I>DIGO
Indigo du commerce.
L'iiidi^'o est coiuiu de()uis fort looi^temps; déjà les Gncs. les Romains et les anci(^ns habitants de llnde le connaissaient, mais ce n'est que depuis le xvi« siècle qu'on en fait nsai;e en Europe. Plannkij. Chevrrul. tt, datis ces dt-rniers tein[)s, Runge, W. Crum, J. L., Berzélius et Dumas l'ont étudié en 1827; J. L. et lÎERZELius ont, les premiers, séparé Tindii,'© à l'état de pureté.
Plusieurs plantes fourniss^'ot ce produit; on remarque surtout <à cet éi^iU'.l le genre Indigofera {tinctoria, Jnil , argentea, etc.), te Atrium {H'rightia) tinctoria, le Pastel {Isatis tinc- (i>ria\ I'* Pergularia tiitcloria , Gymnema tingens , Polygonum (inctorium, Tephrosia {Golena) tinctoria, Amorpha fructirosa. lif.mcoup d'autres plantes méritent d'être examinées sur la présence de l'indiiïo. (Voir, sur une nouvelle espèce d'indiijo, dans Magaz. f. Pharm., t. 34, p. 21.)
Les [)lanies indigofères renferment ce corps à l'état d'indigo blanc, qu'on parvient à extraire des feuilles au moyen de 1 alcool, de i'éther ou de leau.II e>t fort probable qu'il se trouve, dans le suc de ces plantes, en combinaison avec ur) alcali, peut-être avec de l'ammoniaque , et que c'est à cet état de condiinai^nn qu'il doit sa solubilité dans l'eau. Sous ce ra[)porf , l'indigo se comporterait donc comtne la plu[»art des (»rincipes végétaux azotés qui se colorent au contact de l'air en perdant leur solubilité.
Dans l'Aniérique du iNord on délaie dans l'eau lièile les f^-uilles des indigofères desséchées ; lorsque ce sont des feuilles de iiérium , OD les maintient pendant deux heures dans l'eau bouillante,
jusqu'à ce que le liquide ait jiris une teinte verto. On abandonne ct'l (xlijiit à l'air, cl .ilors l'indii^o bl.iiic (ju'il renferme en dissolution se liqiosc Iticnlôl comme indigo l)I('u.
Les feuilles servant à cette préparation sont cueillies à l'état vert et desséchées : on tient à ce qu'elles ne soient pas tachetées a[)rès la dessiccation, et qu'elles se broient aisément entre les doigts. La belle couleur verte des feuilles se trouve complètement changée au bout d un mois, et est alors d'un gris métallique; avant d'avoir subi cette métamorphose, elles ne cèdent pointa l'eau de matière colorante; mais aussi, passé l'époque convenable pour l'extraction , le principe soluble dans l'eau diminue. La dessiccation des feuilles a cet avantage, qu'elle dispense de mettre en f;d)ricatioti toutes les feuilles mûres et que la fermentation se trouve ainsi remplacée par une manipulation simple et prompte.
Aux Indes orientales, ainsi qu'aux Antilles, l'extraction de lindigo se fait par un procédé différent de celui dont nous venons de parler. On met les plantes, coupées à l'époqne de la floraison, et encore vertes ou à moitié desséchées, dans des cuves en bryis, et on les recouvre d'eau; au bout de quelques heures, il s'y établit une fermentation, par suite de laquelle tout l'indigo passe à l'état soluble, en dégageant beaucoup d'ammoniaque et d'acide carbonique. Dès que la liqueur se couvre de pellicules bleues et irisées , on la fait écouler dans une autre cuve placée au dessous de la première; on l'agite, quelquefois après y avoir ajouté de l'eau de chaux , jusqu'à ce qu'elle ait pris une teinte bleu-verdàtre et qu'elle dépose de l'indigo à l'état d'une poudre grenue. On lave le produit , après qu'il s'est complètement séparé , et on le dessèche.
Les feuilles de nérium et de pastel sont soumises, en Europe et dans les Indes orientales , à un traitement semblable au précédent; on lessive l'indigo du pastel avec de l'acide hydrochlorique, pour lui donner la qualité de l'indigo des indigofères.
