INDUSTRIE DES SAVONS
352. Généralités. — Les savons sont des sels dont l'acide est un de ceux que l'on désigne sous le nom d'acide gras et dont la base est un alcali, potasse ou soude. Par extension, on appelle savons tous les sels formés par ces acides avec les autres bases; la plupart sont insolubles et n'ont pas d'applications ; les savons solubles sont ceux dont la base est un alcali, potasse, soude ou ammoniaque. Les savons de potasse et de soude sont les seuls que l'on emploie en grandes quantités.
Le savon est connu depuis très longtemps : les Gaulois s'en servaient pour lisser leurs cheveux. Les premières savonneries véritables furent établies en Italie et en Espagne (viii* siècle). En France, cette industrie ne commença que vers le xii^ siècle, et Marseille fut bientôt le centre de cette industrie; la culture de l'olivier et le voisinage de la mer lui fournissaient l'huile et la soude, matières premières de cette industrie. Jusqu'au xvii* siècle, elle utilisa exclusivement ces produits ; mais le développement des tissus de coton eut pour effet d'augmenter la consommation du savon, eljusque vers le commencement du XIX® siècle, les savonniers de Marseille durent aller chercher en Espagne une partie de la soude dont ils
avaient besoin. Le procédé de fabrication de la soude artificielle qui se développa en France, sous Tinfluence du blocus continental, permit ensuite à Marseille de s'approvisionner de nouveau sur place, en transformant en soude le sel que lui fournissaient les marais salants du voisinage. En même temps, Thuile d'olive dut être, au moins en partie, remplacée par un certain nombre de succédanés divers. La position maritime de Marseille lui permettait de faire venir à peu de frais les diverses huiles de graines, Thuile de palme, l'huile de coco, les suifs de la Plata, etc. Actuellement, Marseille est toujours le centre le plus important de la fabrication des savons. Toutefois, Paris, Lyon, Rouen, Nantes et Bordeaux produisent de grandes quantités de savon.
Les savons peuvent être divisés en savons durs et savons mous. Les savons durs sont les savons à base de soude ; les savons mous sont à base de potasse. La nature des acides gras qui entrent dans leur composition a aussi une certaine influence sur la dureté du savon qu'ils produisent. On a remarqué que le savon était d'autant plus dur que les acides qui entrent dans leur composition ont un point de fusion plus élevé.
Au point de vue des procédés, on peut établir la distinction suivante : préparation de savons purs par le procédé dit de la grande chaudière ; préparation de savons impurs parle procédé de la petite chaudière.
Nous avons vu que, dans l'action des alcalis sur la matière grasse, les éthers de la glycérine qui constituaient cette matière étaient transformés en sels alcalins correspondants et en glycérine. Dans le premier procédé, on isole les sels alcalins ou savons de la glycérine formée simultanément, ainsi que des impuretés contenues dans les matières premières. Dans le second procédé, on forme
une masse qui comprend, outre le savon, toute la glycérine et les impuretés de la soude et de la matière grasse. La fabrication du savon comprend la préparation des lessives, Faction des lessives sur les matières grasses, ou saponification proprement dite, et le coulage du savon.
3o3. Préparation des lessives. — Cette préparation se fait en transformant les soudes brutes en carbonate de sodium par de la chaux, ce qui donne du carbonate de calcium et de la soude caustique. On emploie plusieurs sortes de lessives : d'abord des lessives dites caustiques ou mordantes, contenant de l'hvdrate de sodium NaOH de plusieurs concentrations; Tune marquant 3 à 10** B., une autre 15 à 18** B., et une autre 20 à 25° B. ; puis des lessives dites douces ou doucettes, contenant à la fois de rhydrate de sodium et du carbonate; enfin, des lessives salées dites de cuite, contenant de Thydrate et du chlorure de sodium. Les lessives de potasse se préparent d'une façon analogue avec le carbonate de potassium brut, provenant des vinasses de betteraves ou venant d'Amérique ou de Russie. Quelquefois aussi, pour diminuer le prix de revient, on ajoute aux lessives de potasse 10 0/0 de lessive de soude, mais on ne peut aller au delà, sans changer l'apparence des savons de potasse.
