‹ Traité de chimie organiqueChapitre 41 sur 140 · DES POISONS, DES MIASMES ET DES CONTAGIONS · texte numérisé non relu

DES POISONS, DES MIASMES ET DES CONTAGIONS

La chimie inorganique, aussi bien que la chimie animale et végétale, donne naissance à un grand nombre de combinaisons dont l’effet est de produire dans l’économie animale certaines altérations particulières, certaines maladies qui troublent les fonctions vitales d’un organe et donnent la mort après un temps plus ou moins long.

Dans la plupart des cas, il est aisé d’expliquer leffet des agents inorganiques, tels que les acides, les oxides métalliques et les sels. Ces corps opèrent, soit en dissolvant les parties d’un organe, soit en formant avec elles diverses combinaisons.

L'action deletere des substances telles que lacide sulfurique concentré, l'acide hydrochlorique, l’acide oxalique, hydrate de potasse, etc., peut se comparer à celle d’un morceau de fer qui, porté à l’incandescence ou mis sous la forme de lame tranchante, peut donner la mort en blessant certains organes. à

Ces corps ne sont pas des poisons dans le sens strict du mot; car ils n’en produisent l’effet que dans des conditions déterminées. |

Les poisons inorganiques proprement dits opèrent le plus souvent en se combinant chimiquement avec les parties essentielles des organes; leur affinité pour celles-ci est alors plus puissante que la force vitale.

Examinons, pour fixer et éclaircir nos idées, l’effet des substances inorganiques en général, et nous trouverons qu'une certaine classe de combinaisons Solubles, mises en contact avec diverses parties du corps, . passent dans le sang, dont elles sont ensuite séparées avec cu sans altération par les organes sécrétoires. |

L’iodure de potassium, le sulfocyanure de potassium, le cyanoferrure de potassium, le nitre, le chlorate de potasse, le silicate de potasse, et en général les sels à base alcaline que lon administre à l’homme et aux animaux, en dose légère, à l'extérieur ou à l’intérieur, passent sans s’alterer dans le sang, la sueur, le chyle, la bile et la rate où lon suit facilement leurs traces, et de là sont enfin rejetés sans exception par les voies urinaires.

Chacune de ces substances cause dans les organes une perturbation particulière; mais en les parcourant, elles n’éprouvent aucune décomposition ; et si elles peuvent former une combinaison dans quel-

INTRODUCTION. elxxj

que partie du corps, cette combinaison n’est pas stable, puisque, comme le prouve la réapparition des substances dans Purine, eile peut. être détruite par la force vitale.

Les citrates, les tartrates et les acétates neutres à base alcaline s’altèrent au contraire dans leur passage à travers les organes. Leurs bases, il est vrai, se retrouvent dans l'urine, mais les acides ont complétement disparu et sont remplacés par de l'acide carbonique. (Gazsrrr Branc , WoEHLER).

Il ressort de la transformation des sels végétaux à base d’alcali en carbonates alcalins, qu’une grande quantité d’oxigène s’est ajoutée à leurs éléments, car pour convertir, par exemple, 1 équivalent d’acétate de potasse en carbonate, il faut le concours de 8 équivalents d’oxigene. Suivant qu’il se produit alors un sel neutre ou un sel acide, 2 ou 4 équivalents d’oxigene restent en combinaison avec la base, tandisque les 6 ou les 4 autres équivalents se dégagent à l’état d’acide carbonique.

Or, aucun indice, dans le corps vivant auquel ont été administrés des sels de cette espèce, ne peut nous faire croire qu’une de ses parties essentielles ait fourni la grande quantité d’oxigène nécessaire à leur métamorphose , et il ne nous reste qu’à attribuer cette oxidation à l’oxigène de Pair.

En traversant le poumon, les acides de ces sels prennent part à l’acte de combinaison qui s’accomplit dans cet organe ; une certaine quantité de l’oxigene absorbé s’unit à leurs éléments en transformant l’hydrogène en eau et le carbone en acide carbonique. Ce dernier reste en. partie (1 ou 2 équivalents) en combinaison avec la base, et produit ainsi un sel qui n’éprouve plus aucune altération de la part des actions oxigénantes.

C’est ce sel que sécrètent ensuite de nouveau le foie ou les reins.

Il est évident que la présence de ces sels végétaux dans le saug doit amener un changement dans l'acte respiratoire; car, sans eux , l’oxigène absorbé par l’inspiration se mêlerait, comme à l’ordinaire, aux principes du sang, tandis que réeliement une partie de ce gaz, au lieu de passer dans le sang, s’unit aux parties constituantes de ces sels; or la conséquence immédiate de cette réaction est de diminuer la production du sang artériel, ou, en d’autres termes, de ralentir les mouvements respiratoires.

Les sels que nous venons de nommer, en contact avec l’air et avec des matières animales et végétales en putréfaction, se comportent absolument de la même façon que dans les poumons : ils prenuent part à la. combustion qui s’y opère, et, comme dans un corps vivant, se transforment en carbonates. Si l’on abandonne à elles-mêmes leurs solutions aqueuses, à l’état impur, on voit disparaître peu à peu complétement les acides qui les constituent.

Les acides minéraux et les acides végétaux non volatils, ainsi que les sels minéraux à base alcaline, ont la propriété d’empè:her, s’ils se trouvent en certaine quantité, tous les phénomènes d’érémacausie. En quantité plus petite, ils en ralentissent et en arrêtent la marche. Eufin, dans

elxxij INTRODUCTION.

le corps vivant ils manifestent une action pareille à celle des sels vegetaux neutres; seulement la cause de cette action n’est pas la même.

Ce qui s’oppose à l’introduction dans le sang de quantités considérables de sels minéraux qui pourraient arrêter dans les poumons l'acte de la combustion, c’est une propriété très remarquable que possèdent toutes les membranes animales , les tissus cellulaires, les fibres musculaires, etc. Cette propriété consiste à ne pas se laisser pénétrer par de fortes solutions salines et à n’en ressentir l’action que lorsque ces dernières.sont combinées avec de l’eau dans de certaines proportions. Ainsi une vessie sèche déposée dans des solutions bien saturees| de sel commun, de salpêtre, de cyanoferrure de potassium, de sulfocyanure de potassium, de potassium, de sulfate de magnésie, de chlorure de potassium , de sulfate de soude, conserve sa siccité plus ou moins longtemps, tous ces liquides découlant de sa surface comme de l’eau versée sur un plateau de verre enduit de graisse,

Une pièce de viande fraiche saupoudrée de sel commun se trouve au bout de 24 heures nageant dans une saumure sans qu’on y ait versé une goutte d’eau. Ce liquide provient des fibres musculaires et du tissu cellulaire. En effet, il se fait à tous les points de contact une fusion plus ou moins concentrée ; le sel s’allie avec l’eau renfermée dans les organes, et celle-ci perd ainsi sa propriété de pénétrer les parties animales, se sépare de la chair, où il ne reste plus que de l’eau contenant une masse de sel assez peu considérable, assez peu dense pour qu’elle puisse être absorbée par les parties animales.

L'économie domestique profite de cette propriété du sel commun pour amener des pièces de viande à un degré de dessiccation qui les empêche de se corrompre, ce qui n’arrive jamais que lorsqu’ elles contiennent une certaine quantité d’eau.

