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ALCALOÏDES DE LA BELLADONE, DU DATURA, DE LA JUSQUIAME, ETC

L'atropine esl un alcaloïde contenu dans la belladone Atropos bellailona el dans le datura Datura stramonhim) . Ces mêmes solanées contiennent aussi de l'hyoscyamine et de l'atropamine ; mais l'hyoscvamine existe plus abondamment dans la jusquiame.. Parmi les autres produits .faisant partie de ce groupe d'alcaloïdes, il faut citer encore l'hyoscine, que l'on trouve dans la jusquiame, el la belladonine qui, suivanl certains auteurs, ne serait pas un produit défini. L'alcaloïde nommé duboisine, extrait du Duboisia myriapoïdes, esl identiqueà l'hyoscyamine. Enfin, la scopolamine, extraite de la belladone et de la racine de Scopolia atropoïdes,es{ identique à l'hyoscine '.

Quant au produit dénommé daturine, il doit être considéré comme un mélange d'atropine et d'hyoscyamine. Lescopolia Hlardnarckiana paraît

1 Schmidt. Arch. de Pharm., t. CCXXXIX, p. 109.

l i; \ I I | DE i. Il l M II'. TOXICOLOjGIQUE

renfermer plusieurs alcaloïdes parmi lesquels Schmidl ;i caractérisé avec certitude l'hyoscyamine1.

Tous ces alcaloïdes son! des poisons violents : ils se rattachenl les nn> aux autres par des liens nombreux, tant au poinl de vue de leurs propriétés chimiques qu'au poinl de vue de leur action pli\ siologique.

( )n ii cité quelques cas d'empoisonnemenl criminel par des préparations d,' belladone. Les baies rouges de cette plante, assez semblables ;'i des cerises, el donl la sa\ eur esl sucrée, ont donné lieu à dei fréquentes méprises et causé la morl d'un grand nombre d'enfants !. Des intoxications accidenlellesonl été plus d'une fois produites par l<i racine__de jusquiame ; tedatura

Fig. (il. — Atropos belladona.

c^l quelquefois i mplové dans I Inde el en Cochinchine pour des empoisonnements criminels.

La belladone, dite aussi Marelle furieuse fig.61),esl une plante haute de I mètre environ, ù tige cylindrique el velue; les feuilles sont alternes et géminéesà la partie supérieure.' Les fleurs, d'un rouge pourpre, onl pour fruil

' Voici quelques observations de Schûtte Arch. der Pharm., t. XXIX, p. 192-531 au sujet de la reparution des alcaloïdes mydriatiques dans différentes plantes. — Les jeunes racines de la belladone sauvage ne contiennent que de l'hyoscyamine; tes vieilles renfermenl ii ii ~-i 1 1 ii peu d'atropine. — !.'•> baies de la Belladona nigra cultivée contiennenl

de l'atropi t de l'hyoscyamine : la plante sauvage, rien que de l'atropine. — L^> lïuii-

il'.l. belladona lutea contiennent, outre l'atropine, une base qui paraît être l'atropamine : les fruits aon mûrs de lii plante sauvage renfermeraient de l'hyoscyamine el des trace d'atropine; les graines de Datura, de l'hyoscyamine, un peu d'atropine el de scopolaminc; — le solanum tuberosum, de la bétaïne el un alcaloïde mydriatique non étudié ; — le lyi inu barbarum et \e solanum nigrum, mêmes bases très peu abondantes. — Il y aurait aussi des traces d'alcaloïdes mydriatiques dans le nicoliana tabacum.

!On rapporte, par exemple, qu'en IT'.Ki, des orphelins employés au Jardin des Plantes mangèrent i grande quantité de bai s de belladone, el que quatorze en moururent.

BELLADONE, JUSQUIAME, DATURA

une baie un peu déprimée, d'abord verte, puis rouge, puis rouge presque noir, luisante, de la grosseur d'une cerise. La racine est vivace, épaisse, charnue, ruarueuse, exise à l'intérieur. Elle a une saveur désagréable el astringente. Elle pousse communémenl en Europe dans Ifs régions (empérées; on la trouve généralement dans les boise! terrains ombragés. Dans la belladone, les organes 1rs plus actifs sonl les racines, mais toutes les parties delà piaule sonl toxiques à des degrés divers.

