‹ Traité de chimie organique (volume 2)Chapitre 49 sur 80 · MATIÈRES COLORANTES ROUGES · texte numérisé non relu

MATIÈRES COLORANTES ROUGES

Sang-dragon (ou draconine à l'état de pureté). — On l'extrait du Calamus petraeus et de plusieurs autres variétés de Calamus, du Dracaena Draco, ainsi que du Pierocarpus Draco. Masse brun-rouge, matte, cassante, très friable, d’un rouge vif en poudre, et très fusible. On en rencontre plusieurs sortes dans le commerce.

Le sang-dragon est sans saveur ni odeur ; par l'échauffement, l exhale une légère odeur de benjoin. Il est très soluble dans

Paleool, l’&ther et les huiles, insoluble dans l’eau; sa densit&ies de 1,196. Les alcalis le disolvent avec une couleur violette; Pa: cide acétique le dissout également; l'acide sulfurique le char. bonne. Suivant HERBERGER, il renfermerait de l'acide benzoïque

On l’emploie dans la préparation des vernis, des Qu frices, etc.

Rouge de santal ou santaline. — Al est extrait du bois de san tal rouge (Pterocarpus santalinus) au moyen de Palcool. Ma tière résinoïde d’un rouge foncé, en masse d’un vert brillant, san saveur, fusible à 80° R. ; elle ressemble au sang-dragon. Elle es insoluble dans l’eau, fort soluble dans les alcalis ; les acides minérau énergiques précipitent la solution ; fort soluble également. dan l'acide acétique, l’alcool et l’éther; la solution alcoolique pren une couleur pourpre par le protochlorure d’étain ; l’acétate d plomb la précipite en violet. La solution éthérée est jaune, € prend une belle teinte pourpre par l’évaporation à Pair; sans | contact de l’air, ce changement de nuance n’a pas lieu. Les huile essentielles oxigénées dissolvent également ce principe colorant celles qui sont exemptes d’oxigène n’ont point d'action sur elle Les huiles grasses se comportent d’une manière semblable (VOGEL.) y

Suivant PELLETIER, la santaline renferme 75,03 carbone 6,37 hydrogène et 18, 6 oxigène.

Rouge de l’orcanette (acide anchusique de PELLETIER). BR Pobtient en épuisant la racine d’orcanette (Anchusa tinctoria L par de l’Ether, ou en la traitant par des carbonates alcalins, apri l'avoir épuisée par de l’eau, et précipitant la solution par un acide Masse rouge-brun , compacte et très fusible, sans saveur odeur ; se volatilise en partie par un échauffement ménagée donnant des vapeurs violettes semblables à celle de liode;« d’une odeur piquante. Elle est insoluble dans Peau, soluble dat les alcalis avec une couleur bleue et fort soluble dans l'alcool. © peut l’employer comme réactif pour les alcalis. |

Les combinaisons alcalines, même la combinaison avec la ma gnésie, sont solubles dans Palcool et l'éther ; les acides rötablis sent la couleur rouge dans les combinaisons alcalines.

La solution alcoolique étendue d’eau prend à Pair une teint

bleue: Le protochlorure d’étain y produit un précipité cramoisi, l’acétate de plomb en donne un bleu, le protosulfate de fer un violet.

Gette matière colorante se dissout également dans l’ether, les huiles grasses et les huiles essentielles.

Suivant PELLETIER, elle renferme, en 100 parties, 71,178 carbone, 6,826 hydrogène et 21,996 oxigène.

(Voir, pour la matière colorante de l’alkanna oriental, provenant du Zawsonia inermis, Journal de pharm. août 1824, p- 405, et Magaz. f. pharm. t. 8, p. 180.)

Rouge d'hypéricum.— Les fleurs ainsi que les fruits de l'Hypenicum perforatum renferment une matière colorante rouge qu’on peut extraire par l’alcool. C’est une substance rouge foncé, d’un éclat de résine, diaphane en couches minces, molle, gluante et très fusible ; elle possède une odeur de camomille très forte, qui est due D About: à un mélange d'huile essentielle. Sa saveur est äcre et quelque peu aromatique. Elle est insoluble dans l’eau étdans les acides étendus; fort soluble dans l’ alcool, l’éthér et les essences; insoluble dans les huiles grasses à la tem DÉnaiire ordinaire, soluble dans les huiles par l’échauffement; soluble avec une couleur verte dans les alcalis caustiques ; les ae concentrées sontrouges par réflexion. Elle forme avec les alcalis terreux et les oxides des métaux pesants des précipités jaunes; elle se comporte donc à peu près comme un acide. Prise à la dose de 9 à 10 grains, elle exeite la faim (BucaNER); cela me paraît néanmoins douteux.