L'indigo du commerce se présente à l'état d'une poudre bleu foncé, quelquefois si légère et si peu cohérente qu'elle surnage l'eau, et qui prend de l'éclat métallique par le frottement. Il est sans saveur ni odeur , insoluble dans l'eau , presque ioso-
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lubie dans l'alcool , l'éther, les acides aqueux et les aie ilis. Il n'est jamais pur et renferme toujours des quantités plus ou moins fortes de substances étrangères.
On le purifie en le traitant par de l'alcool , de l'acide liydroclilorique et de l'eau , jusqu'à ce que ces liquides n'en extraient plus rien ; suivant Beuzelius. on le traite par des iicides aqueux, de l'eau , de la pot;isse concentrée, et de l'alcool bouillant.
Suivant le môme cliimiste , l'indigo ordinaire renferme les matières suivantes :
1° Une espèce de gluten (Indii^prianzenleim). On roi)lieiit en traitant 1 indigo d'abord par de l'acide sulfurique dilué , puis par de l'eau bouillante , filtrant le mélange tout chaud , saturant par du carbonate de chaux, évaporant à siccité le liquide filtré, reprenant le résidu par l'alcool, et évaporant de nouveau. Il reste ainsi une masse qui ressemble à la gli.idine et à l'osmazome, mais qui n'est pas gluante et se dissout assez facilement d.ins l'eau.
2" Ln principe colorant brun (brun d'indigo, Indigbraun). On l'extrait de l'indigo, préalablement traité par les acides et par l'eau, en le chauffant doucement avec de l.i potasse coficentrée, filtrant la mnsse gélatineuse sans laver, ajoutant au liquide filtré et brun un léger excès d'acide sulfurique, et décomposant par du carbonate de baryte le préci[)ité gélatineux, après l'avoir lavé avec de l'eau. Une partie de ce précipité s'unit alors à la baryte , tandis qu'une autre portion reste en dissolution dans l'eau. Enfin, en dernier lieu, on évapore cette solution. Le principe brun reste à l'état d'un vernis brun foncé et brillant. Il se combine avec les acides en produisant des composés peu solubles. Les alcalis caustiques et purs le dissolvent aisément; les solutions sont d'un brun extrêmement foncé . et n'ont aucune réaction alcaline lorsqu'elles sont complètement saturées ; évaporées à siccité , elles présentent en partie une texture cristalline. On voit que ce principe brun ressemble à l'acide ulmique et à l'acide apocrénique.
3° Un principe colorant rouge (rouge d'indigo, Indigroth . On épuise l'indigo par de l'alcool bouillant , après lavoir traité par les acides étendus , l'eau et les alcalis. Lorsqu'on chasse
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(Misuilc l'alcool par la ilisliilalioii , le piiriciix; roiif^e so prciM- I)i((> ; 0!i évapore le liquide filtré, on le dissout dans l'eau, et on ajoute de l'acide acélicpie ^ celui-ci eti précipite le reste. C'est une poudre iMiin-noir, qucUpiefois hrillanle , insoluble dans ICau , les acides aqueux et dilués et les alcalis , peu soluble dans lalcool , plus solid)le dans l'élher; les soliilions sont (l'un beau rou.i^e foncé. Jj'aci.le sulfurique concentré dissout ce principe avec une couleur jaune. Lorsqu'on le chaufTe dans le vide, il se sublime d'abord des aij^uilles incolores rouge d'indigo dcsoxidé, desoxidirtes lndii;rotli), (jue l'acide nitrique convei til de nouveau en indi{^o roui^e.
A" Indigo bleu ou bleu d'indigo. C<; corps reste après Textraclion des trois autres principes ^ on le [lurifie à l'aide d'un mélange de chaux ou de potasse et de proto sulfale de fer-, ensuite on le précipite par des acides à l'état d'indigo l)lanc , substance qu'on abandonne humide au contact de l'air, jusqu'à ce qu'elle soit redevenue entièrement bleue.
Cuves d'indigo.
