‹ Traité de chimie organique (volume 3)Chapitre 31 sur 90 · GRAISSES SOLIDES, BEURRE, SUIF, ETC · texte numérisé non relu

GRAISSES SOLIDES, BEURRE, SUIF, ETC

Huile de laurier. — Les baies de laurier {Laurus nobilis) renferment une huile qui est d'une consistance onctueuse. Cette huile po.'>ède l'odeur aromatique des baies et une saveur amère-, elle renferme uuc certaine quantité d'huile essentielle et se dissout aisément dans l'éther. On l'emploie en pharmacie pour préparer des oni^uents.

Beurre de cacao. —Pour l'extraire des fèves de cacao {Theobroma Cacao^ on les monde d'abord de leurs enveloppes, puis on les réduit en pâte en les pilant dans un mortier chauffé; ensuite on y ajoute l partie d'fau bouillante pour 6 parties de cacao, et l'on mélange avec soin. Cette pâle peut alors être exprimée dans uiie toile, entre deux plaques de fer chaudes.

Le beurre de cacao est blanc, solide, assez cassant, fond par la chaleur de la main, et possède une saveur suave et une légère odeur de cacao. Sa densité est de 0,91. Il ne se rancit pas, se dissout dans l'éther, l'essence de térébenthine, et en petite quantité dans l'alcool chaud. Il se compose en plus grande partie d'une matière cristalline, fusible à -29 ', et qui constitue une combinaison chimique d'oléine et de stéarine.

Beurre de muscade. — Les fruits du muscadier {Myristica moschata) fournissent une matière grasse qui se rencontre dans le commerce sous forme de tables carrées du poids de plusieurs

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livres ; elle s'obtient en soumettant les muscades à la presse. Ces fruits donnent environ la moitié (!•' 1< ur poiils île matière içrasso.

(Il Ile matière est cassante, et [lossède l'odeur ainsi que la saveur de l'huile essentielle de musca<le. Les fragments sont bruns en dehors, et présentent inlérieur<Mnent des marbrures jaunes.

Lorsqu'on tniile le bcuirede muïicade par de lalio)!, à froid, il s'y dissout une huile essentielle, ainsi qu'une huile grasse, et il reste «nvinm 2.) à 30 centièmes d'ime graisse solide et bbinche. Celle-ci s'obtient, par des cristallisations réitérées dans l'étlier, 80US forme cristalline et nacrée-, «Ile fond à 31"(Playfair), et n'est point attaquée par les alcalis étendus. Elle se saponifie au contraire avec facilité lorsqu'on la fiit fondre avec de la potasse hydratée. Le savon qu'on obtient ainsi donne un acide particulier, Vacide myristique (voir plus haut, p. 173), qui cristallise dans l'alcool en feuillets larges, brillants et fu ibK^s à 50". Play-

FAIR

Suivant Pelouze et Bouuet, la matière cristalline que l'on extrait du beurre de muscade serait de la margarine pure.

Beurre de coco. — Les noix du cocotier (Cocos wucr/l^rfl, Cocos bulyracea) renferment une graisse blanche, suave et de consistance onctueuse ; elle fond à 20° et se fige à 18°; elle se rancit aisément et donne, avec la soude, un savon solide qui présente une odeur repoussante.

Le beurre de coco est un mélange d'une graisse liquide et d'une autre giaisse solide à la température ordinaire ; suivant Pelouze et Boudet, cette dernière serait identique à l'élaïdine. (Voir plus haut, p. 172, Acide cocinique.)

Huile ou beurre de palme. — On l'extrait du brou de VAvoira Fiais ou de ÏFlaïs Guianensis. Cette matière grasse a la consistance du saindoux ; elle est jaune rougeâtre, d'une odeur de violettes et d'une saveur suave ; elle fond à une douce chaleur en une huile jaune rougeâtre. Son point de fusion s'élève avec l'âge; ainsi, l'huile récente fond à 27°; l'huile âgée, entre 32 et 36».

L'huile de palme se rancit promptement et paraît alors éprouver une décomposition particulière. Dans cet état, elle

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cède à Peau de la glycérine, et renferme de Tacide mnrgarique et de r.icide oléique libres ; sons ce rapport, elle se comporte donc comme les autres matières grasses.

Lorsqu'on enlève, au moyen de la presse, l'huile liquide qu'elle contient, et qu'on la traite ensuite par l'alcool bouillant, l'huile de palme laisse environ les V« de son p()id> d'une graisse solide et peu soliible, qu(* l'on peut obtenir pure et in'^olore, en la faisant cristalliser dans l'éther et en l'exprinaant à diverses reprises. Cette graisse solide fond à 50'^ et donne, par la saporufîcalion, de la glycérine et du pa mitale de potasse, exempt d'oléate et de stéar.ite; l'acide que renferme le sav(»n ainsi obtenu fond à 60°. (Voir plus haut, p. 176, Acide palmitique.)