L'alcool, quant à la propriété physique dent nous parlons, se comporte comme les sels minéraux. |

1l n’humecte, ne pénètre pas les substances animales, et en retire l’eau pour laquelle il a de l’aflinite.

Introduites dans l’estomac, les solutions salines sont absorbées, pourvu qu’elles aient un certain degré de faiblesse. Si elles sont concentrées, elles produisent leffet contraire et dessèchent l’organe en causant une soif violente. Il se fait un échange d’eau et de sel dans l’estomac même, qui rejette la première et prend la partie la moins concentrée de la solution saline.

Le reste de cette solution, et c’est la plus grande partie, demeure non absorbé, n’est point sécrété par les voies urinaires, mais pénètre dans les entrailles, dans le canal intestinal, et y produit un amincissement des fèces : il agit comme purgatif. A côté de cette vertu purgative, qui leur est commune, et qui dépend d’une propriété physique générale à tous, ces sels produisent encore des effets particuliers utilisés en médecine, précisément parce que chacun des organes avec lesquels ils sont en contact en prend

INTRODUCTION. elxxiij

la quantité qui en peut être absorbée. D'ailleurs, les principes constituants de ces sels n’ont absolument rien de commun avec leur action purgative; car il est complétement indifférent pour la production de cet effet (je ne dis pas pour sa violence) que la base soit de la potasse ou de la soude, ou bien, dans beaucoup de cas, de la potasse ou de la magnésie; que l'acide soit de l'acide phosphorique, sulfurique, nitrique, ou hydrochlorique.

Outre ces sels, dont l'influence sur l’économie est indépendante de leur aptitude àse combiner, il en existe une classe considérable qui, introduits dans un corps vivant, y causent des altérations d’un tout autre genre, y engendrent, avec plus ou moins de puissance, des maladies ou la mort, sans qu’on puisse apercevoir une perturbation proprement dite dans les organes.

Ce sont là les véritables poisons inorganiques, ceux dont l’action dépend de leur aptitude à produire des combinaisons stables avec la substance des membranes, des tissus, des fibres musculaires. Dans cette classe se rangent les sels de peroxide de fer, de plomb, de bismuth, de cuivre, de mercure, etc.

Si l’on met des solutions de ces sels, en proportions suffisantes, en contact avec du blanc d’œuf, du lait, des fibres musculaires, des membranes animales, ils se combinent avec ces divers corps et perdent leur solubilité, si bien que l’eau dans laquelle ils étaient dissous n’en contient bientôt plus detrace. Ainsi, tandis que les sels à base alcaline enlèvent aux parties animales Peau qu’elles contiennent, les sels des métaux pesants au contraire se combinent avec les substances, qui les rendent airsi insolubles.

C’est de cette manière que les substances dont nous parlons agissent dans le corps de lanimal. Devenues insolubles, elles sont absorbées par les organes, en se combinant avec eux. Aussi ne peuvent-elles que rarement passer dans le sang. Toutes les expériences démontrent qu’elles ne laissent aucune trace dans l’urine. C’est que pendant leur trajet elles sont mises en contact avec une quantité de matières qui les retiennent. De ce contact avec certains organes ou certaines parties essentielles d’organes, résulte nécessairement, pour les fonctions de ces derniers, une perturbation, une direction anormale qui se manifeste par des maladies. Le mode d’action du sublimé et de l’acide arsénieux mérite surtout notre at- tention. On sait que ces deux corps possèdent au plus haut point la propriété de se combiner avec toutes les parties animales et végétales, et les préservent ainsi de la pourriture; que, par exemple, le bois et la substance cérébrale même, qui s’altèrent si facilement et si vite en présence de Pair et de Peau, s'ils sont restés un certain temps en contact avec de l'acide arsénieux ou du sublimé, supportent, sans changer de couleur ni d'aspect, toutes les influences de l’atmosphère. — On sait encore que dans les empoisonnements par ces matières, les parties qui ont été en conlact, el par conséquent en combinaison avec elles, deviennent inaccessi-

elxxiv INTRODUCTION.

bles à la pourriture. On ne peut donc avoir aucun doute sur le principe en vertu duquel elles agisseut comme poisons.

En effet, dire que, si elles n’ea sont pas empêchées par la force vitale, elles forment avec les organes des combinaisons par lesquelles ces derniers acquièrent le caractère de l’incorruptibilité, n'est-ce pas dire, en d’autres termes, que ces organes perdent leur propriété vitale, essentielle, d’éprouver et d’opérer des métamorphoses, c’est-à-dire, que la vie organique est détruite ? Quelquefois Pempoisonnement est assez superficiel , pour ainsi dire, la quantité de poison est assez faible, pour qu'il n’y ait eu ‘combinaison qu’avec des parties isolées capables de se reproduire. Alors il se forme simplement une couenne, qui se Cétache peu à peu des parties saines.

Il est facile de conclure de tout cela qu’il n’est aucun signe intérieur d’empoisonnement qui porte un caractère de certitude absolue; caril peut arriver que l’observateur ne découvre aucune apparence d’altération, puisque, comme nous l’avons remarqué, la mort peut s’ensuivre sans qu'il y ait eu perturbation des organes. Néanmoins larsenic, administré à état de solution, peut passer dans le sang. En effet, qu’une veine, mise à nu, soit plongée dans une pareille solution, chaque globule sanguin finira par se combiner, c’est-à-dire, par être empoisonné.

Remarquez que des combinaisons arsénicales, incapables de se combiner avec quelque partie d’organisme , seront aussi, en quelque fortes doses qu’on les administre, sans aucune influence sur la vie : ainsi, beaucoup d’arsénites basiques et insolubles sont parfaitement innocents, et lune des combinaisons arsénicales les'plus riches, celle qui, par sa composition, se rapproche le plus des combinaisons organiques, Palcargine, découverte par Bunsen, n’exerce pas la moindre influence pernicieuse sur l'économie.

Cette différence d’action permet de fixer avec quelque certitude les limites au-delà desquelles ces substances cessent d’opérer comme poisöns. En effet, comme la combinaison ne peut que procéder selon les lois chimiques, il faut que la mort s’ensuive dès que l’organe en contact avec le poison en rencontre une quantité suffisante pour se combiner tout entier avec lui, atome par atome. Sinon, une partie de l’organe conserve ses fonctions vitales.

D’après les proportions dans lesquelles la fibrine s’unit à l’acidè hydrochlorique, Poxide de plomb et oxide de cuivre, son équivalent, tel que le déterminent les recherches de Murver*, doit être exprimé par le nombre 6361. On peut donc admettre approximativement qu’une quantité de 6361 fibrine se combine avec 1 équivalent d’acide arsénieux ou de sublimé corrosif.

