I. R A T 1( C M . V Ë II A TRI N E . ETC
L'alcaloïde appelé vératrine est contenu dans le rhizome ou dan- les semences de plusieurs colchicacées, notamment X dit-bore blanc, dit au— i vérâtre ou varaire veratrum album : le veratrum sabadilla, le veratrum viride. Le V. album contient, outre la vératrine, des alcaloïdes uommés jervine, pseudojervine, rubijervine, vératralbine. Le V. sabadilla est la plante d'où* l'on extrait presque exclusivement la vératrine; elle contient aussi d'autres alcaloïdes; le V. viride renferme surtout de la jervine, de la pseudojervine, de la cévadine, un peu de rubijervine et des traces de vératrine ou de vératralbine. D'après Meillière Bull. Soc. Chim. ■\ . t. IL p. 642 . la vératrine commerciale est un mélange de vératrine proprement dite, ou vératrine x, et de vératrine [j. ou asagréine, bases ayant pour noyau commun la vérine. — Dans l'ellébore blanc, Salzberger Arch. d. Pharm. (3 . t. XXVIII, p. 462 a trouvé, outre la jervine, la rubijervine, la pseudojervine, des alcaloïdes appelés protovératrine et protovératridine. — Nous sommes loin d'avoir cité les noms de toutes les
ritAITE DE CHIMIE TOXICOLOGIQUE
substances qui onl été trouvées dans les plantes dont il est ici question : il faut avouerqu'il est fort malaisé dese reconnaître dans les dénominations de ces nombreux alcaloïdes dont plusieurs ont inutilement changé de nom. et dont beaucoup sont des mélanges ou des corps déjà connus sous d'autres appellations. — De tous ces alcaloïdes le plus important est la vératrine.
FiK. 69.
Veralrum ul/mm.
Le V. album lig. 69 . ou ellébore blanc, croit dans les régions montagneuses tempérées, principalement en Suisse; sa tige peut atteindre 1 mètre environ : ses feuilles alternes portent des plis longitudinaux : sa racine pivotante et charnue est entourée de radicelles nombreuses ; les fleurs sont blanches en dedans, verdâtres en dehors; le rhizome, souvent appelé racine d'ellébore blanc, est employé en médecine.
Le I". sabadilla esl connu nu— i sous le nom de Cévadille des Antilles. — La Cévadille officinale [asagrée, schœnocaulon officinale, sabadilla offkinarum. cévadille du Mexique, etc. est la plante dont .m extrait presque toute la vératrine commerciale. C'est une herbe vivace à bulbe pisiforme; les feuilles sont alternes et étroites; les fleurs forment une grappe spiciforme. La vératrine esl extraite «les semences, qui constituent de petites graines noires, longues de (.i à lu millimètres et larges de 2 à 3 millimètres, à albumen charnu, avant un peu la forme des grains d'avoine. Meissner, en 1818, a trouvé dans cette plante la vératrine, plus
tard étudiée par Pelletier cl Caventou dans le veratrum album. Couerbe (1838) a isolé des semences de cévadillë, la sabadilline /la saèatrine, la cevadilline, la vératridine ont été découvertes plus laid dans les extraits de cévadillë. Eu dehors des alcaloïdes ci-dessus, la cévadillë contient aussi de l'acide cévadique <>u sabadillique (Pelletier cl Caventou . cl l'acide vératrigue (Merck .
Los propriétés toxiques de la cévadillë oui été appliquées à la destruction des insectes. Dès le milieu du dix-septième siècle, on employait à cet usage la poudre des Capucins, composée de poudres de cévadillë, tabac et staphisaigre. Ce mélange servait aussi au traitement contre les vers intestinaux. — La cévadillë, poison très actif el médicament dangereux, est aujourd'hui abandonnée, cl ne sert plus guère qu'à la préparation de la vératrine. Les semences contiennent en effet jusqu'à 3 ]>. 100 de cet alcaloïde. 11 y existe aussi mu' forte proportion d'une huile verte.
L'Ellébore noir et d'autres variétés d'ellébore appartenant à la famille des Renoneulacées, n'ont rien de commun avec l'ellébore blanc, ou V. album (Colchicacées), et ne contiennent pas de vératrine. Il y a eu. dans la matière médicale et la thérapeutique, de fréquentes confusions entre ces divers ellébores.