:. Saponification. — 1® Saponification à chaud. — Cette opération comprend plusieurs phases que l'on désigne sous les noms d'empâtage, relargage et coction. Dans l'opération de Vempâtage la matière grasse est émulsionnée au contact d'une lessive alcaline, et la saponification commence. On produit l'empâtage dans de grandes chaudières de 10 à 30 mètres cubes, faites en fer battu, ou, comme à Marseille, en maçonnerie, avec
CHIMIS ORGANIQUE. — TOHB II. 16
2i2 CHAPITRE IX. — ACIDES MONOBASIQLES
le fond en tôle ou en cuivre. Ces chaudières soot quelquefois chauffées directement, naais il vaut mieux employer le chauffage à la vapeur; la vapeur circule dans des serpentins en fer, placés au fond des cuves; on introduit dans les cuves de la lessive ù 10° B., et on la porte à l'ébullition: on fait alors arriver peu h peu les huiles on les matières grasses fondues, et l'on agite coutiouelle-
mentla matière avec un râble. Une réaction manifeste se produit; ii se forme une écume qui ne tarde pas à tomber; peu à peu la matière prend un peu de consistance et présente l'aspect d'une pâte liée bien blanche; la matière est alors bien émulsionnée et la saponification commencée. Après quatre ou cinq heures, on ajoute une lessive plus forte, marquant 18 à 20°, et on agite pendant un quart d'heure environ. La masse devient plus consistante et l'opération de l'empMage se trouve terminée, mais non la sapoDification. On procède alors au rélargage afin dViliminer les lessives appauvries et de les remplacer ensuite par des lessives plus concentrées.
L'opération àa relargage, ou sa/a^d, se fait en envoyant, par petites portions, sur la masse empâtée, de la lessive de cuite, c'est-â-dire une lessive contenant du chlorure de sodium; cette lessive marque 28 à 30° B. Eu même temps un ouvrier agite contioueUement la matière en
manœuvrant verlicalement un râble en bois, formé d'une planche en noyer traversée normalement en son milieu par un manche de 4 à 5 mètres de long. Cet ouvrier
est placé sur une ]
planche étroite qui ]
repose sur les bords ■ !
de la chaudière.
On emploie aussi, comme le montre la iigure ci-dessous, des chaudières munies d'agitateurs mécaniques, formés de serpentins parcourus par un courant de vapeur. Le savon produit se précipite au contact de l'eau salée et se forme en grumeaux; la lessive épuisée se mêle à la lessive de cuite, et se sépare par le repos des grumeaux qui constituent le savon.
On décante alors la lessive faible à l'aide d'un robinet placé à la partie inférieure de la chaudière, et on soumet les grumeaux qui restent à l'opération de lacoc-
lion OU cuite. Pendant la coction on fait agir sur ces grumeaux des lessives plus concentrées, marquant 20 à SÔ'B.jet contenant du sel. L'opération se fait en maintenant les matières à l'ébuUition pendant plusieurs heures, et remplaçant à deux ou trois reprises les lessives par des lessives nouvelles. On reconnaît à quelques essais simples, par exemple, h la façon dont se comporte le savon chaud quand on l'écrase entre les doigts, que la saponification est terminée; on peut aussi traiter une prise d'essai par un peu d'eau ; le savon doit se dissoudre sans' qu'il se forme d'yeux k la surface de l'eau : cela indiquerait la présence d'huile non encore saponifiée. Quand ces essais ont donné de bons résultats, on procède au coulage.
