FABRICATION DU PAPIER
Historique. — Le papier est connu depuis 1res longtemps. Plusieurs siècles avanl notre ère, les Égyptiens fabriquaient, avec une sorte de roseau, le papyrus, un papier assez résistant. On élendait sur une table les feuilles que Ton arrosait avec de Teau cl que Ton soumettait ensuite à Taction d'une presse; puis, les feuilles étaient séchées au soleil. Ce papier primitif fut employé jusqu'au ix** siècle. A ce moment on utilisa le papier de coton, fabriqué en Orient par des procédés restés inconnus. Ce n'est que vers le milieu du xiv*' siècle que paraît le papier de chiffons. 11 fut d'abord très résistant et notablement rugueux ; on le fabriquait en suivant des procédés assez primitifs, exigeant beaucoup de main-d'œuvre et de force motrice. A la fin du siècle dernier, Robert imagina la fabrication continue du papier, et les premiers essais eurent lieu à Essonnes. Depuis, l'industrie du papier a été l'objet de nombreux perfectionnements, aussi bien dans la fabrication elle-même du papier que dans la préparation des pâtes utilisant des matières très diverses. L'emploi des succédanées du chiffon est une des conditions indispensables du développement de cette industrie. Le chiffon ne peut plus suffire, et depuis longtemps, à fournir tout le papier que l'on consomme actuellement. On a essayé la plupart des textiles, les pailles de nos céréales, l'alfa, le jute, les fibres du bois, etc.
Matières premières. — Les matières premières que
Ton utilise dans la fabrication du papier sont nombreuses; ce sont le chiffon et ses succédanés pour la composition de la pâte; les matières nécessaires pour le lessivage, tels que les sels alcalins ; les matières servant au blanchiment, dont les principales sont Thypochlorite de calcium et le bisulfite de sodium ; les substances employées pour le collage, gélatine, amidon, etc. ; les matières empalantes, telles que le kaolin, le sulfate de baryum, etc.; enfin, lorsqu'il s'agit de papiers colorés, diverses matières colorantes. Parmi les matières premières qui entrent dans la composition de la pâte et en constituent la partie la plus importante, il faut citer, en premier lieu, les chiffons de chanvre, de coton et de lin ; les tissus qui contiennent de la laine exigent un traitement un peu plus compliqué que les précédents; il faut, en efîet, détruire Tune des deux fibres pour pouvoir utiliser Tautre ; on détruit la laine à Taide des alcalis caustiques pour utiliser le coton â faire du papier, ou bien Ton détruit le coton par un acide, et la laine peut de nouveau être tissée. Après les chiffons, le bois et la paille sont les matières les plus employées ; puis, viennent l'alfa, le bambou, les orties, les chardons, les mousses, etc.
Traitement des chiffons, — On commence par faire subir aux chiffons un triage qui a pour objet de les ranger en un grand nombre de catégories, selon la nature du textile, le degré d'usure, de propreté, la couleur, etc. On coupe ensuite les chiffons par bandes de quelques centimètres en les passant sur des faux fixées à demeure î^ur une table ; puis, on les recoupe en travers de façon à former de petits carrés ; on enlève en même temps les boulons, épingles, crochets, ressorts, baleines, ourlets, etc. t^'cst le délissage. Le blutage consiste à faire passer les
étoffes dans un tambour cylindrique formé par une toile métallique à largos mailles ; un axe muni de bras en hélice tourne en sens inverse du cylindre. Les chiffons perdent ainsi des matières terreuses adhérentes, de la poussière, etc. On complète ce traitement par un lavage suivi de lessivage. Le lavage se fait très souvent dans des bluleurs immergés dans l'eau ; l'eau introduite dans l'appareil y arrive avec force en produisant un mouvement de va-et-vient des chiffons à nettoyer. Le lessivage se fait dans de grands cuviers à circulation avec de l'eau que l'on additionne d'un lait de chaux, ou de carbonate de sodium, ou bien encore deces deux corps à la fois. Dans les grandes fabriques on emploie surtout les lessiveurs cylindriques ou sphériques pouvant contenir 600 kilogrammes de chiffons, où l'on envoie de la vapeur sous une pression de 2 ou 3 atmosphères. Ces appareils tournent lentement sur eux-mêmes pendant le lessivage. La durée d'une opération est d'environ douze heures. Pour le chargement, on amène en haut le trou d'homme; pour te déchargement, on l'incline et l'on fait tomber les chiffons dans un bac lorsqu'ils sont convenablement refroidis. Ce refroidissement doit être lent; on les porte alors dans un appareil de rinçage analogue à l'appareil do lavage. Quelquefois le rinçage se fait dans le lessiveur.