L'huile de palme renferme également une matière colorante orange, que l'on peut détruire, soit en exposant l'nuile au soleil, soit en la traitant, à l'état de fusion, par 4 centièmes d'acide sulfurique, soit enfin au moyen ilu chlore.

On emploie l'huile de palme brute dans la fabrication des savons. Elle leur commumqne son odeur-, on augmente ordinairement la consistance de ces savons, en ajoutant à l'huile du suif ou de la résine.

Beurre de Galam. — On le confond souvent avec l'huile de palme; il provient du Bassia hutyracea, arbre de la famille des sapotées. Il pos^ède la consistance du beurre de vache; son odeur et sa saveur rappellent celles du beurre de cacao ; il fond et se fige à 21 ou 22°, et ne se dissout que fort peu dans l'alcool ; il se rancit comme l'huile de palme. Il est d'une couleur blanc rougeàtre.

Le Fateria indica fournil également une graisse jaunâtre, solide, légèrement odorante et d'une densité de 0,9265. Cette matière grasse fond à 2><o^b^ et se dissout difficilement dans l'alcool de 82 centièmes.

Suif. — Cette substance grasse se trouve autour des reins et près des viscères mobiles du bœuf, du mouton, du bouc et ,iu cerf. A la température ordmaire, elle est de consistance soli<Je; le suif de mouton et de cerf est un peu (»lus ferme que celui de bœuf.

Le suif doit son odeur à une hude particulière à laquelle Che- VRKUL a donné le nom de hircine, et qui fournit, par la saponi-

tic.'itiorj, nri ncido j^rns particulier que nous avons (U'-jà décrit plus haut sous le nom iVacide hirciquc ( p. 131 ;. Il est composé aux V* d'un»' graisse solide qui se rancit peu à peu à l.iir eu jaiuiissant.

Ou Itlancliil le suif à Taide de l'Iiypoclilorite de chaux ou de mai^nésie et de l'aride sulfurique étendu. Pour blaiiciiir 100 parties de suif, on dissout 1 'a A parties d'hypochlorilc de chaux dans 1 à 8 fois leur |)oids d'eau, on nu'ïlani;e c<'tl(î dissolution avec le suif, pendant (ju'on le chaulTe, et on y ajoute une quantité convenable d'acide sulfurique |)0ur cflV'cfiier la décomposition.

J.e suif forme avec la soude des savons fermes et <lurs.

Graisse de moelle de bœuf. — Elle est blanc jaunûtre, assez dure et cassante; elle fond [tar la clialenr de la main, possède une odeur particulière et une saveur suave.

Beurre. — Lorsqu'on bat la crème du lait, le beurre s'en sépare en s'agglomérant peu à peu. Il est mou, blanc ou jaunâtre, et possède une odeur agréable. Cette odeur est due à la butyrine, principe gras qui donne, par la saponification, Vacide butyrique. ("Voir page 128.; 11 renferme en outre du caséum et de l'eau, qu'on j): ut en séparer par la fusion.

Le beinre fondu se compose, suivant Chevreul, d'un corps gras cristallisable (jui renferme, d'après Bromeis, de l'acide margarique.(sans ;icide stéarique), ainsi que de l'oléine et de la bulyrine oapi ine, ca{)roine , en proportions variables. Il contient aussi une matière colorante jaune et une substance volatile aromatique. A l'aide de l'alcool, on peut en partie séparer la butyriiie d'avec l'oléine qui s'y dissout plus ai^émenl. La butyrine a l'odeur et la saveur du beurre, et s'acidifie prom()t' ment.

Le beurre se rancit aisément ; il se conserve bien mieux s'il a été d'abord fondu.

On peut corriger le beurre rance en le traitant à plusieurs reprises par l'eau bouillante.

Pour conserver le beurre, on le sale ou on le fond. Il se conserve très bien aussi dans le sirop de sucre.

Lorsqu'on laisse refroidir bien lentement du beurrre fondu, il s'en sépare une grande quantité de cristaux grenus, confus, groupés concentriqueraent , et qui se trouvent bjjgncs par une graisse liquide et jaune.

Quand on verse du beurre fondu dans de l'eau très froide, il acquiert l'aspect et les propriétés du beurre ordinaire.

Grai><se de porc (axonj^e, saindoux). — Elle est blanche, molle, fade et presque inodore. F.lle renferme 38 parties de matière soliile et 62 parties de e;raisse liquide ; cependant ces proportions peuvent vai ier. Elle se rancit rapidement.

