TION
340. Graisses artificielles diverses. — I^'Lard COMPOUND. — On désigne sous ce nom un produit américain obtenu en mélangeant des huiles de coton comestibles et décolorées avec du premier jus (V. p. 179) matière grasse, extraite des suifs à basse température. Ce composé est vendu comme saindoux artificiel et utilisé à la place du saindoux, comme graisse à friture, par exemple.
2"" Graisse ménagère, saindoux de fabrique. — Ces produits, analogues au lard compound des Américains, sont fabriqués en France avec des huiles de sésame, d'arachide ou de coton, avec des premiers jus extraits des suifs de mouton.
3° Oléo. — On désigne sous ce nom, dans Tindustrie des corps gras, une matière extraite des suifs et qui est surtout composée d'oléine. Son unique emploi consiste dans la fabrication du beurre artificiel. Le plus souvent il est fabriqué par des usines spéciales qui l'exportent au loin pour être transformé en margarine. C'est ainsi que
les oléos d'Amérique sont traités principalement en Hollande.
L'oléo se prépare en fondant le suif en branche, surtout le suif de bœuf à basse température, 60'' environ. On , coule le liquide ainsi obtenu, composé d'oléine et de stéarine, dans de grands bacs maintenus à la température de 38"". Au bout de quarante-huit heures, il s'est déposé des cristaux de stéarine, qui emprisonnent l'acide oléique resté liquide, la masse a un aspect grenu tout particulier. Cette matière se nomme premier jus. On en retire l'oléo en la pressant à la presse hydraulique. Pour cela le premier jus, retiré de la chambre de cristallisation, est aussitôt placé dans des toiles, sur une épaisseur de 1 centimètre, empilées les unes sur les autres, mais séparées par des plaques de tôle qu'on sort d'un bainmarie chauffé à50\ Le montage se fait rapideihent; on fait agir lentement la presse hydraulique jusqu'à la pression de 150 kilogrammes. Pendant ce temps, il se sépare une partie liquide, Voléo, et il reste de la stéarine que l'on vend sous le nom de suif pressé. L'oléo sert à la fabrication des saindoux artidciels.
4** Margarine. — L'oléo-margarine est un produit fabriqué par Mège-Mouriès, vers 1839. Dans le procédé primitif, le suif était transformé en oléo-margarine en faisant digérer de la graisse de bœuf fraîche avec de l'eau contenant un peu de carbonate de sodium et l'estomac d'un mouton ou d'un porc, pour fournir un peu de pepsine. On maintenait la température à 45° pendant deux heures : la pepsine détruisait partiellement les parois des cellules contenant la graisse, celle-ci était mise en liberté et pressée pour séparer la partie facilement fusible de la stéarine.
Pour transformer la partie liquide en margarine, Mcge- Mouriès émulsionnait l'oléo avec du lait et de l'eau dans laquelle il avait fait macérer des mamelles de vache; il obtenait ainsi une sorte de crème que Ton barattait et que Ton traitait à peu près comme le beurre. On colorait la matière en jaune.
Cette industrie s'est beaucoup développée, surtout depuis 1886, époque à laquelle les bas prix du suif obligèrent les fondeurs de suif à se créer de nouveaux débouchés. En même temps, on a supprimé la pepsine et les mamelles de vache qui compliquaient inutilement la fabrication: on fond Toléo à 45"", on la baratte avec du lait et un peu d'huile (sésame, arachide ou coton) pendant deux heures environ. L'émulsîon d'abord formée s'est épaissie, par suite de l'abaissement progressif de la température. On fait tomber la crème ainsi obtenue dans de l'eau glacée ; elle se concrète en masses grumeleuses que l'on égoutte et qu'on laisse mûrir. 11 paraît se produire pendant ce repos une fermentation particulière ; quoi qu'il en soit, c'est à ce moment que le parfum spécial du beurre se développe dans la margarine. On malaxe ensuite comme on fait pour le beurre. Souvent on ajoute un peu de beurre au produit pour lui donner un parfum un peu plus prononcé.
341, Huiles. — On désigne, en général, sous le nom d'huiles, les matières grasses naturelles liquides à la température ordinaire ; on désigne aussi sous ce nom des matières pâteuses qui mériteraient plutôt le nom de beurre, comme l'huile de palme, l'huile de laurier, l'huile de coco, etc. On peut distinguer les huiles au point de vue de leur origine en huiles végétales et huiles animales.
Propy^iétés générales des huiles. — Les propriétés physiques des huiles les plus intéressantes à considérer sont la densité et le point de fusion ; ce sont des constantes que Ton détermine souvent dans les essais des huiles; la mesure de la conductibilité électrique donne aussi dans quelques cas des renseignements importants. Nous indiquerons ces constantes à propos de Texamen particulier des diverses huiles.
Les propriétés chimiques des diverses huiles sont très voisines. L'action de l'oxygène est une des plus intéressantes à étudier; elle a fait l'objet d'un grand nombre de recherches, parmi lesquelles il faut citer, d'une façon toute particulière , celles de Cloez ; en voici le résumé ( 1 ) :
1** Toutes les huiles grasses, sans exception, absorbent l'oxygène de l'air et augmentent en poids de quantités variables pour les diverses espèces d'huiles, placées dans les mêmes conditions, et variables également pour une même huile, soumise à l'oxydation dans des circonstances différentes ;
2* L'élévation de la température exerce une influence très grande sur la rapidité de l'oxydation ;
3^ L'intensité de la lumière a aussi une action manifeste sur la marche du phénomène ;
4** La lumière transmise par des verres colorés ralentit plus ou moins la résinification des huiles par l'oxygène de l'air ; en partant du verre incolore, pris comme terme de comparaison, la décroissance de l'oxydation a lieu dans l'ordre suivant : verre incolore, bleu, violet, rouge, vert, jaune ; 5"* Dans l'obscurité, l'oxydation se trouve ralentie con-
(1) Cloez, Comptes rendus de V Académie des Sciences, LXI, p. 236, 321 et 981.
sidérablement, elle ne commence d'abord qu'au bout d'un temps très lent et, une fois commencée, elle marche moins rapidement que sous l'influence de la lumière ;
6** La présence de diverses matières, le contact de certaines surfaces, accélèrent ou ralentissent plus ou moins l'oxydation ;
7** Dans la résinification des huiles, il y aà la fois perte de carbone et d'hydrogène par la matière et assimilation de gaz oxygène étranger ;
8° Les diverses huiles qui s'oxydent à l'air fournissent, en général, les mêmes produits, à savoir : des composés acides, gazeux et volatils, des acides gras solides et liquides non altérés, et une matière solide insoluble, qui paraît être un principe immédiat défini : les huiles oxydées à l'air ne contiennent plus de glycérine;
9"* Enfin, les huiles siccatives ne se distinguent pas chimiquement des huiles non siccatives; toutes renferment les mêmes principes immédiats, mais dans des proportions difl^érentes.
