‹ Traité de chimie organiqueChapitre 40 sur 140 · DES ASSOLEMENTS ET DES ENGRAIS · texte numérisé non relu

DES ASSOLEMENTS ET DES ENGRAIS

Depuis longtemps on a fait l’experience que les plantes annuelles, cultivées successivement dans un même terrain, sont retardées dans leur accroissement et rendent moins de graines ou d’herbes que si on laisse la terre en jachère pendant un an, Après ce temps de rer le sol reprend en grande partie sa feriilit€ primitive.

On a également observé que. certaines plantes, telles que les pois, le trèfle, le lin, ne reviennent dans le même sol qu'après quelques années ; que d’autres, comme le chanvre, le tabac, le topinanıbour, le seigle, peuvent être oultivées alternativement ; on a trouvé en outre que certaines. plantes améliorent le sol, que d’autres le ménagent, et que d’autres enfin, et ce sont les plus nombreuses, l’attaquent et lépuisent. Parmi celles qui l'attaquent, il faut citer notamment le chou pommé, les betteraves, l’épeautre, l’escourgeon, l’orge de printemps, le seigle et l’avoine; parmi celles qui l’épuisent, le froment, le houblon, la garance, le navet d’août, le colza, le chanvre, le pavot, l’artichaut, le lin, le pastel, la gaude et la réglisse.

Depuis les temps les plus reculés, les excréments des hommes et des animaux sont connus pour être des moyens fort efficaces d'augmenter la fertilité du sol. C’est que par eux on rend au sol certains principes que les recoites de racines, d'herbes ou de graines en font disparaltre,

Cependant l’expérience a également prouvé que les nouvelles récoltes ne sont pas toujours en rapport avec le fumage, et que, malgre la restitution apparente de certains principes par le fumier, le rendement de beaucoup de plantes diminue lorsqu'on les a cultivées dans le même terrain pendant plusieurs années consécutives,

D'un autre côté, on a remarqué qu’un terrain qui se refuse à la production d’une certaine espèce de plantes ne cesse pas, pour cela, d’être fertile pour toutes les autres.

Ces expériences réunies servirent à composer une espèce de système d'agriculture, dont le but principal était d’arriver, avec le moins de dépense en fumier, au rendement le plus avantageux.

Puisque, par la culture alternative de certains végétaux dans le même sol, an en conserve la fertilité tout aussi bien que par la jachère, il est évident que les différentes plantes doivent rendre au sol des proportions différentes de certaines matières, qui pourront être employées comme aliments par une généralion suivante. On avait bien reconau ce fait, mais où n'avait jamais songé à s’appuyer, dans l'agriculture, sur des principes chimiques, en recherchant la nature des mat.ères enlevées au sol par les plantes pour les comparer avec celles que lui restituait le fumier.

Théorie de M. De Candolle. — Parmi les théories que l’on a inventées pour expliquer l’avantage des assolements ou rotations, celle de

INTRODUCTION. exliij

M. Ds Canvorıe est sans contredit la seule qui repose sur une base solide.

D’après lui, les racines des plantes, en pompant dans la terre toutes sortes de matières solubles , reçoivent par elles certaines substances impropres à la nutrition. Ces dernières, rejetées de nouveau par les racines, s’en retournent dans le sol sous forme d’excréments; mais comme telles, ces substances ne sont plus aptes à être assimilées par la même plante, à l'égard de laquelle le sol devient plus stérile à mesuré qu’il en reçoit davantage. Cependant pour d’autres végétaux elles peuvent être assimilables ; en servant à leur nutrition, elles disparaissent du sol et le rendent de nouveau fertile pour la première plante; cela surtout lorsque des matières nutritives sout excrétées par les végétaux qui lui ont succédé.

Un grand nombre d’expériences semblent, au premier abord, sanctionner cette théorie. Ainsi, les jardiniers savent très bien qu’un arbre fruitier ne prospère point, si on le plante à la même place d’où l’on a enlevé un autre arbre de la même espèce, ou du moins qu’il n’y réussit qu’au bout d’un certain temps. De même, lorsqu’ox arrache les ceps dans les vignobles, on n’en replante d’autres dans le même terrain qu'après y avoir cultivé d’autres plantes pendant un certain nombre d’années.

On a en outre observé que certaines plantes prosperent très bien ensemble , tandis que d’autres se gênent dans leur développement. Cette circonstance a fait admettre que le succès d’un développement simultané était dû à une nutrition réciproque, tandis que le manque de prospérité provenait d’une espèce d’empoisonnement des plantes par les excréments.

Une série d'expériences conduisit Macaire-Princer à démontrer direetement la faculté de beaucoup de plantes de rejeter par les racines certaines matières extractives. Ses recherches donnèrent un grand poids à la théorie de M. Da Cannozze. Il trouva en effet que les excrétions étaient plus abondantes pendant la nuit que dans le jour, ce qui, du reste, me paraît fort singulier; que l’eau où il avait fait végéter des légumineuses se colora en brun ; que des plantes de la même espèce, qu’il avait fait végéter dans cette eau chargée d’excréments, s’arrêtèrent dans leur accroissement et se fanèrent assez vite; que les céréales au contraire y prospérèrent, en même temps que le liquide se décolora sensiblement, de sorte qu’en effet une certaine quantité des excréments des légumineuses paraissait avoir été absorhée par les céréales.

On conclut de ces expériences que la nature et les propriétés des excréments provenant de plantes de différentes espèces, étaient également différentes ; que les unes excrétaient des matières âcres et résineuses, et les autres des substances douces et gornmeuses ; les unes pouvaient donc, d’après Macaine-Prinéer , être considérées comme substances vénéneuses, les autres comme substances nutritives.

A mon avis, ces expériences démontrent positivement un principe qui peut s'étendre à toutes les plantes, c’est-à-dire que les racines

cxliv INTRODUCTION.

exerètent des matières que les organes ne peuvent pas transformer en ligneux , amidon, albumine végétale, ou gluten; car, puisqu’elles ‘sont excrétées, évidemment elles sont inaptes à cette transformation. Cependent ces expériences ne confirment guère la théorie de M. Dz Canvorzz, car elles ne décident pas si ces substances proviennent du sol ou si elles ne sont pas plutôt le résultat de la végétation.

Il est certain que les excréments gommeux et résineux que MAcaıke- Princer a observés n'étaient point contenus dans le sol; d’un autre côté, puisque par là culture le sol ne s’appauvrit pas sous le rapport du carbone, mais qu’au contraire il s’améliore, il faut en conclure que tous les excréments qui renferment du carbone proviennent des matières alimentaires que la plante puise dans l’air. Ges excréments sont des combinaisons qui se forment par suite des métamorphoses que subissent ces aliments pendant leur assimilation par les organes.

La théorie de M. De Canrorce n’est autre chose que Pexplication d’une théorie antérieure des assolemerts, d’après laquelle on suppose que les racines de différentes plantes enlevent au sol des aliments différents, qui, pour chaque plante, sont d’une nature particulière et convenable à Passimilation. D’après cette manière de voir, les matières non assimilables restent donc dans le sol et ne s’introduisent pas dans le végétal; or, M. De Canporce admet qu’elles lui sont rendues à l’état d’excréments.