On désigne sous le nom de cuves d'indigo les dissolutions de l'indigo blanc dans des liquides alcalins, prépaiées au moyen de l'indigo du commerce pour la teinture en bleu. On distingue la cuve à chaud et la cuve à froid.
a) Cuve à chaud. — Avant que l'indigo fût connu en Europe, la teinture en bleu des étoffes de laine se faisait, en Flandre et en Angleterre, au moyen du pastel. Cette plante renferme, à l'état vert, IZ-I pour cent d'indigo; à l'état sec, un peu moins de 2 pour cent. On abajidonnait les feuilles fernientécs, ou simplement desséchées, avec de l'eau chaude (à 60 ou 70"), après y avoir ajouté de la chaux, du cai-bonate de i)0tasse, ûu son et de la garance; l'indigo devenait ainsi soluble par l'effet de la fermentation de ce mélange. Ce procédé, qui porte le nom de cuve de pastel, a été conservé depuis l'introduction de l'indigo, et l'on s'en sert pour renfoicer les cuves d'indigo.
Voici les proportions qu'on emploie aujourd'hui : on maintient pendant quelques heures, à une température de 90°, 4 parties d'indigo réduit en poudre fine, 50 parties de pasLel, 2 parties do
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g.irancc et 2 parties de carbonate de [)otasse, avec 2,000 parties d'eau le fout étant placé dans une chaudière en fonte. Knsuite on y ajoute, par petites portions et à de^^rands iiitt-rvalles, 1 1/3 de chaux récemment éteinte, et l'on al)atidonr)e le mélange. Bientôt le pastel éprouve une décomposition et toute la masse fermente. Par suite de cette altération, l'indii,^ol)l':'u perd de l'oxigèrie qui se (ixe sur les autres matières orginiques; il se produit ainsi de l'acide formique, de l'acide acétique et de l'acide carbonique, qui neutralisent l'alcali.
L'addition de la chaux a pour but de ramener le bicarbonate de potasse à l'état d'hydrate de potasse, de manière à maintenir l'indigo blanc en dissolution ; la chaux sert en outre à précipiter le brun d'indigo que la potasse extrait de l'indigo. Si l'on n'emploie pas de chaux, la teinte des étofïes est d'un bleu sale. Lorsqu'on prend un excès de chaux, une partie, ou même la totalité de l'indigo, se précipite à l'état d'une combinaison basique jaune et insoluble.
Dès que la fermentation s'est établie dans le mélange, il s'en développe des bulles de gaz, et le liquide se couvre d'écume. Cette écume a une couleiu- bleue et irisée; on l'appelle la fleur de la cuve. Il se dégage en même temps du carbonate d'ammoniaque, qui, ramené par la chaux à l'état caustique, contribue à maintenir en dissolution l'indigo réduit.
La liqueur de la cuve possède une couleur jaune foncé, elle verdit à l'air, et devient peu à peu bleue en précipitant de l'indigo. Lorsqu'on veut teindre une étoffe, on la maintient pendant quelque temps dans cette liqueur, puis on la dessèche à l'air, • ensuite on la plonge de nouveau dans le bain, on la reporte à l'air, et on répète alternativement l'immersion dans la cuve et l'exposition à l'air libre, jusqu'à ce que l'étoffe, séchée et lavée dans une lessive faible, conserve la nuance voulue.
L'indigo se dépose sur les Gbres de la laine sans se combiner chimiquement avec elles ; aussi lorsqu'on bat longtemps l'étoffe, quand elle est sèclie, la couleur s'en détache et tombe comme de la poussière.
La liqueur de la cuve conserve la propriété de réduire Tindigo, tant qu'elle renferme encore une matière oxidable. On
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peut se servir pendant cinq ou six mois de la môme cuve, si l'on a soin (le remplacer peu a peu le son, la ^'ar.ince, ou en i;éiu'';ral les matières oxi(l;tl)les, ainsi que l'indii^o bleu Par remploi d'un excès de cIkuix, le pouvoir linctoiial de la cuve dimiinn'; il se produit alors une pellicule de carbonate de chaux, et la fleur de la cuve devient d'un bleu pfile. On peut remédier à cet inconvénient en y .ijoulaiil du c;iil)onal<; d'anmioniaciue.
