‹ Traité de chimie minérale, végétale et animale (volume 5)Chapitre 35 sur 95 · DU MERCURE · texte numérisé non relu

DU MERCURE

de liquide, qui tombent dans le récipient, soit parce que certains alliages , par exemple ceux de bismuth et de zinc, distillent en partie avec le mercure. Pour obtenir le mercure à l’état de pureté parfaite, il faut distiller du cinabre pur avec un poids égal au sien de chaux ou de limaille de fer; ou bien mêler le cinabre avec six fois son poids de minium, et distiller le mélange, cas dans lequel il reste du sulfure de plomb et du sulfate plombique dans la cornue. Alors le mercure se volatilise au moment de sa mise en liberté, et il n’en passe point par soubresauts.

On peut aussi purifier le mercure, eii le faisant digérer avec une petite quantité d’acide nitrique, ou avec une dissolution de chlorure mercurique, ce qui le débarrasse des métaux étrangers plus oxidables que lui.

Le mercure est liquide à la température ordinaire de l’air : sa surface est polie et ressemble à l’argent; il coule em globules ronds, qui, lorsque le mercure contient un métal étranger, s’allongent en pointe par derrière. Il est solidifié par un froid de 4o degrés; dans cet état, il est malléable, mou, et donne un son sourd, semblable à celui du plomb. En se congelant , il cristallise en octaèdres réguliers. Quand il a été refroidi jusqu’au point de congélation et qu’il commence à se solidifier, il se contracte tout à coup ; ce qui a été une cause d’erreur dans l’évaluation de la température à laquelle le mercure passe à l’état solide. La pesanteur spécifique du mercure liquide est, d’après Cavendish et Brisson, de 1 3,568; ou, d’après Biddle, de i3,6i3. Kupffer indique qu’à -t- 4 degrés, sa densité est égale à j 3,5886; à -h 1 7 degrés, elle est de 1 3,5569, et à 26 degrés, de 1 3,535. La pesanteur spécifique du mercure congelé est, suivant Schulze, de 14,391. Le mercure est i3on conducteur du calorique, mais il a très -peu de capacité pour la chaleur. Le calorique le dilate uniformément à toutes les températures, jusque près du point de l’ébullition, et ce point correspond, d’après Heinrich, à -L 356 4 degrés; d’après Dulong e( Petit, à H- 36o de-

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grés. Suivant Dumas , la densité de la vapeur de mer»cure est de 6,976. Malgré l’élévation de son point d’ébullition, le mercure répand des vapeurs à des températures beaucoup plus basses. Faraday a montré que, quand on introduit une goutte de mercure dans un flacon dont la température est de + 20 à 4- 2 5 degrés, ’ et qu’on fixe une feuille d’or au bouchon , cette feuille est convertie en amalgame au bout de quelques jours; mais, à o degré, cela n’arrive que quand la feuille d’or est suspendue très -près du mercure. Stromeyer a fait voir que, depuis + 60 à + 80 degrés, le mercure se volatilise en quantité considérable avec les vapeurs d’eau.

Oxides de mercure. Le mercure a peu d’affinité pour l’oxigène. Il se conserve sans altération à l’air, et, dans l’eau, l’acide hydrochlorique concentré ne l’attaque pas; mais il est dissous par l’acide nitrique, avec dégagement de gaz oxide nitrique. A une température élevée, qui cependant ne doit pas excéder son point d’ébullition, il s’oxide lentement; mais, à une température plus haute encore , l’oxide se réduit. Quand on décharge une forte pile électrique à travers un très -petit globule de mercure, celui-ci est lancé de tous côtés , s’oxide et forme des étincelles rouges. Kous ne lui connaissons que deux oxides, qui sont tous deux des bases salifiables.

Oxide mercureux. On l’obtient en faisant digérer du chlorure mercureux bien pulvérisé avec une dissolution de potasse caustique, ou en décomposant du nitrate mercureux par la potasse ou l’ammoniaque caustique, avec la précaution, dans ce dernier cas, de ne précipiter que la moitié de l’oxide. Lorsqu’on prépare l’oxide mercureux à l’aide du chlorure et de la potasse, il faut, suivant Donovan, réduire le sel en poudre très -fine, et mettre à la fois un grand excès de potasse. Si l’on opère autrement, l’oxide mercureux, mis en liberté, contient un mélange d’oxide mercurique et de mercure , et quand on le met en contact avec de