Les deux théories expliquent également bien pourquoi, äpres le blé, il ne prospère pas de blé; après les pois, pas de pois, etc. ; mais elles ne

rendent pas compte de ce fait, que la terre s’améliore par la jachère et par l’ameublissement, et devient plus riche en matières carbonées par la culture de certaines plantes, comme la luzerne, le sainfoin, etc.

Excrements des plantes. — Les principes de la nutrition des plantes, et toutes les expériences agronomiques si bien éclaircies par les recherches de Macaıre Princer, ne permettent plus de douter que les racines des plantes n’exsudent réellement des matières par lesquelles elles rendent au sol le carbone qu’elles en avaient recu, par l'intermédiaire de ’humus, dans la première période de leur développement.

Mais ces matières exerémentitielles peuvent-elles véritablement servir à la nutrition d’une autre plante? Reportons-nous un moment sur le terrain de la physiologie animale, et nous serons en état de résoudre cette question.

Les excréments d’un carnivore ne renferment plus de principe propre à la nutrition d’aucun autre; mais il est possible qu’un herbivore, un poisson ou un oiseau, y trouve encore des matières non digérées, qu'il puisse digérer, parce que ses organes présentent une tout autre constitution que ceux du carnivore. Ce n’est qu’ainsi que les excréments d’un animal peuvent servir d'aliments à un autre.

Par les aliments, il s’introduit dans l’économie animale une foule de

“substances qui ne sont nullement altérées par les organes; elles sont re-

es

INTRODUCTION. cxlv

jetées au dehors après la digestion, et, sous ce rapport, ce sont de véritables exerements, et non des excrétions. Ces mêmes excréments, un autre animal, doué d’autres organes digestifs, pourra se les assimiler en partie, en partie les rejeter de nouveau. Quant aux excrétions proprement : dites, elles sont le résultat des transformations des matières nutritives en chyme et en chyle, ainsi que des nouvelles métamorphoses de ces derniers produits. Les excrétions sont donc des combinaisons particulières, dont les éléments seuls préexistaient dans les aliments digérés par l'animal. Elles sont rejetées en même temps que les matières non digérées. D’après cela, il est clair que les excréments se composent de deux espèces de matières ; les unes sont des principes ou des mélanges déjà contenus dans les aliments, les autres sont de nouveaux produits de l’acte vital. Ces dernières se séparent, comme produits secondaires, pendant la formation de la graisse, de l’albumine, de la fibre musculaire, de la substance cervicale et. de la substance nerveuse; elles ne peuvent päs, en passant par les organes d’un autre animal, se métamorphoser en matières de cette nature.

Dans la végétation, on doit rencontrer des rapports absolument pareils. En effet, si parmi les matières que les racines des plantes puisent dans le sol il $’en trouve qui ne sont point employées à la nutrition, elles doivent être rendues à la terre. Seulement les excréments de cette espèce peuvent servir d'aliments à une seconde, à une troisième plante, ils peuvent même lui être indispensables; mais les matières qui, dans la première plante, ont accompagné la formation du ligneux, de l’amidon , de Palbumine, du gluten, de la gomme, des acides, etc., celles-là ne pourront plus, dans aucune plante, servir à former du ligneux, de l’amidon, de Palbumine, du gluten, etc.

Ces considérations permettent d’expliquer la différence qui existe entre les opinions de De Canvorze et de Macaire-Pnincer. Les substances que le premier savant désignait par excréments appartenaient au sol; ce sont des aliments non digérés, qui peuvent être profitables pour un végétal, et sans utilité pour un autre. Les matières, au contraire, que Macaire-Princer comprend sous le nom d’excréments, ne peuvent que sous une seule forme servir à la nutrition des plantes.

Il est à peine nécessaire de rappeler que, dans la deuxième année de leur séjour dans le sol, les excréments doivent avoir changé de nature, par suite des altérations que les eaux et l’air leur font éprouver, en automne et en hiver.

Au commencement du printemps suivant, elles sont entotalité, ou du moins en grande partie, transformées en une matière qui, comme l’humus, dégage continuellement de l’acide carbonique. |

La rapidité de cette pourriture dépend des parties constituantes du sol, ainsi que de sa consistance plus ou moins poreuse. Dans un terrain calcaireux, le contact des excréments avec la chaux , c’est-à-dire avec un principe alcalin, favorise nécessairement cette décomposition, comme nous

exlv} INTRODUCTION.

Pavons déjà fait voir. Dans les terrains plus compactes, composés d'argile ou de marne, la pourriture demande plus de temps que dans les terrains poreux, parce qu’ils ne sont pas aussi perméables à Pair que ceux-ci.

Dans un terrain on pourra, déjà après la deuxième année, recultiver la mème plante avec avantage ; dans un autre, seulement après la cinquième et même la neuvième année, parce qu’alors seulement la métamorphose des excréments préjudiciables au développement de la plante sera arrivée à son terme.

Quelquefois le trèfle réussit sur le même terrain seulement après la sixième année; dans d’autres cantons, seulement après la douzième, et le lin après la deuxième ou la troisième. Tout cela dépend de la nature chimique du sol, car on s’est convaincu que, dans les contrées où la culture de la même plante ne peut avoir lieu qu’à de longs intervalles, de fréquents fumages n’en abrégeaient nullement la durée, et qu’il fallait au contraire détruire d’abord les excréments du premier végétal par une nouvelle culture, avant de pouvoir le replanter avec

avantage. ' = Lelin, les pois, le trèfle, et même les pommes de terre, sont du nombre des plantes dont les excréments exigent le plus de temps, dans un terrain argileux , pour être complétement métamorphosés ; cependant, à l’aide des alcalis, ou même de petites quantités d’une lessive de cendres ou de chaux vive, on parvient à les cultiver sur un même terrain dans des intervalles bien plus courts.

Mis en jachère, le sol recouvre une partie de sa fertilité primitive, non seulement par l’effet de la désagrégation du terrain, mais en je par la destruction des excréments qu’il contient.

Dans un terrain riche en potasse, ainsi sur les rives du Rhin et du Nil, où l’on cultive, sans aucun préjudice, les blés dans les mêmes terres, les inondations remplacent la jachère. Les irrigations annuelles des prairies produisent un effet également favorable pour la culture des plantes fourragères. C’est que l’eau des ruisseaux et des fleuves est chargée d’oxigene; en se renouvelant incessamment et en pénétrant dans toutes les parties du sol, elle effectue d’une manière rapide et complète la pourriture des exer&ments qui y sont accumulés. L’eau seule, ne contenant pas d’oxigène en dissolution, ne produit pas cet effet; car si cela était, il faudrait que les prairies couvertes d’eaux stagnantes fussent les plus fertiles, fait démenti par l’expérience. |

Principes des assolements.— Pour qu’un terrain soit propice à une plante, il faut qu’elle v trouve tous les principes inorganiques nécessaires à son développement, en quantité suffisante, et dans un état propre à l’assimilation.

Toutes les plantes ont besoin d’alealis ; les unes, telles que les gramınées, à l’état de silicates, les autres à l’état de tartrates, de citrates, d’acélales, d’oxalates, etc.

INTRODUCTION. cxlvij

Si elles renferment l’alcali en combinaison avec la silice, elles donnent par la combustion une cendre qui ne dégage pas d acide carbonique par l’action des acides; si les alcalis y sont unis à des acides végétaux, leurs

cendres font effervescence avec les alcalis.