Le coulage se fait en versant dans des inises le savon que l'on retire des chaudières de cuite. Ces mises sont souvent en maçonnerie , comme à Marseille; lorsqu'elles sont en bois ou en fer elles sont formées de panneaux rectangulaires , que l'on assemble à l'aide de tirants et d'écrous, de façon à former un grand parai lélipipède où Ton coule le savon. Après douze jours environ de séjour dans ces mises, le savon est suffisamment refroidi ; on démonte les panneaux et on a un gros bloc de savon que l'on débite en lames avec un fil de fer; ces lames sont ensuite elles-mêmes débitées en pains par le même procédé.
2° Saponification à froid. — Le procédé de la saponification à froid, ou procédé de la petite chaudière, est surtout employé avec l'huile de cocos, parce que la saponi-
§ 4. APPLlCATIOiNS 245
fication de cette huile se produit facilement. On traite cette huile par une lessive de carbonate de sodium marquant à peu près 30** B., à une température d'environ 60**. Ce savon est soluble dans les solutions moyennement concentrées de sel marin et on né peut, par suite, le séparer de la glycérine et des matières étrangères en le précipitant par ce sel. Aussi obtient-on dans ce procédé des savons qui contiennent toute la glycérine et toutes les impuretés de la soude. Ce savon peut retenir des proportions considérables d'eau, jusqu'à 70 0/0 sans cesser d'être dur ; il produit une mousse fine abondante, mais il a l'inconvénient d'avoir une odeur peu agréable, qu'il faut masquer par des parfums ; il éprouve, en outre, certaines altérations dans l'air sec ; il perd une partie de son eau et il se produit des efflorescences dues à la cristallisation du carbonate de sodium produit par l'action de l'acide carbonique de l'air sur la soude en excès qui n'a pas été éliminée.
3o5. Puriflcation. — Le savon obtenu par le procédé de la grande chaudière est d'un bleu foncé tirant sur le noir. II contient environ 16 0/0 d'eau. La coloration est due à des savons de fer mélangés de sulfure de fer qui proviennent de la soude brute employée. On purifie ce savon en le transformant en savon blanc ou en savon marbré à veines bleues. Ce dernier savon a été longtemps préféré au premier parce qu'il contenait moins d'eau que le premier; il faut en efiet qu'il contienne moins de 35 0/0 d'eau pour présenter ces marbrures; le savon blanc en contient davantage (45 0/0 en moyenne).
Le savon blanc s'obtient par la liquidation. On traite le savon noir par une lessive de carbonate de sodium marquant 8**B., et on chaufTe en agitant fortement. Après
un certain temps on laisse reposer le contenu de la chaudière et on soutire par le robinet placé à la partie inférieure une certaine quantité de lessive. On ajoute ensuite une nouvelle lessive douce à 4^ ou ô^'B., et on agite de nouveau. On termine par l'addition de petites doses d'une lessive encore plus faible ; le râble avec lequel on agite ramène, lorsqu'il remonte à la surface, un liquide noir et visqueux qui contient la plus grande partie du fer. On laisse alors reposer pendant trente-six à quarantehuit heures, après avoir recouvert la chaudière pour obtenir un refroidissement aussi lent que possible : le savon ferrugineux, le savon d'alumine, diverses impuretés et Texcès d'alcali se séparent à la partie inférieure. On enlève ensuite l'écume qui se trouve à la partie supérieure, et, à l'aide de vases à deux anses, manœuvres par deux ouvriers, on enlève le savon et on le verse dans des mises où le refroidissement s'achève et où la solidification se produit. On le sort ensuite des mises, on le découpe et on le met à sécher à l'air sous des hangars.
Le savon marbré s'obtient en ajoutant à la pâte un peu de sulfate de fer pendant Tempâtage. Après la coction la masse a une couleur uniforme d'un gris bleu; on ajoute à la masse un peu de lessives faibles, elle savon ferrugineux se sépare et tend à se déposer, mais par une agitation convenable on le maintient en suspension, on le coule dans les mises et on les refroidit rapidement pour éviter que les veines bleues formées ne disparaissent.