Fis:. i<-2. — HviKi'vamus nigei'.

La jusquiame [Hyoscyamits . donl le typeleplus répandu est Vhyoscyamusniger fig. (ii .est commune dans toute l'Europe tempérée ; c'esl une

le jusquiame (Gr. = lii.

solanée, à lige épaisse, cylindrique et poilue; elle atteint une hauteur de tili à 80 centimètres. Les fleurs sont hermaphrodites, jaunes avec des veines rougeàtres, à corolle irrégulière ; le calice persiste autour des fruits.

(lui! entoure de dents piquantes : le fruit est une capsule longue à deux loges. Les graines sont petites, noires, réniformes (fig. 63).

La jusquiame noire est cultivée pour les usages médicaux : on ta remplace quelquefois par une espèce plus petite, la jusquiame blanche II. albus) ; d'autres variétés sont dénommées //. agrestis, II. pallidus, II. aureus, II. insanus.

Les diverses parties de la plante contiennent des principes actifs, surtout de l'hyosevamine ; ce smil les graines qui en renferment le plus.

Fig. 6i. — Datura stramonium.

Les datura sont des plantes herbacées annuelles; la variété la plus connue est le datura stramonium (stramoine, pomme du Pérou, herbe du diable, herbe des magiciens, pomme épineuse), fréquemment cultivé dans les jardins. Cet arbrisseau (fig. 64) atteint la hauteur de I mètre à lm,50. La tige est ronde, verte, dépourvue <le poils; les feuilles ont une odeur vireuse, elles sont vertes et forment des dentelures aiguës. La corolle est blanche, longue, infundibuliforme, à tube plissé longitudinalement.

Le fruit a un aspect très caractéristique. C'est une capsule verte (fig. 65) , ovoïde, couverte de piquants, s'ouvrant à maturité en quatre segments; les graines, assez volumineuses, sont réniformes, jaunes d'abord, puis noires (fig. 66).

11 existe une quinzaine d'espèces de datura, dont plusieurs smil cultivées comme piaules d'ornement; les fleurs sont tantôt blanches, tantôt violettes, lanlùl rouées.

BELLADONE, JUSQUIAME, DATURA

Le D. tatula (herpeà la taupe), qu'un trouve dans certaines régions du midi, a, dit-on, des propriétés toxiques particulièrement intenses. Le produit actif, improprement appelé daturine f, est répandu dans les diverses parties de la plante, mais surtout dans les graines.

Fig. tiô. — Fruil de Dalura stramonium.

La thérapeutique utilise la belladone, le dalura, la jusquiame sous des formes diverses, à l'étal de poudres, extraits, teinture-. La jusquiame entre

Fig. 66. — Coupe de graine de Dalura (Gr. = li).

dans la composition du baume tranquille, de Y onguent populeum, etc. La fumée produite par la combustion des feuilles de datura a été employée contre l'asthme. L'atropine et les autres alcaloïdes extraits des plantes qui nous occupent sont des médicaments souvent appliqués au traitement

* On désigne dans le commerce les principes extraits du datura sous le> noms de daturine lourde el daturine léf/ère : la daturine lourde est surtout formée d'atropine et contient peu d'hyoscyamine ; la daturine légère ne renferma guère que de l'hyoscyamine, et très peu d'atropine (Ladenburg, D. Ch. Ges., 1880, p. 909).

d'affections très diverses: épilepsie, chorée, hystérie, contractions spasmecliques de divers organes, névralgies, rhumatismes, etc. ; on fail un grand usage de l'atropine, en ophtalmologie, pour dilater la pupille. — De tous ces produits, le sulfate neutre d'atropine esl le plus important. Les médicaments à base de belladone, de jusquiame, de datura, son! forl actifs el leur emploi <l*>i I être surveillé avec d'autan! plus de soin que leur teneur eu principes actifs esl très inconstante.

Doses toxiques. — Nous avonsdéjà indiqué que lesdiverses partiesdes piaules qui nous occupenl son! toxiques, mais à des degrés variables. Cette toxicité varie encore dans de larges limites selon l'âge de la piaule. selon la nature <\n terrain, etc. On dit que la belladone cultivée esl moins riche en alcaloïdes que la belladone sauvage ; c'est à l'époque de la floraison que la plante contienl le plus d'atropine ; les feuilles el les racine.-, sonl environ deux fois plus actives en juillet qu'en mars. La piaule de deux ans esl aussi beaucoup plus toxique que celle d'une année.