Vacide azotique concentré jaunit d'abord, puis transforme les huiles en divers acides, en acide oxalique, en particulier; il se forme en même temps de petites quantités d'acide cyanhydrique. Le même acide étendu produit la solidification de certaines huiles. Le peroxyde d'azote AzO- transforme en élaïdine certaines huiles contenant de l'acide oléique : l'élaïdine est un éther de la glycérine, dont l'acide est l'acide élaïdique, isomère de l'acide oléique.
L'ammoniac transforme un grand nombre d'huiles en amides.
L'acide sulfurique concentré attaque les huiles; elles noircissent, s'échaufl'ent et dégagent souvent de l'acide sulfureux.
L'acide sulfureux solidifie quelques huiles.
342. Extraction des huiles. — Les huiles végétales s'extraient le plus souvent des graines de diverses plantes; quelquefois ce sont les parties charnues du fruit qui contiennent les matières grasses, comme dans les olives.
Les procédés d'extraction varient un peu avec la nature de la matière première employée; toutefois, on opère souvent de la façon suivante : la matière première, concassée ou non, est pressée à froid lentement, au moyen de presses hydrauliques puissantes : on recueille dans un réservoir l'huile qui s'écoule ; lorsque l'huile cesse de couler, les tourteaux ou grignons qui restent contiennent encore de l'huile; pour en extraire la plus grande partie, on fait des lavages à l'eau ou l'on opère à chaud. Quand il s'agit des olives, on mouille les grignons avec de l'eau chaude et on les presse ; on répète cette opération trois fois. On recueille l'huile et l'eau qui s'écoulent dans de grands réservoirs où l'huile se sépare peu à peu et remonte à la surface. Quand il s'agit de graines, on retire les tourteaux des sacs en crins (étrindelles), dans lesquels ils étaient placés pour subir l'action de la presse, on les broie de nouveau, puis on expose sous une petite épaisseur la pâle obtenue sur des plaques de fonte chauffées à la vapeur. Lorsque la masse a atteint 60 à 80*, on la place rapidement dans des sacs de laine que l'on introduit dans des étrindelles et on soumet le tout de nouveau à l'action de la presse hydraulique. On recueille à part les huiles qui s'écoulent ; elles sont moins pures que les huiles de première pression. Souvent enfin, on recommence une troisième fois le broyage des tourteaux, le chaufiage et le pressage. Les tourteaux prove-
nant du dernier pressage sont utilisés suivant leur nature, pour la nourriture du bétail, ou comme engrais. Quelquefois aussi, on les traite par le sulfure de carbone, afin d'en extraire la petite quantité d'huile qu'ils retiennent encore, mais qu'une nouvelle pression serait impuissante à donner.
Les huiles pressées à froid sont de qualité supérieure à celles que l'on obtient à chaud; seules, elles sont employées dans l'alimentation. Les autres sont employées dans l'industrie des savons, pour le graissage, l'éclairage, etc. Pour un certain nombre d'usages, pour l'éclairage, en particulier, les huiles doivent être épurées ; sans cela, elles brûlent mal; elles déposent, dans les mèches des lampes, des matières qui s'y carbonisent et les rendent moins poreuses; elles sont, en outre, plus sujettes à rancir.
343. Epuration des huiles. — On a proposé un grand nombre de procédés pour l'épuration des huiles; l'un des plus employés consiste à traiter l'huile par l'acide sulfurique concentré en petites quantités. Pour cela, on met l'huile à épurer dans un bac en bois, doublé de plomb, et on y ajoute peu à peu 2 ou 3 0/0 d'acide sulfurique concentré, et on remue jusqu'à ce que toute la matière ait pris une teinte d'un brun verdâtre uniforme. L'acide sulfurique, qui est sans action sur l'huile, attaque les matières organiques, débris de cellules ou autres, qui sont en suspension dans l'huile, et les carbonise; aussi la teinte de l'huile devient de plus en plus foncée; après un repos de vingt-quatre heures, on ajoute un volume d'eau chaude égal aux 2/3 du volume d'huile, puis on brasse énergiquement les deux liquides, jusqu'à ce que l'apparence laiteuse de la masse montre que l'huile se
trouve bien émulsionnée. On fait alors écouler le mélange dans de grands réservoirs, placés dans un magasin où Ton entretient une température de 30° et, peu à peu, l'huile se rassemble à la surface ; on décante la couche supérieure après quelques jours de repos et on filtre rhuile. On emploie pour cela du charbon ou des couches de son et de sable, parfois même de la mousse. Pour éviter cette filtration, on bat quelquefois l'huile avec 10 0/0 de tourteaux d'huile pulvérisés et bien secs. Après vingt minutes de battage, on laisse reposer et, au bout de quelques jours, on soutire les 2/3 de l'huile qui se trouve limpide et que Ton remplace par la même quantité d'huile à filtrer; on recommence le battage, et ainsi de suite; au bout d'un certain temps, le tourteau ne clarifie plus rhuile ; on le retire ei on le soumet à la presse, pour extraire l'huile qu'il retient. 100 kilogrammes de tourteau peuvent servir h clarifier environ 40 tonnes d'huile. L'opération peut aussi se faire avec une solution concentrée de chlorure de zinc qui attaque les matières organiques par suite de sa grande affinité pour l'eau. On a aussi proposé l'emploi du chlore ou des mélanges de chlorate de potassium et d'acide azotique ; ces procédés, utilisés surtout en Angleterre et pour certaines espèces d'huile, doivent être appliqués avec ménagement; le chlore forme, en effet, avec les huiles des dérivés chlorés qui donnent lieu ensuite à un dégagement d'acide chlorhydrique quand on emploie ces huiles pour l'éclairage ; les dérivés nitreux, qui peuvent se former quand on emploie l'acide azotique, présentent pour l'éclairage un inconvénient du même genre; de plus, si l'on emploie ces huiles pour les transformer en savon, l'action des alcalis donne avec ces dérivés nitrés une coloration rouge.
344, Huiles végétales. — Huile d'olive. — Elle s'extrait du fruit de l'olivier; elle est transparente, d'une légère teinte verdâtre ou jaune ; elle a une saveur agréable rappelant le goût du fruit. Elle se trouble à quelques degrés au-dessus de 0"* et dépose à — 6** de la stéarine; sa densité à 15° est 0,91647. L'huile dite fine ou vierge s'obtient par le pressage à froid. L'huile ordinaire, encore comestible, s'obtient par le pressage des grignons humectés d'eau chaude ; les pressages^ suivants effectués à chaud et les huiles qu'abandonnent après un long repos les eaux de lavage des tourteaux sont employées pour l'éclairage ou pour la fabrication des savons. Les olives contiennent 39,45 0/0 de matières grasses.
Par suite de son prix élevé, l'huile d'olive est une des huiles les plus falsifiées ; nous verrons plus loin les essais qui permettent de déceler les principales falsifications.