Une troisième espèce exige du phosphate de chaux; une autre du phosphate de magnésie ; d’autres plantes enfin ne prospèrent pas sans carbonate de chaux.

La silice est la première substance solide qui s’introduise dans le végétal; c’est avec elle que commence probablement la formation du corps ligneux ; elle parait agir comme un grain de poussière, auquel s’attachent les premiers cristaux qui se forment dans une solution saline. Elle peut mème prendre la forme et remplir les fonctions du corps ligneux, ainsi que le prouvent les équisétacées et le bambou où elle le remplace, à peu près comme dans certains lichens, qui à la place de ce ligneux renferment de l’oxalate de chaux.

Si l’on cultive successivement dans un terrain différentes plantes, dont la première abandonne au sol les principes inorganiques nécessa'res à la seconde, et celle - ci les principes indispensables à la troisième, ce terrain sera fertile pour toutes les trois.

Si la première plante est par exemple du froment, qui consomme ün maximum de silicate de potasse, tandis que les plantes subséquentes, les légumineuses, par exemple, n’enlèvent au sol que de très petites quantités de potasse, on pourra, après la quatrième année, recultiver avec avantage du froment; car pendant la rotation triennale le terrain s’est continuellement désagrégé et est redevenu propre à céder au froment une quantité suffisante de silicate de potasse.

Le même rapport s’observe d’ailleurs pour d'autres principes inorganiques.

Pendant son accroissement, chaque plante rend au sol une certaine quantité de matières carbonées, qui se transforment peu à peu en humus; et la plupart lui rendent autant de carbone qu’ehes en recoiveut dans les premiers temps de la croissance sous forme ü’acide carbonique. Ceper-* dant. quand même cette quantité suffit à certaines plantes pour leur développement complet, elle est néanmoins trop faible pour leur offrir un maximum d’aliments, de manière à augmenter leur rendement ; et c’est pourtant là le but que l’on se propose dans l’agriculture.

Le rendement des graines et des racines est en rapport avec les matières nutritives qu’on présente au végétal, dans les premiers temps de son développement, sous forme d’humus et d’ammoniaque. Celui-là fournit acide carbonique, celle-ci l’azote. El n’y a, du reste, que lhumus qui puisse être produit artificiellement dans les terres labourables. Sa production est un des principaux objets des assolements ; on y parvient par Pensemencement des jachères avec du trèfle, du seigle, des lupins, du blé sarrasin, ete., par l’enfouissement de ces EN à Papproche de la floraison et par Pameublissement du sol. Les nouveaux

exlviij INTRODUCTION.

semis y rencontrent alors, des la première période de leur developpement, un maximum de substances nutritives, c’est-à-dire une matière en état de pourriture.

On arrive au même but, et même d’une manière plus complète et plus sûre, en ensemencant la sole de sainfoin ou de luzerne. Ces plantes, comme toutes celles qui se distinguent par la richesse des feuilles et des racines, n’empruntent au sol qu’une petite quantité de matières inorganiques. Lorsqu’elles sont arrivées à un certain degré de développement, il leur reste tout l’acide carbonique et toute Pammoniaque que Fair et les pluies leur amènent; ce qui ne pénètre pas dans le sol, les feuilles Pabsorbent. C’est par celles-ci que la surface assimilante de la plante est quadruplée et même sextuplée; ce sont elles qui mettent obstacle à l’evaporation de Pammoniaque, en abritant le sol comme une espèce de paravent.

La production de la chlorophylle et des autres principes des feuilles et des tiges a pour conséquence immédiate une séparation également abondante de manières organiques, qui sont rejetées dans le sol par les racines à l’état d’excréments.

Cette accumulation de matières susceptibles de se transformer en humus continue pendant plusieurs années, mais au bout d’un certain temps on trouve des places nues la où la végétation avait été” d’abord des plus riches. C’est un fait qui s’explique facilement. En effet, après cinq & sept ans la terre se charge évidemment d’une si grande quantité de ces excréments, que chaque fibrille en est entourée; ils restent solubles pendant quelque temps, et en cet état ils sont réabsorbés par les plantes, mais ils agissent alors sur elles d’une manière défavorable, puisqu'ils ne sont plus propres à l’assimilation.

.Si Von observe avec attention un semblable terrain pendant une série .

d’années, on remarque que les endroits nus se recouvrent bientôt de verdure, pour la même plante, tandis que d’autres parties fertiles deviennent, pour elle, chétives et semblent peu à peu devenir stériles. Cela con- ‚ tinue ainsi alternativement. .

Les causes de ces alternatives de stérilité et de fertilité sont faciles à saisir. Il est clair que les excréments ne s’accroissant pas dans les places nucs et étant exposés à toutes les intempéries, tombent bientôt en pourriture, et cessent par là d’exercer une influence préjudiciable sur la végétation ; la nouvelle plante, au lieu de rencontrer alors à la même place les substances qui entravaient sa croissance, y trouve ad contraire de P’humus, c’est-à-dire des substances végétales en pourriture.

Les plantes dont les feuilles servent de nourriture aux bestiaux sont sans contredit les plus avantageuses pour la production de Phumus; elles sont utiles à toutes les espèces qu’on cultive plus tard dans le même terrain , et notamment à celles qui, comme le colza et le lin, exigent particulièrement la présence de l’humus dans la première période de leur développement. ;

Les véritables principes des assolements reposent, d’après cela, sur la

INTRODUCTION. exlix

proJuction artificielle de cet humus et sur le choix raisonné des plantes cultivées successivement dans un même terrain. Nous le répétons, si ces plantes se suivent de telle manière que chacune n’enleve au sol que certains principes, tandis qu’elle y laisse ou lui en rend d’autres nécessaires au développement d’une seconde et d’une troisième espèce, les assolements présenteront les résultats les plus avantageux.

On peut, il est vrai, par une culture convenable, augmenter peu à peu la proportion d’humus dans un terrain; cependant, par les récoltes, celui-ci s’appauvrit constamment par rapport à certains principes, et ce n’est qu'en y ramenant ces principes d’une manière quelconque qu’on peut conserver la fertilité du terrain. Or, les moyens d'atteindre ce but sont les engrais ou les fumages.

Des engrais.

Si l’on songe que chaque partie du corps de l’homme et des animaux doit son origine aux plantes et qu’aucun de ses éléments ne peut être formé par Pacte vital, il est clair que tous les principes inorganiques du corps de l’homme et des animaux doivent être considérés comme des engrais.

L'économie animale rejette à l’état d’excréments tous les principes inorganiques dont elle n’a pas besoin; après la mort de Pindividu, l'azote et l’acide carbonique s’en retournent à l’atmosphère à l’état d’ammoniaque et d’acide carbonique, par leffet des phénomènes de putréfaction et d’érémacausie; il ne reste finalement, avec les os, que des matières inorganiques, comme le phosphate de chaux et quelques autres sels.

Ce résidu terreux est pour certaines plantes un engrais aussi puissant que les excréments ; lorsqu'il a disparu du sol au bout d’un certain nombre d'années, il faut nécessairement le renouveler si l’on veut en conserver la fertilité.

Plusieurs questions se présentent ici. Les excréments des animaux qui servent d'engrais sont-ils tous de même nature ? présentent-ils également la propriété d’activer la croissance des plantes ? leur efficacité estelle la même dans toutes les circonstances?

Ces questions sont faciles à résoudre si l’on consulte la composition de ces excréments.