On cite des cas d'empoisonnemenl mortel causés chez des enfants par l'ingestion de quatre baies de belladone; chez l'homme, la dose sérail beaucoup plus élevée 10 un ]."> par exemple . 60 centigrammes de racine de belladone produiraient chez un adulte des accidents graves. Une dose de un à deux grammes d'extrait de belladone pourrait entraîner la mort. — Pour l'atropine elle-même, la dose toxique para il être voisine de 1 centigramme, mais des doses bien moindres, '2 milligrammes par exemple, font apparaître avec la plus grande netteté les phénomènes caractéristiques de l'intoxication atropique. En injection hypodermique, les effets toxiques se manifesteraient avec des quantités plus faillies. — ■ La belladone el l'atropine sonl des poisons qui s'accumulent, en sorte que de petites doses non dangereuses, absorbées chaque jour, fînissenl par produire des accidents. — La toxicité varie beaucoup selon les individus, et très souvent, malgré l'extrême gravité des symptômes, l'empoisonnemenl par l'atropine est suivi de guérison.

La jusquiame esl à peu près aussi toxique que la belladone, el l'hyoscyamine doil avoir une activité comparable à celle de l'atropine, lo à 20 grainesde datura on! amené la morl chez des enfants.

Certains animaux sonl réfractaires à l'action de l'atropine el de la belladone; c'esi ainsi que les lapins mangent sans inconvénients les feuilles de celle piaule, bien que les principes actifs soienl réellemenl absorbés; en effet la chair d'animaux ainsi nourris peu! devenir toxique pour d'autres animaux. Le lapin est également 1res peu sensible à l'action de l'atropine administrée] par voie hypodermique. Le cobaye el le rai sonl de même à peu près réfractaires à l'effet de ces poisons. ( >n esl en droil d'attribuer celle

BELLADONE, IUSQUIAME, DATURA 01"

immunité relative à I ; • rapidité de l'élimination et à la lenteur de l'absorption. L'atropine injectée dans les veines peut produire chez les mêmes animaux une prompte intoxication, avec les caractères habituels. — Dans

l'échelle des mammifères, l'homme possède | r l'atropine et l> •- alcaloïdes

voisins une sensibilité particulière.

Symptômes. — Les symptômesde l'empoisonnement par l'atropine ou la belladone sont extrêmement frappants. Lorsqu'un médecin a pu approcher le malade, le diagnostic est en général facile à faire ; et dans les expertises d'empoisonnement par l'atropine, la nature 'du toxique esl très souvent soupçonnée d'avance.

Les symptômes sont à peu près le> mêmes, qu'il s'agisse d'un empoisonnement par un sel d'atropine, par des baies de belladone, des extraits, etc. Ils se produisent plu-, rapidement avec les préparations solubles, telles que les sels d'atropine; cependant ils n'apparaissent pas immédiatement, mais seulement après un quart d'heure ou une demi-heure. Ces symptômes sont d'abord une saveur amère et une sensation de sécheresse à la srorare, accompagnée d'une soif ardente. Le malade éprouve des nausées, mais les vomissements ne se produisent pas d'ordinaire. Le pouls esl très fréquent : il y a une notable élévation de température. Le caractère le plus saillant et le plus durable est la dilatation extrême des pupille-.. Lorsqu'une préparation contenant de l'atropine est instillée dans un œil, la dilatation de la pupille ne se produit que dans cet œil, tandis que dans l'empoisonnement par l'estomac, la dilatation affecte les deux yeux.) On observe mu- la peau des plaques rouges. A ces premiers phénomènes succèdenl

des troubles plus graves de la vue, finissant par amener u îécité à peu

près totale; puis une excitation extraordinaire (qu'on a désignée sous le nom d'ivresse atropique . du délire, des cris, des hallucinations. La miction est difficile ou impossible, et il y a souvent des érections comme dan- l'intoxication cantharidique. A la période d'excitation fait suite un étal de dépression profonde ; les symptômes jusque-là constatés s'affaiblissent graduellement ; le corps se refroidit el la mort arrive après une période comateuse plus ou moins longue.

