NICOTINE
considérable : dans les tabacs français elle atteint jusqu'à S p. 100 tabac du Loi . Les tabacs de la Havane n'en contiennent que 2 p. luit environ. La dose de nicotine est diminuée par les fermentations que subissent les tabacs pendant la fabrication : dans les tabacs à fumer, dans ]<•> cigares, elle varie de L,oà 2,3 p. 100 ; elle ne dépasse pas 3 p. Uni dans le tabac
Fitr. 60. — XicoHaim labacum.
à priser. Les jus de tabac provenant de l'épuisemenl par l'eau des côtes el résidus de fabrication contiennent environ 2n grammes de nicotine par litre.
Action du tabac et de la nicotine. Doses toxiques. — Le tabac est une substance éminemment toxique, mais à laquelle l'organisme humain s'accoutume assez vite, quelle que suit la forme sous laquelle le tabac est consommé.
Le maniement des feuilles el les diverses opérations nécessaires à la fabrication des tabacs à priser, à chiquer, à fumer, ne sont pas sans inconvénients pour la saut.' îles ouvriers employés à ces travaux, du moins au début, alors que l'accoutumance ne s'est pas encore établie : riiez les femmes, l'atmosphère des manufactures parait amener une prédisposition aux avortements. On constate souvent chez les ouvriers non accoutumés de la céphalalgie, des nausées, de la diarrhée, parfois aussi de l'oppression. Le sang devienl plus pauvre en globules roua -
L'intoxication chronique par le tabac se produit sous diverses formes. Les effets toxiques du tabac fumé, prisé ou mâché onl été souvent bien exagérés; ces effets ne son! pas moins réels.
L'habitude de mâcher le tabac parait devoir être la plus dangereus
puisqu'une partie des produits dissous dans la salive peut passer dans l'estomac : cependani les accidents observés ne sonl en général pas bien araves ; il en esl de même pour le tabac à priser.
Parmi 1rs accidents causés par l'abus du tabac à fumer, il faul retenir surtout les palpitations cardiaques, les troubles de la vue, l'affaiblissemenl de la mémoire, etenfinle cancer de la langue et des lèvres. La fumée de tabac contient de la nicotine ; mais il esl très certain (pic les produits de la combustion exercent par eux-mêmes une action toxique indépendante
de celle de l'alcaloïde. Ces produits de combustion conlieiuienl des bases volatiles, telles que la pyridine, la picoline, la lutidine, la collidine; des p*az hvdrocarbonés, de l'acide carbonique, de l'oxyde de carbone, des sels ammoniacaux cl notamment du cyanure d'ammonium ; on y a signalé aussi la présence d'un principe solide, volatil, insoluble dans l'alcool et
l'éther, et qui a été appelé nicotianine (Hermbstœdt). Dans l'intoxication
pal' la fumée de tabac, l'oxyde de carbone doit jouer un rôle important ; on a indiqué que le sang des chiens asphyxiés par la fumée du tabac esl de couleur rutilante et présente les caractères du sang oxycarboné (Gré- , hant). Quant à la quantité de nicotine contenue dans la fumée, elle serait,
d'après MelsenS, d'env iroli I)-1, I pour une demi-once de tabac de Virginie :
le même auteur a calculé que l'absorption des produits de combustion d'une semblable dose de tabac suffirait pour amener la mort.
Tout le monde connaît les accidents que cause le tabac chez les personnes qui fument pour la première fois : vertiges", nausées, vomissements. Mais l'accoutumance s'établit vite. Des cas de mort rapide ont été signalés (die/, des hommes qui avaient fumé sans arrêt une quantité excessive de tabac '. Lu somme, ou peut dire que si l'habitude de fumer est relativement inoffensive, c'est parce que les produits de combustion ne pénètrent qu'en bien petite quantité dans l'organisme.
L'ingestion du tabac en poudre, en infusion, a causé un assez grand nombre d'accidents mortels. Les empoisonnements criminels par le tabac ou par la nicotine ont été jusqu'ici assez rares : le plus célèbre est celui de Gustave Fougnies dans l'affaire Bocarmé.
Les doses de tabac capables de déterminer la mort sont variables : des infusions de I ."> à MO grammes de tabac, administrées en lavement, ont causé
des accidents mortels. La toxicité de la nicotine pure est considérable : elle a
été cependani exagérée. 5 à 10 centigrammes tuent rapidement un chien de fortetaille; d'après Grasset etParentv Comptes rendu*, I.CX1X, p. 1273), la dose mortelle de nicotine pure chez les lapins sérail de 2(1 à 2\ milli-
' Helwig rapporte la mort de deux frères qui succombèrent après avoir fumé l'un dix si>|ii ci l'autre dix-huit pipes allemandes.
grammes par kilogramme d'animal : les mêmes auteurs indiquent que le quadroxalate de nicotine — l'un des sels les plus importants de cet alcaloïde — a des effets toxiques pareils, mais atténués, environ huit fois moins intenses; par accoutumance, les animaux arrivent à supporter des t i . ■-,.--, bien supérieures à la dose qui serait mortelle au début.