Cette matière colorante se trouve dans l'Oleum Hyperici des pharmaciens.

Rouge de carthame ou carthamine (acide carthamique de Dor- BEREINER). — Pour l’extraire des fleurs de carthame (Cartha- Mus linclorius), on les épuise avec de l’eau froide acidulée par du Yinaigre, tant qu’elle se colore en jaune (voir plus haut, jaune de carihame); puis on les épuise avec du carbonate de soude dilué; après avoir placé dans la solution un écheveau de coton, onprécipite par du jus de citron, on lave l’écheveau avec de l'eau froide, on redissout dans le carbonate de soude la matière Colorante qui s’y est fixée, et on la précipite de nouveau par

du jus de citron. On obtient ainsi la carthamine pure en décati tant, filtrant et desséchant la masse précipitée.

Suivant BERZELIUS, il est indispensable de fixer le principe colorant sur une étoffe, et la solution alcaline fournit une très belle carthamine, si on la précipite par de l'acide citrique pur.

C’estune matière pulvérulente ; vue en masse, elle est verte à la surface et d’un éclat métallique; en couches minces, elle est d’un beau rouge pourpré; elle rougit le papier de tournesol humide. Elle est insoluble dans l’eau et les acides, fort soluble dans les alcalis ; elle donne avec ces derniers une solution inco= lore ou jaune qui cristallise en partie, suivant DOEBEREINER. Les acides l’en précipitent avec une couleur rose. La carthamine se comporte donc comme un acide.

Elle teint entres beau rose les étoffes de soie; cette couleur blanchit promptement à la lumière solaire. Elle est peu soluble dans l’alcool, et moins soluble encore dans l’éther.

On emploie la carthamine pour les teintures en rose; on s'en sert également dans la peinture et dans la préparation du rot de toilette (rouge végétal).

Chica. — C’est ainsi qu’on appelle le tourteau couleur de cinabre que l’on prépare dans l'Amérique méridionale avec les feuilles du Zignonia Chica Humb. On l’emploie dans la teinture des tissus. Les Indiens s’en servent pour teindre la peau: (Magaz. f. Pharm., 1. 11, p. 49.)

Rouge de garance. — fa matière colorante de la garance (Rubia tinctorum) a été l’objet de plusieurs recherches de la part des chimistes ; cette racine renferme plusieurs principes qu'ilrest fort difficile d'isoler, de sorte que la plupart des notions que nous avons à cet égard ne se rapportent qu’à des mélanges.

KUHLMANN, ROBIQUET et COLIN, GAULTIER DE CLAUBRY et PErsOZ, et, en dernier lieu, RUNGE se sont DATE de la garance.

La meilleure garance se cultive dans l'Asie Mineure; on ly appelle lizariou alizari; cependant on la rencontre ässez frequemment aussi dans le midi de l’Europe. On dépouille la racinedes petitesfibrilles, et on enlève l'épiderme ainsi que la partie médullaire ; la racine réduite en poudre est ensuite livrée au commerce.

La garance fraiche est jaune ; elle acquiert, par la conservation, une couleur rouge qui brunit avec l’âge; la racine vieille ne renferme plus de principe rouge.

RUNGE a extrait de la garance cinq matières colorantes, dont trois rouges insolubles dans l’eau, une jaune soluble dans ce liquide, et enfin une brune insoluble. Il distingue les trois principes rouges par les noms de principe pourpre (krapp-purpur), principe rouge (krapp-roth) et principe orange (krapp-orange). Voici comment il les prépare :

a) Principe pourpre. — On lessive la racine dans l’eau froide, puis on l’épuise avec une dissolution d’alun concentrée et bouillante. Par lerefroidissement de la solution filtrée à chaud, il s’en sépare une substance brun-rouge que l’on sépare du liquide rouge surnageant. On ajoute à celui-ci de l’acide sulfurique. Au bout de quelques jours, on trouve complétement déposé dans le mélange un précipité rouge, qui, pour 5 kilogr. de racines, ne s'élève qu’à 15 grammes environ. On le lave avec de l’eau, puis, après en avoir extrait l’alumine au moyen de l’acide hydrochlorique, on le dissout dans l'alcool, d’où ilse dépose à l’état d’une poudre cristalline, rouge-orange. Ce principe se volatilise en partie sans se décomposer et sans que la partie sublimée ait aucune apparence cristailine. Il est peu soluble dans l’eau froide, et s’y

