Du cérium
Le cérium existe , en Suède, dans un minéral de lamine (leBastnas, près delliddarhytta, dans le Westmanland. Ce minéral est très-pesant, ce qui l’avait fait appeler pesante de Bastnàs (Bastnas schwerstein)par lesanciens minéralogistes allemands. Par la suite on lui donna le nom de cérite, d’après le métal qu’il renferme. Ce métal lui-mcme a été découvert, en i8o3, par Hisinger et par moi , et à la meme époque par Klaproth, qui décrivit le nouveau corps minéral comme une terre, qu’il appela oehroïîe. Hisinger et moi nous lui avons donné le nom de cérium., dérivé de celui de Cérès; d’après cela plusieurs chimistes allemands ont cru qu’il fallait ie nommer cererium ; mais comme l’observation de ces règles est de peu d’importance, et que le nouveau nom est moins agréable à l’oreille et plus difficile à prononcer, j’ai cru devoir maintenir le nom de cerium. Ce métal a été trouvé depuis par Ekeberg, Thomson et Wollaston dans différons minéraux du Groenland. J’ai reconnu qu’il entre toujours comme partie constituante dans la gadolinite; qu’on le rencontre, aux environs de Fahlun, combiné avec de l’acide hydrofluorique , et qu’il entre dans la composition de plusieurs minéraux de ces contrées. Il existe aussi dans l’ortliite , minéral assez commun dans le granit Scandinave.
DU CÉRIUM.
Le céi'iuîiî est difficile à réduire. Vaiî(|uel!!i leduisil ilu tartrate céreux dans une cornue de porcelaine avec de la suie et de riiuile. 11 obtint le métal en petits grains, dont une partie s’était sublimée. Ce métal était gris , cassant, plus dur que la fonte, et soluble seulement dans l’eau régale. D’après les essais de Yauquelin , le cé» rium se volatilise à une très -haute température L’oxide céreux n’est pas réduit , quand on le chauffe avCc du potassium, et on obtient une poudre grise non métallique, qui est principalement de l’oxide céreux. On n’a pu le réduire de ses dissolutions dans les acides, ni par la pile électrique, ni par le potassium; mais la grande batterie de Children à vingt-deux paires de plaques longues de deux aunes, l’a réduit, volatilisé etbrûie avec un feu très- vif. Mosander a essayé de réduire par le potassium le chlorure céreux anhydre (obtenu en chauffant le sulfure céreux dans un courant de gaz ehlore ) , et il a trouvé que la meilleure manière d’opérer consiste à introduire du sulfure céreux dans une boule de verre soufflée sur une portion de tube bai ométrique , et à le chauffer dans un courant de gaz chlore parfaitement exempt d’air; du chlorure de soufre se dégage avec l’excès de chlore, et il reste du chlorure céreux. On fait alors passer des vapeurs de potassium sur le chlorure, qu’on a soin de chauffer, et l’on continue ainsi , jusqu’à ce que le potassium ne soit plus absorbé. On coupe ensuite la boule, et on la jette dans de l’alcool ayant une pesanteur spécifique de o,84- chlorure potassique est dissous, ainsi qu’une portion de potassium , qui s’oxide, tandis ([ue le cérium reste; cependant il s’en oxide une petite quantité, et il faut tenir l’alcool à pour affaiblir l'action , et l’arrêter aussitôt que le chlorure potassique est dissous. On exprime alors le cérium et on le sèche dans le vide. Il se présente sous forme d’une masse pulvérulente , d’un brun chocolat foncé, qui donne sous le brunissoir un trait métallique d’un gris foncé. Il ne peut servir de conducteur entre un couple hydroélectrique , et s’oppose au passage de réleciricité. Chauffé
OXIDES DE Cil E J II M .
à l’air, il s’enflamme, avant d’être arrivé au rouge,, brûle avec vivacité et passe à l’état d’oxide cérique. Mosander pense que le cérium pulvérulent est rouge; car quand on l’obtient mêlé avec un sel basique, ce qui arrive quelquefois, et qu’on le traite par un acide étendu, la couleur de la portion qui n’est pas dissoute , passe par toutes les nuances du rouge, à mesure que la quantité de métal diminue , jusqu’à ce qu’en fin il ne reste plus que le sel basique incolore. A l’air libre, le cérium est oxidé par l’humfdité atmospbérique, et il exhale alors une odeur d’hydrogène fort désagréable , semblable à celle que répand le manganèse. Il s’oxide rapidement dans l’eau , en dégageant du gaz hydrogène , surtout quand l’eau est un peu chaude. L’eau n’en devient pas alcaline; les acides même les plus faibles accélèrent singulièrement la décomposition de ce liquide.
D’après ce qui précède, nous ne sommes pas fixés sur la nature des globules métalliques sublimés que Vauquelin a obtenus.
Oxides de cérium. On connaît au cérium deux degrés d’oxidation : l’oxide céreux et l’oxide cérique.
Oxide céreux. On l’obtient en faisant bouillir avec de l’eau régale le cérite, qui, d’après l’analyse de Hisinger, est composé de 68,6 parties d’oxide céreux, ï8 d’acide silicique, i ^ de chaux, a d’oxide ferrique, et g ^ d’eau. La dissolution est évaporée à siccité, et chauffée doucement, après quoi on redissout la masse dans l’eau, et on ajoute à la liqueur du benzoate ammonique; le précipité qui se forme est du benzoate ferrique. On verse dans la liqueur, de l’ammoniaque caustique, qui précipite un mélange d’oxide céreux et d’oxide cérique. Ce précipité est dissous dans l’acide hydrochlorique, la dissolution évaporée à siccité , et le résidu calciné dans une cornue, jusqu’à ce qu’il ne dégage plus de chlore sensible à l’odorat. Le sel qui reste est dissous dans l’eau, et précipité par la potasse caustique; le précipité obtenu de celte manière est de X hydrate céreux., ^*^*0 jaunît rapidement au contact de l’air.
OXIDES DE CEIIIÜM.
On n’est, pas encore parvenu à obtenir de Foxide cereiix sec ou anhydre. Si Fon essaie de calciner du carbonate céreiîx dans des vases distillatoires , on obtient un résidu jaune, renfermant de Foxide cérique, formé aux dépens d’une partie de Facide carbonique. On obiient le même corps jaune, qui est une combinaison des deux oxides, quand on fait rougir Foxide cérique dans du gaz hydrogène.
D’après l’analyse de Hisinger, Foxide céreux est cornposé de 85,1 8 parties de métal, et de 1/4,89. d’oxigène, ou de îoo parties du premier, et de 17,40 du second.
9*^ Oxide cérique. On l’obtient quand on décompose du nitrate céreux par la calcination, ou qu’on fait rougir à Fair libre le carbonate céreux. Après avoir été calciné, cet oxide est d’un rouge brique et pulvérulent. Les acides le dissolvent facilement. Chauffé avec de Facide bydrochlorique , il dégage du chlore. Fondu dans la flamme extérieure avec du borax ou du phosphate aiTimonico-sodique , il se dissout en un verre limpide, qui est d’un rouge foncé, tant qu’il est chaud, mais qui perd cette couleur en refroidissant. Dans la flamme intérieure, le verre devient incolore. Si Fon fait fondre un globule vitreux et transparent d’oxide cérique et de borax avec un globule également limpide du même oxide dissous dans du phosphate ammonicosodique, ils deviennent opaques. Si Fon prend plus d’oxide que le flux n’en peut dissoudre, il se mêle avec le verre et produit un émail jaunâtre. Quand on verse de la potasse caustique dans la dissolution d’un sel céri([ue , il se précipite* une matière mucilagineuse, d’un jaune clair, qui est X hydrate cérique, et qui devient d’un jaune foncé par la dessiccation. L’ammoniaque versée dans la dissolution d’un sel cérique, en précipite ordinairement un soussel. Les alcalis caustiques ne dissolvent l’hydrate cérique, ni par la voie sèche, ni par la voie humide, mais les carbonates alcalins dissolvent une petite quantité de cet hydrate, en prenant une couleur jaune.