Les chiffons ainsi neltoyôs par celte suite d'opérations sont alors défil<^s ou effilochés pour être réduits en pâte. Od commence par transformer la matière en une demipàte dans des piles dèfîleuses ; on la traite ensuite par divers réactifs pour la décolorer, c'est \e blanchiment . Enfin, on termine dans des piles 7'affineuses la désagrégation des fibres et la transformation en une véritable pâte.
Dêfilages. — Los piles défileuses se composent d'une auge ayant la forme d'un rectangle dont les petits côtés sont remplacés par deux demi-cylindres ; la longueur est d'environ 3 métros. Ce bassin présente une cloison CC qui occupe une partie de sa longueur). D'un côté de
cettfi cloison se trouvent deux plans inclinés P et P' (en coupe) reliés par une partie cylindrique. En regard de cette partie tourne un cylindre dont la surface laté-
raie est formée de lames tranchantes serrées à Taide de coins. Une autre pièce fixe S est aussi formée de lames serrées par des coins. Le cylindre R tourne dans le sens indiqué par la flèche, il entraîne des chiffons qui passent entre S et R et sont effilochés entre les lames du cylindre et celles do la pièce fixe. Le cylindre R' qui se trouve de l'autre côté de la cloison est formé par une toile métallique qui laisse passer Teau, mais arrête les filaments du chiffon. Dans ce tambour se trouvent des tuyaux en spirale qui puisent de Teau à Tintérieur du tambour à chaque révolution et la font sortir par Taxe creux de ce cylindre. Ce tambour tourne dans le sens indiqué par la flèche sous rinfluence du courant d'eau que la rotation du cylindre R provoque. De Teau pure arrive continuellement en A et remplace celle qui s'échappe par le tambour R'. Cette eau est filtrée à travers un sac de toile de façon à retenir les matières solides que Teau pourrait apporter. Le cylindre R tourne avec une vitesse d'environ 4 tours par seconde. Pour mettre Tappareil en train, on projette dans Teau dont l'appareil est rempli une certaine quantité de chiffons. Le contremaître, avec une grande spatule en bois, laisse arriver les chiffons sous le cylindre en quantité modérée pour que l'appareil n'éprouve pas trop de résistances. Du reste, au début, surtout si la masse de chiffons est mise en une seule fois, on soulève le cylindre de façon que l'espace compris entre celui-ci el la partie* fixe soit assez considérable. Après quelque temps, la plupart des chiffons sont effilochés, on rapproche le cylindre, et la surveillance devient moins nécessaire. Le travail dure de deux à quatre heures suivant la nature des chiffons et du blanchiment qu'on doit leur faire subir et qui exige des pâtes plus ou moins préparées. Pour vider la pile, on ouvre une sou-
pape de décharge, et Teau chargée de pâle se rend soit dans les appareils de blanchiment, soit dans des appareils où elle doit s'égoutter. Quelquefois l'opération du blanchiment se fait dans la défileuse môme. L'égouttage est obtenu en abandonnant la pâte à elle-même dans de grandes caisses dont le fond est en toile métallique ; la durée de Tégouttage varie depuis deux jours, pour les chiffons fins, jusqu'à huit jours pour les chiffons durs. On peut, d'ailleurs, abréger ce temps en utilisant des essoreuses, des presses ou môme des appareils analogues aux filtres-presses dont on se sert dans l'industrie du sucre.
Blanchiment. — L'opération du blanchiment est une des plus délicates de la fabrication du papier. On emploie, pour décolorer la pâte, le chlore gazeux, le chlorure de chaux, le produit appelé chlorozonc, le permanganate de sodium, les huiles lourdes, le chlore naissant provenant de l'électrolyse, etc.
