‹ Traité de chimie organique (volume 2)Chapitre 56 sur 80 · TOURNESOL · texte numérisé non relu

TOURNESOL

Nous avons déjà dit précédemment que le tournesol en pains se prépare avec certains lichens à peu près comme Vorseille. Il renferme, suivant KANE, quatre matières bien distinctes, Lorsqu'on le fait d’abord bouillir avec de l’eau et qu'on l'épuise ensuite avec de l’acide hydrochlorique, il reste un résidu rouge que l’on traite par l’alcoo! bouillant. La dissolution alcoolique donne, par l’évaporation, un résidu nouveau, d’où l’éther extrait l'érythroléine et l'érythrolitmine. L’érythroléine se sépare, par l’évaporation de l’éther, à l’état d’un liquide huileux ; l’autre principe demeure en dissolution et s’obtient comme réal quand on a chassé tout l'éther. L’extrait alcoolique traité par l’éther est d'un rouge-brun ; l’ammoniaque versée sur le résidu s'empare de l’azolitmine, qui, traitée par un acide et évaporée, cède à ce dernier toute l’'ammoniaque. |

Le tournesol traité par l’eau bouillante lui cède une matière colorante bleue qui doit sa solubilité à l’ammoniaque qu’elle ren-

ferme, La dissolution aqueuse évaporée à siccité, reprise par l’acide hydrochlorique et lavée par l'alcool, laisse de la spaniolitmine.

L’erythroleine est semi-fluide à la temperature ordinaire, et se dissout aisément, avec une couleur rouge ou pourpre, dans l'é-

{her, l'alcool et les alcalis aqueux ; elle est fort peu soluble dans l'eau et se décompose par la chaleur. Sa composition se représente par Ce Hu: O, (KANE).

L’erythrolitmine est rouge, peu soluble dans Peau, et plus soluple dans l'alcool; sa solution alcoolique, préparée à l’ébullition, la dépose, par le refroidissement, à l’état d’une poudre grenue et cristalline. Elle se dissout dans les alcalis avee une couleur bleue; avec l’ammoniaque elle forme une combinaison bleue et insoluble. Sa formule est égale à Cec Has Os (KANE).

L’azolitmine est insoluble dans l’eau et l'alcool, plus soluble dans les alcalis. C’est la matière principale du tournesol; elle renferme 49—50 pour cent de carbone, 5,35—5,52 d’hydrogène, ainsi que-de l’azote qui n’a point été déterminé.

La spaniolitmine ne renferme pas d'azote ; KANE exprime sa composition par Cie Ha Oùs.

Le chlore décompose l’azolitmine et l’Erythrolitmine, en produisant des combinaisons qui renferment du chlore à la place d'un certain nombre d’atomes d'hydrogène.

Lorsqu'on épuise, suivant A. GELIS, le tournesol en pains par une lessive alcaline faible, qu’on précipite l'extrait qui est d'un bleu foncé par de l’acétate de plomb, et qu'on décompose le précipité par de l'hydrogène sulfuré, on obtient un mélange de sulfure de plomb et de trois principes colorants, différant par leur solubilité dans l’aleool, l'éther et l’eau. On les sépare du sulfure de plomb en les traitant par de l’ammoniaque faible. La solution ammoniacale est bleue ; lorsqu'on y ajoute de l'acide acétique, ils se déposent à l’état d’une poudre rouge très fine e& exempte d'acide acétique.

Ce précipité, traité par l’éther, lui cède une matière jauneorange; le liquide éthéré donne, par l’évaporation, un résidu rouge, brillant, et dans lequel on remarque de fines aiguilles qui lui donnent un aspect velouté, L'alcool extrait de la poudre, préalablement épuisée par l’éther, une autre matière colorante, d'un rouge de sang, et qui possède, après la dessiccation, un éclat doré ; elle constitue la partie essentielle du tournesol.

Enfin, après qu’on a traité la poudre par l’alcool, il reste un corps insoluble dans l’eau et qui donne de la cendre par la calci-

nation ; ce même corps se dissout dans les alcalis et produit avec eux, comme les matières précédentes, des combinaisons bleues. Ces trois substances fournissent, par la distillation sèche, des produits ammoniacaux.

Suivant PERETTI, la matière colorante du tournesol est rouge, et sa couleur bleue dépend de la présence de l’ammoniaque; KANE partage cette opinion.

Les matières colorantes du tourzesol et de l’orseille perdent leur couleur par Peffet des agents désoxigénants, tels que l'hydrogène sulfuré, le proto-chlorure d’&tain, etc.; au contact de l'air, elles reprennent leur couleur.

PHLORIZEINE. 24

STAS a décrit sous ce nom une matière colorante rouge qui

se produit, à la manière du tournesol et de l’orseille, par l’action

simultanée de l’air et de l’ammoniaque sur la phlorizine. (Veir tome I, p. 307.)

La meilleure méthode pour préparer la phlorizéine consiste à répandre de la phlorizine humide sur quelques capsules plates et à disposer celles-ci sous une cloche, dans laquelle se trouve placée la solution d'un sel ammoniacal et d’où l’on dégage l’ammoniaque à volonté en y jetant des fragments de potasse. Au bout de quelques jours de contact, la phlorizine est transformée en un sirop bleu foncé. On porte celui-ci dans le vide sur de l'acide sulfurique, afin d’en chasser l’excès d’ammoniaque; on le dissout

sensuite dans l’eau et on verse le liquide dans beaucoup d'alcool.