L’oxide cérique est formé de 79,80 parties de cé-
s U f ,F ü il E DE CE R ! tJ M .
rium, et cFoxigène, ou de loo parties du pie
inier, et 26,10 du second, c’est-à-dire qu’il contient une fois et demie autant d’oxigène que l’oxide céreux.
On obtient de Y oxide céroso-cérique ^ quand on calcine de l’oxide cérique dans un courant de gaz iiydrogène, ou quand on décompose, soit l’oxalate, soit le carbonate céreux, par la distillation sèche au rouge blanc. C’est une poudre d’un jaune citrio , qui se dis» sont dans l’acide hydrocblorique avec dégagement de chlore, et qui se transforme en oxide cérique par la combustion à l’air libre. On ignore encore dans quelle proportion les deux oxides s’y trouvent combinés.
Sulfure de cérium. Ce corps a été obtenu, pour la première fois, par Mosander. Quand on chauffe du cérium dans de la vapeur de soufre, il prend feu, brûle et se convertit en sulfure. Le sulfure de cérium peut être préparé par deux procédés différens, et son aspect varie suivant la méthode d’après laquelle il a été préparé.
Lorsqu’on fait passer à la chaleur rouge du sulfide carbonique sur du carbonate céreux, on obtient un sulfure qui est rouge , semblable au minium , poreux et léger. L’air et l’eau ne lui forlt subir aucune altération.
Quand on fond de l’oxide cérique avec un grand excès de sulfure de potassium dans un vase couvert, et à la chaleur du rouge blanc, et qu’ensuite on enlève le sulfure de potassium avec de l’eau, il reste du sulfure de cérium, sous forme de très-petites paillettes jaunes et brillantes , qui ont de la ressemblance avec l’or musif pulvérisé, et qui, examinées au , microscope , paraissent jaunes et translucides.
Ces deux sulfures qui diffèrent l’un de l’autre quant aux caractères extérieurs , se dissolvent facilement dans les acides avec dégagement de gaz sulfide hydrique et sans résidu de soufre. Le sulfure jaune laisse parfois quelques légères traces de ce dernier corps, mais qui ne paraissent point entrer d’une manière essentielle dans sa composition. Le sulfure de cérium est composé de ^4 parties de cérium , et 26 parties de soufre.
Le cérium a encore un autre degré de sulfuration,
SULFURE DE CEHIUM. 3l5
qui correspond , par sa composition, à l’oxide cérique; mais il n’a pas été possible de l’isoler, et on n’a pu l’obtenir qu’en combinaison avec des sulfures électronégatifs, à l’état de sulfosel. Lorsqu’on essaie de précipiter un sel cérique par du sulfure de potassium, on obtient un mélange d’hydrate céreux et de soufre.
On obtient un oxisulfare de cérium quand on distille du carbonate céreux avec du soufre, ou qu’on le calcine dans un courant de gaz sulfide hydrique. C’est une poudre verdâtre que les acides dissolvent avec dégagement de gaz sulfide hydrique et dépôt de soufre. Ordinairement cet oxisulfure est mêlé avec un peu de sous-sulfate céreux.
Du phosphore ^ qu’on a introduit dans une dissolution neutre et concentrée de chlorure céreux, se recouvre peu à peu d’une pellicule, dont on peut aisément le débarrasser en le faisant fondre dans de l’eau chaude. Cette pellicule se décompose à l’air libre, donne de l’acide phosphoreux, et laisse du phosphate céreux; mais elle paraît n’être qu’un mélange de phosphate et de phosphore; car, d’après les essais de Mosander, on ne parvient même pas à combiner le cérium métallique avec le phosphore, en le chauffant dans la vapeur de ce dernier.
Quand on expose le phosphate céreux, dans un creuset brasqué, à une chaleur violente, il s’agglomère, d’après Mosander, mais il n’est ni fondu, ni réduit à l’état de phosphure de cérium.
Ij’oxide cérique, distillé avec de l’huile dans une cornue de porcelaine, donne, d’après Laugier,' une poudre noire, qui est du carbure de cérium. Si on retire cette poudre encore chaude, elle prend feu , brûle sans flamme et se convertit en oxide cérique. Mosander a trouvé qu’en distillant de l’oxalate céreux dans une cornue de porcelaine, et traitant le résidu par les acides, il reste du carbure de cérium noir, qui réest pas attaqué pai l’acide, mais qui , séché et chauffé , brûle avec vivacité et laisse de l’oxide cérique. On obtient le même car»
Dr:s si:ls.
bure en calcinant doucement le tartrate de cérium. 11 brûle sans changer de poids, de sorte cju’il paraît être un quadricarbure.
Séléniure céreux. On l’obtient en calcinant le selenite céreux dans un courant de gaz hydrogène. Si le sel contient du sélénite cérique en mélange, il se sublime un peu de sélénium. Le séléniure céreux se présente sous fo rme d’une poudre rouge brunâtre, qui répand à l’air l’odeur du sélénide hydrique, qui n’est point décomposée par l’eau, mais se dissout dans les acides avec dégagement de gaz sélénide hydrique. Chauffé à l’air, il brûle, un peu d’acide sélénieux se sitblime, et il reste un sous-séléniate blanc, pulvérulent, très-peu soluble dans les acides.
Les alliages de cérium sont peu connus. Gahn réduisit l’oxide cérique par le carbone en y ajoutant , dans une expérience, de l’oxide ferreux, et, dans l’autre, de l’oxide ploinbique. Le premier mélange donna une masse grise, poreuse, prenant l’aspect métallique sous la lime, attirable à l’aimant et très-aigre. L’autre mélange donna une masse noire, peu cohérente, qui, frottée sur du papier avec une sanguine polie, acquit du brillant métallique. Cette masse, enveloppée seulement dans du papier, s’est conservée sans altération pendant un laps de dix- neuf années.
DES SELS
DES SELS
L’histoire des sels était désignée par les anciens chimistes sous le nom de Halurgie. C’est une partie fort importante de la chimie.
Autrefois on appelait sel tout corps soluble dans l’eau, et on finit par admettre que tout corps soluble dans moins de cinq cents fois son poids d’eau, était lui sel. On rangea ainsi dans cette classe des corps doués des propriétés les plus opposées, tels que des acides, des alcalis , des matières végétales et animales.
Plus tard on restreignit la dénomination de sel aux combinaisons des oxides électronégatifs ou acides avec les oxides électropositifs ou bases salifîables. La plus ou moins grande analogie que ces composés ont avec le sel marin , fut l’origine de la dénomination qu’on donna à la classe entière. On regardait alors le sel marin comme composé d’un oxacide à radical inconnu, l’acide muriatique, et d’un oxide métallique , la soude. Mais il a été prouvé, par des recherches ultérieures, que cette manière de voir était inexacte, et que le sel marin ne contenait point d’oxigène. Dès-lors plusieurs chimistes ont cessé de le considérer comme un sel, et l’ont exclu de cette classe ; mais c’est une inconséquence qu’il est facile d’éviter, en étendant la signification du mot sel audelà des combinaisons des corps oxidés.
Je répéterai ici ce que j’ai déjà dit précédemment, que les sels se divisent, d’après leurs principes constituans, en deux classes, savoir :
En sels haloïdes ^ qui sont composés immédiatement d’un métal et d’un corps halogène.
En sels amp hide s ^ qui sont composés d’un oxide, d’un sulfure, d’un séléniure ou d’un tellurure, et d’un acide, d’un sulfide , d’un sélénide ou d’un lelluride.