Lorsque la putrôfaclion du pastel, favorisée par une température un peu élevée, s'effectue trop rapidement, rindii;o ne se réduil p.is ou ne se rédiiit <|u'en partie; on ajoute alors à la cuve du nucl ou du sucre de fécule, ainsi que de la chaux et du carbonate de potasse, de manière à neutraliser cet effet. En i;énéral on peut dire que l'emploi du sucre de fécule, en place du pastel, présente beaucoup d'avanlai^es ; le miel serait un peu trop cher ; la dissolution de l'mdigo s'opère promptement et en très peu de temps dans un mélange de chaux, de carbonate de potasse et de sucre de fécule.
Cette cure au sucre est fort avantageuse, en ce qu'on peut, au moyen d'acide hydrochlorique dilué, aisément extraire tout l'indigo qui s'est préci[)ilé avec le dépôt de la cuve. Un poids de sucre de fécule égal au poids de l'indigo, et même quelquefois moins, suffit pour effectuer la réduction.
Dans la cuve d'inde ou cuve à potasse, on réduit l'indigo en le mettant en contact avec un mélange de garance, de son et de carbonate de potasse. On emploie, pour 12 livres d'indigo, 120 pieds cubes d'eau, 86 livres de garance, 86 livres de son et 48 livres de potasse-, on ajoute la moitié de la potasse au commencement, un quart après 36 heures, et le dernier quart au bout de 36 heures.
La cuve à orpiment est à peu près comme la précédente. On prend une partie d'indigo, 2 parties de carbonate de potasse, 175 parties d'eau, 1 partie de chaux et 1 partie d'orpiment. La réduction se fait aux dépens du sulfure de potassium et de l'acide arsénieux produits par le mélange. Il faut encore ranger ici la cuve à urine dont quelques teinturiers font usage.
h) Cuve à froid. — On l'appelle aussi cuve au vitriol. On la prépare en faisant digérer ensemble, à la température ordinaire.
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1 partie d'indigo réduit en poudre fine, 2 parties de prolosulfate de fer exempt de cuivre, 3 parties d'hydrate de chaux et 150 5 200 pirlies d'eau. Lorsqu'on emploie cette cuve, il convient d'en [)récij)iter la chaux Ubre par une addition de sesquicarbonale d'ammoniaque et d'ammoniaqtie, car elle empêche la combinaison de la matière colorante avec le tissu
On appelle bleus de Saxe ou de composition les bleus obtenus au moyen d'une dissolution d'indigo dans l'acide sulfurique. Un Saxon, nommé Bakth, est le premier qui ait employé la dissolution de l'indigo dans cet acide pour teindre les étoffes en bleu. Pour préparer celle dissolution, on introduit, par petites portions, l'indigo bien pulvérisé dans 4 à 6 parties d'acide sulfurique fumant, en évitant réchauffement de la masse. On verse ensuite le liquide dans 30 à 50 fois son volume d'eau, et on échauffe la laine dans ce bain. La plus belle nuance s'obtient avec une dissolution aqueuse de sulfindigotale de potasse, aiguisée par de l'acide sulfurique.
Le meilleur moyen de déterminer la quantité d'indigo pur renfermé dans le produit du commerce consiste à en traiter un poids donné successivement par de leau, de l'acide hydrochlorique, de la potasse caustique, et enfin par de l'alcool; le résidu exprime la quantité d'indigo pur. D'autres épreuves, comme Vépreuve par le chlore, par la réduction^ ne donnent que des résultats approximatifs.
Indigo bleu ou indigotine.
Formule : Ce H,o N» O, (W. Crum, Dumas, Erdmann,
Laurent).
Pour préparer ce principe à l'état de pureté, on réduit l'indigo du commerce en poudre fine, et on l'abandonne, pendant plusieurs jours, dans un vase fermant convenablement, avec un mélange de prolosulfate de fer, de chaux et d'eau. Il convient d employer 5 parties d'indigo , 10 parties de sel de fer, 15 parties de chaux el 60 parties d'eau. Ensuite ou décante le liquide clair au moyen d'un siphon , on y ajoute de l'acide hydrocljlorique étendu , puis on lave le précipité d'abord avec de