En mêlant 6361 p. de fibrine à l’état anhydre avec 30,000 p. d’eau,

* Annales de POGGENDORFF, T. XL, page 259. us <>

INTRODUCTION. elxxv

nous l’obtenons absolument dans les mêmes conditions dans lesquelles elle se trouve contenue dans le sang ou la fibre musculaire. Dans cet état, 100 gr. de fibrine formeront une combinaison saturée avec 3 4/10 gr. d’acide arsénieux et avec 5 gr. de sublimé. D’un autre côté, le poids atomique de l’albumine des œufs et du sang, tel qu’il résulte de sa combinaison avec l’oxide d’argent, s’exprime par 7447; celui de la gélatine animale, par 5652. Saturés d’eau au même degré que dans un corps vivant, 100 gr. d’albumine se combinent avec 1 1/4 gr. d’acide arsénieux. Ces proportions, qu’on peut considérer comme portées au maximum, font voir, par l'élévation extraordinaire du poids d’atome des substances organiques, à quelle faible dose des corps tels que le sublimé et les acides arsénieux peuvent être mortels.

Toutes les substances employées comme contre-poisons opèrent exclusivement en enlevant à ces cerps le caractère, le principe vénéneux, c’est-à-dire la faculté de se combiner avec des matières animales. Malheureusement il n’existe aucun autre corps qui puisse neutraliser ou vaincre cette faculté. Une fois formées , ces combinaisons ne peuvent être combattues que par des affinités violentes et non moins funestes.

Il faut donc que la médecine se contente d’amener la partie du poison qui reste encore libre et inactive à se combiner avec un autre corps qui, sous des conditions données, soit insoluble et indécomposable ; pour cet effet, l’hydrate d’oxide de fer est un des agents les plus précieux.

Nous avons déjà dit que si le sublimé et l’arsenic agissent simplement sur la surface des organes, il n’en meurt que la partie entrée en combinaison. Quant à la couenne qui résulte de ce dépérissement, elle est insensiblement déplacée et rejetée.

Sans aucun doute les sels d'argent solubles auraient, aussi bien que le sublimé, une influence mortelle, s’il n’existait dans le corps humain une cause qui la neutralise lorsque ces matières ne s’y trouvent pas en quantités excessives : cette cause, c’est la solution de sel commun qui domine dans tous les fluides. Du reste, le nitrate d'argent se combine comme le sublimé avec les parties animales, et ces combinaisons présentent tout à fait les mêmes caractères.

Elles préservent également les organes de la putréfaction et de l’érémacausie. En effet, appliqué sur la peau, en contact avec des fibres musculaires et d’autres matières animales, ce corps s’unit instantanément à elles. Les dissolutions de matières annales sont également précipitées par le nitrate d'argent ; elles en sont ce qu’on appelle coagulées.

Les combinaisons ainsi produites sont incolores; elles résistent A la violence d’autres agents chimiques, et, comme toutes les combinaisons d'argent, noircissent à la lumière, qui réduit en partie l’oxide d’argent. Ainsi les matières animales qui se sont alliées au sel d'argent m’appartiennent plus au corps organisé et vivant : elles ont cessé de contribuer à l’assimilation, et, si elles sont reproductibles, elles se detachent du corps sous la forme d’une croûte de chair morte, pour être remplacées par une

cixXv] INTRODUCTION.

partie saine et non combinée. Si l’on introduit dans l’estomac une quantité modérée de nitrate d’argent, il se transforme instantanément en chlorure par l'effet du sel marin ou de l’acide hydrochlorique libre que l'estomac renferme. Le chlorure d’argent est parfaitement insoluble dans l’eau pure; cependant il se dissout en très petite quantité dans une solution de sel marin et dans l’acide hydrochlorique; c’est cette petite quantité seule qui agit. Tout le reste se sépare et s’échappe du corps par les voies ordinaires. Ce fait est une conséquence du principe que dans le corps humain il n’est point d’action sans que les matières qui se rencontrent soient solubles, c’est-à-dire sans qu’elles possèdent la faculté d’obéir à toute espèce de mouvement.

Pour ce qui concerne les sels de plomb solubles, on sait qu’ils possèdent toutes les propriétés des sels d'argent et de mercure; cependant toutes les combinaisons de l’oxide de plomb avec les matières animales peuvent être décomposées par l’acide sulfurique étendu. C’est ce qui fait que la colique de plomb est inconnue dans toutes les fabriques de céruse où les ouvriers sont habitués à boire chaque jour, comme préservatif, ce qu’on nomme de la limonade d’acide sulfurique ( quelques gouttes de cet acide mêlées à de l’eau sucrée).

Les matières organiques qui se sont combinées dans le corps avec des oxides ou des sels métalliques perdent leur faculté d’absorber et de retenir de l’eau, sans pour cela cesser d’être perméables aux liquides. Lorsqu’elles se trouvent en contact avec ceux-ci, elles se contractent et prennent un moindre volume. Une propriété particulière que possède en outre le sublimé ainsi que plusieurs sels de plomb, c’est que, en proportions considérables , ils ont le pouvoir de dissoudre les combinaisons insolubles qu’ils avaient formées d’abord, phénomène qui a pour conséquence non plus une contraction, mais une liquéfaction de lorgane empoisonné.

Les sels de cuivre peuvent, même en combinaison avec les acides les plus violents, être réduits à l’état de métal ou de protoxide par l’action de beaucoup de substances végétales, particulièrement par celle du sucre et du miel, et par conséquent être transformés en corps incapables de s’allier à des matières animales. Aussi les substances de ce genre sontelles depuis longtemps employées comme les contre-poisons les plus efficaces. |

Quant à l’action vénéneuse de l’acide prussique, des bases organiques, telles que la strychnine, la morphine, etc., nous ne connaissons pas encore de faits nropres à conduire à des notions précises. Mais on peut prédire avec certitude que le temps n’est pas loin où des expériences sur la manière dont elles se comportent avec les substances animales donneront à cet égard l’explication la plus satisfaisante.

Les corps que nous avons examinés jusqu'ici exercent une action sur Péconomie animale, soit parce qu’ils ont la faculté d’entrer en combinaison, soit) parce qu’ils contiennent un principe vénéneux. Mais il existe

INTRODUCTION. elxxvij

une classe de substances non moins mortelles qui sont le produit de certaines décompositions particulières et dont l’action est tout autre. Ces substances agissent comme poisons, en raison de l'état particulier dans lequel elles se trouvent.

Pour se faire une idée nette de leur mode d’action, il est nécessaire de se rappeler la cause qui provoque les phénomènes de fermentation, de putréfaction et d’érémacausie. Sous sa forme la plus simple, cette cause peut s’exprimer par la formule suivante, depuis longtemps érigée en principe par Lapcace et BertHoLLET, mais sans qu’ils la démontrassent par la voie de l’expérience pour les phénomènes chimiques : Une molecule étant mise en mouvement par une force quelconque, peut communiquer ce mouvement à une autre molécule qui se trouve en contact avec elle. C’est là une loi de mécanique qui se manifeste toutes les fois que la résistance (force, affinité, cohésion) qui s’oppose au mouvement n’est pas suffisante pour le neutraliser.

Or, nous savons que le ferment est un corps en décomposition, dont les molécules sont à l’état d'équilibre détruit, à l’état de mouvement. Si on l’agite dans un vase avec de l’eau et du sucre, ses molécules transmettent leur état aux éléments du sucre ; ceux-ci se groupent alors de manière à former deux nouveaux composés plus simples, de l’acide carbonique et de l’alcool, composés dans lesquels les parties constituantes sont retenues en combinaison avec une force bien plus grande que dans le sucre. Cette force qui les maintient ainsi unies s’oppose à toute transformation ultérieure de ces nouveaux composés par l'effet du même mouvement.

