‹ Traité de chimie organiqueChapitre 38 sur 140 · INTRODUCTION. CXXXVI · texte numérisé non relu

INTRODUCTION. CXXXVI

des alealis, et se chargent ainsi de carbonates alcalins. Il est clair que les plantes elles-mêmes produisent cet effet avec non moins d'énergie lorsqu’en se décomposant, après la mort, elles engendrent de l'acide carbonique, ou que, pendant la vie, leurs racines excrètent des acides.

L'eau, l'air et les variations de température préparent les roches à l’assimilation de leurs alcalis par les plantes. Quelque faible que soit la quantité des alcalis qu’exige le végétal, elle est néanmoins indispensable à son développement.

Dans un sol qui a été exposé durant des siècles à toutes les actions désagrégeantes , mais d’où les alcalis ainsi préparés n’ont pas été enlevés, tous les végétaux qui, pour se développer, exigent des quantités notables d’alcali, pourront s’alimenter pendant longtemps. Cependant peu à peu ce sol doit s’épuiser, si les pertes d’alcalis ne sont pas compensées par de nouvelles préparations.

Les premiers colons trouvèrent dans la Virginie un sol ainsi préparé ; sans avoir besoin de le fumer, ils y récoltèrent pendant tout un siècle des blés et du tabac, et aujourd’hui les mêmes contrées sont abandonnées et transformées en friches stériles, et ces mêmes produits n’y viennent plus sans engrais. Cela s’explique aisément.

Un seul arpent de ces terres a perdu , dans l'espace de cent ans, par Pabsorption des feuilles, des graines et de la paille, plus de 600 kilogrammes d’alealis ; il est devenu stérile parce que ces pertes n’ont plus été proportionnellement compensées par l'effet de la désagrégation graduelle.

C’est dans cet état de préparation incomplète que se trouvent en géneral toutes les terres labonrables de l’Europe; aussi est-on forcé de suppléer par la jachere, à ce qui leur manque.

On se trompe donc singulièrement en attribuant à une disparition d’humus ce qui n’est que la conséquence d’un enlèvement d’alcalis.

Transportons-nous dans les environs de Naples, connus par labondance de leurs céréales. Les bourgs et les villages y sont à des distances de 6 à 8 lieues, il y a peu de voies de communication, l’usage du fumier yest presque inconnu, et cependant depuis les temps les plus reculés on y cultive des blés sans rendre au sol ce qu’on lui prend. Peut-on dans un pareil terrain attribuer à ’humus une influence sensible encore après tant de siècles, quand on ne sait pas même s’il a jamais fait partie de ce sol ?

Le procédé de culture que l’on suit dans ces contrées explique parfaitement cette fertilité, quoique, aux yeux de nos agriculteurs, il soit le plus mauvais de tous. On laisse reposer la terre une année sur trois, et dans cet intervalle on l’abandonne aux bestiaux qui y trouvent un chétif pâturage. Alors elle ne subit d’autre influence que celle de l’air et des intempéries de la saison, et une certaine quantité des alcalis qu’elle renferme est préparée à assimilation. ;

Il faut observer que les bestiaux qui se nourrissent sur ces terres ne leur donnent, sous forme d’excréments, aucun principe qu’elles ne possé-

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dassent déjà, et même leur rendent ainsi moins qu’ils n’en recoivent.

On admet comme principe agronomique que le froment ne peut suc-

céder au froment ; c’est que celte céréale est, comme le tabac, un des végétaux qui épuisent le sol.

Mais si ’humus peut communiquer au sol la faculté de produire du blé, d’où vient-il que dans des terres, aussi riches en humus que certaines contrées du Brésil et de nos propres climats, les blés ne prospèrent pas en force et se penchent de bonne heure ? C’est que la tige doit sa solidité au silicate de potasse et que la graine pour se former exige du phosphate de magnésie, toutes substances qu’une terre riche en humus ne peut leur fournir. On y obtient bien des feuilles, mais pas de fruits.

Pourquoi le blé ne vient-il pas dans un terroir sablonneux ou calcaire, pauvre en argile ? Parce qu’il y manque l’alcali nécessaire à cette céréale; peu importe alors que le reste lui soit offert en abondance.

Ce n’est certes pas le hasard qui fait que, dans les Karpathes et dans le Jura, le grès et le calcaire ne portent que des pins et des sapins, et qu’au contraire, en Bavière et dans d’autres contrées de l’Allemagne, le gneiss, le micachiste, le granit, le klingstein, le basalte, produisent les plus belles forêts de chênes et d’autres arbres à larges feuilles qui ne viennent ni dans le grès ni dans le calcaire. La raison en est que les feuilles des pins et des sapins exigent tous les ans. pour se développer, six à dix fois plus de potasse que celles des arbres à larges feuilles *, quantité que ne fournissent point les terrains sableux et calcaires. |

Si dans un grès ou un calcaire on voit se développer vigoureusement le hêtre, le sorbier, la guigne sauvage , on peut être sûr que le sol renferme beaucoup d’alcali.

Doit-on s'étonner qu’en Amérique, dans des terrains couverts de cendres de pins et de sapins, qui rendent à la terre des quantités d’alcali recueillies pendant des siècles, on voie végéter avec tant de richesse les arbres à larges feuilles , de même que le spartium scoparium, l'erysimum latifolium, le blitum capitatum, le senecio viscosus, toutes plantes qui donzent une cendre fort alcaline ?

Le blé semé en remplacement de l’absinthe’ne prospère pas et réciproquement ; ces deux plantes se nuisent, en ce qu’elles s’emparent chacune de lalcali du sol.

100 parties de tiges de froment donnent, d’après H. Davy, 15,5 parties de cendres ; 100 parties de tiges d’orge sèches, selon Scuraper, 8,54 cendres ; 100 parties de tiges d’avoine seulement 4,42 cendres ; pour toutes ces plantes la cendre présente la même composition. |

* 1000 parties de feuilles de chêne sèches donnent 55 parties de cendres, contenant 24 parties d’alcalis solubles ; la même quantité de feuilles de pins ne donne que 29 parties de cendres, renfermant 4,6 parties de sels solubles (SAUSSURE).

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