“dissout mieux à chaud. Sa dissolution Jalcoolique est troublée par Peau. Les acides étendus le dissolvent à chaud avec une couleur jaune ; il s’en sépare, par le refroidissement, à l’état de flocons orangés. Les alcalis le dissolvent avec une couleur rouge écar-

late. II a une si grande affinité pour la chaux, qu’il se combine

entièrement avec elle, lorsqu'on fait bouillir sa solution avec de la craie.

b) Principe rouge. — Il constitue la portion essentielle de la masse qui se dépose par le refroidissement de la décoction alunée. On la dépouille du principe pourpre en l’épuisant à chaud par de l’acide hydrochlorique, dissolvant dans l'alcool, précipi- “tant cette solution par une solution concentrée d’alun tant que celle-ci présente encore une teinte rouge, et faisant cristalliser dans l’ether. On l’obtient ainsi sous la forme d’une poudre jaune-brunätre et cristalline. Il fond par la chaleur en un liquide

orange et se sublime en aiguilles brillantes de même BEN en laissanı du charbon; cependant ces cristaux se volatilisent ensuite sans se décomposer. Il est soluble dans l’eau bouillante et s’en précipite par le refroidissement à l’état floconneux. L'alcool et l’éther le dissolvent avec une couleur jaune-rouge. Les acides le jaunissent. L’ammoniaque le dissout avec une couleur pourpre, la potasse et l'eau de chaux avec une couleur pensée. Le principe rouge constitue en majeure partie ce qu'on appelle Ie rouge d’Andrinople.

c) Principe orange.— On lave convenablement la garance are - de l’eau, on la meten digestion dans de l’eau tiède, puis on passe le liquide à travers de la mousseline. Au bout de quelques heures, le principe se dépose en cristaux miroitants que l’on dissout dans l'alcool bouillant qui les dépose par le refroidissement. On les lave ensuite avec de l'alcool froid, jusqu’à ce qu'une portion; prise pour essai, se dissolve dans l'acide sulfurique avec une couleur jaune franc. Le principe orange est une poudre jaune qui fond en un liquide brun et produit des vapeurs jaunes qui’se condensent en une masse brun-jaune. L’eau bouillante ne le dissout que fort peu; il en est de même pour l'alcool, à froid ; l’alcool bouillant et l’&ther le dissolvent mieux. L’ammoniaque I dissout avec une couleur brun-rouge, la potasse avec une coule rose.

Ces trois matières colorantes donnent, ensemble ou spa ment, les diverses nuances que lon peut produire sur les tissus teints à la garance. La matière colorante rouge préparée par PER- SOZ et GAULTIER DE CLAUBRY est un mélange de ces trois principes. L'alizarine de ROBIQUET se compose particulièrement du principe rouge de RUNGE; toutefois elle renferme également une certaine quantité des deux autres, car ils sont tous les trois sublimables. Ces matières colorantes sont très solubles dans Falbumine, elles y restent unies quand on la coagule par l’&chauffement. La solution de chlorure de calcium précipite l’albumine colorée; si l’on ajoute à la dissolution du phosphate d’ammoniaque, puis du chlorure de calcium, on voit se précipiter toute la matière colorante en combinaison avec du phosphate de chaux et peu d'albumine.

… L'urine dissout aisément la matière colorante de la garance. Le lait se colore par elle en jaune et dépose du caséum coloré en rose.

C'est. à la grande solubilité des principes colorants de la garance dans les liqueurs albumineuses, et surtout à leur extrême affinit& pour le phosphate de chaux, qu’il faut attribuer ce fait que les os des animaux longtemps nourris de garance se colorent

peu à peu en rouge. Lorsque l'animal change de régime, cette coloration disparaît graduellement.

- Le principe jaune ou zanthine de Runge s'obtient en ru

sant la racine par de l’eau froide, précipitant la dissolution par de l'eau de chaux, et traitant le précipité par de l'acide acétique qui dissout la xanthine et l’acétate de chaux. On évapore à siccité etl’on épuise le résidu par de l’alcool. On précipite ensuite la solution alcoolique par de lacétate de plomb qui donne un précipité rouge écarlate que l’on décompose par l’hydrogène sulfuré. De cette manière, on obtient une belle solution jaune de xanthine.