Dans les cas de guérison on observe souvent l'apparition de sueurs abondantes: les troubles persistent pendant quelques jours, notamment la dilatation des pupilles.

Les symptômes de l'empoisonnement par la jusquiame et le datura .-ont analogues à ceux de la belladone.

Les lésions que laisse sur le cadavre l'intoxication atropique ne sont ni constantes ni caractéristiques. La coloration rouge signalée parfois dans le tube digestif à la suite de l'ingestion de baies de belladone, est le plus

018 TRAITE l>K CHIMIE TOXICOLOGIQUE

souvenl attribuable à la matière colorante de ces baies. Taylora indiqué que l'estomac el l'intestin son! d'ordinaire pâles, mais qu'on observe quelques plaques rouges dans l'estomac près du cardia. On note aussi assez fréquemmenl des signes d'hyperhémie dans le cerveau el les poumons. Le sang esl fluide ei de couleur foncée.

Dans une recherche d'empoisonnemenl par la belladone, c'esl surtout l'atropine qu'il faudra s'efforcer de caractériser. L'examen minutieux du contenu stomacal el intestinal ne doit |>as être négligé, car il peul fournir des indications très importantes; il n'est pas rare en effet de trouver dans le tube digestif ou dans les matières vomies des fragments de baies de

belladone, r< nnaissables a leur couleur violacée '. ou de petites graines

réniformes, d'environ 2 millimètres de longueur ; ces graines sont de couleur grise, de surface rugueuse; en les coupant dans la plus grande longueur, on y voit un embryon recourbé. Les semences dejusquiame et de datura présentent des caractères analogues.

L'atropine s'éhmine par les reins el on la retrouve facilement dans l'urine. Dans un empoisonnement rapide, la majeure partie du poison reste dans l'estomac : le contenu intestinal, sauf dans les premières parties de l'intestin grêle, n'en renferme généralement que très peu. On retrouvera aussi l'atropine dans le sang, dans le foie et les autres organes riches en sano-.

Résistance à la décomposition. — L'atropine résiste assez bien aux influences destructives de la putréfaction. Dragendorff dit avoir pu retirer de l'atropine d'une digestion artificielle exposée à la putréfaction dans un lieu chaud pendant deux mois et demi. Dans les expériences de Dié, que j'ai citées page 546, l'atropine a été caractérisée dans du bouillon ou dans du sang putréfié après un an, mais non après deux ans.

Caractères chimiques de l'atropine. — L'atropine, C'WAzI )'. constitue une masse cristalline fusible à -f- lio°,S. En solution alcoolique, elle esl faiblement lévogyre a]o = — 0°4. (Hesse. Lieb. Ann. C/iem., t.CCLXXI, [>. 100*.

La saveur de l'atropine esl fortement amère. Elle se dissout dans 300 fois son poids d'eau froide, dans 58 fois son poids d'eau bouillante.

' L'enveloppe rouse violacé du fruit de la belladone renferme une matière fluorescente bleue, soluble dans les acides et dans l'alcool ainylique; les semences de datura cor tiennent un corps fluorescent vert.

'Ladenburg conclut de ses recherches a propos du pouvoir rotatoire de l'atropine que ce corps serait un mélange d'hyoscyamine droite et d'hyoscyamine gauche, don! le dédoublement n'a pu être encore réalisé [Deut. Chem. Ges., t. XXI, p. 3065).

Elle esl très soluble dans l'ait 1. peu soluble dans l'éther 3,6 parties

dans Uni parties d'éther . peu soluble dans la benzine, très soluble dans le chloroforme et dans l'alcool amylique.

Elle est entraînée par la vapeur tT eau; c esl là un point important : par l'évaporation trop prolongée des solutions aqueuses on s'expose à des pertes notables. — Bile esl facilement dissoute par les acides étendus; les alcalis et les carbonates alcalins la reprécipitent de ses solutions acides : avec l'ammoniaque, le précipité d'atropine est soluble dans un excès.

Elle est très altérable en présence des alcalis : par l'action de la potasse, de la soude ou de la baryte, elle se dédouble en tropine et en acide tropique. On doit donc, dans une recherche toxicologique, éviter de chauffer longtemps F atropine en solution alcaline. Pour alcaliniser, l'ammoniaque étendue serait préférable à la potasse. — Les solutions acides un peu concentrées s'altèrent aussi lorsqu'on les chauffe trop longtemps.