356. Savons divers. — 1*" Savons mous. — Les savons mous s'obtiennent en employant des lessives de potasse au lieu des lessives de soude. On peut les fabriquer
avec les diverses matières grasses, qui donnent avec la soude des savons durs ; toutefois les huiles de graines sont surtout celles que Ton emploie dans la fabrication de ces savons. La saponification se produit en faisant bouillir ces huiles avec des lessives de potasse que Ton ajoute peu à peu en employant d'abord des lessives faibles, puis des lessives déplus en plus fortes, et on évapore la masse pour la concentrer et l'amener à une consistance convenable. On la coule alors dans des tonneaux et on la livre au commerce. Ce savon a des couleurs variables: il est vert le plus souvent; il est noir quand on a employé Thuile de chènevis ou que Ton a ajouté, comme quelquefois, du sulfate de fer.
Tels sont, sommairement, les méthodes générales qui servent à la fabrication du savon. Nous allons examiner maintenant certains procédés particuliers et certains produits spéciaux d'importance moindre ; l'un des plus importants est le savon d'acide oléique.
2* Savons diacide oléique. — L'acide oléique est un produit que l'on obtient en abondance dans l'industrie des bougies stéariques ; c'était autrefois un produit que l'on trouvait difficilement à vendre, et les fabricants de savonne voulurent pas l'adopter comme matière première pouvant remplacer les corps gras neutres. M. de Milly, à qui l'on doit la création de l'industrie stéarique, dut créer une savonnerie pour utiliser l'acide oléique qu'il produisait, il obtint un savon de bonne qualité connu sous le nom de savon de l'Étoile et qui a l'avantage de ne pouvoir absorber que 20 à 25 0/0 d'eau; aussi ce savon est-il d'un prix plus élevé que le savon de Marseille. 11 a l'inconvénient d'avoir une odeur assez forte, mais elle peut être masquée par des parfums.
3* Savon résineux. — On désigne par ce nom un savon
dans lequel on a incorporé de la résine à un savon ordinaire, mais surtout à des savons de suif. En réalité, la résine ne forme pas de véritables savons avec les alcalis, mais elle se dissout dans les solutions de soude. Pour faire ce savon, on projette dans une lessive de soude maintenue à TébuUition de la résine en poudre fine; elle s'y dissout. On ajoute ensuite cette solution à du savon de suif déjà formé, mais non encore cuit, ou bien dans du savon de suif liquide. On mélange pendant quelque temps les dissolutions, puis on coule dans des mises.
On peut aussi chauffer dans un autoclave un mélange de :
Suif 490 kilogrammes.
Huile de palme iOO —
Résine en poudre 200 —
Lessive de soude à 25*" B. 700 litres.
La saponification dure une heure, quand on l'effectue sous une pression de deux atmosphères.
Les savons résineux ont l'avantage d'être d'un prix assez bas ; on peut les utiliser pour le blanchissage, mais ils donnent des résultats médiocres dans le foulage des draps.
4° Savons de toilette. — On les fabrique par trois procédés principaux: l'^On refond le savon ordinaire du commerce pour le purifier et ajouter des parfums; c'est un procédé très employé en Angleterre; 2° on parfume les savons à froid sans les refondre ; 3** on fabrique les savons par les méthodes ordinaires (de la grande ou de la petite chaudière), mais avec des matières de première qualité, et on y incorpore avant le coulage divers parfums. C'est le procédé de la petite chaudière qui est le plus employé en Allemagne ; les produits sont de qualité
inférieure. A Paris, au contraire, on emploie le procédé de la grande chaudière, et les savons de luxe de Paris ont une réputation universelle.