DES SELS
Les sels de la seconde classe ne sont donc pas immédiatenient composés de corps simples, mais renferment une combinaison electropositive d’un corps basigène, c’est-à-dire une base, unie à un composé électronégatif du meme corps basigène. Nous appelons ces sels, d’après le corps basigène qu’ils contiennent, oxisels^ sidfosels^ sùléniseh ou tellurisels ^ suivant que le corps basigène est l’oxigène, le soufre, le sélénium ou le tellure.
Du reste, la nomenclature des sels est généralement tirée de celle de leurs principes constituans. On fait du nom du corps électronégatif un substantif, auquel on donne la terminaison en ure , quand il s’agit de corps halogènes ( par exemple, chlorure, fluorure, etc. ); en ate., quand il est question d’acides, de sulfides, etc., terminés en ique; et en ite pour les acides, sulfides, etc. , qui terminent en eux. Les sels des acides sulfurique et hyposulfurique sont appelés sulfates et hyposulfates; ceux au contraire des acides sulfureux et hyposulfureux portent le nom de sulfites et lijposul fîtes. D’après les différens basigènes, on distingue ces sels, en faisant précéder leur nom de celui du corps basigène , et disant, par exemple, oxicarhonate ,, s ulfo carbonate., sélénicarbonate telluricarbonate. Mais comme lesoxisels sont les plus répandus, qu’on les a connus longtemps avant les autres, et qu’autrefois on ne joignait pas à leur nom celui du corps basigène, nous supprimerons ordinairement le mot oxi dans leur nomenclature. Ainsi, toutes les fois que le nom d’un sel ne commence pas par celui du corps basigène, la combinaison est un oxisel.
Pour indiquer, dans les noms des sels, les différentes bases et leurs divers degrés de combinaison avec le corps basigène, nous employons le meme nom adjectif, que pour désigner les oxides, les sulfures, etc. Ainsi le suL fate ferreux est la combinaison de l’acide sulfurique avec l’oxide ferreux; le sulfate ferrique, la combinaison du meme acide avec l’oxide ferrique; nous disons de même chlorure cuicreux chlorure cuivrique^ suivant que le chlorure résulte de la décomposition de l’acide
DES SFXS.
liycîroclilorique par Foxide cuivreux, ou par Foxicie cuivrique (r). Nous disons également sulfai’séniate ferreux, et SLilfarséiiiate ferrique, pour désigner les combinaisons du sulfîde arsenique avec les sulfures ferreux et ferrique. Pour les détails ultérieurs de cette nomenclature, je renvoie h ce qui a été dit au commencement du premier volume.
Les principes constituans d’un sel se combinent assez souvent entre eux en plusieurs proportions, et produisent ainsi des composés dont les propriétés varient. Quand on mêle peu à peu un oxacide ou un bydracide avec des proportions faibles de base, par exemple, d’un alcali, il arrive un moment oii cet acide a perdu sa saveur aigre et la propriété de rougir le papier de tournesol; et l’alcali, sa saveur alcaline, et son action sur les couleurs végétales jaunes, rouges ou bleues. On ne reconnaît plus alors ni l’acide ni l’alcali , et la nouvelle combinaison a une saveur particulière, désagréable, souvent semblable h celle que nous appelons salée, mais variable suivant la nature des principes constituans, et tantôt amère, tantôt piquante, styptique, sucrée, métallique, hépatique, etc. Dans ce cas on dit que les principes constituans du sel sont saturés ou neutralisés (9.).
Pour déterminer le point de saturation, on emploie des bandelettes de papier teintes de diverses couleurs végétales. Cependant on ne saurait se procurer, par ce moyen, un sel absolument neutre, parce qu’on ajoute toujours un peu trop d’un des constituans- Dans la plupart des cas, on obtient un sel parfaitement neutre, en
(i) Jusqu’à présent, les chimistes ont employé les expressions protosulfate et deutosulfate de fer, jirotochlorure et deutochlorure, ou chlorure et bichlorure de cuivre, etc.; mais cette nomenclature ne permet pas d’indiquer avec facilité les différons degrés de neutralité des sels.
(2} Je dois faire observer, à ce sujet, que le mot saturer est d’un emploi bien plus étendu que le mot neutraliser. On peut dire que l’eau est saturée d’un sel, mais ou ne peut pas dire qu’elle en est neutralisée. Ce dernier terme ne sert que jiour exprimer la saturation réciproque des liases et des acides.
DES SELS
évaporant la liqueur jusqu’au point de cristallisation ; alors la combinaison neutre cristallise. Mais plusieurs sels ne jouissent pas de la propriété de cristalliser; ils se réduisent par l’évaporation en une masse saline, ou en un vernis translucide, semblable à la gomme. Enfin il est des sels tout-à-fait insolubles dans l’eau.
Certains sels ont la propriété de cristalliser avec un excès déterminé d’acide. La saveur de ces sels est aigre ; ils réagissent comme des acides, et portent, pour cette raison, le nom de sels acides ^ ou sursels. Les bases y sont ordinairement combinées avec une fois et demie, deux, trois ou quatre fois autant d’acide qu’il y en a dans le sel neutre, et d’après ce qu’on sait; jusqu’à présent, il n’y a pas de degrés intermédiaires entre ces nombres. Wollaston a fait connaître une expérience fort simple, servant à constater ces multiples dans la composition des sursels.Ün pèse, par exemple, deux parties égales de suroxalate potassique, on réduit fiuie en cendre , et l’on se sert de cette cendre pour saturer l’autre, qui s’en trouve parfaitement neutralisée. Le sursulfate potassique etlesurtartratepotassiquesont des sels dece genre.
D’autres sels ont la propriété de cristalliser ou de se précipiter avec un excès de base. On leur a donné le nom de sels basiques ou soussels.
Quelquefois deux sels se combinent l’un avec l’autre: il en résulte des sels doubles.
Sels hcdüïdes des cbimistes est encore partagée relativement à la question de savoir si les liydracides des corps halogènes se combinent ou non avec les bases, et il ne paraît pas possible de résoudre cette question avec certitude. Mais ce qu’il y a de sûr , c’est que, soit qu’il existe des sels à hydracide ou non, les phénomènes sont les mêmes dans les deux cas , en sorte qu’il peut être indifférent d’admettre ou de rejeter l’existence de ces sels , pourvu qu’on reste toujours conséquent à l’opinion qu’on a une fois adoptée. Il me paraît bien plus simple de ne pàs admettre l’existence de ces combinaisons : toutefois je conviens qu’il y a quelques cas qui semblent parler en sa
faveur. Je rapporterai cependant les principales raisons qui s’opposent à cette manière de voir. Gay-Lussac a trouvé que quand on met, par exemple, de Toxide mercurique en contact avec de l’acide hydrocyanique , il se dégage de l’eau, et on obtient un corps qui était con» sidéré autrefois comme du prussiate mercurique, mais qui ne contient, d’après les recherches de ce chimiste, ni oxigène, ni hydrogène, et n’appartient par conséquent pas à la classe des oxisels, quoiqu’il ressemble beaucoup aux combinaisons de l’oxide mercurique avec les oxacides. Si l’on mêle de l’oxide mercurique avec de l’acide hydrocyanique aqueux, on ne volt plus, à la vérité, la séparation de l’eau s’effectuer; mais quand on évapore la dissolution au point de la faire cristalliser, on obtient également la combinaison dont il vient d’etre parlé, et qui ne renferme ni oxigène ni hydrogène. îl est donc constant que l’acide hydrocyanique décompose l’oxide mercurique ; l’hydrogène de l’acide se combine avec l’oxigène de l’oxide, le cyanogène avec le métal, absolument comme il arriverait à l’oxide mercurique traité par le sulfîde hydrique, avec la seule différence que le cyanure de mercure se dissout dans l’eau, tandis que le sulfure de mercure est insoluble. Maintenant nous ignorons si le cyanure de mercure, en se dissolvant dans l’eau , décompose celle-ci et se transforme en bydrocyanate mercurique; mais cette question est jusqu’à présent sans aucune importance pour nous, car l’affinité qui produirait cet effet est tellement faible, que la tension de r eau à l’air libre suffit pour la vaincre totalement. On peut donc dire que les décompositions et les recompositions de l’eau se font avec tout autant de facilité que si elles n’avaient pas lieu. Quand on neutralise de l’acide hydrosulfocyanique, qui est un liquide doué de propriétés acides très-prononcées, avec du carbonate potassique , les phénomènes sont les mêmes qu’avec un oxide quelconque; l’acide carbonique se dégage avec effervescence, et la réaction acide diminue à chaque nouvelle addition d’alcali , jusqu’à ce que la liqueur
m. ai
ÜKS SELS.