Nous savons de plus que, si l’on met ce même sucre en présence d’autres matières, comme de la présure ou des principes de sucs végétaux en putréfaction, matières dont Pétat de décomposition est different de celui où se trouvent, par exemple, les molécules de la levure; en d’autres termes , que si l’on communique aux éléments du sucre un mouvement différent, il se transforme et donne d’autres produits : nous m’obtenons plus alors de l’alcool et de l'acide carbonique, mais de l’acide lactique, de la mannite et de la gomme.

Un autre point que nous avons clairement établi, c’est que la levure mêlée à une solution de sucre pur disparait peu à peu complétement, tandis que dans un suc végétal contenant en outre du gluten, ce dernier se décompose et se sépare sous la forme de levure. Cette levure ellemême était primitivement du gluten. Mais la transformation de celui-ci en levure dépend de la quantité de sucre en décomposition, c’est-à-dire en fermentation; car si la totalité du sucre disparaît et qu’il y ait encore du gluten non altéré dans le liquide, ce gluten ne subit aucune métamorphose par leffet de la levure qui s’est séparée, mais il conserve entièrement ses caractères.

La levure est un produit de la décomposition du gluten qui, en présence de l’eau, entre à chaque instant dans une deuxième période de dé-

elxxviij INTRODUCTION.

composition. C’est dans ce dernier état qu’elle acquiert la faculté de provoquer la fermentation dans une nouvelle quantité d’eau sucrée ; et si cette eau renferme du gluten, comme c’est le cas pour le moût de bière, la décomposition des éléments du sucre a pour conséquence une nouvelle production de levure. On conçoit d’après cela qu’il ne peut pas être question d’une reproduction de levure analogue à celle de la semence par la semence.

Voici une conclusion qui ressort de ces faits: un corps en décomposi= tion, que nous nommerons l’exeitateur, introduit dans un mélange liquide qui en contient les élements, peut se reproduire de la même manière que le ferment dans un suc végétal contenant du gluten, et cette transformation s’opère plus sûrement si parmi les éléments du mélange se trouve l'élément d'où l’excitateur a pris naissance. De plus, il est évident que si lexcitateur ne peut transmettre son état de métamorphose qu’à un seul élément du mélange liquide, ce sera par suite de la décomposition préalable de ce corps unique qu’il se reproduira.

Appliquons maintenant ces principes à des matières organiques, à des produits de l’économie animale. Nous savons d’abord que tous les éléments de ces matières dérivent du sang ; nous reconnaissons dans le sang, d’après sa composition et ses principes , la plus complexe de toutes les matières exisiantes. C’est que la nature l’a destiné à la reproduction de chaque organe, et lui a précisément donné pour caractère essentiel d’obéir à toute espèce d’attraction; aussi ses éléments sont-ils dans une métamorphose continuelle, qui diffère suivaut les modifications que chaque orgaue y apporte. Mais tandis que par l’activité de certains organes, de l'estomac par exemple, il fait prendre de nouvelles formes à toutes les matières organiques susceptibles de se métamorphoser , tandis qu’il contraint leurs éléments à concourir à la formation d’uve seule et même substance, destinée à produire du sang , lui-même manque totalemeut de la faculté d’efleetuer des métamorphoses; mais, par contre, il se prête à toutes les transformations, et sous ce rapport, aucune autıe matière ne lui est comparable. Rapnelons maintenant ce fait bien connu, que du sang corrompu, de la substance cérébrale, du pus, du fiel en putréfaction, appliqués sur des plaies vives, causent les vomissements, la prostration, et, après un temps plus ou moins long, la mort. Une particularité non moins bien consiatée par l'expérience, c’est que les cadavres exposés dans un amphithéâtre d’anatomie passent souvent à un état de décomposition qui peut- se communiquer au sang des êtres vivants, et

-que la moindre blessure faite avec un scaljel qui a servi à la dissection, peut occasionner une maladie mortelle.

Il faut encore ranger dans la classe des corps en décomposition, agissaat par un effet identique, le principe vénéneux qui se développe quelquefois dans certaines préparations de charcuterie. Ce genre de poison est peu connu en France ; mais en Allemagne on a constaté jusqu’à pre sent plusieurs centaines de cas où la mort a été occasionnée par des bou-

INTRODUCTION. elxxix

dins gätes, Ces accidents se présentent principalement dans le Wurtemberg, où il est d’usage de préparer ces sortes d’aliments avec les ingrédients les plus divers, tels que du sang, du foie, du lard, de la cervelle, du lait de vache, de la farine, du pain, du sel, des épices , etc. Convenablement apprêtés, ces boudins se conservent pendant des mois entiers et sont aussi sains qu’agreables au goût; mais s’il s’y trouve trop peu de sel, et surtout si l’exposition à la fumée à été tardive ou incomp'ète, il s’y développe, en partant du centre, une espèce particulière de pourriture qui ne se trahit par aucun développement de gaz; seulement la coloration du mélange devient moins foncée à l’intérieur , les parties en décomposition sont plus molles que les parties saines, et contiennent de l’acide lactique libre, ou du lactate d’ammoniaque, comme tous les produits de matières animales et végétales en putréfaction.

On à attribué le principe venéneux de ces boudins à l’acide prussique, et plus tard à l'acide sébacique, sans avoir démontré, même par inductien, que ces matières y fussent renfermées. Or, l'acide sébacique est tout aussi peu malfaisant que l’acide benzoique, dont il se rapproche par un grand nombre de propriétés , et tous les symptômes de la maladie s’opposent à ce que l’on admette la présence de l'acide prussique,

La mort qui suit ce genre d’empoisonnement est constamment déterminée par la disparition de la fibre musculaire et de :toutes les parties essentielles du corps qui ont la même composition qu’elle. Le malade se dessèche, se momifie pour ainsi dire; sa salive est visqueuse et infecte. Enfin. le cadavre présente la raideur de la congélation et ne tombe pas en pourriture. Quoiqu’on ait vainement cherché les éléments mortels des substances alimentaires dont nous parlons, il est du moins établi que l’eau bouillante et Palcoo! leur enlèvent tout leur venin sans être absorbés par elles. On reconnait précisément ici le caractère de toutes les matières qui n’exercent une action chimique qu'en vertu de l’état de décomposition dans lequel elles se trouvent. Cet état peut être détruit par l'effet de l’eau bouillante et de l’alcool, sans que ces agents s’emparent pour ainsi dire de la cause de la décomposition, car on ne peut pas retenir dans un fluide une activité ou une force.

Les matières de la classe qui nous occupe affectent l’organisme en tant que l'estomac, avec lequel elles sont en contact, devient incapable d’arrèter la décomposition à laquelle sont livrés leurs principes. Si par une voie quelconque elles passent dans le sang, elles communiquent à ses éléments doutes leurs propriétés actives. Dans l’empoisonnement par les boudins gâtés , le virus se comporte différemment de celui de la variole et d’autes, en ce qu'il est détruit par l’estomac; tout ce que le corps renferme de parties putrescibles se décompose peu à peu pendant la maladie qui Suit l’empoisonnement, et, après la mort, il ne reste plus que ja graisse, les nerfs et les os, substances qui, sous des conditions données, sont inaccessibles à la pourriture.

