ALCALOÏDES DES OMBELLIFÈRES, CIGUË, CICUTINE
D'autres ombellifères toxiques appartiennent au genre Cieuta, donl l'espèce européenne la plus connue est la Cieuta virosa, dite aussi eicutaire aquatique, ciguëd'eau. C'est une herbe vivace à grosses racines charnues, à tige cylindrique fistuleuse, à fleurs blanches en ombelles. Elle eroîl dans les terrains humides ou tourbeux, près des étangs. Toutes ses parties possèdent une odeur vireuse. De la racine s'écoule un suc blanc, d'odeur vireuse, devenant jaune orangé par la dessiccation. La ciguë vireuse est fort toxique et renferme de la cicutine. D'après Ludtke \ le suc de la ciguë vireuse contient en outre une substance acide, la cicutoxine Bohm et un terpène, le cicutène, C'"H"\ bouillant à + 166°.
Uœnanthe phellandrium ou phellandrie, appelée aussi mille-feuilles aquatique i fenouil <T eau, est souvent confondue avec la ciguë, à laquelle elle ressemble beaucoup. On en a isolé un principe' qui a reçu le nom de phellandrine .' .
hœnanthe crocata, ou Vœnanthe safranée, esl une autre ombelhfère vireuse, très toxique, et qui a cause' de nombreux accidents. Ses racines ont soin eut été prises pour de petits navets, et ses feuilles confondues avec celles du persil ou du céleri ; de sa tige s'écoule, lorsqu'on la coupe, un liquide laiteux jaunâtre. Les principes actifs de celte plante seraient, d'après Vincent, un suc résineux et une huile essentielle. Le Dr Bloc, de Montpellier, a cité i8 cas d'empoisonnement, dont plusieurs suivis de mort, causés par l'ingestion {Vœnanthe safranée (1873).
Il existe dans les aroïdées arum maculatum et autres une base volatile qui est peut-être identique à la conicine, mais qui, en tout cas. s'en rapproche beaucoup 2.
Les propriétés toxiques de la grande ciguë sonl connues dès la plus haute antiquité. On sait que les Athéniens utilisaient ces propriétés pour la mise à mort descondamnés ; généralement on ajoutait à l'infusion de ciguë du suc de pavot. — Des préparations de ciguë ont été employées en médecine dès les temps les plus reculés Hippocrate, Galien, Dioscoride, Pline) ; de nos jours, la ciguë a été essayée dans le traitement des maladies les plus diverses. On l'emploie encore, assez rarement, comme médicament résolutif emplâtre de ciguë du Codex); l'alcoolat ure de ciguë', l'extrait de semences de ciguë sont des préparations a>sez inconstantes. La cicutine pure, et même les vapeurs de cicutine en inhalations ont été quelquefois utilisées.
Les empoisonnements criminels par la ciguë ou ses alcaloïdes ne sont pas fréquents ; la ressemblance de la ciguë' avec le persil cause d'assez nombreux accidents.
' Arcli. de Pharm., t. GCXXXI, p. 34.
■M"' Chauliaguet, Hébert et Heim. Comptes rendus, t. CXXIV, p. 1368.
Propriétés physiologiques. — La cicutine, conine ou conicine esl un poison très violent, et dont l'action esl fort rapide; elle rappelle à ce point de vue la nicotine ou l'acide cyanhydrique. Une goutte, déposée sur l;i cornée d'un lii|>iu. le tue en quelques instants. La dose toxique clicz l'homme, mal connue, ne doit pas dépasser quelques centigrammes. L'ingestion de 6 grammes <lc feuilles fraîches de ciguë peut causer des accidents mortels. La durée de l'empoisonnement est de trois à six heures environ. La cicutine agit comme destructeur îles globules sanguins : c'esl aussi un poison de la moelle et des cellules nerveuses : les symptômes du début sont des vertiges, des éblouissements : i»'ii à peu la sensibilité s aboli! : les pupilles sont dilatées : le malade titube, puis s'engourdit dans une torpeur profonde; la paralysie envahit d'abord les membres inférieurs, puis graduellement le reste du corps. Enfin la peau se refroidit, se cyanose, la sensibilité disparaît complètement et la mort survient, précédée quelquefois de violentes convulsions épileptiformes ' .
Les lésions que produit l'empoisonnement par la cicutine résultent principalement de l'altération du sang; on observe sur la peau des extra- \ asements et des taches : 1<' s;ihl;- est très noir : les globules sont déformés : la surface des séreuses, des poumons, du tube digestif montre aussi des suffusions sanguines assez étendues. — Toutes ces lésions d'ailleurs n'ont rien de bien caractéristique. — Onditqueles cadavres d'individus empoisonnés par la cicutine se putréfient rapidement.
( In recherchera la conicine surtout dans le contenu stomacal et intestinal, el dans le sang. Cette recherche est difficile ; aussi est-il extrémemenl important de procéder à un examen très attentif en vue de découvrir, s'il v a lieu, dans le tube digestif, des débris de plantes dont l'étude donnerai! souvent des résultats plus certains que l'analyse chimique.
' L.> traits principaux de cel emp lisonnem ni onl été nettemenl indiqués par Platon, dans le dialogue de Phédon, a propos de la morl de Socrate : ■ Cependant Socral >, qui - ■ proini u . 1 1 1 . dil qu'il sentaîl ses jambes s'appesantir el il - - couch i sur le <l<>- '-..111111 l'homme l'avail ordonné. En mèm ■ 1 ;mps le nn'ni • bomra • qui lui avait donné I ■ poison s'approcha et, après avoii examiné quelque temps ses pieds el ses jambes, il lui serra
forte nt le pied el lui demanda s'il le sentait; il dit que non. Il lui serra • - n — 11 1 1 ■ les
jambes : el portant ses mains plu- haut, il nous lit voir que le corps se glaçait et s
dissait; et, le touchant lui-même, il non- dit que, dès qu • le froid gagnerai! le cœui
Socrate nous quitterait. Déjà tout le bas ventre était glacé. Alors, sa découvrant, car il
couvert:. Criton, dit-il, el et furent ses dern'n îles, nous devons un c 1 1 .1
Esculape, n'oublie pas d'acquitter cette dette. — Cela sera fait, répondit Criton, mais
vois -1 tu as encore quelque chose .1 nous dire. > — Il u - répondit rien, el un peu 'I"
temps après, il lit un mouvement convulsif; alors l'homme le découvrit tnul a Lui : ses
ls étaient h\ - 1 riton, s'en étant aperçu, lui ferma 1 1 bouche el 1'-- yeux. - (PI Trad. de Cousin.