J.a graisse de cheval est presque liquide à la température ordinaire et a une odeur désa£»réable ^ la graisse de lièvre est jaune ou roui,'eAtre, onctueuse, et se comporte comme un«^ huile siccative; la graisse rf'oiV présente é£:alement une consistance semifluide, et partage beaucoup de propriétés avec les graisses précédentes.

Jluile de dauphin et huile de marsouin. — L'huile de dauphin {Delphinus Glnbiceps donne, quand on l'expose à l'action du froid, une graisse solide et une huile liquide. Cette dernière parait être formée d'oléino. de margarine et de phocénine. La matière grasse solide est identique à la cétine.

Lhuile de marsouin {Delphinus Phocœna) se comporte de la même manière. (Voir pins haut, p. 132, Acide phocénique.)

Liane de baleine (sficrmacéti). — Cette matière remplit les vastes cavités de la tête du Physeier macrocephalus, du Tursio microps et orthodon, ainsi que du Delphinus edentulus. Elle se trouve en dissolution dans une huile particulière et s'en sépare, après la mort de l'animal, sous forme crist.illine. Ou la purifie de l'huile qui y adhère, à l'aide de la potasse caustique.

Le blanc de baleine a une densité de 0,940, fond entre 44 et 45°, est sans odeur va saveur, et n'exerce pas d'action sur les couleurs végétales. Il est composé en majeure partie de cétine, imprégnée d'une huile inc(»lore ou jaunâtre que l'alcool froid dissout facilement. Ses propriétés sont du reste les mêmes que celles de la cétine.

Cétine margarate et oléate d'oxiiie de célyle . — Ce principe se rencontre dans le blanc de baleine et dans l'hjiile de dauphin. Pour le préparer, on épuise par de l'alcool bouillant de 0,816 le blanc de baleine réduit en poudre fine, jusqu'à ce que le liquide, séparé du résidu par tiltration, ne renferme plus de matière huileuse. La portion non dissoute constitue la cétine pure

Elle cristnilise de h solution alcoolique, saturée à chaud, en paillHIes nacrées, ?-ans saveur ni odeur, fonda 40" (celle qu'on retire de riniile de dauphin, à 45"), et se prend, parle refroidissement, en une masse cristalline et radiée (]iii est assez dure et moins grasse au toucher que le blanc de baleine. A .SfiO" elle se \olalilise sans altération. 100 parties d'alco(d bouillant de 0,821 densité dissolvent 2.r> parties d'^ cétine, qui se repré<iiMte en majeure partie par le refroidissement. Elle e.st |)lus .solnhle dans l'alcool aidiydre: Tétlier la dissout éj^alement; de môme, l'esprit de bois, l'essencede térébenthine et les buiU'sgras.ses.

Soumis»' à la distillation sèche, elle se décompose en partie, en don?iar!t des gaz inflammables et 90 pour cent d'une masse qui fond à 2> 5 et contient de l'acide uuir};arique, de l'acide oléique, de la (étine non altérée, une iiuile insoluble dans la potasse et l'alcool, ainsi qu'une matière brune, mais point d'étbal (BussY et Lecanu).

Les alcais caustiques découiposeit la cétine, et cela surtout en présence d'un martvirate alcalin; d'un cô'é, il se forme alors du mariraraie et de l'oléite à base d'alcali, et de lautre il .se sépare del'élhal (\oir t. ], (•. "88, hydrate d'oxide de cétyle . lOOpaities de cétine donneîit 40,64 parties déthal et 60.96 d'un mélange d'acide oléique et dacide margarique, fusible à 44 ou à 43°; Che- VHÈUL le considère, d'après cepo-nt He t'usion, comme un mélange de 31, 6 acide margarique et 29, .'^ acide oléique.

Les acides se compoilent avec la cétine comme avecla stéarine et les autres corps gras.

CHEVREULa trouvé dans iOO parties de cétine :

Carbone 81,6

Hydrogène 12,8 Oxigène 5,6

D'après la formule établie par Dumas, ce corps renfermerait 2 atomes d'acide margarique. 1 atonie d'acide oléique et 3 atomes d'oxide de cétyle C^^ Hce O. Une pareille composition s'écarte df. celle des autres sels formés par l'acide margarique et l'acide oléique, car C(^s deux acides srdurent ensemble 4 atomes de base, tandis que la cétine ne renferme que 3 atomes d'oxidede cétyle;

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il leur HKinque donc les élé'T'ents de 1 atome d'eau. Du reste, comme on ne sait pas si les acides qu'on admrl dans la céline sont rcrllement l'acide oléique et l'acide marp^arique, chose que le point de fusion du niél.inj,'e ne peut point décider, la constitution de la cétine reste encore douteuse.

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