Il est impossible de se tromper sur le mode d’action des corps dont

elxxx INTRODUCTION.

nous nous occupons ; car les expériences de Coux ont complétement démontré que la chair musculaire, Purine , le fromage, la substance cérébrale, etc. , tombés en pourriture, peuvent communiquer leur propre décomposition à une matière encore moins aisément décomposable que le sang. En effet, nous voyons que , mêlés dans de l’eau sucrée, ils determinent la fermentation du sucre, la transformation de ses éléments en acide carbonique et en alcool. Si, par exemple, du pus, de la chair musculaire en putréfaction, appliqués sur des plaies vives , occasionnent des maladies terminées par la mort, c’est évidemment parce que leur état d’altération se communique au sang , leur principe générateur, de la même manière que du gluten en érémacausie ou en putréfaction produit , dans de l’eau sucrée, une métamorphose pareille en vertu même de son état.

Les venins qui se forment dans certaines maladies, comme la petitevérole, la peste, la syphilis, opèrent exactement d’après ce même mode. Les éléments du sang donnent naissance à des produits d’une nature particulière, qui, mis en contact avec celui d’un homme en état de santé, y déterminent une décomposition identique avec celle qu’ils subissent euxmêmes. Le mal est communiqué, et son principe semble s’être reproduit comme une semence engendrée par une autre.

Cette action particulière a des rapports si frappants avec celle de la levure sur des liquides contenant à la fois du sucre et du gluten, que depuis longtemps on avait établi entre elles une comparaison tout au moins figurée; et, en vérité, une observation plus approfondie de tous ces phénomènes a démontré que leurs effets sont dus à une même cause.

A Pair sec, loin de l’humidité, tous ces poisons se conservent longtemps sans altération. Mais exposés à l’air, à l’état humide, ils ne tardent pas à perdre toute leur activité. Dans le premier cas, sont réunies les conditions qui arrêtent leur décomposition sans les détruire; dans le second, celles sous lesquelles cette décomposition s’achève.

La chaleur et le contact de l'alcool, comme nous l'avons déjà dit, heutralisent leur puissance. Les acides, les sels mercuriels, Vacide sulfureux, le chlore, Viode, le brome, les principes aromatiques, les huiles volatiles , et notamment les huiles empyreumatiques , la fumée, la décoction de café, toutes ces substances les dépouillent complétement de leur propriété contagieuse, soit en se combinant avec eux, soit en les décomposant d’une autre manière.

Remarquez que tous les agents que nous venons de nommer sont, sans exception, de ceux qui s’opposent en général à la fermentation, à l’érémacausie et à la putréfaction, et arrêtent ces décompositions chaque fois qu’ils se trouvent en quantité suffisante.

On n’a pas réussi non plus à isoler du virus de la petite-vérole, de celui de la peste, un principe spécial auquel on püt en attribuer les effets; c’est que ces effets sont dus à une force toute particulière dont l’existence

INTRODUCTION. elxxxj

ne se révèle à nos Sens que par ses phénomènes. Pour expliquer cette faculté propagatrice des contagions, on les a supposées douées d’une vie particulière, semblable à celle du germe dans la semence, c’est-à-dire de la faculté de se développer sous certaines conditions favorables, de se reproduire et de se multiplier. Certainement, c’est l’image la plus juste que l’on puisse employer pour se rendre compte de ces phénomènes, et elle s’applique aussi bien aux contagions qu’au ferment, à des substances animales ou végétales en état de fermentation, d’érémacausie et de putréfaction, au bois pourri qui amène peu à peu au même état le bois vert avec lequel il est en contact. Mais ajoutons que ce n’est rien de plus qu’une image.

Si l’on désigne par le mot vie la faculté que possède une matière de faire naître dans une autre un changement par suite duquel la première se trouve reproduite avec loutes ses propriétés, tous les phénomènes dont nous parlons ici sont indubitablement du ressort de la vie; nous ne devrons même pas restreindre cette expression à ces étroites limites , nous devrons l’etendre à la plus grande partie des phénomènes de la chimie organique tout entière. Partout où agissent des forces chimiques on se verra amené à présupposer la vie.

Ainsi, prenons un premier corps, par exemple l’oxamide, qui est à peine soluble dans l’eau et absolument sans saveur ; mélangeons avec lui une seconde substance qui doive se reproduire, soit de l’acide oxalique en dissolution.

Voici ce qui se passe : dans les conditions convenables, l’oxamide, est décomposé par l’acide oxalique; les éléments de l’eau s’ajoutent à ceux de l’oxamide, et ce dernier donne naissance d’un côté à de l’ammoniaque, de l’autre côté à de l’acide oxalique, et ces substances se trouvent produites exactement dans le rapport nécessaire pour former un sel neutre.

Nous avons mis ensemble de l’oxamide et de l’acide oxalique; par Veffet d’une métamorphose, l’oxamide s’est décomposé en ammoniaque et en acide oxalique. L’acide oxalique qu’on avait ajouté primitivement et celui qui s’est régénéré s’emparent l’un et l’autre de l’ammoniaque, c’est-à-dire, après que la décomposition s’est accomplie, le liquide contient exactement autant d'acide oxalique à l’état de liberté que lorsqu'on a mis ces diverses substances en contact, et cet acide oxalique a entièrement conservé son efficacité. Peu importe que l’acide d’abord libre soit entré en combinaison ou que l’acide régénéré ait été mis en liberté, tou- jours est-il certain que par la décomposition il a été reproduit en égale quantité.

Si après là décomposition on introduit dans le mélange une quantité d’oxamide égale à la première, et qu’on le soumette à un traitement semblable, la même décomposition se répète exactement de la même manière. L’acide oxalique qui se trouvait en liberté s’est combiné, et une même quantité a été mise en liberté. On peut ainsi avec des proportions extrèmement petites d’acide oxalique décomposer des centaines de livres d’oxa-

CIxxxi} INTRODUCTION.

mide, et avec un seul grain produire une quantité indéterminée d'acide oxalique.

Par le contact du virus de la petite-vérole, le sang subit une altération à la suite de laquelle ses éléments reproduisent de nouveau ce virus. Cette métamorphose ne s’arrête qu'après la transformation complète de tous les globules decomposables. De même, du contact de lacide oxalique et de ’oxamide naît de lacide oxalique qui agit semblablement sur une nouvelle quantité d’oxamide, et cette métamorphose n’a d'autres limites que celles de la proportion d’oxamide. A en juger par la forme extérieure, ces deux transformations doivent se ranger dans une même classe. Cependant un observateur superficiel pourra seul attribuer à un principe vivant ces derniers phénomènes, quoiqu’ils offrent une application rigoureuse de la définition que nous avons donnée de la vie. Ce sont de simples résultats des forces chimiques ordinaires.

L'expression de vie implique encore, outre l’idée de reproduction, celle d’une activité, d’une force se manifestant sous une forme déterminée. A l’aide des agents chimiques, on pourra bien produire les éléments de la fibre musculaire, de la peau, des cheveux, etc., mais jamais on ne créera un cheveu, une fibre, une cellule. C’est précisément la faculté de faire servir les aliments qui sont offerts aux organes, non seulement à reprcduire leurs éléments, mais leur propre substance avec sa forme, sa composition et toutes ses propriétés ; c’est cette faculté, disons-nous, qui constitue le caractère essentiel de la vie organique et qui la distingue des forces chimiques. Celles-ci au contraire sont subordonnées à la cause elle-même qui détermine la reproduction des organes. L'existence de cette cause ne nous est révélée que par les phénomènes partieuliers auxquels elle donne naïssance, et nous en recherchons les lois comme celles de toutes les causes d’où dérivent des transformations et des mouvements.