soit parfaitement neutre. Lorsque cette liqueur est assez concentrée, on obtient un sel cristallisé, qui ressemble tellement au nitre, qu’on pourrait le confondre avec lui. Ces cristaux ont une saveur piquante, légèrement salée, absolument comme le salpêtre, ils entrent facilement en fusion , sans donner de l’eau ; et quand la masse fondue est à l’abri de l’air, on peut la chauffer au rouge sans qu’elle se décompose. Mais ce corps, qui a une ressemblance si extraordinaire avec les oxisels, ne contient pas d'oxigène, il résulte de la combinaison du potassium avec le sulfocyançgène. L’acide hydrosulfocyanique a donc été décomposé pendant la saturation, son hydrogène s’est uni à l’oxigène de la potasse, et il s’est formé du sulfocyanure de potassium soluble. La même chose arrive quand on mêle une dissolution de soude caustique (oxide de sodium) avec de l’acide liydrocblorique concentré; la base et l’acide se neutralisent réciproquement, il se dégage delà chaleur par l’effet de la combinaison, et il se précipite une poudre saline qui est du chlorure sodique , et qui ne contient ni oxigène, ni hydrogène ; ce qui reste dans la liqueur se transforme par l’évaporation en la même combinaison. Si donc il existait un hydrochlorate sodique, ce sel ne pourrait subsister que dissous, et quand la dissolution se dessécherait à l’air, l’oxigène et l’hydrogène qui entrent dans la composition de la base et de l’acide, s’uniraient pour former de l’eau, par le seul fait de la tension de l’eau, qui cependant ne pouvait produire cet effet, tant qu’elle n’avait pas pris naissance elle-même.
Voici encore un exemple. Le ferro-prussiate de potasse cristallisé ( cyanure ferreux et potassique ) renferme précisément la quantité d’eau qui est nécessaire pour produire de la potasse et de l’oxide ferreux avec le potassium et le fer qu’il renferme, et de l’acide liydrocyanique avec le cyanogène. Mais cette eau se volatilise à la température ordinaire de l’air, quand ce dernier est bien sec, ou dans le vide, et laisse une combinaison de cyanure ferreux et de cyanure potassique, qui ressemble entièrement à un sel effieuri. Peut-on supposer que
DES SELS
Foxigène se sépare de la potasse et l’hydrogène de l’acide par la seule suspension de la pression atmosphérique, ou par l’absence de la vapeur aqueuse dans l’air, et n’est-il pas plus naturel de regarder cette eau comme de l’eau de cristallisation ?
Tous ces phénomènes démontrent suffisamment qu’il est bien plus vraisemblable, dans la plupart des cas, que les bydracides ne s’unissent pas comme tels aux bases, mais qu’ils en sont dé(îomposés. Les propriétés acides dont ils sont doués ne consistent donc pas en ce ([u’ils saturent les bases, mais en ce qu’ils les détruisent dans leur qualité de base. Il suit de-là que la propriété de jouer le role d’acide ne tient ni à la substance, ni a la manière dont la combinaison a lieu, et indique seulement un état contraire à la propriété d’être base. Dans les bydracides, elle dépend donc à la fois de la grande oxidabilité de l’hydrogène et de l’affinité du radical de l’acide pour celui de la base. De-là vient que le radical d’un bydracide a très-peu de propriétés acides, ou en est tout-à-fait dépourvu, parce qu’il ne peut désoxider les bases sans le concours de l’hydrogène.
En comparant les combinaisons des oxacides avec les bases, à celles des bydracides avec les bases, nous trouvons, comme il a déjà été dit précédemment, qu’il existe entre elles une analogie si grande, qu’on ne pourrait les ranger dans des classes différentes de corps, sans méconnaître entièrement leurs propriétés naturelles. Mais, sous le rapport théorique , il existe une différence énorme entre les combinaisons desoxibases avec les oxacides, et les combinaisons de corps combustibles avec les radicaux combustibles des bydracides. La théorie pourrait donc comporter de certaines choses que la nature renierait.
Dulong a tenté de faire disparaître cette contradiction, en considérant tous les acides aqueux o^ommo. des hydracides^ c’est-à-dire en attribuant à l’acide là quantité d’oxigène contenue dans l’eau, et formant, avec l’oxigène et le radical combustible de l’acide, le radical
DLS SKLS.
composé (l’im hydracide, c’est-à-dire un corps halogène. Ainsi l’acide sulfurique aqueux serait, suivant lui, un hydracide composé d’hydrogène et d’un corps halogène, qui contiendrait, sur la même quantité de soufre , un tiers plus d’oxigène que l’acide sulfurique anhydre. Quand cet hydracide se combine avec un métal, le potassium par exemple, l’hydrogène seul est mis en liberté, et le potassium s’unit au corps halogène composé. La combinaison ainsi obtenue ne doit pas être considérée, d’après cette théorie, comme formée de potasse et d’acide sulfurique anhydre, mais comme composée de potassium et du radical de Fhydracide. Quand cet acide est mis en contact avec de la potasse , celle-ci est réduite à l’état de potassium par l’hydrogène de l’acide, et il se forme de l’eau, laquelle, par conséquent , n’est point simplement séparée de l’acide.
Certes, Dulong a rendu un grand service à la science en rétablissant , par ces vues, l’harmonie dans la théorie des combinaisons salines, qui paraissait être détruite par les idées nouvelles sur la nature de l’acide hydrochlorique, et en général par les phénomènes produits par les hydracides , et l’existence des sels haloïdes.
Dans le nombre des analogies surprenantes qu’on remarque entre les oxisels et les sels haloïdes, il faut encore compter la propriété que possèdent ces derniers déformer des sels acides et des soussels, dont la ressemblance avec les oxisels correspondans est si grande , qu’on pourrait se laisser entraîner par elle , à admettre la même composition dans tous.
Des sels haloïdes acides se forment , lorsqu’un sel haloide neutre se combine avec fhydracide du corps halogène qu’il contient, de manière à produire un sel susceptible de se séparer sous forme solide : par exemple, lorsque du fluorure potassique se combine avec de l’acide hydrofluorique, ou que du chlorure aurique produit un sel cristallisable avec de l’acide hydrochlorique. C.es sels acides ne sont cependaîit pas nombreux ; nous les appelons, pour éviter des noms trop fluorure
üotassique acide , chlorure aurique acide.
DES SELS
Les sels haloïdes basiques sont plus coininuns. Ils se forment toutes les fois cju’un sel haloïde neutre se combine avec Toxide du métal contenu dans le sel, par exemple, quand le chlorure plombique s’unit à l’oxide plombique. Ces soussels offrent les mêmes multiples de la base salifiable, c’est-à-dire de l’oxide, que les oxisels basiques, de sorte que l’oxide peut contenir, ou la même quantité, ou deux, trois, cinq fois autant de métal que le sel haloïde neutre, avec lequel il est combiné. On les appelle basique^ bibasique^ tribasique ^ d’après les multiples de l’oxibase , quand ces multiples sont, par exemple, I, 2, 3. Ainsi on dit chlorure plombique basique, bibasique , etc. On chercherait inutilement à distinguer, par le seul aspect, ces sels basiques des oxisels baj^iques : par exemple, le sous-sulfate ferrique qui contient de l’eau, ressemble parfaitement à la combinaison de chlorure et d’oxide ferriques qui contient de l’eau f c’est- à - dire au sous muriate d’oxide de fer, suivant rancienne théorie ).