Le phlorizéate d’ammoniaque se précipite alors à l'état d’une belle poudre bleue. Après l'avoir épuisé par de l'alcool absolu, on le dissout dans fort peu d’eau et on y ajoute de l'alcool aiguisé par de l’acide acétique. Il ne faut pas en verser d’exeds. Enfin on lave bien le précipité par de lalcool absolu. |

La phlorizéine renferme C,, H,, N, O.. ; elle se forme de la phlorizine en ce que celle-ci prend 2 atomes d’arnmoniaque et 8 atomes d’oxigene, et cède 6 atomes d’eau.

Elle est rouge, solide, non cristallisable ; sa saveur est légèrement amère. Elle n’est point fusible et ne se volatilise pas sans

décomposition. L’eau bouillante la dissout avec une couleur rouge. L'alcool, l'esprit de bois et l’éther en dissolvent à peine des traces.

Le chlore la décompose instantanément. Les alcalis en font autant.

Le précipité formé dans le sirop bleu par l'alcool est la combinaison ammoniacale de la phlorizéine. Elle renferme 1 équivalent d’oxide d’ammonium. Elle est bleue, insoluble dans lalcool, l'esprit de bois et l’éther ; par la chaleur elle perd de l’eau et de l’ammoniaque. Les acides précipitent la phlorizéine de la solution aqueuse de ce composé.

La phlorizéine se dissout dans les acides concentrés, l’acide nitrique excepté, avec une couleur rouge de sang. Les matières désoxidantes décolorent la phlorizéine; l’hydrogène sulfure produit cet effet en déposant du soufre. Le protoxide d’étain dissous dans la potasse décolore également sa solution, mais elle reprend rapidement la teinte rouge en absorbant l’oxigene de l'air.

L’hydrate d’alumine se combine avec la phlorizine en produisant une laque bleue et en éliminant de l’ammoniaque.

Le nitrate d'argent et l’acétate de plomb basique précipitent sa combinaison ammoniacale avec une couleur bleue. Le phlorizéate d'argent est décomposé par l’eau; dans le sel de plomb, 1 atome d’oxide d’ammonium est remplacé par 1 atome d’oxide de plomb.

Nous avons déjà parlé (tome I, p. 304 des propriétés et du mode d'extraction de la phlorizine.

Stas a publié, dans ces derniers temps, un travail sur la phlorizine, mais les formules établies par ce chimiste pour elle et ses dérivés entraînent plusieurs suppositions peu vraisemblables ; c’est ce qui me les a fait rejeter. Je représente la phlorizine cristallisée par Ca Hz, Os + 6 aq. ; cette expression cadre fort bien avec toutes les analyses et se prête aisément à toutes les dé- -ductions.

Chauffée à 100°, la phlorizine perd 4 atomes d’eau. En précipitant sa solution, à la température de l’Ebullition, par de l’acétate de plomb, on obtient un sel où les 6 atomes d’eau de la

phlorizine cristallisée se trouvent remplacés par 6 atomes d’oxide de plomb. Si l'on opère à une température basse, le produit renferme des quantités variables d’oxide de plomb.

Les acides sulfurique, phosphorique, hydrochlorique, hydriodique et oxalique dissolvent la phlorizine à froid, sans l’altérer: par un contact prolongé, ainsi que par l’&chauffement, elle se décompose en sucré de raisin et en phloretine, substance qui se dépose à l’état cristallin. L’acide nitrique et lacide chromique donnent naissance à d’autres produits de décomposition.

La phloretine, formée par l’action des acides dilués sur la phlorizine, est blanche, cristalline, d’une saveur douceätre, presque insoluble dans l’eau froide, peu soluble dans l’eau bouillante et dans l'éther, soluble en toutes proportions dans l'alcool, l'esprit de bois et l'acide acétique concentré. Elle cristallise de ces solutions à l’état de grains brillants. Elle ne perd d’eau pas même à 160°; elle fond à 180° et se décompose par une chaleur plus élevée.

Les acides concentrés la dissolvent sans altération ; l'acide ni” trique la transforme en un corps rouge, identique avec celui que ce même acide produit avec la phlorizine, et que nous allons dé” crire sous le nom d'acide phloretique.

La phlorétine fond dans ’ammoniaque seche, en absorbe 14 pour cent et se concrète de nouveau en une masse non cristalline, qui, exposée à l’air,degage peu à peu son ammoniaque. Cette combinaison ammoniacale donne, avec les sels de plomb et d’argent, des précipités auxquels on n’a pas trouvé de composition constante.

La composition de la phlorétine s’exprime par C,, Hz. O,, ; en ÿ ajoutant les éléments de 1 atome de sucre de raisin C,, Ha 0,4, on aC, His Oo, formule qui est celle de la phlorizine cris= tallisée.

L'acide phlorétique se produit, comme nous l'avons déjà dit, par l'action de l'acide nitrique concentré sur la phlorizine et la phlorétine. On le dissout dans un alcali, on Pen précipite par un acide et on le lave convenablement. II est couleur de puce, non eristallisable, insoluble dans l’eau, soluble dans l'alcool, Pesprit de bois et les alcalis. Il est insoluble aussi dans les acides

elendus. L'acide sulfurique concentré le dissout avec une couleur rouge de sang; l’acide nitrique concentré le transforme peu à peu, dit-on, en acide oxalique et acide nitro-picrique.

À 150 il se décompose en développant du bioxide d’azote. Sa composition se représente , selon toute probabilité, par C;, Ha, N. O,, Où pär Cou His N, O,,5 de nouvelles recherches décideront laquelle de ces deux formules il faudra choisir.

Page 1