Les forces chimiques sont modifiées dans leur effet par cette cause, comme elles le sont par l'électricité, la chaleur, le mouvement mécanique, le choc, le frottement. Ainsi elles peuvent subir, par l'influence de ces agents, un changement de direction, une augmentation ou une diminution d'intensité; elles peuvent même être entièrement anéanties par eux.

Tel est le genre d’influence que la force vitale exerce sur les forces chimiques, et il ne: faut pas lui en attribuer d’autre. Aïnsi, partout où s’opèrent une combinaison et une décomposition, c’est l’affinité chimique et la cohésion qui agissent. Nous ne Sommes convaincus de l'existence vitale que parce qu’elle se manifeste à l’aide d’instruments ou d'organes particuliers, qui eu sont les mobiles. Mais, quel que soit le genre d’activité que présente une matière, si elle ne se révèle par aucune forme visible, si nous n’apercevons aucun orgaue d'où parte l’impulsion du mouvement ou de la transformation, il est certain qu’elle n’a point de vie; son action est alors purement chimique, et se trouve plus ou moins modifiée par Ja cha-

INTRODUCTION. cixxxii]

leur, la lumière, l'électricité, ou toute autre influence, comme nous venons de le dire.

C’est de la même manière que la force vitale modifie effet des forces chimiques. Tout ce que nous nommons aliments, toutes les matières organiques qui doivent à ces aliments leur formation, sont des combinaisons chimiques, dans lesquelles conséquemment la force vitale n’a d’autre résistance à surmonter, pour engendrer les éléments des organes, que les forces chimiques qui les maintiennent en combinaison ; si les aliments possédaient une vie qui leur füt propre, ils offriraient par là un second obstacle que la force vitale des organes aurait à vaincre, en même temps que les forces chimiques augmenteraient la résistance. Aussi, toutes les substances destinées à l’assimilation sont-elles, au plus haut point, des corps composés, des molécules complexes, qui n’exercent aucune action chimique, ou du moins qui n’exercent qu’une action chimique extrèmement faible. Elles prennent naissance par la combinaison de deux ou de plusieurs molécules plus simples ; et à mesure qu’elles passent à un ordre de combinaison plus élevé, par l'accroissement du nombre des atomes de leurs éléments, on voit également diminuer leur tendance à former des combinaisons ultérieures, c’est-à-dire leur faculté d’exercer une action sur d’autres substances.

Mais avec leur complexité augmente aussi leur propension à se métamorphoser, sous l'influence de causes étrangères ; chaque force, dans bien des cas même déjà le choc ou le frottement, suffit pour troubler l'équilibre de leurs éléments, de manière qu’ils se groupent dans une nouvelle direction, et donnent ainsi des combinaisons plus simples et plus stables.

Pour nous résumer, le caractère spécial d’une substance alimentaire et assimilable est donc le défaut d’action chimique, c’est-à-dire la complexité de composition, ainsi que l’aptitude à subir des métamorphoses.

La force vitale trouble l'équilibre d’attraction de ces substances, comme peuvent le faire une foule d’autres agents. Mais le groupement de ces mêmes éléments sous une nouvelle forme accuse une attraction d’une nature toute particulière, prouve enfin l’existence d’une certaine force qui diffère de toutes. les autres. «

Tous les corps de composition simple, sans exception, possèdent une tendance incessante et plus ou moins prononcée à former des combinaisons. Si l'on compare, par exemple, l'acide oxalique, qui est le plus simple des acides organiques, avec l’acide stéarique, qui en est un des plus complexes, on voit que le premier possède une tendance bien plus énergique à se combiner avec d’autres corps.

En vertu de cette tendance, les corps d’une composition simple provoquent une transformation partout où ils ne rencontrent pas de résistance.

C’est la force vitale qui oppose à l'influence continue de l’atmosphère, de l'humidité, de la chaleur, sur l'organisme, une résistance jusqu’à un

elxxxiv INTRODUCTION.

certain point invincible. C’est le renouvellement constant, ce sont les compensations perpétuelles des différentes forces dont elle se compose qui entretiennent le mouvement et la vie. Une sagesse infinie, et c’est ce qu’il y a de plus merveilleux dans l’économie animale, a fait d’une cause d’altération sans terme, de la continuité de l’acte respiratoire, la source du renouvellement des organes, le moyen de résistance contre toutes les intempéries.

Si l’on introduit dans l’estomac ou dans un autre organe une combinaison chimique de composition simple, tendant par conséquent à former de nouvelles combinaisons ou à provoquer des altérations, il est clair qu’elle doit exercer une action chimique sur toutes les matières qui sont mises en contact avec elle; elle doit tendre à se combiner avec elles ou à les décomposer.

L’action chimique de cette substance a naturellement la force vitale à surmonter ; cette dernière lui résiste, et il s’ensuit, selon le plus ou moins d’activité de la substance, une altération sans anéantissement de la force vitale, un effet hygiénique : ou bien le corps agissant succombe, il est digéré; ou bien action chimique prédomine , il agit comme poison.

Toutes les matières sont des aliments lorsqu’elles perdent le caractère qui leur est propre par l'influence de la force vitale, sans exercer d’action chimique sur l’organe fonctionnant.

Une deuxième classe de matières changent la direction et l’intensité de la résistance qu’oppose la force vitale, et par cela même les fonctions des organes sont également modifiées. Ces matières effectuent une perturbation,soit par leur seule présence, soit parce qu’elles éprouvent elles-mêmes une altération; ce sont les substances médicamenteuses.

Les corps d’une troisième classe se nomment poisons lorsqu’ils ont la faculté de se combiner avec les organes ou leurs parties constituantes, et que cette tendance est plus forte que la résistance opposée par la force vitale. On conçoit du reste que le mode d’action chimique dépend entièrement de la masse et de l’état de ces corps.

Une augmentation de masse, qui toujours est l’équivalent d’une augmentation d’affinité, peut faire d’un remède un poison et réciproquement ; un poison peut agir comme remède s’il est administré à faibles doses.

Des aliments peuvent occasionner une maladie, c’est-à-dire dégénérer en poison, lorsque leur masse est assez considérable pour exercer une action chimique, ou que leur état ou leur présence ralentit, entrave ou arrête le mouvement des organes.

Un corps devient poison quand toutes les parties organiques avec lesquelles il est en contact ont formé avec lui une combinaison chimique; il peut avoir une vertu médicamenteuse s’il n’a effectué qu’une altération partielle. De toutes les parties qui constituent l’ensemble des organes, il n’en est pas qui offre aux influences extérieures une résistance

p lus faible que le sang. Ce corps ne peut pas être considéré comme un

INTRODUCTION. elxxxv

organe tout achevé; c’est un organe qui se trouve continuellement dans un état de formation, c’est le générateur de tous les autres organes.