Suivant l’opinion généralement répandue, l'effet des excréments solides serait dû aux matières organiques qu’ils renferment. En pourrissant, ces matières occasionneraient une formation d’acide carbonique et remplaceraient par cela même l’humus; par leur azote, elles seraient également propres à l'assimilation et produiraient du gluten et d’autres principes azotés.

Pour ce qui est de l’azote, on peut dire que cette opinion est dénuée de tout fondement, car les excréments animaux en renferment une si petite quantité qu’elle ne saurait vraiment être prise en considération, Les faits suivants le prouverent suffisamment.

Excréments de chien. — On nourrit les chiens de chair et d'os, toutes matières très riches en azote; leurs excréments sont blancs, im-

cl INTRODUCTION:

prégnés d'humidité, se dessèchent à Pair en use matière pulvérulente, et contiennent, outre le phosphate de chaux des os, à peine 1/100 de matières organiques.

Crottin de cheval. — Les analyses du erottin de cheval par Macaise et Mancer viennent également à l'appui de ce que nous venons d'avancer. Les exeréments avaient été recueillis tout frais et parfaitement desséchés: dans le vide sur Pacide sulfurique; 100 parties (équivalant, à Pétat recent, à 350 ou 400 parties) contenaient 0,8 parties d’azote. Quiconque a l’expérience de ces sortes de déterminations sait qu'une quantité moindre que 1 pour 100 ne peut guère être appréciée avec exactitude. Ainsi, même en réduisant de la moitié le nombre trouvé, on prend toujours encore un maximum. Toutefois les excréments du cheval ne sont pas entièrement exempts d’azote, car ils donnent de petites quantités d’ammoniaque quand on les fait fondre avec de la potasse.

Bouse de vache.— La fiente de vache, brülde avec loxide de cuivre, a donné un gaz contenant un volume d’azote pour 26 à 30 volumes d’acide carbonique.

109 parties d’excréments récents renfermaient :

Azote 0,506 Carbone 6,204 Hydrogène 0,824 Oxigène 4,818 Cendres 1,748 Eau 85,900 100,000

Or, si l’on admet que, d’apres les excellentes analyses de Boussinsautr, le foin renferme 1 pour ıC0 d'azote, une vache assimilera par jour, des 12,5 kilogrammes de foin qu’on lui donne, 1/8 kilogramme d’azote. Cette quantité, réduite en fibre musculaire, donnerait 4,15 kilogrammes de chair à l’état naturel *. Or l'augmentation journalière de la masse de Panimal est loin d'approcher ce poids, mais on retrouve dans l’urine et dans le lait cet azote excédant. Une vache laitière donne peu d’urine, et encore celle-ci est-elle moins azotée que l’urine qu’elle fournit lorsqu’elle ne donne pas de lait; tant qu’elle est bonne laitière, on ne peut l’engraisser.

C’est par conséquent dans les excrémeuts liquides qu’il faut chercher l’azote non assimilé ; si les excréments solides exercent quelque influence sur la végétation, ce n’est certes pas en raison de l'azote qu’ils contiennent ; il faudrait sans cela qu’une quantité de foin équivalente aux excréments solides, soit 20 à 25 kilogrammes, et portée sur une terre, y

* 100 kil. de chair fraîche renferment environ 15,89 kil. de fibre musculaire ; 100 parties de celle-ci renferment 18 parties d’azote.

INTRODUCTION. clj

agit comme 100 kilogrammes de bouse de vache fraîche, ce qui est contraire à toute expérience.

Quelles sont alors les matières non azotées contenues dans la fiente de vache et de cheval auxquelles il faut attribuer l’action nutritive ?

Matieres inorganiques du crotlin de cheval. — Lorsqu’on épuise la fente de cheval avec de l’eau, celle-ci prend une teinte jaunätre en dissolvant 3 à 3 ‘/, pour 100 de matières. Le liquide contient alors, outre de légères quantités de substances organiques, principalement du phosphate de magnésie et des sels de soude. La portion insoluble dans l’eau cède à l’alcool une substance brune et résinoïde qui présente toutes les propriétés de la bile altérée. Le résidu possède les propriétés de la seiure de bois épuisée par Peau bouillante et brûle sans odeur. 100 parties d’excréments de cheval récents, désséchés à 100°, laissent 25 à 30 ou 31 parties de substance solide. [ls renferment donc 69 à 75 parties d’eau.

D'après Macaıne et Marcer la fiente desséchée donne par l’incinération 27 pour cent de sels et de substances terreuses. Suivant mes propres expériences, la fiente d’un cheval, qui avait été nourn avec de la paille hachée, avec de l’avoine et du foin, ne laissa que 10 pour cent de ces matières.

Par 1800 ou 2000 kilogrames de crottin frais, équivalant à 500 kilogrammes de crotlin sec, on porte donc sur les terres 1242 à 1500 kilogrammes d’eau, 365 à 450 kilogrammes de matière végétale et de bile altérée, et enfin 50 à 135 kilogrammes de sels et de substances inorganiques. Ces dernières sont principalement à considérer; elles faisaient toutes partie de la constitution du foin, de la paille et de l’avoine avec lesquels on avait nourri le cheval. Elles se composent essentiellement de phosphates de chaux et de magnésie, de carbonate de chaux et de silicate de potasse; ce dernier sel prédominait dans le sol, les phosphates se trouvaient en abondance dans les graines.

Par 500 kilogrammes de crottin de cheval on porte donc sur les terres, en maximum, les substances inorganiques de 3020 kilogrammes de foin ou de 4150 kilogrammes d’avoine”, ce qui suflit pour approvisionner de potasse et de phosphates une récolte et demie de froment.

Matières inorganiques des excréments de vache, de brebis, etc.— La fiente des vaches, des brebis et du bétail en général renferme, outre les matières végétales, du phosphate de chaux, du sel marin et du silicate de potasse; le poids en varie, suivant la nourriture des animaux. de 9 à 28 pour cent. La bouse de vache fraiche contient 86 à 90 pour cent d’eau.

Composition des excréments humains.— La matière fécale a été soumise par Berzénus à une analyse exacte. Ce savant y a trouvé, à

* L’avoine donne, d’après Tu. DE SAUSSURE , 3,1 pour cent de cendres.

eiij INTRODUCTION.

Pétat frais, 3/4 du poids d’eau, ainsi que de Pazote en proportions fort variables, en minimum 1 1/2, en maximum 5 pour cent. De tous les excréments, ce sont donc les plus azotés.

100 parties d’excréments desséchés ont donné, à Be par lincinération, 15 parties de cendres, contenant 10 parties de phosphate de chaux.et de magnésie.

Considérations générales.—Les matières végétales que l’on porte sur les terres par les excréments sont, il est vrai, d’une certaine influence sur la végétation, et cela parce qu’en pourrissant elles alimentent les jeunes plantes d’acide carbonique. Cependant il faut songer qu’un terrain bien conditionné n’est fumé que de six ou sept années l’une, et même, si l’on y plante du sainfoin et de la luzerne, seulement de douze en douze ans; que la quantité d’acide carbonique répandue: sur les champs à l’état de fumier ne s’élève qu’à 5 — 8 pour cent de la quantité enlevée par les récoltes; qu’enfin, dans l’espace de six à douze ans, les eaux pluviales amènent bien plus d’acide carbonique que le fumier. En considérant toutes ces circonstances, on conviendra que l'influence des matières végétales du fumier ne peut guère être considérable, et que c’est uniquement aux matières inorganiques qu’il doit son efficacité.