Procédés d'extraction. — En raison de l'altérabilité de l'atropine et de son entraînement par la vapeur d'eau, on voit que c'est un alcaloïde dont l'extraction esl en somme assez délicate, et que l'on a des chances, pendant les manipulations, de perdre des quantités notables du produit cherché : toutefois ces difficultés ne doivent pas être exagérées.

Les divers procédés d'extraction que nous avons indiqués permettent d'isoler l'atropine. Si l'on emploie la méthode de Stas ei l'éther comme dissolvant, on se rappellera que l'atropine n'est pas très soluble dans l'éther. — Dans la méthode de Dragendorff, l'atropine est isolée par la benzine, en solution alcaline : la benzine n'est d'ailleurs pas le meilleur dissolvant, caries solutions benziniques d'atropine abandonnent souvent leur alcaloïde par le refroidissement. — Dans une recherche spéciale, on emploierait plus avantageusement le chloroforme comme dissolvant. — Le procédé d'Erdmann et Uslar, qui nécessite finalement l'évaporation de solutions amvliques, esl mauvais, car aux températures d'évaporation de ces solutions, l'atropine sérail en partie volatilisée et en partie décomposée. Si l'on voulait se servir de l'alcool amylique pour dissoudre l'atropine, il faudrait agiter la liqueur amylique avec une solution acide qui entraînerait l'alcaloïde : puis, comme la solution acide aurait dissous un peu d'alcool amylique, on devrait éliminer celui-ci par l'agitation avec un peu de chloroform ■. Enfin le liquide serait alcalinisé et l'alcaloïde repris par l'éther. — Ces complications paraissent inutiles et n'ont aucun avantage sur la simple méthode de Stas-Otto.

Rîactions de l'atropine. — Les réactifs généraux, tanin, acide phosphotungs tique, acide phosphomolybdique, chlorure d'or, chlorure de platine,

l RAITE DE (Il I Mil: TOXICOLOGIQI E

Fig. 67.

Pici ate d'atropine

iodure de potassium ioduré, induré de mercure el de potassium, acide picrique, précipitent latropme; ces réactions n'ont que peu d'intérêt. Parmi les plus sensibles sont l'iodure de potassium el de mercure, qui, d'après Maver, précipite encore dans les solutions au I 5000, et l'iodure de potassium ioduré, dans les solutions au 1 SIMMI. L'acide picrique, qui ne précipite guère que dans la solution au I 200, esl cependant un assez bon réactif, si l'on a soin de faire cristalliser le précipité et de I examiner au microscope, comme l'a indiqué M. Popoff p. 52a : le picrate d'atropine cristallise <ïi effet très facilement en tables rectangulaires assez caractéristiques fig. (>7 .

Parmi les réactions spéciales de l'atropine, la suivante, due à Vitali, esl la |>lus recommandable; on additionne l'atropine de quelques gouttes d'acide nitrique fumant, on évapore à siccité au bain-marie, el on ajoute au résidu une goutte ou deux de solution alcoolique de potasse : il se produil alors une belle coloration violette. Cette réaction esl extrêmemenl sensible el caractéristique. Cependant elle se produit aussi avec l'hyoscyamine, l'hyoscine, l'homatropine. Avec des résidus contenant des ptomaïnes nu obtient dans les mêmes conditions uni' coloration orangée, qui peut empêcher d'apercevoir la teinte violette si lu proportion d'atropine esl faible.

Guglielmo a indiqué comme un caractère de l'atropine l'odeur particulière quise produit lorsqu'on chauffe cet alcaloïde avec un peu d'acide sulfurique concentré, odeur qui rappellerai! celle de la fleur d'oranger. Cette réaction est assez sensible, mais elle a, comme tous les essais <>ù l'on lait intervenu' 1 odorat, l'inconvénienl d'être appréciée très différemmenl par les différents observateurs. — < >n obtienl la même odeur en ehauffanl l'atropine avec quelques cristaux d'acide chromique jusqu'à réducti le cet acide

eu oxyde île chrome vert. On peu! encore dissoudre l'alcaloïde dans l'acide sulfurique cl ajouter un peu de chromate.