La force chimique et la force vitale s’y maintiennent entre elles dans un si parfait équilibre, que la moindre perturbation qui y survient par une cause quelconque amène une altération dans ses principes. Le sang ne saurait être séparé du corps sans subir une métamorphose instantanée, ni entrer en contact avec un organe quelconque sans céder à son attraction. Toutes les actions chimiques, quelque faibles qu’elles soient, laltèrent; ainsi, le contact momentane de l'air, par l’intermédiaire des celluleset des membranes, suffit pour changer sa couleur et sa composition. Leurs effets, loin de s’arrêter, se propagent de globule en globule; et lorsqu'un corps les provoque, qui se trouve lui-même dans un état d'équilibre détruit, c’est-à-dire en fermentation, en putréfaction ou en érémacausie, cela entraîne la perturbation de l’équilibre des forces qui se trouvaient neutralisées dans le sang. La force chimique s’empare alors de la prépondérance à laquelle elle tend continuellement , et de cette lutte résultent des modifications innombrables dans la nature et l’état des combinaisons que forment les éléments du sang.

Tous les phénomènes s’opposent à ce que l’on admette dans les contagions une vie particulière. Leurs effets, il est vrai, ont certains rapports de ressemblance avec quelques actes de l’économie animale. Mais la cause de ces effets est simplement une action chimique que peuvent neutraliser d’autres actions chimiques s’exerçant dans un sens contraire. Des poisons qui se manifestent dans un corps malade, quelques-uns perdent et d’autres conservent dans l'estomac toute leur malignité ; et une preuve bien évidente de leur essence et de leur activité toutes chimiques, c’est cette circonstance que la première classe renferme ceux qui présentent une composition neutre ou alcaline, comme le virus de l’inflammation de la rate ou de la petite-vérole ; et la seconde ceux qui, comme le venin des boudins gâtés, ont une réaction acide. C’est l’acide libre, toujours présent dans l’estomac dans un cas, qui neutralise Paction chimique, et dans l’autre la fortifie encore, ou du moins n’y apporte aucun obstacle. Des observations microscopiques faites sur le pus putréfié et sur le vaccin, y firent découvrir des globules sem- . blables à ceux du sang. Cette découverte fut une autorité nouvelle pour cette opinion, que la contagion était le produit d’un état morbide des organes. On vit dans ces globules le germe vivant de la maladie.

Un pareil système ne soutient pas l’épreuve de la discussion. N’a-t-il pas conduit les savants qui cherchent l’explication des phénomènes dans la forme de la matière, à considérer de même la levure comme animée, à en faire des végétaux ou des animalcules qui se nourrissent du sucre et rendent comme excréments l’alcool et l'acide carbonique? II serait chose singulière, merveilleuse, que de voir, pendant les actes de décomposition qui constituent la pourriture et la fermentation, naître de matières organisées et de parties d'organes des substances d’une structure

CIXXXV) INTRODUCTION:

cristalline, des substances douées d’une forme géométrique. Nous savons au contraire qu'avant de se résoudre complétement en combinaisons inorganiques, un corps passe par une série de métamorphoses qui ne lui font perdre ses formes qu’insensiblement. L’œil peut ne pas distinguer l’altération qu’a éprouvée le sang en se décomposant, et si nous retrouvons ses globules dans un virus fluide et contagieux, cela prouve tout au plus qu’ils n’ont pris aucune part à la décomposition. On peut extraire des os tout le phosphate de chaux, de manière qu’ils deviennent transparents et flexibles comme de la peau; d’un autre côté, on peut les réduiré par la combustion à ne plus former qu’un squelette de phosphate de chaux, sans que pour cela ils perdent en rien leur forme. De même la décomposition du sang peut ne porter que sur certains éléments où sur certains principes qu’elle détruit et fait disparaître, tandis que d’autres conservent la forme primitive. Il y a plusieurs contagions qui se propagent par Pair : on se verrait donc forcé de supposer de la vie à un gaz, à un eurps aériforme.

Toutes les preuves qu’on a avancées pour établir que les contagions étaient animées d’une vie organique, sont tout au plus à considérer comme des images qui rendent les phénomènes sensibles sans les expliquer. Ces expressions figurées, dont l’esprit se contente si facilement dans toutes les sciences, ne sont qu’un mirage trompeur dans la recherche de la vérité.

il est incontestable que les contagions sont l'effet d’une cause particulière, qui est subordonnée à certaines forces chimiques, et n’a aucun rapport avec la force vitale. Cette cause se manifeste partout où elle n’a aucune résistance à vaincre. Elle se décèle par une série connexe d’alterations et de métamorphoses qui se transmettent à toutes les matières susceptibles d’éprouver une transformation semblable. Ainsi une substance animale en décomposition ou un produit morbide né au sein des organes communique sa propre altération à toutes les parties d’un individu vivant qui sont susceptibles de la subir de mêmé, si toutefois son action ne rencontre dans ces parties aucune cause qui larrête et la neutralise.

La mäladie une fois communiquée, la métamorphose que la contagion a provoquée prend une série de formes sur lesqueiles nous allons nous arrêter. Si, pour préciser nos idées à ce sujet, nous examinons les changements qu’un corps bien plus simple, le sucre, par exeinple, éprouve sous des Influences de là même espèce , nous voyons que le sang ou la levure en état d’altération le décompose en alcool et en acide carbonique. La présure en décomposition détermine un autre groupement de ses molécules, car sans qu’on y ajoute ou qu’on en retranche un élément, le sucre se change en acide lactique (1 atome de sucre de raisin Cie Hs O1, donne 2 atomes d’acide lactique 2 (Cs His Où).

Le sucre, tel qu'il se trouve dans le suc d’ognons ou de betteraves, abandonné à la fermentation à une haute température, donne de l’acide

INTRODUCTION. clxxxvi]

lactique, de la mannite et de la gomme. Selon le mode de transformation auquel étaient soumis les éléments du corps qui a provoqué la métamorphose, ceux du sucre se sont groupés sous une forme différente, et il en est résulté des produits différents. C’était le contact immédiat de la substance en décomposition qui déterminait le changement de forme et de composition des molécules du sucre; son éloignement met un terme à sa transformation; la métamorphose de la matière provocatrice est-elle accomplie et reste-t-il encore des éléments du sucre intacts, ceux-ci ne se décomposent plus. Dans aucun des modes de décomposition que nous avons mentionnés, le corps provocateur ne s’est reproduit, parce que les éléments du sucre ne réunissaient pas les conditions nécessaires.

De même que la levure, la viande corrompue, l’estomac de veau en décomposition altèrent le sucre sans en reproduire, les miasmes et quelques autres principes contagieux font naître des maladies dans lesquelles l’état de décomposition où ils se trouvent se transmet à certains organes, sans qu'ils se réengendrent eux-mêmes avec la forme et la constitution qui leur sont propres. Dans ce cas, la maladie elle-même n’est pas contagieuse. D’un autre côté, si l’on met de la levure en contact, non pas purement avec de l’eau sucrée, mais avec du moüt de bière, qui contient du sucre et du gluten, on sait que la décomposition du sucre détermine dans le gluten un changement de forme et de constitution, et que ce dernier subit une première métamorphose; tant qu’il existe encore du sucre en fermentation, le gluten se sépare à l’état de levure, et acquiert ainsi la faculté d’opérer sur une nouvelle quantité d’eau sucrée ou de moüt de bière. Si le sucre a disparu et qu’il reste encore du gluten, ce reste conserve sa nature primitive.