L'ellébore noir est souvent cultivé dans les jardins irose de Noël à cause de ses belles fleurs à grand calice blanc rosé ou verdâtre. On lire des rhizomes d'ellébore des glucosides, l'elléborine et Velléborêine. L'elléborine extraite par Baslick de la racine d'ellébore noir esl uni' substance incolore, cristallisée, très amère. soluble dans l'eau et dans l'alcool, très soluble dans l'éther, dépourvue de réactions caractéristiques. C'est une matière drastique el irritante très énergique: elle agit sur les centres nerveux, provoque de la stupeur et de la narcose : Felléboréine, également très active, est un drastique puissant : injectée sous la peau, elle ralentit les mouvements du cœur, produit des congestions intenses, des tremblements, des convulsions. Elle a aussi une action anesthésianle locale, à la manière de la cocaïne (Venturini el (jasparini. Bull. Thèr.. 1 NN7
On sait que l'ellébore était un médicament très employé dans l'antiquité, notamment contre la folie. 11 servait aussi, d'après la description de Pécholier. à la guérison de toutes les maladies réputées incurables : le traitement par l'ellébore faisait partie d'une médication compliquée, el très souvent le malade succombait au traitement. — Rien n'indique que l'ellébore ait jamais eu la moindre action dans la guérison de la folie.
Action de la vératrine. — D'après Taylor. la vératrine pure sérail lo\ii|iie à la dose de 'i milligrammes: on doii croire que cette limite est certainement trop basse, car on a pu souvent administrer la vératrine connue médicament, à des doses plus élevées, en ayanl soin toutefois de
fractionner ces doses. Dix milligrammes en une journée, el en plusieurs lois, peuvent être facilement supportés. La vératrine est, en toul cas, l'un des plus violents poisons qui existent. La poudre de ce vadille amène, dit-on, des accidents graves, à La dose de M) centigrammes. Helmol cite un cas de morl à la suite de l'ingestion de 1^,218 de celle poudre.
On ne connaît guère d'empoisonnements criminels pur la vératrine*. De nombreuses intoxications accidentelles ont été causées par la poudre d'ellébore blanc, ou de cévadille, ou par les teintures alcooliques. Lu poudre d'ellébore blanc a été quelquefois confondue avec le [>< >i \ re.
Les effets de la vératrine sont des plu-, remarquables. Appliquée sur la peau, elle détermine, au bout de quelques minutes, de la chaleur el du picotement; par une action prolongée on voit apparaître des vésicules; elle irrite très vivemenl les muqueuses. L'introduction dans Les fosses nasales de très minimes parcelles de vératrine amène des étemûments très violent-; on observe souvent cet effet dans les Laboratoires Lorsqu'on manie la vératrine en poudre.
Absorbée par la voie stomacale, La vératrine produit des nausées, des vomissements, une diarrhée intense et douloureuse. Les vomissements et la diarrhée apparaissent également quand le poison est administré par injection hypodermique. La faiblesse esL extrême, la circulation est ralentie, Les contractions cardiaques sont irrégulières : il y a parfois des convulsions. Le cœur .-.'arrête en général avant la respiration. La mort survient assez rapidement, en dix à douze heures, par exemple.
Lorsqu'on excite électriquement le ihtï sciatique d'une grenouille soumise à l'action de la vératrine, le muscle se contracte normalement, mais La contraction, au lieu de cesser brusquement, comme chez l'animal non vératrinisé, ne disparaît que graduellement : le muscle ne revient à sa position primitive qu'après un intervalle de quelques secondes. Cette propriété très intéressante est mise à profit, comme nous Le verrons, dans la recherche de la vératrine en toxicologie.
Lésions. — Les lésions produites par la vératrine, analogues à celles que Laisse la eolchicine, sont peu caractéristiques; Les muqueuses stomacale et intestinale sont fortement hypérémiées; d'autres organes, cerveau, poumons, reins, présentent aussi des signes d'hypérémie.
On recherchera la vératrine dans l'estomac, dan- le commencement de l'intestin grêle, dans les vomissements, dans le sang, et surtout dans l'urine (par laquelle L'élimination se fait 1res rapidement .
1 D'après des saisies Faites dans des perquisitions en ces dernières années, il esl probable que des anarchistes onl ra le dessein d'utiliser les propriétés toxiques de la vératrine : je ne ciois pas que lessein ail été jamais exécuté.