Le blanchiment au chlore gazeux se fait en plaçant la pâte bien égouttée et cardée sur des planchers disposés en chicane à l'intérieur d'une chambre où le chlore arrive par la partie supérieure. Le chlore est fabriqué par l'action de l'acide chlorhydrique sur le bioxyde de manganèse ou par l'action de ce dernier corps mélangé de chlorure de sodium sur l'acide sulfurique. Le chlore qui se dégage est lavé dans un peu d'eau. Lorsque le chlore a agi un temps suffisant, on retire la pâte, le défilé, et on le soumet à un lavage énergique. Ce lavage s'opère dans des cyhndres tournants dont les parois sont formées d'une toile métallique fine et d'une plus forte pour soutenir la première. Une distribution d'eau qui règne tout le long du cylindre fait tomber sur la partie supérieure de l'eau qui pénètre dans le cylindre et vient htxèr le
CRnil ORGAinQUE. — T09IB II. 4
défilé, Toxcès dVau retombe constamment à la partie ^ inférieure. Pour s'assurer que le lavage est terminé, on
t prend de temps à autre un peu de pâte et on la place
l sur un papier amidonné et ioduré. Si la pâte contient
encore du chlore, celui-ci décompose Tiodure de potassium, et riode mis en liberté donne avec Tamidon une coloration bleue, d'autant plus intense qu'il y a plus de chlore. On s'arrête lorsque le papier ne donne plus qu'une coloration bleue a peine sensible. Le blanchiment au chlore est difficile à régler, et il est très insalubre.
C'est le chlorure de chaux que l'on emploie le plus souvent pour le blanchiment. Ce produit peut être considéré comme un mélange de chlorure de calcium, d'hypochlorite de calcium et de chaux. On le prépare en faisant arriver du chlore sur de la chaux éteinte. L'hypochlorile de calcium est le composé actif du chlorure de chaux. Lorsqu'on traite par l'eau le chlorure de chaux du commerce, il se dissout presque complètement, l'excès de chaux seul reste insoluble ; c'est la solution que Ton doit faire agir sur la pâte; comme le chlorure et l'hypochlorite sont très solubles, la solution se fait facilement; on la tamise et on la décante ; on emploie de 2 à 10 0/0 de chlorure de chaux, selon la nature des chiffons et selon leur couleur. Le blanchiment s'opère soit dans les piles dévideuses, soit dans des appareils un peu plus petits et présentant la même disposition générale, ce sont les piles blanchisseuses.
On a proposé aussi, il y a une quarantaine d'années, Thypochlorite d'alumine comme agent de blanchiment ; il n'est guère employé vu son prix élevé, si ce n'est pour certains papiers de qualité tout à fait supérieure. Son action sur la pâte était plus modérée, et on pouvait garder plusieurs mois la pâte blanchie avec ce réactif.
Dans le blanchiment au chlorure do chaux, on ajoute souvent un peu d'acîde pour activer Faction du chlorure de chaux ; l'acide hypochloreux mis en liberté a, en efTel, une action plus rapide. On emploie pour cela soit Tacide chlorbydrique, soit même, ce qui est préférable, l'acide carbonique.
Les hypochlorites alcalins que l'on utilise aussi ne présentent pas les mêmes inconvénients que le chlorure (1«* chaux, mais ils en présentent d'autres. Il ne se for pas dans la pâte de sels calcaires insolubles, mais leur action sur la fibre est trop énerji;ique. Ce sont des produits relativement chers et d'une conservation difficile. On désigne sous le nom de chlorozonc un produit que Ton obtient par l'action de l'acide hypochloreux sur de la soude; c'est donc de l'hypochlorite de sodium; il est préparé en décomposant par un acide le chlorure de chaux, en présence d'un courant d'air pour éviter que cette action ne donne du chlore libre. La solution de chlorozone peut être solidifiée en la mélanj2:eant avec du carbonate de sodium desséché qui s'hydrate quand on le met dans ce mélange en s'emparant de l'eau qui dissolvait l'hypochlorite. Le produit devient solide et plus facile à transporter. Ce produit a sur les fibres des chiffons une action rapide, mais non destructive; il peut, d ailleurs, être utilisé avec le matériel ordinaire, et on a beaucoup préconisé son emploi.
Le permanganate de sodium, qu'on a proposé d'employer pour le blanchiment du papier, se prépare avec les résidus de la fabrication du chlore. Ces résidus sont constitués par du chlorure de manganèse impur. En le traitant par de la craie en quantité ménagée, on précipite le fer fit la sihce. La liqueur décantée est ensuite traitée par de la chaux qui donne un précipité d'oxyde de manga-
h 52 CHAPITRE VIII. HYDRATES DE CARBONE
I nèso ; on le recueille, on le mêle avec de la soude et on
h le chauffe dans un courant d'air. On traite le produit
obtenu, qui est du manganale vert, par du sulfate de magnésium et un peu d'acide. Le permanganate qui se forme décolore les chiffons en cédant son oxygène ; la soude correspondante donne avec le sulfate de magnésium du sulfate de sodium et de la magnésie. La pâte est ensuite traitée par un bain alcalin, puis par de Tacide sulfureux pour enlever Toxyde de manganèse. Ce procédé n'est guère employé.