Dans l'empoisonnement aigu par le tabac, ou plutôt par la nicotine, Claude Bernard a observé que. pour des doses peu élevées, le poison agi) d'abord sur le cœur, dont les mouvements deviennent plus rapides ; à doses plus fortes, les mouvements respiratoires sont eux-mêmes accélérés; on observe des douleurs de tête, des vertiges, des nausées, rarement des vomissements, de la diarrhée : puis le visage devient pâle, le corps se couvre de sueur froide. La sécrétion salivaire est augmentée. Les mouvements du cœuret des poumons se ralentissent : il y a quelquefois des con- \ ulsions.
La nicotine est un poison très rapide dans ses effets; sous ce rapport, elle est comparable à la ciculine, à l'acide c vanhvdrique. Une goutte de nicotine pure appliquée sur la langue d'un chat le tue en deux minutes. Dans les cas non mortels, les symptômes apparaissent toujours très vite, quel ipie soit le mode d'introduction du poison. — Les animaux les plus divers sont sensibles à l'action de la nicotine. Les oiseaux succombent avec une rapidité particulière.
L'élimination de la nicotine, dans les cas non mortels, est prompte; c'est ce qui explique pourquoi l'on s'habitue aisément à ce poison.
Lésions. — La nicotine produit quelques altérations des voies digeslives, dues à son action irritante comparable à celle des alcalis caustiques. Toutefois ces lésions n'ont pas été toujours observées. Dans l'autopsie de Fougnies [affaire Bocarmél on a trouvé la langue tuméfiée, la muqueuse buccale cautérisée, de même que celle du pharynx el de l'œsophage; la muqueuse l'estomac était rouge et injectée; elle présentait près du pylore des plaques livides el noirâtres ; des signes d'inflammation se rencontraient
aussi dans les premières parties de l'intestin. — On constate aussi parfois de
l'hypérémie des méninges, de la congestion du foie et des reins. Le sang esl noir et fluide. Assez souvenl on reconnaît à l'autopsie l'odeur propre de la nicotine ou du tabac.
On ne connaît pas de renseignements bien précis soi' les lésions que présentent les individus qui ont succombé' brusquement à des excès de fumée de tabac: comme nous l'avons indiqué', il est probable que l'on pourrait observer, en pareil cas, des signes d'intoxication oxycarbonique.
La nicotine se retrouve dans les divers organes, dans le sang, dans 1 urine; elle persiste dans l'estomac même assez longtemps après l'inges-
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lion; il n'\ en a que très peu dans l'intestin. On laretrouve aussi dans les I » m ii h ii ls cl il esl probable qu'elle esl en'partie éliminée par les voies respitoires.
Ce poison résiste très bien h la putréfaction ; Melsens dit avoir retrouvé de la nicotine dans les corps de chiens qui avaient été empoisonnés par Stas ei inhumés pendant sept années.
Propriétés de la nicotine. -- La nicotine, C10H"Az2, esl un liquide huileux incolore, brunissanl facilement à l'air; elle distille à -j- 240°, mais non sans décomposition ; dès la température de -f- 100", elle répand des
fumées blanches; elle peul être distillée sans altérati lans un courant
d'hydrogène, de -j~ 180° à 200°. Ses vapeurs sont extrêmement irritantes.
Su densité esl 1,048. Sun pouvoir rotatoire esl [a]D = — 161°, o. EUle esl très soluble dans l'eau, dans l'alcool, dans le> huiles, dans l'éther. Ce dissolvant l'enlève à ses solutions aqueuses. Elle attire l'humidité ; exposée à l'air, elle prend jusqu'à ITT p. 100 d'eau hygrométrique.
Son odeur rappelle celle du tabac.
Les solutions aqueuses de nicotine onl une réaction fortement alcaline: e'esl en effet une base puissante, se combinant aux acides pour former des sels stables. Elle précipite les solutions de presque tous les sels métalliques (mercure, plomb, étain, zinc, etc . Quelques-uns de ces précipités sonl siiluliles dans un excès de nicotine.
Extraction de I" nicotine. — La méthode de Slas. imaginée spécialement pour la recherche delà nicotine, fournil un bon moyen d'extraction. La recherche de ce! alcaloïde présente des difficultés, comme celle de la conicine, en raison de son étal liquide el de sa volatilité assez grande. Il faul donc éviter toul procédé qui obligerai! à l'évaporation de dissolvants à point d'ébullition trop élevé (benzine, alcool amylique). ( >n emploiera de préférence, comme dissolvant, l'éther ordinaire, ou encore un éther de pétrole, à point d'ébullition très bas, el soigneusement purifié. La solution acide contenant l'alcaloïde peul être avantageusement épuisée d'abord par la benzine qui éliminera beaucoup d'impuretés; on neutralise ensuite par l'ammoniaque, on épuise par le pétrole léger ou l'éther, qui enlèvent la nicotine. On évapore rapidement le dissolvant. Si la quantité de nicotine esl un peu notable., on la retrouve sans difficulté dans le résidu de l'évaporation. Si la quantité esl Faillie, on doil craindre les perles par évaporaliiin. et dans ce cas il vaut mieux, avanl de chasser le dissolvant, ajouter une goutte d'acide chlorhydrique concentré, el pratiquer les réactions sur le résidu à l'état de chlorhydrate. Celte manière de procéder s'appliquerait de même aux autres alcaloïdes volatils el notamment à la conicine.