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Facide hydrochlorique , celui-ci dissout l’oxide mercurique, tandis qu’il n’enlève rien h l’oxide rnercureux bien préparé. En parlant du nitrate mercureux , je ferai connaître un autre mode de préparation. L’oxide mercureux est une poudre noire, dont la pesanteur spécifique est de 10,69, Hérapatli , et qui se trans-

forme en oxide inercurique et en mercure, quand 011 l’expose à la lumière du jour ou à la chaleur de l’eau bouillante; il résulte de là qu’en le préparant à l’aide de la potasse caustique, il ne faut pas chauffer le mélange. Quand on chauffe doucement Foxide mercureux sec, il se volatilise du mercure , et il reste de Foxide mercurique jaune. Les anciens manuels assurent qu’on peut transformer le mercure en oxide mercureux par l’agitation , et que Boerhaave l’a obtenu en fixant à la roue d’un moulin , un flacon rempli au quart de ce métal. Plusieurs autres chinaistes avant obtenu cet oxide par le même moyen, je ne nierai pas l’exactitude du fait; mais il n’en est pas moins vrai qu’avec du mercure parfaitement pur, l’expérience ne réussit qu’autant, qu’une substance étrangère quelconque s’interpose entre les molécules du mercure agité, et les empêche de se réunir. La poudre que l’on obtient alors, n’est pas de Foxide mercureux, mais du métal très-divisé , et on peut se procurer la même poudre, en triturant du mercure avec de la graisse, du sable, du verre pulvérisé, de la térébenthine, de la salive, etc. Quelque ressemblance que cette poudre puisse avoir avec Foxide mercureux, elle s’amalgame cependant, à l’instant même avee le laiton. For, l’argent, etc., sur lesquels on la frotte. Si l’on dissout du plomb dans du mercure, et qu’on agite le mélange, la plus grande partie de ce dernier se transforme , en peu de temps , en une poudre noire , volumineuse ; qu’on mette cette poudre dans un mortier, et qu’on la comprime avec le pilon , des milliers de globules en jailliront, aussitôt que la pellicule de sousoxide de plomb qui les séparait les uns des autres, aura été enlevée par le frottement. Il paraît donc assez certain que toutes les préparations pharmaceutiques (jue l’on obtient en broyant le mercuie avec différeus corps visqueux, tels

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que la graisse, l’eau de gomme, etc., renferment du mercure métallique, dans un état de grande division. On n’a point examiné , quelle action exercent l’eau, les alcalis, les terres, etc., sur l’oxide mercureux. On sait, depuis très - long-temps , que l’eau qu’on a fait bouillir avec du mercure, possède des propriétés vermifuges; mais, malgré les expériences qu’on assure avoir été faites à ce sujet, on n’a pu découvrir dans la liqueur la moindre trace de mercure , qui aurait dû s’y trouver à l’état oxidé. L’oxide mercureux, précipité du nitrate mercureux par la potasse caustique , est employé en médecine, et appelé ordinairement mercure soluble (T Hahnemann. D’après Sefstrôm, l’oxide mercureux renferme, sur cent parties, 8,95, près de 4 parties d’oxigène, et il est composé de 96,20 parties de métal et 3, 80 d’oxigène.

2® Oxide mercurique. On l’obtient, soit en soumettant le mercure à une ébullition prolongée, soit en décomposant le nitrate mercurique par une haute température. Par le premier de ces procédés, on est certain de l’avoir pur. Voici comment on procède : On verse du mercure dans un matras à long col, et on effile le col du matras en un tube capillaire. On place le matras dans un bain de sable, et on le tient pendant plusieurs mois à une température assez élevée pour que le mercure ne cesse de bouillir doucement. La longueur du col et la petitesse de l’ouverture s’opposent à l’évaporation du métal, tandis que l’orifice capillaire permet à l’air de se renouveler, à mesure que l’oxigène est absorbé par le métal bouillant. Le mercure se transforme peu à peu en une poudre d’un rouge de rubis foncé, et souvent meme il se forme des cristaux d’oxide.

Pour prépai’er l’oxide mercurique à l’aide du nitrate, il faut chauffer lentement ce sel dans un creuset, jusqu’à ce que tout l’acide nitrique soit chassé, et que la masse, calcinée presque jusqu’au rouge, ne dégage plus de vapeurs d’oxide nitrique.

L’oxide mercurique est fabrl(jué en grand dans la Hollande, et se présente dans le eommercc sous forme d’une

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poudre rouge, brillante, cristallisée en paillettes, et dont la pesanteur spécifique est de 1 1,074* I^ c>xide , préparé dans les pharmacies, se trouve souvent à l’état d’une poudre jaune rougeâtre ; on attache beaucoup d’importance à ce qu’il soit cristallisé. Pour atteindre ce but, il convient d’introduire le nitrate cristallisé et sec dans un creuset, qui est placé entre des charbons ardens, de manière que le faÜDle courant d’air qui s’établit, ne produise qu’un feu peu intense pendànt la combustion des charbons. Plus la calcination est lente, meilleur est l’aspect du produit , et il est nécessaire qu’à la surface du creuset, la température ne s’élève pas assez pour que l’oxide se réduise. 11 importe en outre, pour que cette opération réussisse bien , que l’acide nitrique dans lequel on a disvsous le mercure, ait été exempt de chlore, et qu’on procède à la calcination dans un creuset de platine couvert, ce qui permet de saisir mieux la température convenable, et d’en pénétrer la masse. L’aspect rouge et cristallin de l’oxide n’est cependant pas une preuve de sa pureté; car il peut offrir la plus belle cristallisation , et contenir encore un peu d’acide nitrique. D’un autre côté, la teinte jaune de l’oxide qu’on obtient, en opérant comme à l’ordinaire, ne prouve pas qu’il soit impur ; car l’oxide mercurique prend toujours cette couleur par la trituration.