L atropine chauffée légèrement avec une solution alcoolique de oichlorttre de mercure, produit un précipité rouge île bioxyde île mercure.

L'expérimentation physiologique fournil des résultats assez importants. < >n peut en effet, avec des traces d'atropine, observer nettement sur divers animaux, chiens, chats, grenouilles, la dilatation de la pupille. Beaucoup d'autres alcaloïdes ont, il esl vrai, la propriété de dilater la pupille; mais l'atropine et quelques-uns des alcaloïdes voisins sont à ce! égard particu-

lièremenl actifs, l'uni' étudier cette réaction sur un animal, il convient d'instiller dans l'un des yeux la solution' suspecte ; le poison absorbé par les voies digestives ne produit que plus lentement son effet mydriàtique, quelquefois pas du tout. Si l'on opère par voie d'absorption stomacale, il faut attendre vingt ou trente minutes pour observer la dilatation; quand celle-ci n'est pas très intense, il n'est pas toujours aisé de la constater, car on a perdu le souvenir de ce qu'était la pupille à l'état normal ; en ce cas, il serait bon d'avoir comme témoin un second animal, dont les veux seraient autant que possible identiques à ceux du premier. Il vaut beaucoup mieux déposer la solution de très petit volume et aussi neutre que possible, dans l'œil de l'animal, l'autre œil servant de témoin. La dilatation se produit très rapidement, et la comparaison des deux yeux est facile. Si toutefois l'on attend trop longtemps, l'absorption de l'atropine se continue et l'action mydriàtique s'étend au second œil, qui ne peut plus alors servir de témoin.

Ces expériences doivent être laites dans une pit bien éclairée par la

lumière diffuse.

Malgré la netteté' de ces réactions physiologiques, il ne convient pas de leur attacher trop d'importance, soit parce que les propriétés mydriatiques sont communes à des alcaloïdes végétaux autres que l'atropine et les principes actifs voisins, niais surtout parce que ces propriétés ont été signalées au^si dans certains alcaloïdes cadavériques. — L'un d'eux a même été désigné, pour cette raison, sous le nom de ptomatropine ; la mydaléine, découverte par Brieger, a aussi des propriétés mydriatiques. II v a évidemment, dans l'action physiologique de ces ptomaïnes, des différences qui permettraient de les distinguer de l'atropine, si l'on disposait d'une quantité suffisante de matière, ce qui n'est presque jamais le cas dans les expertises toxicologiques. Aussi, quelles que soient la netteté et la sensibilité de celte action mydriàtique de l'atropine, on ne devra considérer l'expérimentation physiologique que comme un complément et une confirmation des caractères chimiques, dont le plus précis est la réaction de Vitali.

Dosage de l'atropine. — On peut doser l'atropine volumétriquement, dans une liqueur ne contenant pas d'autre alcaloïde, à l'aide du réactif de Mayer. Un centimètre cube île la solution, préparée selon les indications de Mayer, correspond à II, lia d'atropine; il vaut mieux, comme pour tous les dosages de ce genre, déterminer le titre du réactif avec une solution d'atropine ayant à peu près la même concentration que celle qu'il s'agit de doser. On opérera de préférence en solution sulfurique étendue; la précipitation se fait assez bien, et le précipité, qui est cristallin, si l'on

verse le réactif avec lenteur, se dépose vite, de sorte que La fin de la précipitation n'est pas trop difficile à vior.

Sels d'atropine. — Le plus important des sels d'atropine est le sulfate neutre C'H^AzO3, 2SO'Ha+H*0, très employé en médecine. On l'obtient bien cristallisé sous forme d'aiguilles brillantes, en ajoutant de l'éther à sa solution alcoolique; ce sel est très soluble dans l'eau. — On a aussi utilisé parfois le salicylate et le valérianate d'atropine.