Le fumier des bêtes bovines et ovines fournit aux champs de céréales du silicate de potasse et des phosphates ; les excréments humains leur donnent du phosphate de chaux et du phosphate de magnésie ; les excréments de cheval, du phosphate de magnésie et du silicate de potasse.

Par la paille qui a servi de litière, on donne à la terre une nouvelle quantité de silicate de potasse et de phosphates : lorsque la paille est pourrie, ces principes restent. dans le sol, à un état prapre à l’assimilation.

Il est aisé de remarquer que lors même qu’on recueille le fumier avec soin et qu’on le répartit convenablement, la qualité des terres ne peut s’améliorer que peu, car il est impossible d’éviter la perte d’une certaine quantité de phosphates. Les exportations annuelles des récoltes et des bestiaux engraissés font affluer une quantité notable de ces phosphates aux environs des grandes villes. Cependant, dans une métairie bien organisée, cette perte doit toujours être remplacée. C’est l'effet ques obtient en partie par la culture des prairies.

EnAllemagne, on compte, pour cultiver avec TER 100 arpents” de blés, 20 arpents de prairies, qui produisent en terme moyen 25,000 kilogrammes de foin; comme celui-ci donne 6,82 pour cent de cendres, on obtient par an, dans les excréments des animaux auxquels on le donne en nourriture, 170,5 kilogrammes de silicate de potasse, de phosphate de

* L’arpent y est de 2400 mètres carrés, 10000 mètres carrés valent, comme on sait, un hectare,

INTRODUCTION. chi

chaux et de phosphate de magnésie. Ces sels profitent aux champs et compensent les pertes jusqu’à un certain degré. | |

La perte réelle des phosphates s’étend sur une Si grande Surface , qu'il . est à peine nécessaire d’en tenir compte. Par la cendre du Lois que Pon consomme dans l’économie domestique, on supplée aux prairies ce qu’elles ont perdu en phosphates.

On peut conserver la fertilité des terres continuellement dans le même état, en compensant tous les ans les pertes qu’on leur fait éprouver; mais ce n’est qu’en donnant plus qu’on ne leur prend qu’il est possible d’augmenter la fertilit du sol, et par la le rendement des plantes qu’on y cultive. v

Les conditions étant les mêmes pour deux terrains, lun deviendra d’autant plus fertile que les plantes qu’on y cultive pourront s'approprier plus facilement et en plus grande quantité les principes particuliers dont elles ont besoin pour leur développement. |

On peut conclure de ce qui précède que lon remplacera utilement les excréments des animaux par des matières qui renferment les mêmes principes. En

En Flandre, on compense les pertes annuelles en répandant sur les champs de la cendre de foin lessivée ou non lessivée, ou des os, qui, comme on le sait, se composent en grande partie de phosphate de chaux et de phosphate de magnésie.

Nous allons maintenant examiner l'efficacité de ces deux engrais.

Cendres comme engrais. — Beaucoup d’agronomes reconnaissent l'importance des cendres de bois comme engrais. Dans les environs de Marbourg et de la Wetterau ( Hesse électorale), on attache même un si grand prix à cette matière, qu’on ne recule pas devant les frais de transport, et qu’on va chercher les cendres à 6 ou à 8 lieues de distance.

Cette importance s’explique, si l’on songe que la cendre de bois lessivée avec de l’eau froide contient du silicate de potasse dans le même rapport que la paille (10 Si O* + KO), et qu’outre ce sel, elle ne renferme que des phosphates.

Les cendres des différents bois possèdent du reste une valeur bien différente ; celles de chêne la moindre, celle de hêtre la plus grande.

La cendre de chêne ne renferme que des traces de phosphates ; celle de hêtre en contient un cinquième de son poids; celle de pin et de sapin 9 à 15 pour cent. La cendre de pin de Norwége renferme le minimum de phosphate, savoir, d’après Berruier, 1,8 pour cent d’acide phosphorique.

Ainsi, par 100 kilogrammes de cendre de hêtre lessivée on amène sur les terres une quantité de phosphates égale à celle qui est contenue dans 460 kilogrammes d’excréments humains à l’état frais.

D’après P’analyse de Tr. pe Saussure, 100 parties de graines de froment renferment 32 parties de phosphates solubles et 44,5 parties de phosphates insolubles; ainsi, en tout 76,5 parties de phosphates. La cendre de paille de froment renferme en tout 11,5 pour cent de

cliv INTRODUCTION.

phosphates. Par 100 kilogrammes de cendre de hêtre, on porte done sur les terres une quantité d’acide phosphorique qui suffit pour produire 3820 kilogrammes de paille (à 4,3 pour cent de cendres suivant Ta. or Saussure), Où 15 à 18000 kilogrammes de graines de froment (à 1,3 pour cent de cendres, d’après le même savant.

Les cendres de lignites et de tourbes contiennent une grande quantité de silicate de potasse ; elles peuvent remplacer en partie le fumier de vache et de cheval, car, outre le silicate de potasse, elles renferment des mélanges de phosphates.

Os, comme engrais. — Sous le point de vue qui nous occupe, les os présentent encore plus d'importance que les cendres.

Les sources où les os puisent leurs principes sont la paille, le foin, en général le fourrage que mangent les animaux.

Si l’on admet, suivant Berzérius, queles os renferment 55 pour cent de phosphate de chaux et de phosphate de magnésie, et que, d’un autre côté, le foin en contienne autant que la paille de froment, il est clair que 8 kilogrammes d’os contiendront autant de phosphate de chaux que 1000 kilogrammes de foin ou de paille de froment, ou 2 kilogrammes d’os autant qu'il s’en trouve dans 1000 kilogrammes de froment ou d'avoine. |

Ces nombres ne présentent pas, il est vrai, un résultat bien exact, cependant ils permettent d’évaluer approximativement la quantité de phosphates que le sol cède annuellement aux plantes dont nous venons de parler. Ainsi, 20 kilogrammes d’os frais répandus sur un arpent de 2400 mètres d’etendue pourvoiraient de phosphates trois récoltes de froment, de trèfle ou de légumineuses. L'état dans lequel on y amène ces phosphates ne paraît pas être indifférent; plus les os seront pulvérisés etintimement mélangés avec la terre, mieux ils seront nécessairement assimilés. Le procédé le plus convenable serait sans contredit de réduire les os en poudre fine, de les mettre pendant quelque temps en digestion avec la moitié de leur poids d'acide sulfurique étendu de 3 à 4 parties d’eau, de délayer la pâte produite dans cent parties d’eau et d’arroser enfin le sol, avant d’y donner le labour, avec ce liquide acide. De cette manière, Pa= cide libre se comhinerait instantanément avec les principes basiques du sol et y répandrait uniformément un sel neutre produit. Les essais qu’on a faits à cet égard dans un terrain de grauwacke ont prouvé posilivement que ce nouvel engrais, loin d'être funeste aux blés et aux légumes, en active au contraire le développement de la manière la plus heureuse.