La reproduction du corps provocateur dépend ici : 1° de la présence des mêmes matières auxquelles il doit son origine premiere; 2° de celle d'une seconde matière qui soit susceptible de se décomposer au contact du corps provocateur.

Appliquons maintenant les mêmes expressions à la reproduction des <ontagions. Il est bien certain d’abord que toutes les maladies contagieuses naissent primitivement du sang, que par conséquent celui d’un hommesain contient l'élément de la décomposition duquel peut naître le corps provocateur. Ensuite, quand la transmission du mal est opérée, il faut en préjuger que le sang contient un second élément susceptible d’être ‚döcompose par ce dernier. Ce n’est qu’à la suite de cette seconde métamorphose que le corps provocateur originaire peut se reproduire.

La prédisposition à être atteint d’une contagion suppose dans le sang d’un homme sain la présence d’une certaine quantité de re second corps. A mesure que sa masse augmente, s’aceroit aussi la prédisposition de l'individu, puis la violence de la maladie, dont les phases en suivent la diminution et la disparition. Si l’on introduit dans le sang d’un homme sain, mais prédisposé à la contagion, une quantité même imperceptible de Ja matière provocatrice, celle-ci s’y reproduira, comme Ja levure dans

elxxxviij INTRODUCTION.

le moüt de bière ; son état de métamorphose se transmettra à l’une des parties constituantes du fluide, et par suite de la métamorphose qu’elle subira, une autre de ces parties pourra donner naissance à un corps identique ou semblable au provocateur, corps dont la masse devra constamment s’accroître : la métamorphose de ce nouveau provocateur s’opère plus lentement dans le sang que la combinaison qu’il décompose.

De même, par exemple, si la métamorphose de la levure reproduite s’opérait dans la fermentation du moüt de bière avec la même rapidité que celle des molécules du sucre, toutes les deux substances disparaitraient en même temps dès que la fermentation serait entièrement accomplie. Mais la première a besoin d’un temps bien plus long, et quand la seconde est déjà disparue tout entière, il reste de celle-là une quantité bien plus considérable qu'auparavant et qui, gardant toutes ses propriétés actives, passe par une succession non interrompue de métamorphoses.

La décomposition d’une molécule sanguine se communique à une seconde, puis à une troisième, et ainsi à toutes celles du corps entier; elle passe à une molécule saine d’un second, d’un troisième individu, ete., c’est-à-dire qu’elle occasionne en eux le développement de la même maladie, On ne saurait nier qu’il existe dans le sang un grand nombre de matières particulières qui varient suivant les individus, et même chez un individu unique, suivant les diverses périodes de son développement. Dans l’enfance et dans la jeunesse, le sang contient des quantités de matières qui ne s’y retrouvent plus à un autre âge.

La prédisposition à être infecté pendant l’enfance par certains corps provocateurs suppose nécessairement une propagation, une reproduction de ces corps, par suite de la métamorphose des matières contenues dans le sang. Si elles manquent, il n’y a pas de contagion. La maladie prend le nom de bénigne quand les métamorphoses des deux parties constituantes du corps, non essentielles à la vie, s’accomplissent simultanément sans que d’autres prennent part à leur décomposition, sans que des organes en soient atteints; dans le cas contraire, elle est mortelle.

Il est impossible de concevoir dans le sang une mutation de substances, une métamorphose de ses principes en graisse, en fibre musculaire, en nerfs, en matière cérébrale, en os,| en cheveux, etc., une transformation des substances alimentaires, sans une formation simultanée de nouvelles | combinaisons qui sont expulsées par les organes sécrétoires. Dans l’homme fait, ces sécrétions différent peu de composition et de quantité. Chez lui, toutes les parties sont arrivées à leur développement ; ce qu’il consomme ne sert pas à l'augmentation de sa masse, mais seulement au remplacement des substances qu’il a depensees; car chaque mouvement, chaque exercice de forces, chaque acte organique est déterminé en lui par une mutation de substances, par une forme nouvelle que revêtent ses parties constituantes ‘.

* Les recherches de BARRUEL sur la diversité extraordinaire des odeurs qu’exhale le

INTRODUCTION. cIxxxix

Dans l’enfance, il se joint à cette activité normale qui a pour objet la sustentation, une activité extraordinaire, principe de l’accroissement et de l’augmentation de la masse du corps dans toutes ses parties; nécessairement le corps renferme pendant le temps de sa jeunesse une bien plus grande quantité de matières étrangères à l’économie que le sang répand dans toutes ses parties.

Les organes évacuatifs dans leur état normal les expulsent du corps, mais une perturbation quelconque dans leurs fonctions fait qu’elles s’accumulent dans le sang ou spécialement dans une partie du corps. La peau, le poumon ou d’autres organes exécutent les fonctions des organes malades; et si alors les sécrétions se trouvent soumises à une métamorphose progressive, elles ont la faculté de provoquer la même altération dans d’autres organes entièrement sains ; seulement il faut que ceux-ci soient prédisposés à cette communication, c’est-à-dire qu’ils contiennent une substance qui puisse subir le même mode de décomposition.

La production de ces matières prédisposantes peut être déterminée par le genre de vie, par la nourriture, et un excès de mets fortifiants et sains est tout aussi propre à amener ce résultat que les privations, la malpropreté ou l’usage d’aliments corrompus. Toutes ces causes de contagion doivent être regardées comme fortuites ; on peut empêcher leur formation, leur accumulation, ou même les expulser du corps, sans troubler ses fonctions essentielles, sa santé. Le développement et l'effet des contagions sont donc, sous ce point de vue, une action chimique qui s’opère dans le corps vivant, et à laquelle prennent part toutes les matières, toutes les parties constituantes des organes où elle n’est pas vaincue par la force vitale. Conséquemment, cette action s’étend à toutes les parties du corps, ou bien se restreint à certains organes ; en un mot, la maladie attaque un organe en particulier ou les attaque tous, selon la faiblesse ou l'intensité de la résistance. Dans le sens chimique abstrait, la reproduction d’une contagion suppose une matière qui se décompose complétement, et une autre dont la décomposition est amenée par l’acte de la métamorphose de la précédente. Cette deuxième matière en décomposition, c’est la contagion reg&ueree. Dans le principe, celle-ci a été en toutes circonstances une partie constituante du sang ; celle-là peut être un élément fortuit ou nécessaire à la vie. Si les deux éléments sont indispensables à la continuation des fonctions vitales de certains organes essentiels, la mort ‚ est le résultat de la métamorphose. Si au contraire ces fonctions ne sont pas immédiatement arrêtées par l'absence du principe sanguin qui a été altéré, elles continuent à s’exercer quoique d’une manière anormale, et le malade devient convalescent. Dans ce cas, les produits encore exis-

Sang, quand on y à mêlé un peu d’acide sulfurique, démontrent nécessairement l’existence de matières particulières dans des individus différents : ainsi le sang d’un homme blond donne une autre odeur que celui d’un brun. Sous ce rapport encore le sang de certains animaux présente des différences très remarquables avec celui de l’homme.

Page 1