Huile de colza. — Cette huile se retire des graines du hrassica campestris.
Cette huile est jaune; elle blanchit peu à peu au contact de l'air; elle est transparente, d'une odeur et d'une saveur désagréables. Elle se congèle à 6%25 en aiguilles, se réunissant sous forme d'étoiles. Sa densité est 0,912 à ib\ Elle contient, d'après Websky, deux acides gras, l'acide brassique et l'acide brassoléique ; ces deux acides sont identiques, d'après Staedeler, le premier à l'acide éru-
(1) Dans ce qui suit, les proportions de matières grasses contenues dans les matières premières et les densités des huiles obtenues sont données d'après les recherches de Cloez.
cique, acide solide que Ton retire de la graine de moutarde et le second à l'acide liquide que Ton retire de la même; graine/ L'extraction de l'huile se fait toujours à chaud. La graine de colza contient de 39,50 à 43,40 0/0 de matières grasses.
Les huiles de colza sont souvent falsifiées, principalement avec des huiles de poissons, d'œillette, de lin, etc., et avec de l'acide oléique.
Huile d'œillette. — Elle s'extrait des graines dix pa'paver sorn7iiferum.
L'huile d'œillette de bonne qualité est très pâle, presque blanche; elle est comestible. Elle se solidifie à — 18°; sa densité est 0,925 à io\
Elle est très siccative et souvent employée pour la peinture fine. Il existe une deuxième qualité d'huile d'œillette obtenue à chaud, elle est désignée sous le nom d'huile rousse ; elle n'est pas comestible. Les graines d'œillette contiennent de 39 à 44 0/0 de matière grasse.
Huile de lin. — On extrait l'huile des graines du linum usitaiissimum en les torréfiant légèrement pour détruire la matière mucilagineuse qui les recouvre, puis on les réduit en farine que l'on presse à chaud. L'huile de lin obtenue à température peu élevée est d'un jaune clair. Elle se solidifie à — 27°. Sa densité à 15^ est 0,935. Cette huile est très employée en peinture, parce qu'elle est éminemment siccative. On lui donne cette propriété au plus haut point quand on la fait bouillir avec diverses matières oxydantes telles que le minium ou le bioxyde de manganèse; elle porte alors le nom d'huile de lin cuite; on peut même la transformer en vernis, en lui ajoutant de 1 à 2 0/0 d'acétate de manganèse. La graine de lin
contient en moyenne 38 0/0 de matière grasse. Elle est souvent falsifiée avec de Thuile de poisson.
Huile de sésame. — Cette huile qu'on retire des graines du sesamum orientale estd'un jaune doré; elle est comestible quand elle est obtenue à froid. Elle se prend en masse à — 6\ Sa densité à 15* varie de 0,922 à 0,925 suivant la provenance. L'huile obtenue à chaud sert pour la fabrication des savons. Elle est souvent mélangée avec de rhuile d'arachide.
Les graines de sésame contiennent de 49 à 55 0/0 d'huile.
Huile d'arachide. — L'huile extraite des graines de VArachis hypogœa^ plante grimpante de l'Inde et de l'Afrique du Sud, que l'on cultive aussi dans le midi de la France, a une couleur pâle, une saveur agréable, quand elle a été obtenue à froid, et elle est comestible. Toutefois elle rancit assez vite. Elle se trouble à 3° au-dessus de 0° en déposant de la stéarine ; elle se solidifie à — 8°. Sa densité à 15° est0,920. Pressée à chaud, lagraine fournit, au contraire, une huile d'odeur forte, mais qui donne des savons très blancs; lorsqu'on saponifie cette huile et qu'on décompose ensuite le savon formé par l'acide sulfurique, on obtient un mélange de divers acides gras, principalement l'acide margarique, hypogaïque et un acide spécial appelé arachique.
Elle est très employée pour la fabrication des savons. Les arachides décortiquées contiennent de 44 à 500/0 de matières grasses.
Huile de noix. — Cette huile s'extrait des amandes du juglans regia (noyer royal). L'huile de première pression, obtenue à froid, est utilisée dans l'alimentation ; elle est incolore et presque sans odeur; les tourteaux sont
ensuite arrosés d'eau bouillante et pressés de nouveau; ils fournissent une huile appréciée pour les peintures fines. Elle s'épaissit à partir de — 15** et se prend en masse à
— 2T,6. Sa densité à 15* est 0,9288. Les amandes de ces noix contiennent 64,32 0/0 de matières grasses.
Huile de coton. — Elle s'extrait des graines d'un cotonnier (gossypium usitatissimum) . Elle est employée pour la fabrication des savons et même pour l'alimentation dans certains pays. Elle est d'un jaune foncé tirant sur le rouge. Sa densité est 0,930 à 15\
Huile de chènevis. — L'huile que l'on retire des graines du chanvre [cannabis sativa) peut servir pour l'alimentation quand elle a été obtenue à froid, mais le plus souvent on l'emploie pour la peinture à cause de ses propriétés siccatives ou pour la fabrication des savons mous; elle est jaune verdâtre, d'une odeur peu agréable et d'une saveur fade. Comme l'huile de noix, elle s'épaissit vers
— 15" et se prend en masse à — 27^,5. Sa densité est 0,925. On la falsifie souvent avec l'huile de lin. Les graines de chanvre contiennent environ 31,5 0/0 de matières grasses.
Huile de péplns de raisins. — Cette huile, qui s'extrait en pressant la farine de pépins de raisins mouillée d'eau à 50", est incolore, d'une saveur fade ; elle se solidifie à — 16'. Les pépins ne contiennent que 11,6 0/0 de matières grasses.
Huile de faine. — Cette huile s'extrait des fruits du hêtre ou fagus sylvatica. Elle est comestible. Pour l'obtenir on concasse les faînes, on sépare les amandes des coques, et on les réduit en pâte; celte pâte est ensuite pressée à froid et abandonnée à elle-même dans de
grands réservoirs ou dans des tonneaux; Thuile décantée peut être lavée à Teau pour enlever un principe acre qui disparaît, du reste, avec le temps. Cette huile est parfois vendue comme huile d'olive, très souvent on remploie pour falsifier cette dernière. Elle se congèle à — 17**,5. Sa densité est 0,922. Les fatnes décortiquées contiennent environ 40 0/0 de matière grasse.
Huile de moutarde. — Les graines de moutarde blanche ou noire {sinapis, alba ou nigra) fournissent une huile inodore, d'une couleur jaunâtre. Elle est utilisée comme combustible, sa densité est voisine de 0,925. Les graines de moutarde contiennent de 31 à 32 0/0 d^huile.
Huile de médicinier. — Les graines du médicinier ou pignon d'Inde [curcas purgans) fournissent une huile se solidifiant à — 8**. Sa densité est 0,924. Cette huile donne un très bon savon dur ; elle contient un acide particulier (à l'état d'éther glycérique), c'est l'acide isocétique. Ces graines contiennent jusqu'à 56 0/0 de matière grasse.