"Le principe brun est une substance insoluble dans l’eau et l’alcool; on l'extrait de la garance au moyen d’un alcali. L’extrait est précipité par les acides. Cette substance ne convient pas à la teinture. (RUNGE.)

Nous avons déjà fait remarquer que la garance fraîche n’est pas rouge, mais qu’elle est jaune, et que le principe rouge ne se développe que dans certaines circonstances, par une espèce de fermentation, ou plutôt par une combustion, une oxidation, car Vaccès de l'air a une influence marquée sur sa production. L'acte chimique qui s’accomplit alors n’est pas encore bien déterminé;

cependant ilest assez probable que toutes les matières colorantes de la garance, tant les rouges que les jaunes, ne sont que des modifications d’un seul et même principe. Du moins, ce qui parle en faveur de ce fait, c’est que toutes les matières colorantes de la garance, quelqu’ait été leur mode d’extraction, donnent par un échauffement modéré, à l’état sec, des aiguilles allongées jaunes ou d’un rouge-jaunätre que l’on peut fixer sur les étoffes avec toutes les nuances du rouge, et ces teintures résistent aussi bien à la lumière que celles qui se font directement avec la garance.

(ROBIQUET.) ROBIQUET et COLin, qui, lespremiers, ont observé | ce produit cristallisé, lui ont donné le nom d’alizarine; voiei comment ils RCA Vent de le préparer. | On fait macérer de la garance pulvérisée pendant dix minutes | dans 3 ou 4 parties d’eau froide, on exprime la masse et on la passe à travers un linge; elle devient bientôt gélatineuse, on la laisse égoutter sur du papier joseph, puis quand elle est à peu | près sèche, on latraite par de l’alcool absolu et bouillant jusqu’à ce| que le liquide ne se colore plus. On réduit la dissolution alcoolique jusqu’au quart, on ajoute au résidu un peu d’acide sulfurique, puis de l’eau, et il s’en sépare alors des flocons jaunes | qu’on lave avec de l’eau, pour les chauffer ensuite, après la dessiccation, dans un appareil sublimatoire. L’alizarine se volatilise | ainsi. ; ZENNEK fait macérer de la poudre de garance dans de l’eau froide, mélange le résidu, débarrassé des parties solubles, avec de l’eau et de la levure, puis, après que ce mélange a fermenté;il l’exprime, traite le résidu par de l'alcool, évapore l'extrait au | quart, ajoute au résidu de l’acide sulfurique étendu, et sublimeà

. r | une douce chaleur les flocons brun-rouge qui se déposent alors: |

Un autre procédé, proposé par lui, consiste à épuiser par de bether la poudre de garance directement, ou bien après l'avoir

préalablement traitée par de l’eau froide et de l'acide sulfurique | étendu, puis à chasser l’éther de l'extrait et à sublimer le résidu.

(Poggendorffs Annal, t. XIII, p. 375.) L'alizarine ainsi obtenue forme, des aiguilles jaune-rouge, très brillantes, transparentes et souvent de plusieurs lignes de

long; elle est sans saveur ni odeur (d’après ZENNEK, elle a une saveur aigreietie et amère), et peut se sublimer; elle est peu s0- |

luble dans l'eau froide, plus soluble dans l’eau bouillante; la solution est de couleur rose: suivant ROBIQUET et Corn, elle se dissout aisément dans l'alcool et l’éther; d’après ZENNEK , au contraire, elle s’y dissout mal; la solution alcoolique est rose, celle’ dans Pether jaune doré ; je solutions réagissent acide, suivant ZENNEK. Elle se deuil également dans les alcalis avec une teinte violacée ou bleue; ces solutions rougissent quand

on les étend d’eau; elles sont éeites par les acides, l’acide |

sulfureux y produit un précipité couleur de rouille; les précipités se dissolvent dans un excès d’ammoniaque avec une couleur rouge foncé. Un mélange d’alun et de potasse précipite dans la solution aqueuse une laque rose.

Suivant KoEcHLiN lalizarine de ROBIQUET et Cozin est une résine colorée par un principe rouge et qui donne par la sublimation, à l’état de pureté, des aiguilles d’un blanc jauvâtre qui nese colorent pas par les alcalis, etc. (Magaz. Pharm., f. t. XXI,

p. 51.) L’assertion de KoEcHLIN est en contradiction avec les nes postérieures de ZENNEK (Pogg. Annalen, t. XII, p. 375), ainsi qu'avec celles de L. GMELIN (Handbuch der Chemie, 3° édit., t. II, p. 660).