Il VOSCYAM IN E

VI hyoscy aminé, isomère de l'atropine, se trouve à côté de latropine clans la belladone et dans le datura ; elle < -\ i>lc plus abondamment dans la iusquiame, où l'on trouve aussi un autre isomère, Vhi/oscine. — L'alcaloïde décrit sous le nom de duboisine, extrait du Duboisia myoporoïdes, ii été reconnu comme identique à l'hyoscyamine; dans la même plante, Merck ;i trouvé encore de l'hyoscine, cl une autre base qu'il appelle psendohyoscyamine (Merck. Arch. Phaint.. l. CGXXXI, |>. 115; Bull. Soc. Chim., 3), I. XII, p. 204). Dymond (Chem. Sur., i. LXI, |>. 90) ;i trouvé de l'hyoscyamine dans l'extrait <li' lactuca sa/ira; la plante fraîche en contiendrait seulement o.uol p. liin.

L'hyoscyamine, C17H!3Az03, cristallise assez difficilement ; elle se présente d'ordinaire sous lu forme dune poudre blanche légère ; elle se dissout dans l'eau et dans l'alcool dilué, plus facilement que l'atropine ; elle esl très soluble dans l'alcool, l'éther, la benzine cl le chloroforme. — Elle est entraînée par la vapeur d'eau, plus encore que l'atropine : en sorte que l'évaporation des solutions aqueuses amène des perles considérables. L'évaporation des solutions benziniques nu chloroformiques occasionne aussi des perles sensibles : elle se différencie de l'atropine par son point de fusion -+- HlK"'), (au lieu de -j- 113°5 pour l'atropine); son chloraurate fond à + 159°-160° tandis que li' chloraurate d'atropine fond a -+- 135°, et se transforme dans I eau bouillante en un liquide épais. Il y ;i aussi quelques différences dans l'action des réactifs généraux, induré de potassium ioduré, acide picrique, sublimé, tanin, etc. — L'hyoscyamine esl lévogyre : [a h = — 20°3, en solution alcoolique (Hesse .

L ' hyosevamine peut être transformée en atropine par la chaleur

- 110" - -j- 1 20° i ou par la soude alcoolique. Inversement l'atropine peul être transformée partiellement en hyosevamine quand on la chauffe longtemps avec de l'acide chlorhydrique. (Schlitte. Arc//, d. Pharm.\ t. XXIX. p. 192-531.

Le sulfate d'hyoscyamine, (C,7H93Az03)2. SOl H2 + 2HH3, cristallise en

HYOSCYAMINE, HYOSCINE 623

aiguilles blanches fusibles à + 201°. Hesse. Lieb. Ami. Chem., I. CCXXI, p. 100.)

Comme l'atropine, l'hyoscyamine s'altère facilemenl sous l'influence des alcalis et fournil les mêmes produits de dédoublement.

Son action physiologique est très intense ei se rapproche beaucoup de celle de l'atropine. Elle a, comme cette dernière, la propriété de dilater fortemenl la pupille ; 1 : • dilatation se produil même plus rapidement qu'avec l'atropine. Elle exerce une action paralysante sur le système nerveux; des accidents, tels que faiblesse musculaire, parésie des membres inférieurs, collapsus, délire, oni été constatés à la suite de l'emploi thérapeutique de l'hyoscyamine [ou du corps décrit sous le nom de duboisine . — C'est une substance très toxique, capable de s'accumuler dan-, l'organisme et dont l'emploi continu, à petites doses, amène en peu de jours des accidents redoutables.

L'extraction de l'hyoscyamine dans un cas d'empoisonnement présenterait dos difficultés du même genre que colle de l'atropine, et, comme nous l'avons dit, les portes par volatilisation seraient encore plus à craindre. — Dans la méthode de Dragendorff, l'hyoscyamine se retrouverait dan-, les produits de l'épuisement par la benzine en solution alcaline.

Les réactions chimiques de l'hyoscyamine manquent de précision. L'iodure de mercure et de potassium fournit un précipité blanchâtre, caséeux : Vacide picrique un précipité cristallisable en tables rectangulaires comme l'atropine : l'iodure de potassium ioduré, un précipité brun devenant immédiatement cristallin; nous avons signalé plus haut les propriétés du précipité produit par le chlorure d'or : cette réaction, qui serait assez importante, est malheureusement peu sensible.

On voit, par ce qui précède, que la démonstration d'un empoisonnement par l'hyoscyamine pourrait être assez difficile; mais de tels empoisonnements sont tort rares, et dan-, les intoxications par les plantes telles que la belladone, c'est surtout l'atropine qu'il faut cherchera isoler et à caractériser.

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