VERATRINE 04 i
Propriétés. — La vératriiie est blanche, difficilement cristallisable un prismes. Elle rst fusible1, et se transforme eu une masse d'aspect résineux. Elle se dissout dans environ 100 p. d'eau, dans 3 |>. d'alcool, dans 2 p. de chloroforme ; elle est soluble aussi dans l'alcool amylique , la benzine, l'éther, peu soluble dans le pétrole. Les acides s'unissent à la vératrine pour tonner des sels qui sont solubles, et difficilement cristaUisables ; les plus connus sont le chlorhydrate et le sulfate acide, CJ7Hs:îAzO".H-SOv + uH-O; ce dernier cristallise en aiguilles fines, qui, lorsqu'on les dessèche, se transforment en une masse cornée. Les solutions des sels de vératrine traitées par la potasse, la soude ou les carbonates alcalins, donnent un précipité d'alcaloïde, qui d'abord amorphe devient à la longue cristallin. Ce précipité est soluble dans un excès d'alcali.
Extraction. — L'extraction de la vératrine dans les viscères, par la méthode de Stas-Otto, n'offre pas de difficultés spéciales. — Dans la méthode de Dragendorff, l'alcaloïde est séparé par l'éther de pétrole (épuisement en solution alcaline); niais l'élimination complète parce dissolvant ne se fait que difficilement ; aussi trouve-t-on encore la vératrine dans les résidus de l'épuisement suivant par la benzine. — Il est à craindre aussi, dans cette méthode, que de faibles quantités de vératrine soient enlevées lors de l'épuisement par la benzine en solution acide. — Pour une recherche spéciale de vératrine, la meilleure marche à suivre serait de purifier les extraits acides par épuisement au pétrole léger ; puis d'alcaliniser et d'isoler l'alcaloïde par épuisement avec le chloroforme. Les résidus seront presque toujours amorphes et faiblement colorés.
Réactions. — L'acide phosphomolybdique, le réactif de llayer, l'iodure de potassium ioduré précipitent les solutions de vératrine au 1 5000 ; le
tanin est également très sensible. Les solutions au 1/1000 sont précipitées par le chlorure d'or, par l'acide picrique; les autres réactifs généraux, bichromate, sublimé', etc., sont moins sensibles. Le ferricyanure de potassium ne précipite pas.
La vératrine possède quelques bonnes réactions spéciales : L'acide sulfurique concentré la dissout en jaune citron très intense; après cinq minutes environ, la teinte passe à l'orangé, puis au rouge; cette dernière teinte persiste longtemps.
Avec le réactif a '. Erdmann, la coloration obtenue est analogue : d'abord jaune, puis rouge brique ; par addition de deux ou trois gouttes d'eau, la teinte passe au rouge sang et au rouffe cerise.
' Los chiffres les plus divers oui été indiqués pour le point île fusion ; je relève dans divers auteurs les nombres suivants : — U°, + 115°, + 140°, -f 130°, + 180°.
6i2 Tli A ITE DE CIIIMIK Ti>\ I CO l.i m, | ni E
niiii' pur
Le réactif de Frôhde agit à peu près comme l'acide sulfurù coloration jaune passant peu à peu au rouge intense.
L'eau bromée colore la vératiiae en rouge.
Chauffée avec de Vacille chlorhydrique concentré, la vératrine se colore en rouge; d'après Masing, la coloration est encore visible avec un liquide renfermant 0,00017 d'alcaloïde; elle persiste longtemps. Pour faire cette réaction, on dissout la matière dans 2 ou 3 centimètres cubes d'acide chlorhydrique, on introduit la solution dans un tube bouché et on chauffe à l'ébullition pendant une ou deux minutes.
L;i réaction de Weppen consiste à traiter la vératrine par un peu de sucre en poudre el à ajouter de l'acide sulfuriquc concentré; il se fait d'abord une coloration jaune , qui peu de temps après devient verl émeraude, puis bleue, puis violet sale : c'esl une très bonne réaction; mais il n'esl pas toujours facile d'éviter la carbonisation du sucre, qui donne une teinte brune el empêche de voir nettement les autres teintes. La jervine extraite du l'. viride et du V. album donne la même réaction, mais non la sabatrine, ni la sabadiUine.
L1 'expérimentation physiologique apporte, dans la recherche de la véra-
Fig. 70.
trine, une confirmation importante aux résultats de l'examen chimique. L;i grenouille est fort sensible à l'action de cet alcaloïde : on dispose l'animal comme il est dit page 536, en vue d'enregistrer les contractions du muscle gastro-cnémien : on injecte sons la peau une trace d'un sel de vératrine. Sous l'influence d'une excitation électrique, le muscle se contracte, puis revient à sa position primitive. Chez l'animal vératinisé, la contraction cesse lentement, c'est-à-dire que l'extrémité du muscle ne revient que peu à peu à sa position primitive; le tracé li°,'. 70 montre nettement cette différence essentielle. Les excitations électriques ne doivent pas être trop intenses, ni trop rapprochées; et la vératrine ne doil être injectée que par très petites quantités à la fois. — Pour une même excitation électrique la contraction du muscle vératrinisé est plus forte que celle du muscle normal. — A des doses très élevées, la vératrine amène chez les gre- '• mille- des coin ulsions tétaniques.