ROBIQUET et Corın ont observé que si l’on humecte de la garance en poudre avec de l’acide sulfurique concentré, de mapière à former une bouillie épaisse, et que l’on abandonne le tout à lui-même, les parties ligneuses et d’autres parties solubles dans l’eau, notamment la matière colorante jaune, se détruisent ét se charbonnent tandis que la matière colorante rouge n’éprouve aucune altération. En lavant alors le tout avec de l'eau, On peut en extraire le principe rouge mélangé avec le charbon mis à nu par l'acide sulfurique, et même, ainsi que l’affirment ces chimistes, on parvient, par cette méthode, à extraire plus de matiere colorante, qui autrement s’attache avec opiniâtreté à la matière ligneuse et n’en peut être séparée.

RoBiQuET rapporte, à l'appui de la préexistence de l’alizarine dans la garance, que lorsqu'on répand sur une feuille de papier, maintenue sur une plaque chaude, de la garance charbonnée par l'acide sulfurique et réduite en poudre fine, sur une épaisseur de 2 ou de 5 lignes, et que l’on continue à chauffer, on voit surgir du sein de la poudre, et sans que le papier noireisse, des aiguilles soyeuses d’alizarine, ayant une belle couleur rouge. Les cristaux ainsi préparés sont ordinairement souillés d’une matière grasse qui empêche qu'ils ne se dissolvent dans l’eau et dans les …mordants , par exemple, dans une solution d’alun. On obvie à cet inconvénient en les humectant préalablement avec de l’al- ‚cool.

Il paraît, d’après cela, que l’alizarine est à la matière colorante

2 NN F à

rouge de la garance ce que l’indigo sublimé est à nie ondinaire, c'est-à-dire qu’il n’y a pas de différence entre les deux produits.

DOEBEREINER a fait cette observation que la garance ardi; naire, délayée dans l’eau chaude, entre en fermentation, sans que par là le principe rouge s’altere. |

Sous le nom de laque de garance, on désigne une combinaison de la matière colorante de la garance avec l’alumine, combinaison qui est fort recherchée dans la peinture en raison de la beauté et de la solidité de sa couleur. On obtient une très belle laque, suivant RoBiQuET et COLIN, en faisant macérer 2 parties de garance dans 8 parties d’eau, pendant 10 minutes, exprimant fortement et répétant deux fois la même opération ; puis on chauffe le résidu au bain-marie avec une solution de 1 partie d’alun dans 12 parties d’eau, pendant 2 à 3 heures, et l’on dé: compose le liquide filtré par du carbonate de soude pur qu'on ajoute par petites portions. Le précipité qui se forme le premier est le plus beau; après l’avoir lavé, on le desseche.

On peut encore se procurer une fort belle laque, en lavant: la garance avec de l’eau tant qu’elle se colore en jaune, épuisant ensuite à chaud par une dissolution d’alun et précipitant l’extrait par une dissolution de borax.

Rouge du bois de campéche ou hématine (hématoxyline). = Ce principe rouge a été découvert par CHEVREUL dans le bois de campeche (Hematoxylon campechianum.) On évapore à siccité l'extrait aqueux du bois de campêche, on épuise le résidu avec de l'alcool bouillant de 0,84, on ajoute un peu d’eau à l'extrait filtré, puis on évapore de nouveau. L’hömatine eristallise alors et peut être purifiée par des lavages à l’alcool froid.

Elle eristallise en écailles brillantes, d’un rouge jaunâtre (suivant TESCHEMACHER, en prismes rectangulaires dont les arètes latérales sont tronquées, et qui sont terminées par un sommet trièdre). Elle a une saveur âcre et amère et ne s’altöre pas à l'air.

A l'état pur, elle est peu soluble dans l’eau; toutefois, il suffit d’une très petite quantité pour colorer Peau en rouge; la solution aqueuse cristallise fort mal par l’évaporation. Elle est