L'addition des parfums de qualité inférieure se fait presque toujours à chaud; pour les parfums très volatils ou altérables par la chaleur on opère à froid : pour cela on dessèche un peu le savon, on le réduit en copeaux à l'aide d'une machine, puis on ajoute à ces copeaux la substance parfumée que Ton veut employer (essence, extrait, etc.), et on la soumet à un pilage prolongé, soit dans des mortiers, soit plutôt dans des appareils animés d'un mouvement de rotation.
La pâte ainsi obtenue est ensuite mise sous une forme ovoïde et soumise à l'action d'un balancier qui la transforme en un pain portant diverses inscriptions ou marques de fabrique.
Les matières colorantes que l'on emploie pour colorer les savons sont ajoutées à la pâte un peu avant le coulage; elles sont très variées. Le jaune est produit par le curcuma, l'ocre jaune, la gomme gutte; pour le rose on emploie le vermillon; pour le brun, du caramel ou de la terre de Sienne brûlée. Le vert s'obtient avec de l'indigo et de l'ocre, etc. Depuis quelque temps on emploie aussi des couleurs d'aniline.
5® Savons transparents. — Ces savons qui ont un bel aspect, mais qui ne sont pas d'une qualité supérieure à celle des savons opaques, se préparent en dissolvant du savon réduit en copeaux et séché soit dans de l'alcool, soit dans de la glycérine. Ces savons se colorent à l'aide de matières colorantes solubles dans l'alcool, cochenille, couleurs d'aniline, etc.
6' Savons neutres. — Les savons du commerce sont presque tous alcalins, ils renferment un excès d'alcali plus
OU moins grand qui peut avoir un effet nuisible sur les peaux délicates. M. Mialhe a montré que Ton corrigeait la composition de ces savons, en les réduisant en copeaux minces et en les exposant dans une atmosphère d'acide carbonique; les alcalis libres se transforment en bicarbonates ; les copeaux sont ensuite moulés comme à l'ordinaire.
7"* Savons à pierre 'ponce, à amidon, au goudron^ etc. — On a parfois ajouté à des savons des matières diverses, non en fraude, mais pour leur communiquer des propriétés spéciales; on ajoute, par exemple, de la pierre ponce pilée ou du sable fin. Ces savons servent pour le nettoyage des meubles grossiers. Les savonnettes employées pour la barbe contiennent souvent une certaine proportion d'amidon très fin. Parfois aussi on ajoute des substances à un point de vue hygiénique (ou soi-disant tel), du goudron par exemple. On fabrique aussi des savons dans lesquels on a incorporé par une agitation énergique de l'air ou de l'acide carbonique; on obtient ainsi un savon très léger, flottant sur l'eau, se dissolvant rapidement, que l'on emploie souvent pour les bains.
357. Essai et analyse des savons. — L'analyse d'un savon comprend le dosage de l'humidité, des alcalis et des acides, la détermination de leur nature, la recherche des alcalis libres, de la glycérine, de la résine, et, en général, des substances qui n'entrent pas d'ordinaire dans la fabrication des savons, mais que l'on y a introduites, soit par fraude, soit pour les rendre meilleurs pour des usages spéciaux.
Dosage de Veau. — L'échantillon doit être pris de façon à représenter la composition moyenne; on détachera, par exemple, une tranche du pain de savon de
façon à avoif des parties centrales et des parties superficielles. L'essai se fait, en général, sur 10 grammes. On réduit Féchantillon en copeaux et on les place dans une étuve que l'on chauffe progressivement de façon à éviter la fusion du savon; à la fin on chauffe jusqu'à 120** jusqu'à ce que la matière ne perde plus de poids. On peut aussi dissoudre le savon dans la plus petite quantité possible d'alcool, ajouter un poids connu de sable fin et sec pour absorber tout le liquide et faire évaporer à l'étuve ; l'opération faite par ce procédé est plus rapide ; on opère dans ce cas sur 2 grammes de savon (procédé Dalican et Jean).