A une température plus élevée, il est noir; mais, pendant le refroidissement, il rougit de plus en plus, et, à une certaine température, il a une couleur rouge extrêmement belle.

La méthode suivante, pour préparer cet oxide, a été indiquée comme étant la plus économique. On dissout, à l’aide de l’ébullition , quatre parties de mercure dans la quantité nécessaire d’acide nitrique, on évapore la dissolution à siccité, et on l^roie le sel avec trois parties et demie de mercure, puis on chauffe le mélange dans une cornue, jusqu’à ce qu’il ne se dégage plus d’odeur d’oxide nitrique. Le mercure qu’on a ajouté au nitrate, s’oxide alors aux dépens de l’acide nitrique du sel.

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On eiTiploie I’oxide mercurique eii médecine, sous le nom de précipité rouge , et comme les médecins ont trouvé que l’oxide préparé en faisant bouillir le métal, était seul propre à l’usage interne, on attribue la préférence qu’ils lui accordent, à ce que l’oxide obtenu par la calcination du nitrate, retient une petite quantité d’acide nitrique. On peut cependant enlever ce résidu d’ackle , en pulvérisant bien l’oxide , et le faisant digérer avec une dissolution étendue de potasse caustique; après quoi on le lave, et on le sècbe. Au reste, il ne contient de l’acide nitrique que lorsqu’il n’a point été préparé avec soin.

Quand on mêle une dissolution de chlorure mercurique avec de la lessive de potasse caustique, mise en excès, il se précipite une poudre pesante, d’un jaune citron , qui est de l’oxide mercurique très-divisé. Pour le préparer, il est nécessaire d’employer un excès d’alcali; autrement on obtient un soussel, dont la couleur est d’un brun foncé ou noire. En le soumettant à une douce chaleur, il perd un peu d’humidité, mais sans changer d’aspect.

Quand on calcine l’oxide mereurique jusqu’au rouge, il est décomposé, et donne du gaz oxigène et du mereure métallique; ce dernier passe à l’état de gaz, parce que la réduction s’opère à une température qui excède le point d’ébullition du mercure. D’après cela , on pourrait se procurer du mercure pur, en distillant de l’oxide mercurique dans une cornue de verre: le mercure seul se réduit, tandis que les autres métaux, restent à l’état d’oxide dans la cornue. Mais, obtenu par ce procédé, le mercure paraît retenir, dans l’intérieur de sa masse , une partie de l’oxigène qui s’est dégagé pendant la décomposition. Il se couvre toujours d’une pellicule, et , pour cette raison , il ne peut être employé h la confection des baromètres ni des thermomètres, dans les- (jiiels il devient terne en peu de temps. Cependant il perd cette propriété par l’ébullition avec un peu d’acide byi!ro(‘h!or!(pie. De l’oxide mercurique porpbyrlsé que

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foli expose sons I’eau à l’influence de la lumière solaire, prend, à sa surface, une couleur noire, et, suivant Donovan, il se dégage du gaz oxigène sous forme de bulles très-petites. D’après les expériences du même chimiste, l’oxide mercLirique est légèrement soluble dans l’eau ; de sorte que, quand on fait bouillir cet oxide avec de l’eau distillée, et qu’on ajoute à la liqueur une seule goutte d’ammoniaque caustique en dissolution étendue, il se produit un léger trouble , provenant d’une combinaison insoluble d’oxide et d’alcali.

On connaît encore très-peu l’action que les alcalis et les terres exercent sur l’oxide mercurique. Suivant Buchbolz , il est dissous par l’eau de baryte bouillante. Il n’est point soluble dans l’ammoniaque. Lorsqu’on le met digérer, à l’état de poudre fine, avec de l’ammoniaque, il se convertit en une masse saline blanche, qui dégage de l’ammoniaque, et laisse de l’oxide rouge, quand on la chauffe.

D’après Sefstrôm, cent parties de mercure sont combinées, dans l’oxide mercurique, avec d’oxigène ; il est donc composé de 7, Sa parties d’oxigène et 92,68 de métal, et renferme, à poids égal de mercure, deux fois autant d’oxigène que l’oxide mercureux. Si l’on calcule la composition des oxides de mercure, d’après la pesanteur spécifique du gaz mercuriel, trouvée par Dumas, l’oxide mercurique se trouve contenir deux volumes, l’oxide mercureux quatre volumes de mercure gazeux, sur un volume de gaz oxigène.

Ifoxide mercurique qu’on trouve dans les officines, est souvent mêlé à dessein avec du minium ou avec de la brique en poudre. On découvre cette falsification, en chauffant l’oxide au chalumeau ; car le plomb ou la brique restent sur le charbon. On s’en aperçoit aussi , lorsqu’on broie l’oxide avec de l’onguent basilicum , pour l’usage externe; au bout de vingt-quatre heures, le mélange devient d’un gris bleuâtre, quand l’oxide était pur; taudis que, quand il était falsifié, il reste rouge.

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