CHAPITRE VII
ALCALOÏDES DES LEGUMINEUSES ET DES MENISPERMEES
FF. VF. 1>F. C. Al. AI! Alt. ESERINE OU P H Y S (I S Tl G M I N F, ETC.
Le physostigma venenosum (fîg. 70 . dont la semence porte le nom de Eève de Calabar (fig. 72), est une papilionacée qui croît au Gabon, en Guinée el sur divers autres points de la côte occidentale d'Afrique. Les
Fifj. 71. — Physostirjma venenosum.
gousses de cet arbre, longues de 15 centimètres, contiennent des fèves brunes, de 2 centimètres de longueur environ.
Il existe dansées fèves un principe actif, découvert par Hesse et Jobst, et étudié à l'état de pureté par Vée, Leven,etc, plus récemment par Petit
I i; \ ITÉ DE CHIMIE fOXK OLOGIQUE
el Polonowski; ce principe, désigné d'abord sous le idephysostigmine,
est maintenanl appelé le plus souvenl ésérine du mol éséré, par lequel on désigne, au Calabar, le physostigma venenosum .
Fig. 1-. — Fève Je Calabar.
La fève du physostigma es! employée au Calabar comme poison d'épreuve; la dose toxique, pour la fève elle-même, n'esl pas bien connue'; mi dit que l'on faitSavaler aux patients de 25 à 30 fèves, soil telles quelles, soil sous forme d'infusion. La mbrl survienl assez vite, d'ordinaire en moins d'une heure; il semble que l'ingestion d'un petii nombre de fèves fr-l plus dangereuse que celle d'une quantité considérable, le poison étant, dans le second cas, plus rapidement éliminé par les vomissements. Du cite des cas où une demi-fève aurait suffi pour amener la mort.
En Europe, les empoisonnements, par la fève de Calabar ou ses alcaloïdes sont rares: on cite un cas suivi de mort, par absorption d'ésérine à la suite d'une erreur Barnack el Witlkowski. Archiv f- expèrim. Path., ISTii. p. 4i » l Une observation célèbre est l'accident qui frappa soixante enfants à Li verpool : des fèves de Calabar. déebargées d'un navire el abandonnées sur un quai, fuient mangées par ces enfants: un seul mourut, mais tous présentèrent des accidents graves '.
Les accidents consistent surtoul en vomissements el diarrhée, paralysie, petitesse du pouls, collapsus; la mort survient sans douleurs apparentes. L'autopsie ne révèle pas de lésions saillantes.
Un caractère important du principe actif de la fève du Calabar esl >a propriété de contracter la pupille; la contraction n'esl pas constante quand l'ésérine a été administrée par voie stomacale; elle esl de règle au contraire lorsqu'on l'emploie en instillation dans l'œil. Cette propriété de l'ésérine csl fréquemment utilisée en ophtalmologie.
' Médical Times. I8(ii.
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."« milligrammes d'ésérine paraissent constituer une dose dangereuse.
Ce poison est éliminé assez rapidement par l'urine; c'esl surtout sur ce liquide que devront porter les recherches dans une étude d'empoisonnement. L'ésérine passe aussi dans la salive, et c'est pour cette cause qu'on la retrouve assez longtemps dans le tube digestif, même lorsque l'absorption a eu lieu par la voie hypodermique.
Elle semble ne pas résister longtemps à la dé« position.
Propriétés. — L'ésérine a pour formule C'WAz'O*. On l'obtient cristallisée en grands prismes aplatis et transparents, par l'évaporation des solutions benzéniques. Sun pouvoir rotatoire en solution chloroformique est — H2°. en solution alcoolique — 89°, en solution benzénique — 120°. Elle fond à — I0o° Petit et Polonovsky, Bull. Soc. Chim. 3 . t. IX. p. 1008. C'est une base énergique, peu soluble dans l'eau, facilement soluble dans l'alcool, l'éther, la benzine, le chloroforme, l'alcool amylique. Elle se <li — .i -ut bien dans les acides étendu-, et aussi dans les solutions alcalines ; ces solutions d'abord incolores rougissent à la longue; la couleur rouge disparait par addition d'hydrogène sulfuré, d'acide sulfureux, d'hyposulfite de soude. Dissoute' dans l'acide acétique ('tendu, l'ésérine se précipite en gouttelettes huileuses lorsqu'on neutralise la solution par le bicarbonate de sodium.