Dosage des alcalis. — Il peut se présenter plusieurs cas; il peut y avoir à la fois de la potasse et de la soude, et l'on peut avoir aussi à doser séparément les alcalis libres et les alcalis combinés aux acides gras. Dans un premier essai on incinère 10 grammes de savon; les sels alcalins sont transformés en carbonates, les matières organique s détruites; on détermine alors, avec de l'acide sulfurique titré, l'alcalinité des cendres en employant, comme réactif indicateur, la phtaléine du phénol. Si le savon analysé ne contenait qu'une base, ce dosage alcalimétrique donnerait aussitôt la quantité de cette base. S'il contenait à la fois de la soude et de la potasse, cet essai donne la somme de ces bases (exprimées non en grammes, mais en molécules). 11 faut alors faire un autre dosage ; pour cela on traitera une autre portion de savon incinéré par de l'acide chlorhydrique et on séparera le chlorure de potassium du chlorure de sodium en précipitant le premier avec du chlorure de platine. Le précipité de chloroplatinate de potassium formé permettra de déduire le poids de potasse et par différence le poids de soude. Pour déterminer l'alcali libre, on dissout dans de l'eau distillée un
poids connu de savon et on ajoute à la dissolution, limpide ou non, du chlorure de sodium pulvérisé, qui se dissout; on continue jusqu'à ce qu'il reste du chlorure non dissous. Le savon insoluble dans les solutions de sel marin se précipite, tandis que l'excès d'alcali reste dissous dans la liqueur ; on filtre et on lave le précipité de savon avec de l'eau salée, tant que celle-ci donne avec le papier de tournesol une réaction alcaline. Dans ce liquide filtré, réuni aux eaux de lavage, on dose l'alcali libre avec une solution titrée d'acide sulfurique. On peut, si cela est nécessaire, séparer la potasse de la soude dans ce liquide en opérant comme précédemment.
Dosage des acides gras . — Le plus souvent, on se contente de peser le mélange des acides gras et de déterminer le point de fusion de ce mélange ; ces déterminations sont faciles ; il n'en est pas de même lorsqu'il s'agit de reconnaître la nature de ces acides.
Pour doser les acides gras, on opère, en général, sur 10 grammes. On les dissout dans un peu d'eau dans une capsule, et on ajoute peu à peu de l'acide sulfurique étendu, qui déplace les acides gras. Ceux-ci viennent se réunir à la partie supérieure ; quand le liquide inférieur est nettement acide, la décomposition est terminée. On opère alors différemment selon que l'on se propose de déterminer uniquement le poids du mélange des acides gras ou que l'on veut obtenir aussi le point de fusion du mélange. Dans le premier cas, on ajoute aux acides gras une quantité connue, 5 grammes, par exemple, d'acide stéarique sec de façon à ce que le mélange des acides gras soit solide et dur, et on laisse refroidir ; les acides gras se prennent en masse à la surface, on perce cette croûte et on décante l'eau acide ; on la remplace par de l'eau pure, on fait fondre, on agite, puis on laisse refroidir et on
verse l'eau de lavage; on répète ces opérations jusqu'à ce que Teau de lavage ne soit plus acide; on laisse alors égoutter et l'on porte dans Tétuve à 110*" jusqu'à ce qu'il n'y ait plus perte de poids ; alors toute l'eau est partie. Si l'on veut, au contraire, déterminer à la fois la proportion d'acide gras et leur point de fusion, il ne faut pas ajouter d'acide stéarique. Pour le reste, on opère comme précédemment, mais si les acides gras sont mous par suite de la présence d'une grande quantité d'acide oléique, la décantation sera plus difficile ; on sera parfois obligé de faire deux essais, l'un avec addition de stéarine pour déterminer le poids des acides, l'autre sans addition de ce corps pour déterminer le point de fusion : dans ce dernier essai, les petites quantités de matière que l'on pourra perdre pendant les décantations seront sans importance.