Il faut remarquer en outre, au sujet des sels haloïdes , que les métaux qui possèdent deux oxides salifiables, ont toujours deux sels haloïdes proportionnels aux deux oxisels; et que quand ces sels passent à l’état de sels basiques, l’oxide moins oxigéné ne se combine jamais avec le sel haloïde qui correspond à l’oxide plus oxigéné, ni l’oxide plus oxigéné avec le sel qui correspond à foxide moins oxigéné ; tout est donc absolument de même que pour les oxisels.
Les sels haloïdes doubles se forment :
î° Par la réunion de deux sels haloïdes dans lesquels le corps halogène est le même, mais oii les métaux jouissent de propriétés électriques opposées: par exemple, par la combinaison du chlorure potassique avec le chlorure aurique, du fluorure potassique avec le fluorure silicique, etc. La nomenclature de ces sels doubles présente des difficultés, quand on veut unir la brièveté à la clarté. On peut dire chlorure doubleaurique et potassique ^ fluorure double silicique et potassique j ou chlorure aurico-potassique ^fluorure si-
DES SELS
lico-potassique. Dans ce dernier cas, si les bases ne sont pas au même degré de combinaison, on dit, par exemple, chlorure Jerroso-potassiqne et chlorure ferrico - potassique , pour désigner les combinaisons du chlorure potassique avec le chlorure ferreux ou ferrique» Par la combinaison de deux sels haloïdes, contenant le même métal avec des corps halogènes différens : tels sont les sels doubles de fluorure et de chlorure barytiques, de fluorure et de chlorure plombiques, qu’on chloro -fluorure barytique ^ chloro -fluorure plombique.
Mais il y a encore une espèce de sels doubles, qui sont formés d’un sel haloïde et d’un oxisel. De ce genre sont, par exemple, la combinaison du chlorure plombique avec le carbonate plombique, celle du fluorure calcique avec le silicate calcique, du fluorure aluminique avec le silicate aluminique ( topaze) , et les sels doubles découverts depuis peu par Woehler, qui résultent de la combinaison du nitrate argen tique, soit avec du cyanure argentlque, soit avec du cyanure mercurique. L’existence de ces sels doubles démontre assez combien il serait inexact de ne point considérer les sels haloïdes comme des sels (i).
(i) Avant (Je quitter cette partie importante de la chimie théorique, je vais exposer en peu de mots les opinions reçues autrefois, et maintenant abandonnées, sur la nature des sels haloïdes, et principalement sur celles des muriates. Les anciens chimistes regardaient les muriates comme des oxisels. Quand on décomposait le sel marin par l’acide sulfurique aqueux, on admettait que ce dernier, en vertu d’une affinité plus forte pour la soude, qu’on supposait être combinée dans le sel marin avec l’acide muriatique, chassait celui-ci, qui se combinait avec l’eau de l'acide sulfurique, pour donner naissance à de l’acide muriatique aqueux, qui se dégageait à l’état de gaz. L’acide hydrochlorique des chimistes modernes est donc identique avec l’acide muriatique aqueux des anciens. L’acide muriatique proprement dit de ceuxci, qui resterait, si l’on supposait le gaz acide privé d’eau, ou l’acide que l’on admettait être combiné dans le sel marin avec la soude, ne pouvait pas être obtenu à l’état isolé. On pensait que cela tenait à ce que les affinités de cet acide étaient trop
SELS AMPHIDES.
ÎI. Sels amphicles. Parmi ces sels oii n’en a examiné jusqu’à présent que deux espèces, les oxisels et les sulfosels. Quant aux deux autres , nous savons seulement qu’elles existent.
fortes pour pouvoir être vaincues par une affinité simple, et à ce qu’il fallait toujours la présence d’un corps oxidé, avec lequel l’acide muriatique pur piit se combiner , comme , par exemple, i’eau de l’acide sulfurique aqueux, ou même seulement la pré-^ sence de l’oxigène, avec lequel l’acide passât à un degré supérieur d’oxidation , constituant ce qu’on appelle aujourd’hui le chlore. Cherchait-on, au contraire, à réduire le gaz acide muriatique, c’est-à-dire l’acide muriatique aqueux, au moyen d’un corps doué d’une puissante affinité pour l’oxigène , tel que le potassium , l’hydrogène contenu dans l’eau de l’acide muriatique se réduisait seul et se dégageait, tandis que l’acide muriatique anhydre se combinait avec la potasse produite, de manière à donner naissance à un muriate, sel dans lequel l’affinité de la base pour l’acide, s’ajoutant à cfelle de l’oxigène pour le radical de l’acide, rendait cette dernière insurmontable. Nécessairement la potasse était en quantité précisément suffisante pour la saturation de l’acide muriatique; car l’eau des acides aqueux contient, ainsique nous l’avons vu, autant d’oxigène que chaque base, par laquelle on neutralise l’acide. Mais lorsqu’on essayait à décomposer le degré supérieur d’oxidation de l’acide muriatique (le gaz acide muriatique oxigéné ) au moyen du potassium, celui-ci y trouvait justement la proportion d’oxigène nécessaire à la formation de la quantité de potasse qu’il fallait pour saturer l’acide muriatique supposé, et le convertir en sel. Ainsi cette théorie était en quelque soi te basée sur l’impossibilité de réduire l’acide muriatique par cette voie.
Il résulte de ce que nous venons de dire, que cet ordre de choses était réellement possible , et que comme il s’accorde en tous points avec les lois des proportions chimiques , si bien qu’on pouvait prévoir à/>r/or^ les combinaisons de l’acide muriatique avec l’oxigène, l’eau et les bases saliliables, et déterminer avec certitude la formation de sels neutres et des sous-sels, ainsi que leur composition quantitative; il fallait les motifs les plus convaincans pour abandonner la théorie reçue, et en adopter une autre, qui, quand elle fut développée pour la première fois, semblait avoir si peu d’analogie avec ce que l’on croyait savoir sur la nature et sur la composition des sels.
Le chlore était regardé comme un degré supérieur d’oxidation de l’acide muriatique, résultant de la combinaison du radical inconnu avec une fois et demie autant d’oxigène qu’en contenait i acide muriati(|ue, dont la capacité de saturation semblait permettre de calculer, avec beaucoup de probabilité, la ({uanlité
OXISELS
I. Oxisels. Cette classe renferme le plus grand noiTi'' bre des corps sur lesquels la chimie s’exerce. Ils sont acides , neutres ou basiques. Les oxisels acides sont désignés par les multiples de Facide. Quand la base est
d’oxigène qu’il contenait, et qui était double de celle de la base par laquelle il était neutralisé. Dans l’oxide de chlore, on admettait deux fois autant d’oxigène que dans l’acide muriatique, et comme, ni le chlore, ni l’oxide de chlore ne pouvaient être combinés avec des corps oxidés, sans produire dans ceux-ci une transmutation de l’oxigène, ce qui est une propriété caractéristique des suroxides, je me trouvai conduit à considérer le chlore d’après l’ancienne théorie, et à le désigner par le nom de suroxidule, et l’oxide de chlore par celui de suroxide du radical de l’acide muriatique. Les acides du chlore étaient considérés comme des degrés d’oxidation plus élevés encore, et appelés acide muriatique oxigéné , acide muriatique hyperoxigéné ou suroxigéné. Assurément ce corps offrait une particularité dont aucun autre ne fournissait l’exemple, celle de constituer, par son premier degré d’oxidation , un puissant acide , tandis que le deuxième et troisième étaient dépourvus de la propriété de s’unir aux oxides, et que les trois suivans formaient des acides.