we de DE CHIMIE ORGANIQUE. 427 plus soluble dans l'eau, lorsqu’elle est accompagnée d’une cerfaine matière brune. Elle se dissout assez bien dans l’alcool et dans V'éther. La solution aqueuse devient plus claire par laddition d’un peu d’acide sulfurique, nitrique ou hydrochlorique. Lasolution rouge mêlée avec de l’acidesulfurique ou hydrochlorique perd sa couleur au contact du zinc métallique ; elle reprend sa couleur rouge après l'éloignement du zinc. KUHLMANN a observé dans la liqueur décolorée la formation de cristaux blancs. Plusieurs acides avivent la couleur de l’hématine. Les alealis la colorent d’abord en pourpre, puis en violet ; les alealis ferreux la précipitent en bleu ; l’alun la précipite et la colore en violet. Beaucoup de sels métalliques, tels que le proto-chlorure d'étain, l'acétate de plomb, etc., forment avec elle des précipités bleus; la gélatine animale la précipite en flocons rouges. Rouge de Fernamboue ou brésiline. — On l'extrait du bois de Brésil(Cæsalpinia crista, brasiliensis,etc.). Alétat pur, ce prineipe forme une masse compacte, ‘d'un jaune-rouge foncé, très soluble dans l'eau et l'alcool. La solution aqueuse est d’un jaune rougeätre, rougit davantage à l'air, pälit par l'addition d'un peu d'acide sulfurique, hydrochlorique ou nitrique, et rougit par un excès d’acide en déposant des flocons. L’hydrogene sulfuré et l'acide sulfureux la décolorent ; les acides énergiques rétablissent la couleur rouge de la solution. Les alealis la colorent en violet, réaction qui permet de les découvrir avec une pareille dissolution. Les acides phosphorique, sulfurique, hydrochlorique, nitrique, citrique, ete., colorent le papier de Fernambouc d’abord en rouge, puis en jaune, ou même tout de suite en jaune; l'acide sulfureux le blanchit. | La brésiline pure cristallise, suivant CHEVREUL, en petites aiguilles orangées, qui, à ce qu'il paraît, se volatilisent en par- Mie par la chaleur, en partie se décomposent et donnent un liquide ammoniacal et acide. L’acide nitrique la transforme en partie en acide nitro-picrique.

Elle est soluble dans l’eau, l'alcool et l’éther. La solution aqueuse qui est jaune rouge change de couleur, comme il a déjà * été dit ; l'hydrogène sulfuré la décolore, les alcalis la colorent en violet ; les sels de plomb et d’étain agissent d’une manière sem-

blable, en donnant des précipités colorés. L’älun donne avec elle une laque rouge.

Rouge des feuilles en automne, érythrophylle. — Les feuilles de beaucoup d’arbres et d’arbustes rougissent en automne; la matière colorante qu’elles renferment alors est la même que celle qu’on rencontre dans les fruits de ces plantes. On extraitle principe colorant au moyen de l'alcool, et l’on évapore de maniere à séparer la résine et la matière grasse, qu’on enlève au moyen du filtre. Le liquide clair se mêle avec l’eau sans se trou: bler. L’acétate de plomb y produit un précipité couleur vertpré. On ajoute de l’acétate de plomb tant que le précipité prend une teinte brune grisätre; il se compose alors en plus grande partie d'une combinaison des acides contenus dans les feuilles avec l’oxide de plomb. On jette le mélange sur un filtre; le précipité qu'un sel de plomb occasionne alors dans le liquid filtré est d’un beau vert-pré et conserve cette couleur. On le dé: compose par l'hydrogène sulfuré et l’on évapore le liquide dans. le vide. La matière colorante est d’un brun rouge, peu solublé dans l’eau, fort soluble dans les liquides alcalins. Les combinaisons alcalines sont vertes et s’oxident à l'air; le précipité vert formé par l’oxide de plomb ne se comporte pas ainsi.

La matière colorante qu’on extrait des baies rouges présente à peu près les mêmes caractères. (BERZELIUS.)

Rouge des fleurs. — La matière colorante des roses, des coquelicots, des cactus, des giroflées et de beaucoup d’autres fleurs Sextrait aisément au moyen de l'alcool ; lorsque les fleurs renferment des matières grasses, résinoïdes ou cireuses, on ‚fait bien de les épuiser preslablemenk par de l’ether. On obtient, ainsi une masse rouge foncé ou une poudre d’un rouge vif, fort soluble dans l’eau et dans l'alcool, aqueux et insoluble dans l’éther et les huiles. Les acides éclaircissent ordinairement la couleur des solutions, les alcalis les font tourner en bleu, un excès d’alcali en vert et même en jaune. L'acétate de nt basique les précipite en vert ou en jaune; l’acétate neutre se comporte à peu près de même quelquefois il donne un précipité bleu ou violet. La lumière blanchit plus ou moins rapidement le prin-" cipe rouge des fleurs, le chlore agit de même.

Page 1