Huile de navette. — Elle se retire des graines de divers choux, en particulier des brassica râpa et napus\ elle se solidifie à — 3'', 75. Sa densité est 0,91 4. Ces graines contiennent environ 40 0/0 d'huile. Elle a une saveur agréable et on l'emploie souvent pour falsifier Thuile d'olive. Elle donne des savons d'une grande blancheur.
Huiles médicinales. — Parmi les huiles que l'on utilise pour les usages médicinaux, on peut citer les suivantes :
Huile d'amandes. — Les amandes que l'on emploie pour l'extraction de l'huile sont les amandes douces ou amères [amygdalus vulgaris). On enlève les coques et,
après avoir frotté les amandes en les secouant vivement daûs des sacs, on les crible, puis on les soumet à la pression. L'huile que Ton obtient ainsi, que les amandes soient douces ou amères, est inodore et a une saveur douce. Cette huile est employée en médecine et en parfumerie. Elle se trouble entre — 20^ et — 25^ Sa densité est 0,917. Elle est souvent falsifiée avec Thuile d'œillette ou l'huile de sésame. Les amandes douces contiennent environ 55 0/0 et les amandes amères 50 0/0 de matières grasses.
Huile de cameline ou de camomille. — Cette huile s'extrait des graines de la cameline cultivée [camelina sativa).^di. couleur est jaune d'or, elle se congèle à — 18**. Sa densité est 0,925. On l'emploie comme combustible, dans la fabrication des savons et pour quelques usages médicinaux. Les graines de cameline contiennent environ 32 0/0 de matières grasses.
Huile de croton. — Elle s'extrait des graines d'un arbrisseau {croton Tiglîum). Elle est employée comme rubéfiante à Textérieur et à l'intérieur, à très petites doses, une goutte ou deux, comme purgative. Elle est parfois falsifiée avec l'huile de médicinier et de ricin.
Huile de ricin. — Cette huile s'extrait des graines du ricin [ricinus communis). On obtient cette huile en délayant à froid 1 kilogramme de graines réduites en farine dans 250 grammes d'alcool à 36° et en soumettant à la presse la pâte obtenue; on évapore ensuite l'alcool et on obtient une huile incolore d'un goût et d'une odeur à peine sensible, mais qui se développe assez rapidement si on l'abandonne à l'air. C'est une huile siccative; elle devient rapidement visqueuse. Sa solubilité dans
ralcool,qui est beaucoup plus considérable que celle des autres huiles, est souvent utilisée pour la reconnaître. Sa densité est 0,963. Les graines de ricin décortiquées fournissent de 68 à 70 0/0 d'huile. Elle est employée en médecine comme purgatif. On la mêle quelquefois avec du coUodion, et Ton obtient ainsi un liquide qui s'évapore rapidement et laisse une membrane assez épaisse et assez adhérente sur les objets que l'on a plongés dans le coUodion riciné. On peut faire ainsi de petits pansements.
Certaines substances, que Ton désigne le plus souvent sous le nom d'huiles, ont cependant un point de fusion assez élevé qui les rapproche plutôt des beurres, par exemple les huiles de palme, de coco et de laurier.
Huile de palme. — On l'extrait du fruit d'un palmier [elœis guineensis). Les fruits, cueillis à la maturité, sont ensuite abandonnés en tas, pendant un mois ; une fermentation se produit qui détruit une partie des matières organiques. On jette les fruits dans une grande chaudière dont on maintient l'eau à l'ébuUition pendant longtemps, puis on pile les fruits, on retire les amandes et on fait de nouveau bouillir la coque. L'huile de palme se dégage et vient surnager le liquide ; elle a une saveur douce et parfumée rappelant l'iris. Son point de fusion est compris entre 30 et 35"*. Sa densité est 0,965. Elle se conserve mal ; elle devient acide spontanément et contient alors de la glycérine libre. L'huile de palme est employée en grande quantité pour la fabrication des savons et des bougies.
Huile ou beurre de coco. — On l'obtient avec les amandes des noix de coco. Ces amandes sont écrasées et mises à bouillir longtemps avec de Teau. L'huile de coco vient à la surface ; on la décante et on obtient par refroi-
dissement une masse solide, onctueuse, incolore, fondant vers 20*^. Cette huile rancit assez facilement. Elle contient divers acides, principalement de Tacide laurique, de l'acide palmitique et de Tacide myristique, d'après Oudemans. Sa densité est 0,9217. L'amande fraîche de la noix de coco renferme 42 0/0 de matière grasse. Cette huile est très employée dans la fabrication des savons et des bougies. Les savons à l'huile de coco peuvent retenir une quantité considérable d'eau, jusqu'à 75 0/0 sans cesser d'être durs.
Huile de laurier. — Les baies du laurier [laurus nobilis) donnent un beurre verdâtre d'une odeur désagréable. Pour extraire Thuile on pile les baies et, avec un peu d'eau on en fait une pâte que l'on fait bouillir avec de l'eau pendant assez longtemps. Une huile vient flotter à la surface qui se fige pendant le refroidissement. En traitant cette matière par l'alcool, on lui enlève la matière colorante verte, ainsi que la substance odorante, et il reste un beurre solide, blanc et inodore. On l'emploie en médecine vétérinaire. On la falsifie souvent avec de l'axonge; parfois on l'imite entièrement en donnant à de l'axonge une coloration verte au moyen de curcuma et d'indigo. En faisant macérer la graisse ainsi obtenue avec des baies et des feuilles de laurier, on lui comiAunique un peu l'odeur de l'huile de laurier. Parfois on emploie un sel de cuivre pour colorer l'axonge. Ces diverses colorations se reconnaîtront facilement en faisant-fondre ce beurre dans l'eau; l'indigo et le curcuma se déposeront; le sel de cuivre se dissoudra.
345. Huiles animales. — Huile de baleine, de CACHALOT, DE DAUPHIN, ETC. — Les balciues, les mar-
souins, les phoques, etc., présentent, immédiatement sous la peau, des plaques épaisses de lard, dont on extrait des huiles de qualité inférieure. Ces huiles s'obtiennent en faisant fondre le lard. En outre, les baleines possèdent, dans la partie antéro-supérieure de la tête, des amas de matières grasses solides et liquides. L'huile qui se trouve dans ces cavités crâniennes se fige quand' on Tabandonne àTair, et on peut en extraire une matière solide connue sous le nom de blanc de baleine (V. Alcool cétylique^ t. I, p. 278), et une matière liquide qui constitue l'huile de baleine proprement dite. Cette huile est brune et louche; quand elle est filtrée, elle est jaune rougeâtre; elle a une odeur désagréable de poisson. Sa densité à 20** est 0,927. Elle se fige à 0\ L'huile de cachalot est d'une couleur jaune orangé claire. Elle dépose des cristaux à — 8^ Sa densité à 15** est 0,884. L'huile de marsouin est jaune citron, d'une odeur forte et désagréable. Sa densité à 20** est 0,918. Toutes ces huiles sont utilisées pour la fabrication des savons mous et pour la préparation des cuirs. Souvent aussi elles servent à frauder les autres huiles.