ALCALOÏDES DES VERATRUMS 043
Jervine et autres alcaloïdes voisins.- — Le veratrum album contient environ 1,3 |>. Kmmi d'un alcaloïde qui a été nommé jervine. C'est un corps cristallisante, fusible à -f- 230-235°, soluble dans l'alcool, très peu soluble dans l'eau, dans l'éther, l'éther de pétrole, la benzine. L'acide sulfurique le colore en jaune, puis la teinte passe au vert clair. Avec l'acide chlorhydrique il ne produit pas de coloration rouge; le chlorhydrate de jerviûe dissous[dans l'acide azotique concentré donne une légère teinte rose fugace.
Les sels de jervine sont très peu solubles; le sulfate, d'après Bulïoch, se dissout dans Vl~ p. d'eau. Une solution d'acétate de jervine précipite par l'acide sulfurique étendu.
La rubijervine et la pseudojervine ont des propriétés très voisines de celles de la jervine. La vératralbine est une substance incristallisable el fort peu connue, extrait du Y. album.
Des rhizomes de Vellébore blanc, Salzberger Arch. d. Pharm. (3), t. XXVIII, p. 462 aextrait, outre la jervine, la rubijervine et la pseudojervine, deux alcaloïdes dénommés protovératrine el protovératridine. La protovératrine, C32HslAzOu, est cristallisable, insoluble dans l'eau, peu >oluble dans l'éther, as-,ez soluble dans l'alcool et le chloroforme, fusible à-)- 24o°-2o0°. Lu injection hypodermique elle tue un lapin à la dose de u-'.iiiiii.j. Avec l'acide sulfurique elle fournit uni' coloration verdâtre, passant au bleu, puis au violet : à chaud, coloration rouge cerise. Avec le sucreel l'acide sulfurique, coloration verdâtre.
La sabadilline. extraite du 1". sabadilla. est un alcaloïde cristallisable, presque insoluble dans l'éther, soluble dans l'alcool, dans l'eau, dan-, la benzine. Son action physiologique esl fort différente de celle de la vératrine; elle est peu toxique, el n'a point de propriétés sternutatoires ni vomitives; elle accélère les battements du cœur ; de très fortes doses II ?r. 1 pour une grenouille' amènent la paralysie et la mort.
Les solutions aqueuses de sabadilline ne sont pas précipitées par l'ammoniaque. Les solutions même assez concentrées au 1 150) ne sont pas précipitées par le bichromate, le sulfocyanure, le ferroeyanure, l'iodure de potassium, le chlorure de platine, l'acide picrique (distinction avec la vératrine . Les autres réactifs généraux, iodure de potassium ioduré, iodure de mercure et de potassium, acide phosphomolybdique, acide phosphotungstique, tanin, agissent sur la sabadilline à peu près comme sur la vératrine. Uacide sulfurique la colore en rouge. Le mélange (Vacide sulfurique etde sucre produit une coloration brune, puis rouge, puis rouge violacé ; il n'y a pas de teinte verte comme avec la vératrine. Ueau de chlore, qui colore en jaune la vératrine, ne colore pas la sabadilline.
La sabatrine a des réactions chimiques et des propriétés physiologiques presque semblables à celles de la sabadilline.
ou
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La véralroïdine se rapproche beaucoup de la véralrine par son action physiologique ; elle esl soluble dans l'eau, trèssoluble dans l'alcool, l'éther, le chloroforme, peu soluble dans la benzine, très peu soluble dans le pétrole léger. Avec l'acide sulfurique, elle donne la même réaction que la vératrine ; l'acide chlorhvdrique à froid la dissout et la colore en rouge pâle; la chaleur fait disparaître la coloration. Le mélange d'acide sulfurique et de sucre agit sur elle corn sur la sabadilline.
Uimpërialine esl un alcaloïde toxique extrait <!<■> bulbes de coronaria imperialis, et dont les propriétés se rapprochent un peu de celles de la vératrine. Sun pouvoir rotatoire esl a u = 35°, 4. Avec l'acide sulfurique, elle donne une coloration jaune clair; avec le mélange d'acide sulfurique cl de sucre, une coloration jaune-vert, passant au brun, au rose, au violet; avec le nitrate de potasse et l'acide sulfurique, coloration orangé 'Fragner, Deul. Chem. Ges., t. XXI. p. 3284 ).