Le blanchiment électrique proposé par M. Hermite consiste à électrolyser une solution de chlorure de calcium ou de magnésium. Il se forme dans cette électrolyse des composés oxygénés du chlore qui agissent sur les matières à décolorer. Le prix de revient de l'énergie électrique nécessaire pour cette électrolyse peut varier beaucoup, suivant les conditions d'installation de l'usine. Si celleci possède, comme cela arrive d'ailleurs très souvent, une chute d'eau lui permettant d'animer à la fois tous les appareils de l'usine et les dynamos nécessaires pour produire le courant, l'emploi de ce procédé pourra être très avantageux.
Quel que soit le procédé de blancliiment adopté, on procède ensuite au lavage, puis au raffinage.
Raffinage et collafje, — Le raffinage se fait en triturant de nouveau les chiffons dans des piles spéciales dites piles raffineuses, qui ne diffèrent que par quelques détails des piles défileuses. La durée du raffinage varie avec la nature des chiffons employés; elle est de plusieurs heures. Vers la fin, on ajoute les matières destinées à l'encollage et les matières colorantes, et la pâte est envoyée dans les réservoirs qui alimentent les machines à faire le papier. Certaines pâtes ne reçoivent aucune de ces additions. Ainsi,
les papiers buvards bleus et roses sont des papiers non collés, faits le plus souvent avec des cotonnades bleues ou roses non blanchies. Souvent aussi les papiers d'imprimerie ne sont pas collés. Los matières employées pour le collage des papiers sont: la gélatine, qui donne un collage excellent, exclusivement employé autrefois, un mélange d^alun et de fécule, très employé actuellement, et le savon de résine.
Le collage à la gélatine est coûteux, difficile à exécuter, mais il donne au papier une belle apparence qui fait en grande partie la valeur des papiers anglais, presque tous collés de cette façon. 11 s'exécute sur le papier déjà formé.
Le collage se fait encore à la main pour certains papiers, tels que le papier Whatmann. Les feuilles sont plongées à plusieurs reprises dans le bain de gélatine additionné d'un peu d'alun ; il doit être à une température bien réglée ; les feuilles sont ensuite empilées les unes sur les autres en petits paquets que l'on sépare les uns des autres par des lames de feutre, et soumises à l'action progressive d'une presse qui favorise d'abord la pénétralion de la colle dans le papier et qui détermine ensuite le départ de l'excès de gélatine. Les feuilles sont ensuite séparées, suspendues à des cordes, et mises à sécher dans un hangar. Toutes ces opérations doivent être faites avec le plus grand soin ; la température du bain de collage doit être surveillée de près, ainsi que l'immer- MOû des feuilles. L'action de la presse et la rapidité plus ou moins grande du séchage ont aussi une importance considérable sur la qualité du produit. Pour les papiers plus ordinaires obtenus à la machine, on colle d'une façon continue à l'aide d'une machine à coller très coûteuse et très encombrante. Le bain de gélatine amené à
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la température convenable entre 45 et 70'', suivant la nature du papier, et maintenu à celte température, est disposé dans une cuve de {"^,60 ou 2 mètres de long et d'une largeur plus grande que celle des papiers à coller. Deux rouleaux immergés à moitié dans cette cuve servent à guider le papier et à le faire plonger dans le bain de gélatine. La distance des deux rouleaux varie avec la nature du papier et la vitesse avec laquelle il se déroule de la machine à papier. On la règle de façon que le papier séjourne dans le bain pendant un temps suffisant pour qu'il s'imprègne bien de gélatine. Les cylindres sur lesquels s'appuie le papier, avant de pénétrer dans le bain, peuvent être chauffés à volonté à l'aide de vapeur que l'on introduit à l'intérieur; on peut encore par le réglage de cette température faire varier notablement l'intensité du collage. Plus le papier est chaud, plus il s'imbibe facilement quand il arrive dans le bain. Au sortir de la gélatine, le papier passe entre deux cylindres qui le pressent et font sortir l'excès de colle. On emploie le plus souvent des cylindres en cuivre parfaitement dressés, ou des cvlindres en fonte recouverts de feutre. Ces cylindres sont disposés au-dessus du bain de gélatine, de façon que le liquide exprimé par la presse retombe dans le bain. On entretient, d'ailleurs, un niveau constant dans celui-ci à l'aide de deux chaudières ; dans l'une on prépare le bain, puis on le laisse se coaguler par le refroidissement ; dans l'autre on refond et on amène à la température convenable la gelée obtenue dans la première. Au sortir des cylindres presseurs le papier se rend dans le séchoir. Celui-ci se compose d'un grand nombre de cylindres de grandes dimensions chauffés à la vapeur d'une façon progressive. Une ventilation puissante rend le séchage plus facile ; les cylindres
sécheurs sont souvent au nombre de 50 à 80. On appelle quelquefois le collage à la gélatine collage animal^ par opposition au collage végétal dont nous allons nous occuper maintenant.