Huiles de poissons. — Les huiles sont extraites tantôt du corps entier des poissons, tantôt seulement de certaines parties, telles que les intestins ou le foie. Pour extraire l'huile des poissons entiers, on les entasse dans des tonneaux ouverts, on verse dessus de l'eau bouillante, et Ton pile la matière pour en former une pâte que l'on abandonne ensuite à la putréfaction spontanée. Elle se produit bientôt, et il se dégage des produits d'une odeur infecte; l'huile surnage bientôt la matière; on la décante au fur et à mesure de sa formation. Cette huile est employée pour la fabrication des savons et pour l'éclai-
rage. Ce procédé primitif, encore appliqué, était autrefois utilisé même pour extraire Thuile de foie de morue destinée aux usages médicaux.
On retire aussi des intestins de divers poissons, des esturgeons en particulier, une huile plus pure que Ton emploie pour Talinaentation.
Huile de foie de morue. — L'huile de foie de morue s'obtient en traitant par la vapeur d'eau les foies frais des morues, privés de leur vésicule biliaire. Pour obtenir une huile de qualité supérieure, il est bon d'opérer en présence de l'acide carbonique pour éviter l'action oxydante de l'air pendant le traitement par la vapeur; on doit aussi employer des foies frais et blancs. Les foies gris donnent en effet une huile légèrement colorée. Sous Faction de la vapeur d'eau les foies laissent suinter une huile incolore, ayant un goût de poisson frais. Quand ils ont abandonné toute l'huile qu'ils peuvent donner dans ces conditions, les foies sont mis dans des chaudières en fonte chauffées à feu nu, mais doucement; on remue continuellement, et il se dégage une huile blonde qui est utilisée dans le pays pour l'éclairage ; on élève ensuite davantage la température ; on obtient une huile de plus en plus brune, que l'on utilise pour la fabrication du savon ou pour l'industrie du cuir.
Huile de pieds. — Les pieds des bœufs, vaches, chevaux, moutons, peuvent fournir une huile limpide, qui ne se solidiQe pas par le froid, qui ne rancit pas et que l'on utilise à cause de ces deux propriétés pour le graissage des mécanismes délicats, pendules, etc. On prépare ces huiles en faisant bouillir les pieds, bien débarrassés des nerfs et des muscles. Ces huiles sont jaunes ou rougeâtres, mais elles peuvent être décolorées par le chlore.
Elles ont peu d'odeur, une saveur plutôt agréable. Leur densité à 15° est 0,916.
Huile de suif. — On désigne souvent dans Tindustrie sous le nom impropre d'huile de suif non pas de l'oléine, mais l'acide oléique que l'on extrait du suif quand, après avoir saponifié ce corps et décomposé par un acide les sels obtenus, on soumet à l'action de la presse le mélange d'acide stéarique et d'acide oléique qui provient de cette décomposition (1).
346« Essais des huiles. — Les mélanges d'huiles sont très difficiles à reconnaître avec exactitude. Une huile pure étant donnée, il est facile, avec un peu d'habitude, de la reconnaître ; mais il n'en est plus de même du mélange de deux et à plus forte raison de plusieurs huiles. La composition chimique des diverses huiles est très sensiblement la même, de sorte que, pour déterminer la nature d'une huile pure, on doit s'adresser à quelques réactions très spéciales ou à des mesures de constantes physiques, qui doivent être faites avec une grande précision, les diverses huiles ayant des constantes très voisines. Ces réactions spéciales ne peuvent guère permettre de déceler une impureté dans une huile que lorsqu'elle atteint 5 0/0 ; souvent elles ne sont caractéristiques qu'avec une teneur deux fois plus considérable. S'il y a plus de deux huiles, la recherche est très compliquée. Comme, d'autre part, les huiles, malgré leurs propriétés chimiques et physiques voisines, ont des prix très différents, suivant leur origine, elles sont souvent
(i) On dt'signe aussi sous le nom dMiuile animale do Dippel un liquide tr^s comploxe obtenu dans la distillation sèche de la corne et des os. Ce liquide huileux n'a nullement la constitution des huiles. Il contient des aminés et des alcaloïdes et doit être étudié avec ces corps.
§ 4. — APPLICATIONS i97
falsifiées, et cela d'autant plus que la recherche de la fraude est difficile.
On ne peut indiquer de marche générale pour les essais d'huile. Nous donnerons ici une série de réactions et de mesures que Ton appliquera suivant les cas, c'est-à-dire suivant les impuretés que l'on soupçonnera dans les huiles analysées. Dans des recherches de ce genre, il est indispensable d'avoir des échantillons d'huile pure, obtenus, autant que possible, dans le laboratoire même, avec les matières premières. Quand on est arrivé à croire que l'huile à analyser est un mélange de certaines huiles en certaines proportions, il est indispensable de faire un pareil mélange avec les huiles pures dont on dispose, et de vérifier si les réactions que l'on obtient avec ce mélange sont bien celles que l'on avait obtenues avec l'huile analysée.
l*" Essais physiques. — Les essais physiques des huiles consistent principalement dans la mesure de leur densité, la détermination de leur point de fusion et de celui des acides gras qu'elles contiennent, enfin la mesure de la rotation du plan de polarisation de la lumière. Plus rarement on a utilisé leur indice de réfraction et leur conductibilité. On peut aussi ranger parmi les essais physiques la détermination de l'élévation de température qu'éprouvent les huiles quand on les mélange avec de l'acide sulfurique.
Deiisité, — La densité des huiles se détermine à Taîde de densimètres très sensibles, c'est-à-dire à gros réservoirs et à tiges fines, ou par tout autre procédé utilisé pour la mesure des densités. Certains aéromètres, destinés à l'examen des mélanges de deux huiles, olive et œillette, par exemple, sont gradués d'une façon empirique
toute spéciale : le point 0 correspond à Taffleurement dans riiuile la plus lourde (celle d'oeillette, par exemple), et le point 100 à Taffleurement dans l'huile la plus légère (celle d'olive, {ians l'exemple considéré). L'espace compris entre 0 et 100 est divisé en 100 parties égales; la division lue à l'affleurement de l'aréomètre plongé dans un mélange d'huiles d'œillette et d'olive indique immédiatement la proportion centésimale d'huile d'olive dans le mélange. L'observation doit se faire à la température à laquelle l'appareil a été gradué. Les indications de cet instrument ne sont pas très exactes, les densités des huiles étant toutes très voisines, et chacune d'elles étant, d'ailleurs, légèrement variables avec le procédé d'extraction, à chaud ou à froid. De plus, de pareils instruments ne s'appliquent qu'à l'examen d'un mélange de deux huiles bien déterminées. La présence d'une petite quantité d'une autre huile pouvant fausser complètement le résultat. C'est ainsi qu'un mélange de 15 0/0 d'œillette, 35 0/0 de colza et 50 0/0 d'huile d'olive, marquera 100 à un pareil instrument, comme l'huile d'olive pure. Point de congélation des huiles, — On place l'huile à examiner dans un tube à glucose que l'on plonge dans de l'eau glacée ou dans un mélange réfrigérant. Un thermomètre sensible, donnant les dixièmes de degré, plonge dans le tube à essai. Lorsque l'huile a commencé à se figer sur les parois du tube, on agite le tube contenant l'huile; le thermomètre baisse un peu, puis remonte, reste stationnaire une ou deux minutes; c'est cette température que l'on note.