L'extraction de l'ésérine ne présente pasde difficultés spéciales dans la méthode de Stas-Otto, non plus que dans celle de Dragendorff; dans ce dernier procédé, elle est enlevée par la benzine en solution alcaline.
Bradions. — Parmi les réactifs généraux l'iodure de potassium induré précipite les solutions au 1 23000 : 1 acide phosphomolybdique, l'iodure de potassium et de bismuth sont également 1res sensibles : l'iodure de-mercure et de potassium l'est moins précipité dans les solutions au 1 5000 . Le chlorure d'or donne un précipité, facilement réductible, dans les solutions au 1 2000 ; le chlorure de platine ne précipite pas les solutions même assez concentrées : il en est de même pour l'acide picrique. Avec le bichlorure de mercure, on obtient dans les solutions au 1 2-'JU un précipité qui rougit spontanément. L'eau bromée précipite les solutions même très étendues.
h'acii/f sulfurique concentré colore 1 ésérine en jaune; la couleur passe très lentement au rouge vingt-quatre ou trente-six heures . Cette réaction est assez sensible : maison ne l'obtient pas toujours avec certains échantillons d'ésérine «lu commerce : 1 ésérine cristallisée est teintée en brun rougeâtre pâle par l'acide sulfurique.
Lue solution d'ésérine dans 1 acide sulfurique étendu, neutralisée par l'ammoniaque, puis chauffée au bain-marie, devient successivement rou-
i-,is TUA lï É DE CHIMIE TOX ICOLOG [QUE
geàtre, jaune, verte, bleue (Petti). Cette réaction paraît s'appliquer plutôt au mélange d'alcaloïdes extraits de la fè"\ e de Calabar qu'à l'ésérine elle-même.
D'après Vée, l'ésérine libre ou ses sels se colorent en rouge pur l action de l'air ou par addition d'une petite quantité de potasse ou de chaux ; la teinte rouge passe au jaune, puis au vert, puis nu bleu ; en épuisant avec le chloroforme, on enlève la matière colorante formée ; ce qui ne se produirait pas avec l'éther. — • Cette réaction, d'après Vée, sérail sensible encore dansdes solutions au I 100000.
L'eau de chlore fait passer au rouge les solutions jaunes d'ésérine dans l'acide sulfurique ; même résultat par addition d eau bromée. Chauffée au bain-marie avec de l'eau de chlore, jusqu'à disparition de celle-ci, l'ésérine laisse un résidu rouge qui est soluble dans l'alcool.
Ferreira da Silva a indiqué la réaction suivante [liu/l. Soc. Chim. (3), t. IX, p. T.'ilVi : on dissout l'ésérine dans l'acide nitrique fumanl ; la solution jaune clair est évaporée à siccité el laisse un résidu jaune foncé qui passe au vert pur très peu de temps après la dessiccation complète. La matière verte est soluble dans l'eau ; elle offre au spectroscope deux bandes d'absorption, l'une dan- le rouge (X, (i70-(>88), l'autre plus large et moins nette dans l'indigo violet (À, 400-418).
Dans une recherche d'ésérine, l'expérimentation physiologique, contraction de la pupille par dépôt de l'alcaloïde sur l'œil d'un animal, donnerait des indications utiles. Il tant se rappeler que d'autres alcaloïdes produisent cel ell'el . notamment la muscarine.
Les propriétés que nous axons indiquées pour l'ésérine ne sont pas constantes ; il arrive souvent qu'on opère i sur l'ésérine pure, mais plutôt sur
un mélange d'alcaloïdes extrait de la fève de Calabar, c'est-à-dire contenant de la calabarine et aussi des produits de décomposition ; car la préparation de l'ésérine n'est pas très aisée, en raison de l'altérabilité des solutions sous diverses influences, et notamment parla lumière.
Calabarine. — La calabarine, qui existe à côté de l'alcaloïde précédent dans les semences du physostigma venenosum, est encore peu connue. Elle diffère de l'ésérine par son insolubilité dans l'éther; elle ne contracte pas la pupille. Elle produit des convulsions tétanique- chez les animaux à sang froid.