III. — AMINES DÉRIVANT DES PHÉNOLS ET DES NAPHTOLS
Les phénols, comme les alcools, donnent par Faction de Tammoniaque des aminés ayant certains points de ressemblance avec les aminés précédentes, mais présentant aussi certaines différences, de même que les alcools et les phénols, leurs générateurs, présentent eux aussi des analogies et des différences; les aminés dérivant des phénols sont des bases moins énergiques que celles qui dérivent des alcools.
420. Phénylamines. — 1° Aniline. — La plus simple de ces aminés, la monophénylamine, ou aniline CTP.AzH', a été découverte par Unverdorben, en 1826, parmi les produits de la distillation sèche de l'indigo. L'aniline est la première aminé qui ait été découverte, mais ce n'est qu'en 1849, à la suite de recherches théoriques, que Wurtz créa la classe des aminés, montra leurs relations générales que les nombreux travaux d'Hoffmann vinrent étendre encore. Enfin, les recherches de Perkin,enl856, créèrent en peu de temps une des industries les plus florissantes, celle des matières colorantes dérivées des goudrons de houille.
L'aniline se trouve à l'état libre, mais toujours en petite quantité, dans certains goudrons de houille ; mais elle peut s'obtenir simplement en partant du benzène que
Ton trouve en assez grande abondance dans les produits de condensation que donne la distillation de la houille.
Prèpay^ation. — L'aniline se prépare par l'action de riiydrogène naissant sur le nitrobenzène :
C«H^Az02 + 311^ = C^H .xVzH^ + 211^0
Autrefois, cette réduction était opérée en utilisant la décomposition de l'acide sulfhydrique avec mise en liberté de soufre (Zinin). Aujourd'hui, on emploie l'action de la limaille de fer sur l'acide acétique. L'opération se fait dans les laboratoires en ajoutant Imparties de limaille de fer à un mélange de 10 parties d'acide acétique à 80" et de 10 parties de nitrobenzène. Au début, la réaction est assez vive pour qu'une partie de la masse distille ; on remet dans la cornue ce qui a distillé, et l'on chauffe doucement. On recueille dans le récipient un mélange d'eau et d'aniline.
Pr^op^iétès, — L'aniline estun liquide huileux incolore, d'une odeur désagréable, un peu plus dense que l'eau à la température ordinaire, plus légère au-dessus de 42**. Elle se solidifie à 8*" et bout à 184%5. Elle est peu soluble dans l'eau (30 grammes par litre environ à 12*'). Elle se mêle en toutes proportions avec l'alcool, l'éther, etc. A l'air et à la lumière elle s'altère et devient brune.
Elle se combine facilement avec les acides pour donner des sels incolores ; cependant elle a des propriétés alcalines moins marquées que l'ammoniac, et elle a peu d'action sur les réactifs colorés.
Vhydrogène naissant fourni par la décomposition de l'acide iodhydrique à 280" la transforme en benzène et ammoniac :
C«II-'.Azir^ -f- W = U^W + AzH^
Voxygène naissant la transforme en matières colorantes diverses ; rhypoehlorite de calcium donne une coloration bleue très sensible. Avec le mélange de bichromate de potassium et d'acide sulfurique la liqueur est d'abord rouge, puis violacée, puis bleue. Ce même mélange peut la transformer par une oxydation plus profonde en quinone et hydroquinone.
Usages. — L'aniline est le point de départ de la fabrication d'un grand nombre de couleurs d'un éclat magnifique et d'un prix de revient peu élevé ; les dérivés de l'aniline employés en teinture sont très nombreux (1).
2° DiPHÉNYLAMINE (C^H"')' : AzH ou PHÉNYLANÏLINE.
Cette aminé secondaire a été découverte par M. Hoffmann. On la prépare en chauffant sous pression de l'aniline avec du chlorhydrate d'aniline sans dépasser 200^:
C^FF.AzH^' + C6ir>.Azir^:(H,Cl) == (CW)^:AzH + AzH^Cl
C'est un corps solide, blanc, fusible à 45", et bouillant à 310"*. L'oxygène naissant le transforme en matières colorantes bleues et violettes.
3" Trïphénylamine (C'H^)'^ : Az ou diphénylaniline. — Corps solide, blanc, fusible à 127° et distillant à très haute température.
4''MÉTHYLPHÉNYLAMINE(C4r,CIP):AzH0WMÉTHYLANILINE.
— C'est une aminé secondaire que l'on obtient, par la méthode générale, en faisant agir sur l'aniline de l'iodure de méthylo. C'est un liquide incolore, bouillant à 192°.
(1) Les couleurs d'aniline dérivant non seulement de Taniline proprement dile, mais encore de divers autres aminés homologues, nous décrirons d'abord celles-ci (pour les couleurs d'aniline, v. p. 437).
5"Métuyldiphénylamine [(C'*H^)-.CH^] :. Az. — Cet alcali tertiaire est un liquide huileux, bouillant vers 290"*.
G"" DlMÉTHYLPHÉNYLAMINE [(CTI^j, (CII^)'j :. Az Oie DIMÉ-
THYLANiLiNE. — Celte aminc tertiaire fondàO"etboutàI92*'. Elle donne par oxydation une belle couleur violette.