Dans le collage végétal on ajoute à la pâte k papier un mélange de savon de résine, de fécule et d'alun. Le savon de résine s'obtient en traitant 150 kilogrammes de résine par 75 kilogrammes de carbonate de sodium, 12 kilogrammes de chaux et 425 kilogrammes d'eau. On fait bouillir pendant une demi-heure ; puis, on laisse refroidir. Pour se servir de ce savon on en dissout 100 kilogrammes dans 650 kilogrammes d'eau, et l'on ajoute 25 kilogrammes de fécule ; on fait arriver de la vapeur dans la masse et, lorsqu'elle a été maintenue à l'ébullition pendant quelque temps, on l'envoie dans la pâte à papier et, après un quart d'heure, on ajoute une solution d'alun. D'après quelques auteurs, il y a avantage à mettre d'abord la solution d'alun dans la pâte à papier et à ajouter ensuite le savon résineux mélangé à la fécule.
La coloration des pâtes se fait avec des couleurs que l'on fixe sur les fibres à l'aide de diverses matières, la résine par exemple, ou bien avec des matières tinctoriales qui agissent sur la fibre du papier comme dans la teinture des étofl*es. Elle a lieu dans la cuve de raffinage.
Fabrication du papier. — Au sortir des piles raffineuses, la pâte se rend dans des réservoirs qui servent à alimenter la machine à papier. On maintient l'homogénéité de la pâte à l'aide d'agitateurs mécaniques ou par un courant d'air insufflé dans la masse. La pâte, en sortant de ce réservoir, passe dans une petite caisse faisant fonction de régulateur et, de là, dans une grande ^isse plate où elle se mélange avec de l'eau provenant de l'égoultage de la pâte et contenant beaucoup de fibres
qui rentrent ainsi dans la fabrication. La pâte s'écoule ensuite par une large gouttière sur une toile métallique sans fin. Cette toile se déroule, guidée par une série de cylindres, en même temps qu'elle éprouve des oscillations rapides dans un plan horizontal, de façon à répartir uniformément la pâte qui tombe. L'eau s'écoule, tandis que les filaments de la pâte restent sur la toile qui les emporte pendant qu'ils continuent à s'égoutter. La largeur du papier est réglée à l'aide de deux bandes sans fin en caoutchouc qui s'appliquent sur la toile métallique, la suivant dans sa marche, et forment ainsi deux rebords qui empêchent la pâle de couler plus loin. L'épaisseur du papier est régularisée à l'aide de deux règles parallèles maintenues à une certaine distance de la toile métallique, distance que l'on peut faire varier à volonté selon l'épaisseur que l'on veut donner au papier. La toile nuétallique, continuant sa marche, passe au-dessus d'une caisse sur laquelle elle glisse. Dans celte caisse on raréfie l'air de façon à diminuer la pression de quelques centimètres de mercure ; cette aspiration se fait à l'aide d'un jeu de cloches analogue à certains exhausteurs que l'on emploie dans l'industrie du gaz d'éclairage. La pâte se trouve ainsi soumise â une succion qui fait écouler une certaine quantité d'eau et la rend plus consistante. Le mouvement de la toile l'emmène ensuite entre deux cylindres recouverts de feutres constituant la première presse humide; là, le papier humide, toujours soutenu par la toile métallique, devient un peu plus consistant et peut être un instant abandonné à lui-même; il passe alors de la toile métallique, qui retourne en arrière, à un feutre sans fin sur lequel il s'appuie et qui l'entraîne en avant; il s'engage ensuite dans deux nouvelles presses où il se trouve, d'un côté, appuyé sur le feutre et, de
laulre sur le cylindre de métal ; dans la seconde presse, le côté qui s'était trouvé appuyé contre le feutre se trouve, cette fois, appuyé contre le métal pour que les deux faces aient le même aspect. De là, le papier se rend sur les cylindres sécheurs. Ce sont de gros cylindres chauffés intérieurement avec de la vapeur. Pour que le séchage soit méthodique, on fait circuler la vapeur en sens inverse de l'arrivée du papier, de telle sorte que la vapeur entre dans le cylindre sur lequel le papier s'enroule en dernier lieu ; le papier déjà très sec est donc soumis à une température plus élevée que celle qu'il a subie jusque-là. La vapeur sort, au contraire, par le
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H, H, presses humides. — S, S, presses sèches. — C, C, cylindres sécheurs chauffés à la vapeur. — D, dévidoir. — /, lame de caoutchouc formant rebord. — R, réservoir à pâte. — E, écoulement de la pâte. — A, caisse d'aspirations.