Dans les fabriques de gélatine animale, on perd tous les ans plusieurs milliers de quintaux d’une solution de phosphates dans l’acide hydrochlorique ; il serait important d’examiner jusqu’à quel point cette dissolation pourrait remplacer les os. Il est probable que l’acide hydrochlorique libre se combinerait avec la chaux du sol, et formerait ainsi un sel soluble, qui, comme on le sait depuis longtemps, est d’une influence bienfaisante pour la végétation. Le chlorure de calcium est en effet un de

INTRODUCTION. elv

ces sels qui attirent et retiennent l’humidité de Pair avec beaucoup d’énergie, de sorte qu’il peut parfaitement remplacer le plâtre comme stimulant, car, comme lui , il se décompose avec le mens d’ammoniaque . en sel ammoniac et carbonate de chaux.

Une solution d’os dans l’acide hydrochlorique, répandue sur les terres en automne ou en hiver, rendrait non seulement au sol un principe indispensable, mais elle lui donnerait en outre la faculté de retenir toute Pammoniaque qui y tombe par les eaux pluviales.

Il viendra un temps où, au lieu d'employer, comme aujourd’hui, des fumiers, on engraissera les champs avec une dissolution de liqueur siliceuse (silicate de potasse), avec la cendre de paille, avec les phosphates préparés exprès dans les fabriques, etc. L'agriculture se trouvera alors au même point où enest déjà arrivé, en partie, l’art deguérir : la, on a substitué des principes chimiques à un grand nombre de médicaments dont on ne savait expliquer la vertu miraculeuse; on administre maintenant l’iode, la quinine, la morphine, en place des éponges calcinees, du quinquina, de l’opium, qui, comme lexpérience l’a prouvé, doivent leur efficacité uniquement à ces principes.

Dans l’agriculture, la grande maxime, c’est de rendre toujours à la terre, en pleine mesure, n’importe sous quelle forme, tout ce qu’on lui enlève par les récoltes, et de se régler en cela sur le besoin de chaque espèce de plante en particulier.

Jusqu'à présent nous avons parlé des principes inorganiques qu’il s’agit d’amener au sol pour servir à la formation du corps ligneux, de la graine, de la racine et de la tige des plantes. Il nous reste encore à examiner la manière dont l’azote, ou en général les matières azotées, peuvent être présentées à celles-ci.

Production de l'azote et des matières azotées. — Tous les organes des plantes, tant les feuilles, ces organes nourriciers du corps ligneux, que les racines d’où se développent les feuilles, et qui élaborent les principes nécessaires au fruit, tous renferment des matières azotées en proportions fort variables. Les racines et les graines en sont PRAIRIE riches.

L’atmosphère fournit cet azote en quantité suffisante pour le développement normal d’une plante. Or, ce développement doit être considéré comme normal, lors même que le végétal ne produit qu’une seule graine capable d’en propager la race. Mais, par une production aussi restreinte, les espèces se conserveraient simplement à la surface du globe, ce qui, évidemment, west pas le but du Créateur, car elles n’existent pas pour elles-mêmes ; elles sont là pour servir d’aliments aux animaux, et, par une sage disposition , elles possèdent en elles-mêmes la faculté de transformer jusqu’à un certain degré tout l’azote qui leur est présenté, afin que, dans ce nouvel état, il convienne à la nutrition de ces animanx.

Si l’on offre au végétal l'acide carbonique et toutes les matières dont il a besoin, hormis l'azote, il ne pourra se développer que jusqu’à un cer-

clv] INTRODUCTION,

tain point; il produira des feuilles, mais point de graines; il donnera peut-être du sucre et de la fécule, mais point de gluten. En recevant au contraire l’azote en quantité suffisante, le végétal puisera avec beaucoup d’énergie le carbone dont il a besoin, dans l’atmosphere , s’il manque dans la terre, et pourra ainsi achever son développement.

Les excréments solides du cheval, des brebis, et des bestiaux en général, n’agissent pas comme engrais en raison de l’azote qu’ils renferment, car la proportion en est trop minime. Au contraire, les excréments humains sont comparativement très riches en azote; toutefois la quantité en varie beaucoup : ceux des hommes habitant les villes, où Pon se nourrit de préférence de viandes, en sont plus chargés que les excréments des campagnards, qui consomment plutôt du pain et des pommes de terre. La nature et la composition de ces derniers excréments se rapprochent donc davantage de celles des excréments des animaux domestiques.

D’après cela, ilest clair que les excréments doivent présenter une valeur fort inégale, suivant les terrains pour lesquels on les emploie. Ainsi, pour un sol sablonneux et calcaire, privé de silicate de potasse et de phosphate, les excréments de cheval et de bestiaux seront d’un grand profit, tandis que, pour un terrain argileux, riche en potasse, ou pour un terrain provenant de la désagrégation des roches de granit, de porphyre, de klingstein et même de zechstein, ils auront bien peu d’importauce. Par contre, les excréments humains seront un excellent moyen d’augmenter la fertilité des terrains de la dernière espèce. Ils présentent la même utilité pour tous les terrains quels qu’ils soient; cependant, pour les terrains calcaires et sablonneux , certains excréments animaux sont, en outre, des engrais de première nécessité. | |

Les excréments solides contiennent, il est vrai, une certaine quantité d'azote; cependant elle est bien minime, et c’est plutôt dans les excréments liquides, dans urine des hommes et des animaux, qu’il faut chercher la source unique d’un engrais azoté. |

Urine comme engrais. — L’urine arrive sur les champs soit comme eau de fumier ou purin, soit accidentellement avec les excréments solides qui en sont imprégnés. C’est à l’urine que ces derniers doivent la propriété de dégager de l’ammoniaque, propriété qu’autrement ils ne possèdent qu’à un degré très faible.

C’est évidemment aux sels ammoniacaux, à l’urée et à l’acide urique, si riche en azote, et aux phosphates que l’urine tient en dissolution, qu'il faut attribuer son efficacité.

D’après l’analyse de Berzécius, 1000 parties d’urine humaine contiennent :

INTRODUCTION, elvij

Uree, 30,10 Acide lactique libre, Lactate d’ammoniaque, 17,14 Matières extractives, Acide urique, 1,00 Mucus de la vessie, 0,32 Sulfate de potasse, 3,71 Sulfate de soude, 3,16 Phosphate de soude, 2,94 Biphosphate d’ammoniaque, 1,65 Sel marin, 4,46 Sel ammoniac, 1,50 Phosphate de magnesie et de chaux, 1,00 Silice, | 0,03 Eau, 933,00 1000,00

Deduction faite de l’urée, du lactate d’ammoniaque, de l'acide lactique libre, de l'acide urique, du phosphate d’ammoniaque et du sel marin, on n’a donc dans l’urine que 1 p. c. de matières solides, composées de sels inorganiques. L’effet de ces derniers sur l’économie végétale est naturellement toujours le même, qu’ils soient portés sur les terres en dissolution dans l’urine, ou en dissolution dans l’eau.

D’après Henry, l’urée est contenue dans l’urine à l’etat de lactate ; une autre portion s’y trouve à l’état libre.

Si on laisse urine se putréfier, toute Purée, unie à l’acide lactique, se transforme en lactate d’ammoniaque ; celle qui est libre se convertit en carbonate d’ammoniaque, sel très volatil. C’est dans cet état de putréfaction que l’urine est employée comme fumier.