Pour reconnaître dans les savons la présence de matières grasses non saponifiées, on traite le savon desséché par le sulfure de carbone dans un appareil à déplacement ; le sulfure de carbone dissout la matière grasse, mais ne dissout pas le savon. Par évaporation du sulfure, CD retrouve la matière grasse, on la pèse et on peut faire quelques essais, pour déterminer sa nature. On peut se servir avec avantage, pour cet essai, du mélange de savon sec et de sable, qui a servi à doser l'humidité, par le procédé Dalican et Jean.
Déte>ynination de la glycérine. — La glycérine est un élément normal des savons mous et des savons faits à froid, par empàtage. Souvent on la dose par différence. Pour la doser directement, on prend 10 grammes de savon, on les dissout dans l'eau et on les décompose par l'acide sulfurique en aussi léger excès que possible; les acides gras se séparent, oti filtre et on lave comme pré-
cédemment. La glycérine se trouve dans les liquides filtrés ; on les neutralise avec du carbonate de sodium, on les évapore à sec, mais à basse température, pour ne pas détruire la glycérine. La masse sèche est reprise par Talcool, qui dissout la glycérine, mais non les sels, sulfates et carbonates alcalins. La solution alcoolique est ensuite évaporée à basse température; il est indispensable de vérifier que le résidu possède bien les propriétés de la glycérine.
Détermination de la rési?ie, — La résine se rencontre assez fréquemment dans les savons, et l'on a indiqué divers procédés pour la doser. Voici un des plus pratiques : on dissout dans Teau un poids connu de savon et on traite la dissolution par une solution de chlorure de magnésium ; il se forme un précipité de savon de magnésium insoluble, et la résine se précipite en même temps ; on lave le précipité avec de l'eau, puis on le reprend par l'alcool qui dissout la résine ; la solution alcoolique évaporée donne la résine.
Dosage des matières étrangères. — Les substances précédentes se rencontrentnormalement dans les savons. Quelques-unes, comme la glycérine et les alcalis libres, en excès notable, dépendent du procédé employé dans la fabrication ; la résine est quelquefois ajoutée en fraude, mais souvent aussi pour donner au produit des qualités spéciales. Il nous reste à parler des essais à faire pour reconnaître les substances qui sont, au contraire, employées frauduleusement. Telles sont les substances minérales : craie, sulfate de baryum, kaolin, verre soluble, etc., ou diverses matières organiques, comme la fécule et la gélatine. Ces diverses substances sont insolubles dans l'alcool, tandis que le savon y est fort soluble; on traitera donc 10 grammes de savon par de
Talcool bouillant à 90% et Ton examinera s'il reste une matière non dissoute. Dans les savons naturels de bonne qualité, ce résidu atteint au plus 1 0/0. Si le résidu est plus considérable, il y a lieu de soupçonner une fraude et d'examiner la nature de ce résidu. Après Tavoir lavé à l'alcool, on le traite par l'eau, qui pourra dissoudre certains sels; on pourra trouver notamment du chlorure et du sulfate de sodium dans cette eau, on traitera ensuite le résidu par l'eau bouillante et on cherchera dans cette liqueur à reconnaître la présence de la fécule, entraînée à l'état d'empois (à l'aide de l'iode) et la gélatine (à Taide d'une infusion de noix de galle) ; puis on fera agir sur le résidu de l'acide chlorhydrique étendu, qui décomposera la craie et le verre soluble, en donnant du chlorure de sodium et un dépôt de silice gélatineuse; on calcinera ensuite le résidu qui aura résisté à ces divers traitements, pour constater, d'après l'odeur, s'il contient encore des matières; organiques; enfin, on dosera, s'il y a lieu, dans le produit de la calcinalion, les diverses matières minérales qu'on pourra y trouver, principalement le sulfate de baryum, la silice, l'alumine, le kaolin, etc. L'analyse de ce résidu se fera suivant les procédés ordinaires de l'analyse minérale.