sécheur sur lequel le papier arrive en premier lieu ; la température est peu élevée, mais, comme le papier est très humide, il perd facilement de l'eau à cette température. Le papier se rend alors sur des dévidoirs sur lesquels il s'enroule ; de temps à autre on coupe le papier et l'on change le dévidoir.
La figure ci-dessus représente un schéma d'une ma-
linc à papier : la routo suivie par le papier est représnlée par un Irait plein ; les lignes fornu^es de points îprésenlenl, à gauche des deux premiers cylindres H, la tile métallique et, partout autre part, les feutres. Fabrication de la pâ(e de bois. — Les bois les plus mployés pour la fabrication du papier sont les pins, les ■embles et les peupliers suisses. On peut les transformer Q pfttcs par les procédés mécaniques ou cbimiqucs. Dans ■s procédés mécaniques, les bois sont d'abord écoicés t débités en bûcht'S de 30 à 40 centimètres de longueur, L on les appuie fortement, parallèlement à leurs fibres, jr une meule en grès de très grandes dimensions, l",^ e diamètre, 0"',40 d'épaisseur; elle fait 2 à 3 tours par îconde. Un courant d'eau entraîne les fibres ainsi prouiles dans une série de tambours lamiseurs garnis de )iles métalliques de divers numéros, qui classent les bres d'après leur grosseur. Cette meule absorbe une aergie considérable. Les fil)res, égouttées de façon à ne lus contenir que 50 0/0 d'eau environ, sont alors expéiées dans les papeteries; souvent aussi on les sèche plus amplètement. Les fabriques de piVtes de bois se sont eaucoup développées dans ces dernières années, surtout Q Norwège et dans le Tyrol; elles ne fabriquent pas le apier, mais elles vendent la pMe aux papeteries. Cerlines grandes papeteries, comme celles d'Essonnes, posîdent, dans des régions forestières, de pareilles fabriques e pMes qui servent à alimenter la fabrique de papier. es pâtes arrivent souvent blanchies, surtout quaûd, ans la fabrique de pâtes, on dispose d'une force motrice aturelic permettant d'appliquer le procédé Hermite à électrolyse. Ces pûtes de bois, préparées ainsi mécaiquement, sont, d'ailleurs, très difficiles à blanchir, et lies ne servent que pour les papiers communs.
Dans les procédés chimiques on réduit les bois à Tétat de copeaux épais par des procédés mécaniques, et Ton traite ensuite le bois ainsi divisé par des alcalis ou des sulfites alcalins à une température assez élevée et sous pression. On détruit de cette façon les matières gommeuses et la matière incrustante du ligneux, et on lil)ère les fibres. A la sortie de ces appareils la matière est lavée de façon à la purifier et à recueillir la plus grande partie des alcalis employés.
Autrefois on avait essayé Faction de Teau régale sur les bois ; les résultats étaient moins bons, et le procédé beaucoup plus pénible.
