici le résultat des expériences faites

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h cet egard : i partie de cuivre avec 3o parties d’argent en exige i Q.S de plomb; avec i5 d’argent, 96 de plomb; avec 'J d’argent, 64 de plomb; avec 4 d’argent, 56 de plomb; avec 3 d’argent, l\o de plomb; avec [ d’argent, 3o de plomb; avec 4 d’argent, 20 de plomb; avec 7^ d’argent, in de plomb. On conçoit que le plomb dont on se sert pour cette operation , doit être entièrement exempt d’argent (plomb gueux)'^ s’il en contient, il faut en déterminer la proportion avec beaucoup de soin , afin de pouvoir la déduire. Pour déterminer d’avance et approximativement le titre de l’argent , on se sert (ï aiguilles à essayer et de la pierre de touche. I^es aiguilles consistent en alliages d’argent et de cuivre dans diverses proportions bien connues. La pierre de touche est, comme je l’ai déjà dit à l’article de l’or, une espèce de trapp noir, que l’on a parfaitement poli; l’acide nitrique enlève les traces que les corps métalliques y laissent. On passe sur cette pierre l’argent que l’on veut essayer, de manière qu’il reste une petite trace métallique sur la pierre; à coté de cette trace, on en fait d’autres avec les aiguilles, dont le titre paraît se rapprocher le plus de celui de l’argent, et on conclut le titre de ce dernier du titre de l’aiguille, qui, par la couleur de sa trace, comparée à la trace de l’argent, se rapproche le plus de celui-ci (i). L’argent est ensuite

(i) Au lieu de ces aiguilles à essayer, OErstedt emploie des jdaques de mêmes alliages; il cherche à établir, entre ces plaques et l’argent que l’on veut essayer un courant électrique, qu’il fait passer à travers un multiplicateur électromagnétique très-sensible, en observant si l’aiguille dévie vers l’est ou vers l’ouest. On découvre, de cette manière, si l’argent soumis à l’essai, est plus ou moins pur que la plaque. On choisit alors une autre plaque, qui se rapproche davantage de l’argent d’essai, on observe quelle acrion elle produit, et on parvient ainsi en peu d’instans à trouver celle qui se rapproche le plus de l’argent qu’on essaie. On peut même, en se servant successivement d’acides, d’alcalis caustiques ou de sels, comme conducteurs liquides, découvrir si l’argent est allié avec d’autres métaux encore que le cuivre.

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