Point de congélation des acides gras. — Pour retirer les acides gras qui entrent dans la constitution des huiles, on prend 50 grammes d'huile que l'on chauffe à 125'' et que l'on saponifie par 65 centimètres cubes d'une solu-
lion alcoolique de soude (100 centimètres cubes d'alcool à40**; 160 centimètres cubes de soude caustique à Sô^'B.). On agite jusqu'à ce que le savon se solidifie. On traite ensuite le savon par un litre d'eau, et l'on fait bouillir pendant trois à quatre heures. On le décompose alors par l'acide sulfurique étendu; on enlève l'eau avec une pipette et on verse les acides gras fondus dans une soucoupe. Le point de congélation des acides gras ainsi obtenus est alors déterminé comme précédemment; cette détermination se fait avec plus d'exactitude que quand on opère avec les corps gras eux-mêmes.
Rotation du plan de polarisation de la lumière. — La mesure de cette rotation se fait en utilisant le tube de 20 centimètres des saccharimètres. La température doit être de 15**. De faibles variations de température ont une influence très notable. Nous avons indiqué dans le tableau, page 213, les rotations relatives à quelques huiles. A l'exception des huiles de ricin et de croton, ces rotations sont faibles.
Indice de réfraction des huiles. — Cet indice pourrait se déterminer par les méthodes générales, mais on préfère, pour l'essai des huiles, les examiner à l'oléoréfractomètre. L'oléo-réfractomètre de MM. Amagat et Jean consiste en une petite cuve à faces parallèles, contenant une huile type. Dans cette huile plonge un prisme creux, dans lequel on peut introduire l'huile que l'on examine. Si dans ce prisme on place l'huile type, tout le système se comporte comme une lame à faces parallèles ; un rayon entrant normalement par la première face n'est pas dévié. L'appareil comprend, en outre, comme dans les spectroscopes, un collimateur et un viseur, mais au lieu de viser une fente on vise le bord d'un volet mobile, qui sépare en deux parties, l'une sombre, l'autre
claire, Tétendue du champ. L'image de ce bord vient se faire sur une échelle graduée, servant de micromètre. L'huile type se trouvant à la fois dans la cuve et le prisme, on déplace légèrement le petit volet mobile, de façon à ce que la séparation de la partie sombre et de la partie claire se trouve sur le zéro du micromètre; on remplace alors Thuile type qui se trouve dans le prisme par l'huile à essayer. La séparation des deux champs (sombre et lumineux), n'est plus au 0; elle se trouve déviée. Cet appareil donne pour diverses huiles les déviations suivantes :
Huiles Déviations
Arachide + 4
Coton + 20
Fatne + 18
Noix + 36
OEillelte + 29
Olive d'Aix + 0
Sésame + 17,5
Conductibilité électrique des huiles. — On comparait autrefois la résistance électrique des huiles, à l'aide d'un appareil appelé diagomètre; on néglige cet essai actuellement.
Echauffement au contact de Vacide sulfurique. — . Lorsqu'on met en contact de l'huile et de l'acide sulfurique et que l'ou agite, on obtient une élévation de température qui varie notablement avec la nature de l'huile employée; mais, pour que ces essais puissent être utilisés, il est indispensable d'opérer toujours exactement dans les mêmes conditions, d'abord sur des huiles pures de provenance connue, pour fixer les nombres correspondants à l'appareil et au mode d'opération employés.
En employant 50 grammes d'huile et 20 grammes d'acide sulfurique, M. Maumené a obtenu les échauffements suivants :
Huiles Échauffements
Huile d'olive 42
» de ricin 47
» d'amandes douces 53,5
» de navette 57
» de colza 58
» de faîne 65
» de sésame 68
» d'œillette 74,5
» de chènevis 98
» de noix 101
» de foie de raie 102
» de foie de morue 103
» de lin 133
Il est commode d'employer, pour faire cette opération, le thermolœomètre de M. Jean.
Essais chimiques. — Les essais chimiques se rapportent soit aux huiles, soit aux acides gras que l'on en extrait. Voici les principaux :
1** Acidité ou chiffre de Burstynn. — Les huiles sont souvent légèrement acides; on exprime leur acidité soit en supposant qu'elle est due à de l'acide oléique libre, soit par le nombre de centimètres cubes de solution normale de potasse (56 grammes de KOH par litre) nécessaires pour saturer 100 grammes d'huile; ce dernier nombre s'appelle chiffy^e de B'àrstynn. Chaque unité de ce nombre correspond à 0^^,282 d'acide oléique par 100 grammes d'huile.
Cette détermination se fait en pesant 10 grammes d'huile, ajoutant 40 centimètres cubes d'alcool à 90 0/0, et titrant à l'aide d'une solution normale de potasse avec la phtaléine comme réactif indicateur.
L'huile d'olive destinée à l'alimentation ne doit pas avoir plus de 7 comme chiffre de Biirstynn (au plus 7 centimètres cubes de potasse normale pour 100 grammes d'huile).
2® Nombre de saponification ou chiffre de Kœttstorfer. — Cet essai consiste à saponifier l'huile et à déterminer le nombre de milligrammes de potasse (KOH) nécessaires pour la saturation des acides gras qui proviennent de la saponification de 1 gramme d'huile, ainsi que des acides gras libres. Ce nombre de milligrammes est appelé chiffre de Kœttstorfer. Quelquefois on retranche de ce nombre le nombre de milligrammes de potasse employés pour saturer les acides libres d'un gramme d'huile. Ce qui reste représente alors l'acidité des acides combinés à la glycérine à l'état d'éthers. Aussi désigne-t-on ce nouveau nombre sous le nom de chiffre d'éther.