Thénard et Gay-Lussac démontrèrent , les premiers, que l’analyse ne pouvant constater la présence de l’oxigène, ni dans l’acide muriatique , ni dans l’acide muriatique oxigéné (le chlore), les choses pouvaient se passer autrement qu’on ne l’avait pensé jusqu’alors. A cette occasion , ils posèrent les bases de la théorie actuelle sur le chlore et scs combinaisons; toutefois ils accordèrent que l’ancienne hypothèse avait en sa faveur l’analogie parfaite des muriates (chlorures) avec les oxisels en général. Humphry-Davy s’occupa de cet objet à la même époque (en i8io], et s’attacha à prouver, par des recherches très-intéressantes, que la seule manière exacte d’envisager la nature de ces corps consistait à regarder le chlore comme simple. La circonstance que le charbon ne peut, ni décomposer, ni altérer le gaz chlore à aucune température, était un des argumens qui s’élevaient avec le plus de force contre l’idée que le chlore était uiî suroxide. Cependant les partisans de l’ancienne théorie objectèrent qu’une combinaison d’acide muriaticjue anhydre et d’oxide ou d’acide carbonique , dans la proportion qui résulterait de la décomposition du suroxidule, n’existait rprobablement pas, et que, par conséquent, les deux corps ne pouvaient point agir l’un sur l’autre. Mais cette dernière difficulté disparut aussi lorsque Faraday eut découvert jusqu’à trois combinaisons de chlore et de carbone, combinaisons dont j’ai déjà parlé. Les vues de Davy sur la nature de l’acide muriatique ne tardèrent point à être ado])tées par la plupart des
ox f SELS,
combinée avec i 2 et 4 fois autant d’acide qu’il y eu a dans le sel neutre, 011 les appelle, par exemple, sesquU carbonate y bisulfate ^ quadra xalate. Lorsqu’au contraire ils contiennent un excès de base, le multiple de cette base, qui peut être i 4“ ^ ^ 3 ? 4 6 , rarement
plus, est également indiqué dans le. nom; ainsi on dit acétate sesquicuwriquey bicuivrique y tincuicrique, nitrite quadriploinbique y sulfate séferrique.
En comparant la capacité de saturation de l’acide à la quantité d’oxigène qu’il contient , on peut calculer les proportions dans lesquelles il peut, ou non, être sursaturé de base. Par exemple, l’acide sulfurique, et en
chimistes de l’Europe. Pendant un certain laps de temps, je restai presque le seul qui ne fût pas persuadé que cette doctrine devait être préférée ; et je cherchai à démontrer , soit par la comparaison des deux théories, soit par des faits, que le manque de preuves, en faveur de la possibilité de décomposer le chlore gazeux, était balancé par le defaut d’analogie de composition entre des combinaisons qui ont la plus grande ressemblance, sous le rapport des propriétés physiques et chimiques : par exemple, entre le nitrate et le chlorure plombiques, le nitrate sodique et le sel marin, etc. Mais les excellentes recherches de Gay-Lussac sur le cyanogène, l’acide hydrocyanique et les cyanures (ces derniers avaient été considérés jusqu’alors comme des combinaisons d’oxibases avec un oxacide inconnu, l’acide prussique), prouvèrent, d’une manière incontestable, que la nouvelle théorie du chlore et de ses combinaisons se trouvait réalisée, dans toute son étendue, dans le cyanogène, l’acide hydrocyanique et,les cyanures. Le dernier argument en faveur de l’ancienne théorie, le défaut d’analogie avec les oxisels, fut ainsi écarté, et il devint évident que l’oxigène n’entre ]^as comme élément nécessaire dans tout corps qui jouit des propriétés d’un sel. Dès ce moment, il était incontestable que la nouvelle théorie était préférable. Il s’ensuivait naturellement que tous les sels dans lesquels la présence de l’oxigène ne pouvait être constatée par voie d’expérience, devaient être considérés comme étant de la même nature que les combinaisons du chlore avec les métaux, et que, par conséquent, les iodures et les fluorures appartenaient à la classe des sels haloïdes. 11 est évident que précisément, parce qu’on range ceux-ci parmi les sels, la découverte de l’oxigène dans un de ces corps, de (juelque importance qu’elle fût eu elle-même, ne produirait (ju’une bien laible modification dans le système chimique.
OXISFLS.
général tous les acides qui, dans leurs combinaisons neutres, contiennent trois fois autant d’oxigène que la base, prennent rarement deux fois, et ne prennent jamais quatre fois autant de base qu’il y en a dans le sel neutre; mais ils en prennent une fois et demie, trois, six et douze fois autant. Au contraire, les acides qui contiennent deux ou quatre fois autant d’oxigène que la base qui les neutralise, ne se combinent pas , dans les sels basiques, avec une fois et demie ou trois fois autant de base que le sel neutre, mais toujours avec deux, quatre ou huit fois autant. Cela tient à une règle qui souffre très-peu d’exceptions, et d’après laquelle deux corps oxides se combinent toujours V un avec Vautre dans des proportions telles que la quantité d'oxigéne contenue dans V un , soit un multiple par un nombre entier de celle qui se trouve dans Vautre oxide. Or, il n’en serait point ainsi, si, par exemple, l’acide sulfurique admettait dans ses sels basiques quatre fois autant de base que dans ses sels neutres.
Quelquefois un acide se combine avec deux bases, parfois aussi une base avec deux acides. Les sels qui résultent de ces combinaisons sont appelés doubles. De ce nombre sont l’alun, composé de sulfate potassique et de sulfate aluminique, le sel de seignette composé de tartrate potassique et de tartrate sodique , etc. Les sels doubles produits par deux bases et un acide, sont les plus ordinaires; on peut les appeller sels doubles à un seul acide. Ceux qui contiennent une base avec deux acides, peuvent être appelés doubles h une seule base.lu'ei nomenclature des oxisels doubles peut être calquée sur celle des sels haloïdes doubles. Ainsi l’alun peut être appelé suif ate double aluminique et potassique., om sulfate aluminico-potassique ; on peut dire sulfate double ferreux et potassique^ ou sulfate ferroso-potassique, sulfate double fej'jique et potassique ou sulfate ferrico-potassique. Du reste , quand un sel double a un nom trivial généralement connu , on emploie ce dernier pour abréger. Ainsi on dit alun de préférence à sulfate aluminico-potassique.
OXtSELS. 33 1
Oil ne connaît pas d’exempie bien constaté [de sels qui renferment plus de trois constituans.
La quantité de base, nécessaire pour saturer un acide, est toujours dans un rapport déterminé avec la quantité de la même base, qu’il faut pour saturer un autre acide; de manière qu’en connaissant la proportion des élémens de quelquels sels , on peut en déduire avec assez de certitude leurs proportions dans d’autres sels, dont on ignore la composition quantitative. Ainsi la quantité de potasse, qui sature loo parties d’acide sulfurique, est à la quantité de soude, qui sature la même quantité de cet acide, comme la quantité de potasse est à celle de soude, qu’il faut pour neutraliser TOO parties d’acide nitrique. La cause de cette proportionnalité est que les acides ont pour toutes les bases la même capacité de saturation , ou , en d’autres termes, que les quantités de différentes hases ^ qui saturent un poids donné du même acide, doivent toujours contenir la même quantité d’oxigène. Par exemple, la capacité de saturation de l’acide sulfurique étant de 19,96, et celle de l’acide nitrique de 14,76, il s’ensuit que la quantité de potasse qui renferme J 9,96 d’oxigène, est à une quantité de soude ou de baryte, ou de base quelconque contenant 19,96 d’oxigène , comme une quantité de potasse qui contient i4?7^ d’oxigène, est à une quantité de soude ou de toute autre base renfermant 14,76 d’oxigène. De-là vient que deux sels neutres dissous dans l’eau, et qu’on mêle ensemble, conservent leur neutralité, même quand ils se décomposent.