Il faut done la conserver dans des réservoirs construits de manière à ne donner aucune issue au carbonate d’ammoniaque. |

Lorsqu’on porte l’urine putréfiée sur les terres, une partie du carbonate d’ammoniaque se vaporise avec l’eau, tandis qu’une autre est absorbée par le terrain, s’il est argileux ou ferrugineux; le lactate, le phosphate et Phydrochlorate d’ammoniaque, qui ne sont point volatils, comme le carbonate, resteront en totalité dans le sol, et pourront immédiatement être absorbés par les racines.

Le carbonate d’ammoniaque, en prenant naissance par la décomposition de l'urine , rend celle-ci alcaline ; à l’état normal, elle est acide. Si, comme cela arrive en grande partie, ce carbonate d’ammoniaque se vaporise dans l’air, on perd par la presque la moitié du poids de l’urine; il est clair qu’en le fixant, on augmentera du double l'efficacité de cet agent.

Jadis, lorsque le prix du sel ammoniac était encore assez élevé, on proposa lPemploi des eaux de fumier pour la fabrication de cette matière,

clvii] INTRODUCTION.

et plusieurs personnes y eurent même recours. Elles distillèrent dans des vases en fonte l’urine putréfiée , chargée de carbonate d’ammoniaque, et transformèrent, par le procédé ordinaire, le produit distillé en sel ammoniac (Demacuy).

L'agriculture doit évidemment repousser une application aussi absurde des connaissances chimiques, car il faut songer que 400 kilogrammes de sel ammoniac renferment 26 kilogrammes d’azote, c’est-à-dire une quantité qui est contenue dans 1200 kilogr. de graines de froment, 1480 kilogr. de graines d’orge, ou 2500 kilogrammes de foin (Boussincaurr),

Le carbonate d’ammoniaque, produit par la putréfaction de Purine, peut être fixé, c’est-à-dire privé de sa volatilité, par une foule de moyens. 4 |

Ainsi, en saupoudrant un terrain de plâtre et en l’arrosant d’urine putréfiée, on transformera tout le carbonate d’ammoniaque en sulfate d’ammoniaque qui restera dans le sol.

Un moyen encore plus simple c’est de faire disparaître Palcalinité des eaux de fumier, en y ajoutant du plâtre, du muriate de chaux, de l’acide sulfurique ou muriatique, ou mieux encore du phosphate de chaux acide, toutes substances à fort bon marché. De cette manière, le carbonate d’ammoniaque se transforme en un sel qui ne se volatilise plus.

Une assiette contenant de l’acide hydrochlorique concentré, et placée dans les lieux d’aisance dont la voûte communique directement avec je réservoir à fumier, se trouve remplie, au bout de quelques jours, de cristaux de sel ammoniac. L’ammoniaque, dont la présence se manifeste du reste déjà par l’odeur, se combine alors avec l’acide hydrochlorique, en donnant naissance à des nuages blancs, et perd ainsi sa volatilité. Dans les écuries, le même phénomène peut s’observer. Or, cette ammoniaque est non seulement perdue pour la végétation, mais elle attaque en outre les murs et les décompose peu à peu; en contact avec la chaux du mortier, elle se transforme en acide nitrique, qui dissout peu à peu la chaux. | aß:

L’ammoniaque qui se développe dans les écuries et les lieux d’aisance est, dans toutes les circonstances, combinée à de l’acide carbonique. Puisque le carbonate d’ammoniaque et le sulfate de chaux ne peuvent pas être mis en contact à la température ordinaire sans se décomposer, on n’a done qu’à répandre de temps à autre du plâtre pulvérisé dans les endroits que l’on veut désinfecter ;: de cette manière, non Seulement toute odeur disparaît, mais en même temps on peut conserver pour les besoins de lagriculture toute l’ammoniaque ainsi fixée. |

L’acide urique, le plus azoté de tous les produits de l’économie animale, est soluble dans l’eau ; par conséquent il peut être absorbé par les racines des plantes, et donner naissance, par leffet de l’assimilation, à de l’oxalate, à du prussiate, ou à du carbonate d’ammoniaque.

INTRODUCTION. clix

Tl serait fort intéressant d’étudier les métamorphoses que Pacide urique subit dans une plante vivante; on n ’aurait qu’à le mélanger avec du poussier de charbon bien cuit, et à Esther ensuite la sève, les graines . ou les fruits du végétal qu’on y aurait planté.

Sous le rapport de la quantité d’azote, 100 p. d’urine humaine équivalent à 1300 p. de crottin de cheval frais (d’après les analyses de Macae et de Marcer), et à 500 p. de bouse de vache fraîche.

On voit done combien il est important pour l’agriculture que rien n’en soit perdu.

L'efficacité de l’urine est particulièrement reconnue en Flandre : cependant rien n’égale le haut prix que les Chinois attachent aux excréments humains. En Chine, les lois du pays défendent de les jeter, et l’on trouve dans chaque maison des réservoirs construits avec beaucoup de soin pour les recueillir.

La Chine est la patrie de Part d’ expérimenter. Ses habitants , auxquels la nature en a du reste fait un besoin, avaient fait, depuis des sièclés, des découvertes en tout genre que l’Europe admira longtemps sans pouvoir les imiter, tandis qu’ils y étaient arrivés sans notions scientifiques; car leurs livres ne renferment que des recettes et des prescriptions, et jamais on n’y trouve aucune explication.

Un demi-siècle a suffi, il est vrai, aux Européens, non seulement pour arriver, dans les arts et les métiers, aussi loin que les Chinoïs, mais encore pour les y surpasser, et cela n’est qu’une conséquence de l’application judieieuse des principes de la chimie. Mais combien lagriculture européenne n’est-elle pas arriérée, en comparaison de l’agriculture des Chinois! Ils sont d’admirables horticulteurs ; ils savent donner à chaque plante une éducation propre, lui préparer un terroir particulier. C’est chez eux que l’agriculture est arrivée au plus haut degré de perfection ; et pourtant dans ce pays, qui ne diffère que très peu du nôtre sous le rapport de la fertilité du sol, on n’attache que fort peu d'importance aux excréments des animaux. Chez nous, on écrit de gros volumes, mais on ne fait pas d’expériences ; On exprime en centièmes ce que Pune ou Pautre plante consomme en fumier, tandis que l’on ignore encore ce que c’est que ce fumier.

Si l’on admet que les excréments liquides et solides d’un homme ne s’élèvent par jour qu’à 0,75 kilogr. (0,625 d’urine et 0,135 de matière fécale), et qu'ils renferment ensemble 3 p. c. d’azote, cela donne, pouf un an, 273,5 kilogr. d’excréments contenant 8,205 kilogr. d’azote, quantité qui suffirait pour 400 kilogr. de graines de froment, de seigle, d’avoine ou d'orge (Bovussincautr), et qui ajoutée à l'azote puisé dans f’atmosphère est plus que suffisante pour faire produire annuellement à un arpent la récolte la plus riche.

Par une application convenable des assolements, chaque localité pourrait se suffire à elle-même pour alimenter ses terres de l’engrais le plus azoté et le plus riche en phosphates. En utilisant même les os et la

clx INTRODUCTION.

cendre de bois lessivée, elle pourrait entièrement se passer des exeréments animaux. :

Poudrettes. — Les excréments humains, convenablement An Là et dans lesquels l’ammoniaque se trouve fixée, peuvent être réduits à un état qui en permet le transport à de grandes distances. Ainsi la préparation des poudrettes forme déjà une branche assez importante de l’industrie. A Paris, on recueille la gadoue dans des tonneaux, pour la transporter à Montfaucon, dans des fosses profondes destinées Spéciales ment à cet usage. Là, on la laisse se dessécher, et ce n’est qu'après la vaporisation des parties liquides qu’on la livre au commerce.