Pour faire cette opération, dans un ballon de 200 centimètres cubes environ, on pèse 5 grammes d'huile à laquelle on ajoute 50 centimètres cubes d'une solution alcoolique de potasse. Dans un ballon témoin on verse 50 centimètres cubes de la même solution alcaline. Cette solution est obtenue en ajoutant à 1 litre d'alcool à 90% 90 centimètres cubes de lessive de soude à 36"* B. Les deux ballons sont placés ensemble au bain-marie et chauffés jusqu'à ce que le ballon où est l'huile soit devenue absolument limpide depuis au moins un quart d'heure; on retire alors les ballons du bain-marie, on ajoute quelques gouttes de phtaléine, la liqueur se colore en rouge et, avec de l'acide chlorhydrique demi-normal
(I8*',25 par litre), on sature la potasse des deux ballons; au moment où la saturation est obtenue, la liqueur se décolore. Dans le ballon où était l'huile, une partie delà potasse s'est transformée en sels de potasse avec les acides provenant delà saponification ; il faut donc mettre une quantité d'acide chlorhydrique moindre dans ce ballon que dans l'autre. La différence n des centimètres
cubes versés dans les deux ballons représente 5 mole-
cules d'acide chlorhydrique (en milligrammes), ou ^ représente aussi le nombre de molécules de potasse KOH (en milligrammes) combinés aux acides gras ; ^ corres-
pond donc à ^ X 56 ou 28n milligrammes de potasse
(56 étant le poids moléculaire de la potasse KOH). En divisant le nombre obtenu par 5, si l'on a employé 5 grammes d'huile, on rapporte le résultat obtenu à 1 gramme d'huile. Ce quotient est le chiffre de Kœttstorfer.
Le chiffre d'éther se calcule au moyen du chiffre de Kœttstorfer K et du chiffre de Burstynn B. En effet, 0,26B représente le nombre de milligrammes de potasse qu'exige l'acide libre de 1 gramme d'huile ; il suffit donc de retrancher 0,26B de K, pour avoir le chiffre d'éther E. On a donc:
La plupart des huiles ont un chilîre de Kœttstorfer compris entre 190 et 200.
3" Acides volatils ou chiffre de Reichert MeissL — Parmi les acides gras transformés en sels pendant la
sapoaification, quelques-uns sont volatils. Voici comment on détermine leur acidité. On saponifie 5 grammes d'huile par 50 centimètres cubes de potasse alcoolique, comme précédemment, mais on évapore à siccité au bain-marie. On place ensuite le savon obtenu dans un appareil distillatoire, on lave la capsule avec 100 centimètres cubes d'eau bouillante que l'on verse sur le savon, enfin on ajoute 40 centimètres cubes d'une solution d'acide phosphorique à 10 0/0. On distille ensuite, après avoir mis un peu de ponce pour faciliter l'ébuUition et on recueille 110 centimètres cubes de liquide; on s'arrête à ce moment; la distillation a dû être conduite lentement de façon à durer environ quarante minutes. On filtre et on ne recueille que 100 centimètres cubes du liquide. On ajoute quelques gouttes de phtaléine et on titre avec de la potasse normale décime (5^',6 de KOH par litre).
Le nombre de centimètres cubes nécessaires pour la neutralisation, augmenté de 1/10, parce que l'on n'a pris que 100 centimètres cubes au lieu de 110, est ce que Ton appelle le chiffre de Reichert-Meissl ; il doit être corrigé en faisant un essai à blanc exactement dans les mêmes conditions, mais sans mettre d'huile, comme pour le nombre de saponification. Le chiffre de Reichert-Meissl est toujours très faible.
4° Acides insolubles^ ou chiffre de Ilehner. — Voici le procédé employé par Dalican. On traite dans une capsule 10 grammes d'huile par un mélange fait à l'avance de 80 centimètres cubes d'alcool à 80 0/0 et de 6 grammes de soude caustique dissoute dans 8 centimètres cubes d'eau; on agite, on chauffe au bain-marie, et lorsque la saponification est complète, après une demi-heure environ, on évapore à sec. On reprend ensuite par 100 cenli-
v5 i. — APPLICATIONS 205
mètres cubes d'eau bouillante pour dissoudre le savon, on lave la capsule et on décompose la solution de savon en ajoutant par petites portions 100 centimètres cubes d'acide chlorhydrique étendu (20 0/0 d'acide). On chauffe au bain-marie jusqu'à ce que les acides gras fondus nagent à la surface; on laisse refroidir; on lave les acides sur un filtre jusqu'à ce que les eaux de lavage ne soient plus acides, on égoutte, puis on dissout les acides gras dans de l'éther; on filtre la solution éthérée en la recevant dans une capsule tarée. Après évaporation de l'éther et dessiccation à 110°, on pèse de nouveau la capsule tarée. Son nouveau poids représente le poids des acides gras insolubles dans l'eau, contenus dans 10 grammes d'huile. En multipliant le nombre obtenu par 10, on a le chiffre de Hehner,
5** Indice d'iode ou chiffre de HûbL — Les acides gras non saturés que contiennent les huiles peuvent se combiner à l'iode. On désigne sous le nom d'indice d'iode ou chiffre de Hïibl, la quantité d'iode fixée par 100 grammes d'huile. Pour faire cette détermination, on pèse, dans un flacon bouché à l'émeri de 200 centimètres cubes, environ 0^%5 d'huile, et l'on ajoute 10 centimètres cubes de chloroforme. On introduit dans ce vase et dans un flacon témoin, contenant aussi 10 centimètres cubes de chloroforme, 20 centimètres cubes d'une solution alcoolique d'iode (50 grammes d'iode pour un litre d'alcool à Qo") et 20 centimètres cubes d'une solution alcoolique de bichlorure de mercure (60 grammes de bichlorure pour 1 litre d'alcool à 95°). On bouche et on laisse réagir à la température ordinaire. Il doit rester un excès d'iode suffisant, un tiers au moins delà quantité mise. S'il en restait moins, on recommencerait en ne prenant que 0^',25 d'huile. Après trois heures environ, on ajoute 20 centi-
mètres cubes d'une solution d*îodure de potassium (100 grammes par litre), et on titre Tiode existant dans chaque vase, à Taide d'une solution titrée d'hyposulBte de sodium (solution décime contenant 24^,80 d'hyposulfile par litre). Cette solution est telle qu'à 1 centimètre cube correspond 0,0126 d'iode. La différence n du nombre de centimètres cubes d'hyposulfite qu'il faut verser dans les deux flacons pour décolorer l'iode représente un poids d'iode fixé égal à n X 0,0126. En multipliant ce nombre, qui est relatif à O'^^S d'huile, par 200, on a le nombre relatif à 100 grammes d'huile, c'est-à-dire l'indice d'iode. Voir au tableau, page 213, les indices d'iode des diverses huiles.
