SUCRE DE LAIT OU LACTINE
Formule: C,, H,, O,, ou C,, H,, O,,+5 aq. (BERZÉLAUS).
Séché à 150°: C,, H,, O,, (BERZÉLIUS).
Séché à 120° : C,, H,, O,, +3 aq.; combinaisons avec l’oxide de plomb : C,, H,, O,, + 5 PbOetC,, H., ©,, + 10 Pb ©.
Composition :
24 at. de carbone — 1834,44 — 40,46
48 at. d’hydrogene = 299,51 — 6,61 1 at. de sucre de lait = 4533,95 — 100,00
C'est BARTHOLDI qui le premier fit mention du sucre de lait, en 1619; jusqu'à présent on ne le connaît exclusivement que comme partie intégrante du lait des mammifères.
On Vobtient à l’état de pureté en évaporant le petit-lait jus- - qu'à cristallisation ; après avoir purifié le produit avec du charbon végétal, on le fait cristalliser à plusieurs reprises.
Le sucre de lait cristallise de ses dissolutions aqueuses en parallélipipèdes, terminés par une pyramide quadrangulaire; ils sont blancs, demi-transparents, durs, craquent sous la dent et présentent une texture feuilletée. Leur pesanteur spécifique est de 1,543; ils se dissolvent dans 5 à 6 parties d’eau froide, et dans 9 1/, parties d’eau bouillante sans former de sirop. La saveur sucrée des cristaux est bien faible quand on porte ces derniers directement sur la langue, tandis que la saveur d’une dissolution concentrée est beaucoup plus prononcée.
Quand on chauffe doucement les cristaux jusqu’à 120°, puis à 140°, ils perdent, sans entrer en fusion, 2 atomes d’eau = 5,3 pour cent ; mais si on les chauffe rapidement, ils fondent et perdent 12,4 pour cent = 5 atomes d’eau ; vers 150°, le liquide en fusion commence à jaunir (BERZÉLIUS).
Le sucre de lait est inaltérable à l'air; il ne perd pas de son poids à 100°; il est insoluble dans l’éther et l'alcool. Il est plus soluble dans des liqueurs acides et alcalines que dans l’eau pure ; il ne précipite pas les solutions métalliques et n’est pas précipité par l’infusion de noix de galle.
Les acides minéraux étendus, tels que l’acide sulfurique, l'acide chlorhydrique, convertissent le sucre de lait, par un contact prolongé à froid, plus rapidement encore par l’Ebullition, en sucre de raisin. Le poids du sucre de raisin produit est un peu plus faible, d’après VOGEL, que celui du sucre de lait employé ; d’après le caleul, 100 parties de sucre de lait, en se combinant avec 2 atomes d’eau, devraient produire 109,8 parties dusucre de raisin. Les acides minéraux concentrés, en agissant sur lesucre de lait, donnent naissance aux mêm»s matières (sacchulmine et acide sacchulmique } que fournit le sucre de canne dans ces circonstances. Trituré avec de l’hydrate de chaux et de l’eau, le sucre de lait se dissout avec production de chaleur et produit une liqueur brune,
ve
DE CHIMIE ORGANIQUE. 517 d'où l’alcool précipite un sirop amer, épais, qui attire lhumidité de l'air et précipite les dissolutions métalliques (BouıL- LON-LAGRANGE et VOGEL); l'alcool se charge alors d’acétate de potasse. On n’a pas encore déterminé le rapport qui existe entre ce liquide, le sucre de lait et l'acide glucique.
A l’aide de la chaleur, l'acide nitrique convertit le sucre de lait en acide mucique; une partie de ce dernier passe constamment à l’état d'acide oxalique.
Avec les oxides métalliques facilement réductibles, le sucre de lait se comporte comme le sucre de canne et celui de raisin ; les oxides supérieurs sont ramenés à l’état de protoxide ou réduits à l'état métallique, tandis qu'il se forme de l’acide formique.
La présence du sucre de lait dans les solutions métalliques empêche la précipitation de plusieurs oxides par les alcalis.
L’acide arsénique aqueux se colore au bout de peu de temps en rouge brun, quand on le mélange avec une dissolution de sucre de lait.
“ Le sucre de lait pulvérisé absorbe le gaz ammoniac (BERZE- Lıus) et le gaz acide chlorhydrique (BOUILLON-LAGRANGE et VocEL). Il forme également une combinaison avec l’oxide de plomb.
Lorsqu'on expose le lait à une température de 35 à 40°, il entre en fermentation vineuse ; le sucre de lait disparait et on trouve dans la liqueur de l'alcool ; pendant toute la durée de la fermentation, il se dégage de l’acide carbonique. Il parait cependant qu'avant d'entrer en fermentation, le sucre de lait se transforme en sucre de raisin, car le lait ne commence à fermenter qu'à partir du moment où il s’est caille, c’est-à-dire où il s’est produit un acide, qui peut être la cause première de la transformation du sucre de lait en sucre de raisin. Du reste, on sait depuis longtemps que le caséum ou le lait caillé fait fermenter le sucre de raisin. Comme le sucre de lait se trouve donc dans le même cas que le sucre de canne, qui lui-même n’est fermentescible qu’autant qu'il a été transformé en sucre de raisin, on a jugé convenable de ne pas traiter séparément l’histoire du sucre de lait qui, du reste, partage les principales propriétés des autres sucres.
Combinaison de sucre de lait.et d’oxide de plomb.
Une dissolution de sucre de lait, mélangée avec de l’oxide de plomb, brunit quand on la porte à l’ébullition; mais quand la température ne dépasse pas 60°, elle reste incolore et renferme alors trois combinaisons différentes. Au fond du vase il se dépose une poudre grenue et pesante, qui jaunit par la dessiceation et renferme 87,2 pour cent — 10 atomes d’oxide de plomb; c'est la combinaison basique. La liqueur contient en suspension une combinaison visqueuse et blanche qui devient demi-transparente et jaunâtre quand on la sèche; elle renferme 63,729 — 5 atomes d’oxide de plomb; c'est la combinaison neutre. Enfin la liqueur filtrée fournit, quand on la précipite par l’ammoniaque, une nouvelle quantité de la combinaison neutre. Par lévaporation à siccité, cette même liqueur produit une masse gommeuse et transparente qui jaunit également par la dessiccation et qui renferme 18,12 d’oxide de plomb (BERZÉLIUS).