Il est évident que quand on connaît la capacité de saturation d’un acide, il est facile de calculer combien cet acide exige de chaque corps oxide, dont la quantité d’oxigène est connue, pour former avec lui une combinaison neutre, et le résultat de ce calcul est toujours plus certain que celui d’une analyse immédiate, parce que le calcul est basé sur des analyses qui conduisent au résultat le plus certain, par les moyens les plus faciles. Réciproquement, la capacité de saturation d’un acide
OXISELS.
étant connue, on peut calculer, d’après la quantité de base qu’il faut pour neutraliser cet acide , quelle est la proportion d’oxigène qui entre dans la composition de cette base. C’est par ce moyen qu’on est parvenu à connaître exactement la quantité d’oxigène contenue dans plusieurs oxides qui ne pouvaient pas être analysés immédiatement. La seule chose qu’on ne puisse pas calculer dans un sel, c’est la proportion d’eau de ci’istallisation qu’il contient ; on est obligé de la constater par des expériences, et quoique la quantité d’oxigène qui entre dans la composition de cette eau soit toujours un multiple, et rarement un sous-multiple de la quantité d’oxigène de la base , cependant ce multiple est très-variable dans les différens sels qu’une même base peut produire.
Chaque acide peut former un sel avec chaque base. Cependant cette règle souffre quelques exceptions; ainsi l’alumine ne se combine pas avec l’acide carbonique. On trouve donc le nombre des oxisels simples, en multipliant le nombre des acides par celui des bases ; mais ce nombre peut s’accroître à l’infini , en y joignant les sels doubles. On le porte à plus de deux mille; il n’y a qu’un petit nombre de ces sels qui aient été étudiés, et beaucoup de sels qui pourraient exister n’ont peut-être jamais été préparés. Un très-grand nombre d’entre eux n’offrent aucun intérêt, et ne méritent pas une description particulière.
Plusieurs auteurs ont rangé les sels d’après les acides, d’autres d’après les bases: peu importe dans quel ordre on étudie les sels alcalins ; les sels terreux au contraire, et surtout les sels à oxides métalliques proprement dits, sont plutôt caractérisés par la base que par l’acide; je les rangerai donc d’après les bases.
En outre on avait partagé les oxisels en sels neutres^ dans lesquels l’acide et la base se sont complètement saturés l’un l’autre : les sels alcalins et une partie des sels terreux sont dans ce cas ; et en sels qu’on nommait sciUa media ^ dans lesquels l’acide n’est pas assez saturé de base, pour qu’il cesse de réagir comme un
OXISELS.
acide ; plusieurs sels terreux et la plupart des sels métalliques appartenaient a cette classe. Aujourd’hui cette division n’est plus suivie, et on range ordinairement parmi les sels neutres tous ceux dans lesquels l’oxigène de l’acide est à celui de la base dans la même proportion que celle qui existe dans les combinaisons les plus neutres, qu’un acide peut former avec les alcalis ou les terres alcalines. Ainsi nous regardons l’alun comme un sel neutre, quoiqu’il rougisse fortement le papier de tournesol, parce que l’oxigène de l’acide sulfurique y est, comme dans le sulfate potassique ou sodique neutre, triple de celui des deux bases prises ensemble ; l’alumine , qui appartient au nombre des bases faibles, ne neutralise pas toutes les propriétés de l’acide, ce qui fait que l’alun a une saveur acide et rougit le papier de tournesol.
Les oxides ont la même tendance à se combiner entre eux que les métaux et les métalloïdes ; ordinairement on trouve que les oxides se combinent surtout dans les proportions dans lesquelles leurs radicaux s’unissent de préférence. C’est pour cette raison c|u’ordinairement les sulfures, les séléniures et les arséniures. correspondent aux sulfates, aux séléniates et aux arséniâtes neutres, et généralement la tendance qu’ont les oxides à se combiner ensemble , dépend de celle des radicaux , de sorte que l’intervention de l’oxigène ne fait qu’augmeniei’ cette^ tendanee, et la rendre plus active par la solubilité plus grande des oxides qui agissent mieux les uns sur les autres, quand ils sont à l’état liquide.
En général, quand un métal a plusieurs oxides jouant le rôle de base, celui qui est au moindre degré d’oxidation , constitue la base la plus forte : par exemple, le fer et le manganèse. Mais quelques-uns de ces oxides sont placés sur la limite entre les bases salifiables et les sousoxides, et, dans tous les métaux de cette classe, l’oxide en iqiie a plus d’énergie comme base, que l’oxide en eux; le mercure, le cuivre et le platine sont de ce nombre. Cette circonstance paraît être liée avec les pro-
SUr.FOSFLS.
portions qui existent dans la composition de ces oxides; je donnerai des développemens sur ce sujet lorsque je traiterai de la théorie atomistique.
Quand on introduit dans la dissolution d’un sel métallique neutre, un métal dont l’affinité pour l’oxigène est plus grande que celle du métal dissous, celui-ci se précipite sous forme métallique; tandis que l’autre se dissout. La dissolution reste neutre, aucune portion d’acide n’est mise en liberté, et il ne s’oxide du métal ajouté, que la quantité nécessaire à la saturation de l’acide (i). Cette circonstance tient, comme je l’ai déjà dit, à ce que chaque acide exige la même quantité d’oxigène dans la quantité de chaque base, qui est nécessaire à sa neutralisation, de sorte que, dans le sel métallique, qui est décomposé, l’acide et l’oxigène de la base restent les mêmes, tandis que le radical métallique de la base cède sa place à un autre.
II. Sulfosels. Les degrés de sulfuration des métaux électropositifs , qui correspondent aux oxibases ( c’està-dire ceux qui résultent de la décomposition mutuelle de l’oxibase et du gaz sulfide hydrique ), jouent le rôle de base dans les sulfosels. Les degrés supérieurs de sulfuration des métaux électropositifs ne possèdent pas cette propriété, et se comportent sous ce rapport comme , les suroxides ; ils ne se combinent avec aucun autre sulfure , mais peuvent céder leur excès de soufre à ' d’autres métaux. Les degrés de sulfuration des métaux électronégatifs , dont la composition est proportionnelle à celle des acides métalliques, se combinent à la manière des acides avec les sulfures électropositifs, de telle sorte et dans des proportions telles, que si le soufre
(i) On doit cependant observer, que quand on continue l’expérience, jusqu’à ce que la totalité du métal dissous soit précipitée, il s’établit, entre le métal précipité et celui qui opère la précipitation, une action électrique en vertu de laquelle ce dernier s’oxidc aux dépens de l’eau , sans que la liqueur renferme l’acide nécessaire à la dissolution de l’oxide formé
SllLFOStLS.
était échangé contre un pareil nombre d’atomes d’oxigène, on obtiendrait un des sels que les mêmes radicaux produisent à l’état oxidé.
De même que les oxides électropositifs se combinent quelquefois les uns avec les autres , de même aussi certains sulfures électropositifs se combinent ensemble. Ainsi le sulfure de fer s’unit au sulfure de cuivre. La nature nous offre un assez grand nombre de ces combinaisons dans le règne minéral, sous forme cristalline. La composition de la plupart de ces corps est telle qu’ils se transforment , par l’oxidation, en un sulfate double. Ils correspondent aux sels doubles de deux bases avec un acide. Très-rarement on trouve trois de ces sulfures réunis, de manière à ce que le tout puisse être considéré comme une véritable combinaison.