6"" Indice de by^ome. — On désigne sous le nom d'indice de brome le poids de ce corps capable d'être fixé par 1 gramme d'huile. D'après M. Levallois, on opère de la façon suivante : on saponifie 5 grammes d'huile par une solution alcoolique dépotasse, puis on ajoute de l'alcool de façon à compléter 50 centimètres cubes. On prend 5 centimètres cubes de cette solution, qui correspond, par conséquent, à 0^^5 d'huile, et on décompose le savon qu'elle contient par de l'acide chlorhydrique de façon à mettre en liberté les acides gras. On ajoute alors peu à peu, à l'aide d'une burette graduée, de l'eau bromée, d'un titre connu, jusqu'à ce que la liqueur conserve une teinte jaune permanente. On retranche 0^,1 de la quantité trouvée pour tenir compte de la petite quantité de brome qui donne la teinte jaune que l'on aperçoit, soitw le nombre de centimètres cubes ainsi corrigé ; on multiplie le résultat obtenu par 2 pour rapporter l'analyse à 1 gramme d'huile. Connaissant la teneur en brome de l'eau bromée, p grammes par centimètre cube, on a le poids de brome fixé par 1 gramme d'huile en multipliant
2n par^; voir au tableau, page 213, les indices de brome de quelques huiles ; ces indices ne varient pas toujours, comme les indices d'iode, aussi sont-ils parfois intéressants à déterminer.
7** Colorattoîi sulfurique. — Les essais chimiques précédents ainsi que les essais physiques se traduisent par divers nombres qui précisent Faction des divers réactifs ou les diverses propriétés physiques considérées. Les essais que nous allons rapporter maintenant ne sont plus susceptiblesd'être traduits par des nombres; mais, malgré ce défaut, ils rendent d'assez grands services dans quelques cas particuliers; ils consistent dans l'observation de phénomènes de coloration qui se produisent quand on met les huiles en contact avec divers réactifs.
La coloration dite sulfurique s'obtient en versant une goutte d'acide sulfurique à 66° B. dans 1 centimètre cube d'huile placée dans un verre de montre. On observe la couleur des stries qui se forment tout d'abord :
Go de
LORATIOXS :
jaune brun
jaune plus ou
moins
verdàtre
vert émerau
vermillonné violet pur
bleuâtre
noix
olives
chènevis
colza foie de morue
moutarde
coton
œillettes
amandes
arachides
noisette
ricin
navette
sésame
lin
faîne
poisson
8"* Réaction Behrens. — La réaction Behrens s'obtient en mélangeant parties égales d'acide sulfurique à 66*" B., et d'acide azotique à 40** B. Une fois le mélange refroidi, on verse dans un tube à essais volumes égaux d'huile et de réactif, et l'on observe aussitôt la coloration, car, plus
rapidement encore que dans Fessai précédent, la coloration devient brune. Cette réaction sert surtout à reconnaître la présence de Thuile de sésame dans les autres huiles.
Pour les diverses colorations, voir le tableau, page 213.
9° Acide azotique et inercure. — On pèse 10 grammes d'huile dans un verre à pied et on y verse, à l'aide d'une pipette, 5 grammes d'acide azotique à 40° B.; on mélange avec un agitateur, et on refroidit en plongeant partiellement le verre dans de Teau courante : les huiles d'amandes et de noisettes restent incolores, la plupart des huiles deviennent brunes, l'huile d'olive prend une couleur vert pomme caractéristique. Après avoir noté la couleur, on ajoute 1 gramme de mercure, on laisse dissoudre, puis on agite, pendant une minute, le verre restant refroidi par le courant d'eau; au bout de vingt minutes on agite pendant une demi-minute et, après un nouvel espace de vingt minutes, on essaie la consistance de la masse, puis de cinq en cinq minutes, ou même, plus tard, de quart d'heure en quart d'heure. Avec l'huile d'olive, la solidification exige de quarante-cinq à soixante minutes; le culot est verdâtre, il se détache d'une seule pièce. Les autres huiles se distinguent parce qu'elles exigent un temps plus considérable pour se solidifier ; la couleur est aussi diff^érente, elle est orangée avec les huiles d'arachide et de coton ; Thuile de noisette donne un culot incolore; les autres donnent une masse jaune, plus ou moins orangée; enfin, les huiles de chènevis, d'oeillette, de pavot et de ricin ne se solidifient pas.
10° Réactions diverses. — L'huile de sésame donne une coloration rouge cerise quand, après avoir été additionnée de la moitié de son volume d'acide chlorhydrique pur et d'une pincée de sucre, on la chauffe légèrement.
Cette réaction est encore plus nette avec les acides gras extraits de l'huile de sésame.
L'huile de coton, et surtout les acides gras que Ton en extrait, réduisent à chaud les solutions alcooliques d'azotate d'argent. On emploie pour cela une solution à 1 0/0, faite avec de l'alcobl absolu, et l'on en verse 5 centimètres cubes dans un mélange de 5 centimètres cubes d'huile et de 25 centimètres cubes d'alcool à 98 0/0.
L'huile d'arachide, convenablement traitée par la potasse, donne des cristaux d'arachidate de potassium ; pour les obtenir on prépare une dissolution alcoolique de potasse en faisant dissoudre 11 grammes de potasse caustique dans un mélange de 13 centimètres cubes d'eau et de 100 centimètres cubes d'alcool à 95"*. On traite un certain volume d'huile, 15 à 20 centimètres cubes, par un volume double de la solution précédente, et Ton chauffe au bain-marie jusqu'à saponification complète. On laisse alors refroidir en plongeant le vase dans de l'eau à 12 ou 15'' : il se dépose des cristaux d'arachidate de potassium. En décomposant ces cristaux pour mettre l'acide arachidique en liberté et en le faisant cristalliser dans l'alcool on doit obtenir un produit fusible à72^
Les huiles de poisson se colorent en noir par l'action du chlore.
Les huiles de crucifères et certains échantillons d'huile de sésame donnent du sulfure de potassium quand on les saponifie; il est facile de reconnaître la présence de ce sulfure par l'action de l'azotate d'argent, qui donne un précipité noir de sulfure d'argent.
11** Essais particuliey^s. — En dehors des essais précédents, destinés à contrôler la pureté des huiles, il en est d'autres qui consistent à chercher si les huiles, pures
CHUaS OROAHIQUB. — TOUE II. 14
OU non, sont propres aux usages auxquels on les destine. On emploie surtout les huiles, en dehors de l'alimentation, pour la peinture, le graissage des machines, la confection des savons. Il est bon de pouvoir déterminer, en vue de ces applications spéciales, si Thuile est plus ou moins siccative, plus ou moins consistante, d'une saponiflcation plus ou moins facile.
Pour déterminer la valeur d'une huile siccative on l'abandonne au contact de plomb et de l'air pendant plusieurs jours et Ton détermine son augmentation de poids. Pour cela on prépare du plomb en précipitant un de ses sels par une lame de zinc; on le lave à l'alcool et à l'éther et on le sèche dans le vide. On prend 1 gramme de ce plomb très divisé, on Tétale dans un verre de montre, on tare et, à l'aide d'un tube effilé, on laisse tomber une dizaine de gouttes d'huile sur ce plomb en les espaçant; on pèse, l'augmentation de poids donne le poids d'huile ajoutée. Le verre de montre étant abandonné à l'air dans un endroit éclairé, on le pèse tous les jours. L'huile est d'autant plus siccative que l'absorption d'oxygène est plus grande et plus rapide.