Par la putréfaction de l’urine dans les lieux d’aisance, toute l’urée qu’elle renferme se transforme en grande partie en carbonate d’ammoniaque ; il se produit en outre du lactate et du phosphate d’ammoniaque ; d’autres parties végétales de l’urine se putréfient en même temps; tous les sulfates se décomposent, le soufre forme de l’hydrogène sulfuré et de P’hydrosulfate d’ammoniaque, qui est également volatil. Puis desséchée à Pair, la gadoue perd, par la vaporisation de l’eau, plus de la moitié deson azote. Outre une certaine quantité de phosphate et de tartrate d’ammoniaque, elle renferme du phosphate de chaux en plus grande partie, ainsi qu’un peu d’urate de magnésie et de substances grasses, Cependant, elle est encore excellente comme fumier. Mais son efficacité aurait été double et même triple si, avant de la dessécher, on l’avait neutralisée au moyen d'acides minéraux que l’on peut se procurer à si bas prix.

Dans d’autres fabriques, on mélange la gadoue avec de la cendre de bois ou avec de la terre contenant beaucoup de chaux caustique; de cette manière, il est vrai, on la désinfecte complétement, mais on en chasse également toute l’ammoniaque. Toutes les combinaisons ammoniacales sont décomposées, et si le résidu présente encore quelques propriétés actives, ce n’est que parce qu’il renferme des phosphates.

Guano.— Sur les côtes de l’Amérique méridionale, on fume les terres stériles avec le guano (voir page 205), qui n’est autre chose qu’un mélange d’urates et d’autres sels ammoniacaux. On obtient ainsi une végétation luxuriante, et des récoltes fort riches.

En Chine on ne fume les céréales qu'avec des excréments humains , tandis que chez nous on répand sur les terres , avec les excréments des bestiaux, les graines de toutes les mauvaises herbes qui n’avaient pas été digérées par l’animal, et qui reviennent ainsi dans le sol avec toute leur faculté germinatrice. Doit-on s’étonner alors que, malgré tous les efforts, on ne puisse plus extirper les mauvaises herbes une fois qu’elles ont pris racine dans nos champs? Un célèbre botaniste * qui visita la Chine

* INGENHOUSS, die Ernœhrung der Pflanzen (la Nutrition des Plantes), page 129.

INTRODUCTION. elxj

avec l’ambassade hollandaise, . dans les dernières années du siècle passé, raconte qu’il lui était impossible d’y trouver sur les champs de blé aucune mauvaise herbe.

L’urine de cheval est bien moins riche en azote que l’urine humaine. D’après Fourcroy et VAuqueus , elle ne renferme que 5 pour 100 de matières solides, et parmi celles-ci seulement 0,7 durée, tandis que 100 parties d’urine humaine en contiennent plus de 4 fois autant.

L’urine de vache est particulièrement riche en sels de potasse; suivant Roue et Branpe, elle renferme des sels de soude.

L’urine de pore contient beaucoup de phosphate de magnésie et d’ammoniaque, qui constitue ces calculs urinaires si fréquents.

Il est clair qu’en portant sur les terres ces excréments, dans le rapport de Pazote que l’on en a enlevé par les récoltes, la quantité d’azote devra s’y accroître tous les ans; car celui que l’on y amène à l’état de fumier est augmenté de celui que les végétaux puisent dans l’atmosphère.

Une métairie qui n’a pas de prairies, et qui ne possède pas assez de terres pour cultiver des plantes fourragères, doit importer du dehors une certaine quantité d'engrais azoté, pour que ses revenus puissent s’accroître. Dans les fermes plus grandes , les prairies compensent entièrement les pertes annuelles d’azote.

La seule perte réelle en azote se borne à la quantité que les hommes emportent avec eux dans la tombe, mais celte quantité ne peut guère dépasser 1,5 kil. pour chaque individu. Du reste elle n’est pas perdue pour les plantes, car, par l’effet de la putréfaction et de l’érémacausie, elle s’en retourne à l’atmosphère sous forme d’ammoniaque.

Si Pon veut accroître les revenus d’une économie, il faut nécessairement multiplier aussi les engrais; de cette manière on peut augmenter sans inconvénient l'exportation des blés et des bestiaux.

D’après ce que nous avons vu plus haut, les excréments liquides d’hommes et d'animaux présentent la plus grande valeur comme engrais azoté. C’est à eux exclusivement qu’il faut attribuer l’accroissement du rapport des terres, aussi devons-nous les conserver avec un soin tout particulier.

Il faut songer que chaque kilogramme d’ammoniaque qui s’évapore sans être utilisé équivaut à une perte de 60 kilogrammes de blé; qu’avec chaque kilogramme d’urine on peut gagner un kilogramme de froment. On ne conçoit vraiment pas pourquoi on attache si peu de prix aux urines : dans Ja plupart des endroits on ne met à profit que celles qui imprègnent les exçréments solides, et on n’abrite d’aucune manière les réservoirs qui renferment ces derniers.

Les exer&ments solides contiennent les phosphates insolubles; les excréments liquides , tous les phosphates solubles, et c’est dans ces derniers que se trouve toute la potasse que les plantes digérées par l’animal renfermaient sous forme de sels organiques.

Les os, la laine, les chiffons, les crins , la bourre, les sabots, et la

elxij INTRODUCTION.

corne à l’état récent, sont des engrais fort azotes ; leur influence sur la végétation est d’autant plus grande qu’ils contiennent en outre des phosphates.

190 parties d’os secs donnent 32 à 33 pour 100 de gélatine sèche : en y admettant la même quantité d’azote que dans la gélatine animale, on a 5,28 pour cent d'azote. Ils sont donc l’équivalent de 250 parties d’urine humaine.

A l'abri de l’air, les os se conservent sans altération pendant des siècles dans un terrain sec, et même dans un terrain humide; c’est que la partie externe des os en préserve l’intérieur de l’action de l’eau. Les ossements des animaux antédiluviens qu’on rencontre dans les argiles ou dans le plâtre nous en fournissent des exemples. A l'état pulvérisé et humide, les os s’échauffent ; ils ‘donnent lieu à la fermentation putride et à la pourriture, par suite de la décomposition de la gélatine qu’ils renferment. L’azote de celle-ci se transforme en carbonate d’ammoniaque et en d’autres sels ammoniacaux, qui sont en grande partie retenus par les os pulverises (1 volume d’os bien calcinés et blancs absorbe 7,5 volumes de gaz ammonlac pur).

Enfin le poussier de charbon doit également être considéré comme un excellent moyen de favoriser la végétation dans les terrains compactes, et notamment dans des terrains argileux.

Incennouss avait déjà proposé l’emploi de l'acide sulfurique comme moyen d'augmenter la fertilité du sol. Un terrain calcaire humecté d’acide sulfurique étendu y produit instantanément du plâtre. L’acide sulfurique peut donc bien remplacer le plâtre; 100 parties d’acide sulfurique concentre, étendues de 800 à 1,000 parties d’eau, sont l'équivalent de 176 parties de plâtre.

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