La nomenclature des sulfosels se modèle tout-à-fait sur celle des oxisels , de sorte qu’il serait inutile d’entier dans des détails à ce sujet.
On prépare les sulfosels de plusieurs manières.
I® On dissout un oxisel dansune très-petite quantité d’eau , et on fait arriver dans la dissolution un courant de gaz sulfide hydrique, jusqu’à ce que tout l’oxisel soit décomposé; ou bien on mêle cet oxisel avec du sulfbydrate ammonique, et Ton chasse par la distillation, l’ammoniaque mise en liberté, et le sulfbydrate en excès. Dans cette opération , l’oxisel est transformé en sulfosel, riiydrogène du sulfide hydrique produisant de l’eau avec l’oxigène du sel. Mais elle n’est applicable qu’aux sels des acides métalliques, et elle ne réussit pas avec les nitrates, les carbonates ou les phosphates.
2° On prend, par exemple, une dissolution aqueuse de sulfure de potassium, et on y ajoute un sulfure métallique électronégatif, qui se dissout dans la liqueur, jusqu’à ce que le sulfure de potassium soit saturé : on se sert ensuite de ce sel pour opérer de doubles décompositions avec des oxisels, c’est-à-dire pour convertir en sulfosel le radical d’une autre base combinée avec un oxacide.
3^ On mêle du sulfbydrate potassique dissous dans
SULFOSELS.
Feau, avec le sulfure électroiiégatlf en poudre; celui-ci se dissout, chasse le gaz sulfide hydrique avec effervcssence, absolument de même que quand le gaz acide carbonique est déplacé par un oxacide plus fort.
4^ On fait dissoudre le sulfure électronégatif dans de la potasse caustique; le métal du sulfure s’oxideaux dépens de l’alcali, et se convertit en acide, dont la combinaison avec une autre partie de la potasse donne naissance à un oxisel. Le potassium réduit s’uiîit au soufre, qui s’est séparé du métal électronégatif, et produit du sulfure de potassium , lequel entre en combinaison avec la portion non décomposée du sulfure électronégatif, et forme avec lui un sulfosel. Ainsi le sulfide arsénieux se dissout trèsfacilement dans la potasse caustique. Une partie du sulfide se décompose , son arsenic s’oxide aux dépens de la potasse, et produit de l’acide arsénieux, et le soufre, que l’arsenic abandonne, se combine avec le métal de la potasse, pour former du sulfure de potassium ; celuici sature une autre partie du sulfide arsénieux, d’oü résulte du sulfarsénite potassique. La dissolution que l’on obtient ainsi, renferme toujours un oxisel mêlé avec un sulfosel. Dans l’exemple que nous venons de citer, l’oxisel est de Farsénite potassique ; il est à remarquer que c’est toujours le métal électronégatif , et non le soufre^ qui, dans cette circonstance , sert de radical à l’acide de Foxisel (i).
5® Quand on mêle du sulfbydrate potassique dissous dans l’eau avec un acide métallique, ce dernier .se transforme, aux dépens du gaz sulfide hydrique, en un sulfure métallique, qui se combine avec le sulfure de potassium. Mais, comme le sulfide hydrique ne peut pas produire par Foxidation de son hydrogène, aux dépens de Facide métallique , une quantité de sulfure électronégatif, suffisante pour saturer le sulfure de potassium,^ une partie de ce dernier est décomposée ; son potassium passe à Fétat de potasse , aux dépens de Facide métal-
(i) Lrs snlfiires aiirique, platinïqiie et indique font exception à cette règle.
SULFOSFXS.
iique , tandis que le métal électronégatif échange son oxigène contre le soufre du potassium. La potasse ainsi formée se combine avec une partie de l’acide métallique, et donne naissance à un sel, de sorte qu’il est très -rare de la rencontrer à l’état de liberté dans la liqueur. Ainsi, dans ce cas, il se forme également un oxisel en même temps qu’un sulfosel. Si l’on fait l’expérience avec du sulfhydrate ammonique et avec de l’acide arsénieux ou de l’hydrate stannique , on s’aperçoit de la mise en liberté de l’alcali, car l’affinité de rammoniaque pour l’oxide stannique , ou pour l’acide arsénieux , est trop faible pour qu’il en résulte un sel : aussi la liqueur exbale-t-elle une forte odeur ammoniacale.
Dans les analyses, on se sert très-souvent des sulfbydrates alcalins pour séparer les oxides métalliques électronégatifs qui s’y dissolvent pour la plupart, des oxides électropositifs, lesquels se convertissent bien en sulfures, mais ne sont pas dissous par les sulfbydrates.
6” Enfin , on peut encore obtenir ces combinaisons 'par la voie sèche, en mêlant, par exemple, le sulfure électronégatif, en proportion convenable, avec du carbonate potassique, et chauffant le mélange dans un creuset couvert. L’acide carbonique est chassé, et l’alcali réagit sur le sulfure comme par la voie humide, c’est-àdire qu’il échange une partie de son oxigène contre du soufre , et produit un mélange fondu d’un oxisel de potasse et d’acide métallique avec un sulfosel résultant de la combinaison du sulfure de potassium avec le sulfure métallique. Dans la plupart des cas, on peut séparer ces deux sels l’un de l’autre par voie de dissolution et de cristallisation.
Les sulfosels préparés par le deuxième et le troisième procédé donnent, par le mélange de leurs dissolutions aqueuses avec un acide, du gaz sulfide hydrique, qui se dégage avec effervescence , et du sulfure métallique qui se précipite. Il est probable que, dans un grand nombre de cas , cette décomposition peut s’opérer de telle manière , que le sulfide hydrique et le sulfure métallique
in.
SllLFOSELS.
restent combines, au moins pendant quelque temps, et forment un acide double, semblable à celui qui résulte de la combinaison du sulfide carbonique avec le sulfide hydrique ; mais c’est un point qui n’a pas encore été suffisamment examiné.
Les sulfosels préparés par la quatrième , cinquième et sixième méthode , sont décomposés par les acides , de telle manière, que le sulfure électronégatif se précipite sans dégagement de gaz sulfide hydrique , absolument comme s’il avait été dissous dans l’alcali sans décomposition , et qu’il n’eût été précipité que par la saturation de l’alcali. Cela tient à ce que le sulfide hydrique, qui devrait se former par l’oxidation du sulfure de potassium aux dépens de l’eau, ou ne prend pas naissance, ou est décomposé au moment même de sa formation , parce que le potassium s’empare de l’oxigène de l’acide métallique et rend le soufre à son radical. Cependant il est souvent facile de constater la présence du sel à acide métallique , dans la liqueur , en mêlant la dissolution, par exemple, avec de l’hydrate cuivrique; le potassium du sulfosel s’oxide aux dépens de l’oxide cuivrique , et il se précipite un sulfosel ayant du sulfure cuivrique pour base : on trouve alors l’acide métallique en dissolution dans la liqueur alcaline, que l’on peut séparer par la filtration, du sulfosel cuivrique insoluble.
Ainsi que je l’ai déjà dit, on peut diviser les sels, soit d’après leur élément électronégatif, de manière, par exemple, à décrire ensemble tous les sulfates, soit d’après leur élément électropositif, en réunissant tous les sels qu’une base forme avec les divers acides. J’ai choisi de préférence cette dernière méthode , parce que, dans la plupart des cas, la base du sel offre plus d’intérêt que son acide , sous le rapport scientifique, pharmaceutique et technologique. Les sels ont certains caractères généraux qui dépendent de leurs principes constituants, de telle sorte que tous les sulfates , par exemple , ont des caractères qui dépendent, soit de l’acide sulfurique, soit de son radical, le soufre, et que, par exemple, tous les sels de potasse ont des caractères qui proviennent de la potasse.