L'attaque par les alcalis se fait de plusieurs façons : Dans \q procédé Houghton^ les copeaux sont mis dans des paniers en fer. Ces paniers sont placés dans de grandes chaudières (20 mètres de long sur l^^^SO de diamètre) très résistantes. La charge de bois étant de 5.000 kilogrammes, on introduit une lessive de soude caustique à 8* B., représentant 15.000 kilogrammes de soude. On chauffe alors pendant six heures, de façon à ce que la pression atteigne 14 atmosphères; puis, on laisse refroidir, on évacue la lessive, et on lave le bois qui, après ce traitement, se désagrège avec une grande facilité. Si Topération n'est pas poussée assez loin, on a une pâte brune très difficile à blanchir ; si elle est poussée trop loin, la pâte manque de liant.
Dans \e procédé Keegan^ on injecte dans le bois débité en petites planches de 1 centimètre d'épaisseur une solution de soude à 20*" B., par les procédés ordinaires qui servent à injecter les bois ; puis, on fait écouler l'excès de lessive et on porte la température à 150°. Le bois ne se trouve soumis qu'à l'action d'une quantité minime de lessive, celle qui l'imprègne; ses fibres sont
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plus résislanles. Après deux heures, on lave le bois, qui se désagrège très facilement, dans une pile défileuse ordinaire.
Dans le procédé Sinclair^ on emploie une chaudière verticale ; un dispositif analogue à celui des lessiveuses fait constamment circuler la lessive alcaline, qui monte par un tube central et vient se déverser sur la partie supérieure des morceaux de bois.
Le procédé Cal tell diffère davantage des précédents. Dans une première opération le bois est lavé à l'eau, puis placé dans un bain contenant un borate et un phosphate alcalins; on ajoute, en outre, du pétrole ou du sulfure de carbone pour dissoudre les matières résineuses. Souvent on opère à chaud en vase clos. Au sortir de ce bain, le bois est placé dans un autre, formé de chaux ou de soude et de soufre; on porte à TébuUition pendant quatre heures; enfin, on termine par un traitement à Tacide sulfureux. On décolore la pâte par le chlorure de chaux.
Les procédés au sulfite ou au bisulfite de calcium sont nombreux, et ils tendent à être de plus en plus employés. Le sulfite et le bisulfite de calcium sont préparés en faisant arriver de Tacide sulfureux produit par la combustion du soufre ou des pyrites dans de grandes tours pleines de carbonate de calcium, arrosées par de Teau ; en réglant les proportions d'eau et de gaz sulfureux, on obtient une solution plus ou moins saturée, formée de sulfite ou de bisulfite. De temps à autre, on retire par la partie inférieure les résidus des pierres à chaux, et Ton en met d'autres par la partie supérieure. Les appareils où Ton doit faire agir les sulfites sur le bois étaient autrefois doublés en plomb ; on les fait maintenant aussi en tôle émaillée. Ces chaudières sont chauffées à la vapeur ; on
fait arriver celle-ci dans un faux fond ou dans un serpenliû en plomb ; on ne dépasse pas une pression de o atmosphères. L'opération dure environ dix heures; on laisse ensuite refroidir la chaudière et on procède au lavage; il peut se faire dans une pile laveuse ordinaire ; si on ajoute un peu d'acide chlorhydrique au début du lavage, une quantité correspondante d'acide sulfureux est mise en liberté et décolore la fibre, de telle sorte que l'on peut éviter l'opération du blanchiment, au moins pour les papiers ordinaires.
Le blanchiment des pâtes de bois traitées par le bisulfite est beaucoup plus facile que celui des pâtes de bois mécaniques. Le procédé Hermite est un des plus avantageux, surtout quand on dispose d'une force motrice naturelle.
Emploi de la paille dans la fabrication du papier. — La paille a été le premier succédané du chiffon employé dans l'industrie du papier; son emploi date de plus d'un siècle; mais, actuellement, bien que considérablement développé, ce procédé n'a pas l'importance de celui qui utilise les fibres du bois.
La paille la plus avantageuse à employer est la paille de blé, parce qu'elle contient moins de silice que les autres, surtout lorsque le terrain sur lequel elle a poussé est peu siliceux. Le maïs fournit un papier très tenace, utilisé surtout pour le papier d'emballage.
La paille est coupée, à l'aide d'appareils spéciaux, en morceaux de 2 centimètres environ ; à la sortie du hachepaillela matière tombe dans une citerne on maçonnerie, contenant un lait de chaux faible dans lequel elle macère pendant au moins une semaine ; une partie des matières iïieruslantes est attaquée et transformée en une matièn* visqueuse. La paille hachée est ensuite mise à égoutter