MARCHE A SUIVRE DANS L'EXPERTISE CHIMIQUE
L'expert doit, avant de commencer aucune expérience, avani même de |)i ist -t- les scellés, étudier l'affaire qui lui est confiée, et demander au t n ; •— oristral instructeur la communication de toutes pièces du dossier, de tous renseignements pouvanl l'éclairer sur la nature du poison à chercher. En France ces renseignements nous sont toujours très libéralement fournis. Si l'on s'étonne qu'un chimiste expert ait besoin d'être ainsi f^" u i< l » '■ dans smi travail, je répondrai que la tâche à remplir est déjà bien assez difficile, dans la plupart des cas. et qu'il faut ne négliger aucun moyen de la rendre plus aisée : ceci, non pas seulement pour éviter au chimiste un labeur inutile, mais encore dans l'intérêt même de la justice; en effet, le nombre des substances toxiques est considérable, et nous ne pouvons pas les rechercher toutes ; pour ma part, j'estime cjue, par exemple dans la recherche des alcaloïdes, l'experl a remplisa tâche lorsqu'il à cherché à reconnaître et à caractériser douze ou quinze alcaloïdes choisis parmi les ]>lus importants : un tel travail n'est déjà point aisé quand on opère sur des résidus qui souvent ne pèsent qu'une fraction de milligramme. Lors donc qui! s'a^il de retrouver un poison rare, dont la présence parait probable, d'après certaines pièces du dossier, il est absolument nécessaire que l'expert soit mis au courant des présomptions acquises par l'instruction et <|u il dirige ses travaux en conséquence; sans quoi il risquera très souvent de laisser échapper le poison qu'il doit retrouver.
Ces renseignements fournis par l'instruction sont de plusieurs sortes : résout par exemple le rapport d'autopsie, ou, si ce rapport n'est pas encore rédigé, des indications données par le médecin légiste sur les lésions obsen ées ; ce sont les rapports des médecins ayant soigné la \ ictime ; des ordonnances de pharmacien, etc. ; ce sonl encore et surtout des dépositiôns de témoins qui, même lorsqu'elles émanent de gens illettrés et 1res ignorants des choses médicales, oui cependant parfois uni' précision très importante. La strychnine parexemple, qui est un poison fréquemment
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employé, détermine des symptômes si saisissants qu'il est bien rare qu'on ne puisse, parla simple lecture des dépositions de témoins ayant approché la victime, deviner de quelle intoxication il s'agil '.
D'autre part, il esl bien évident que ces renseignements puisés dans le dossier ne sont que des renseignements, qu'il faut les prendre pour ce qu'ils valent, et que le rôle de l'expert ne se borne pas à la vérification d'hypothèses plus ou moins vraisemblables.
Nous supposerons maintenant — c'est le eus le plus fréquent — qu'aucune indication sérieuse n'a été fournie au chimiste, et nous examinerons les opérations préliminaires et la marche générale à suivre pour la recherche d'un poison quelconque.
Opérations préliminaires'. — Ces opérations préliminaires peuvent avoir été déjà pratiquées pendant l'autopsie : ce sont suit des observations organoleptiques, suit des essais chimiques très sommaires, n'entraînant à aucune manipulation compliquée, et n'exigeant pas l'emploi de réactifs capables de modifier les viscères qui doivent être soumis ultérieurement à une analyse complète. Ainsi :
L'odeur fera soupçonner la présence de plusieurs puisons, par exemple le phosphore, l'acide cyanhydrique, l'acide phénique, les essences, le laudanum, le chloroforme, etc. ;
La couleur des muqueuses de la bouche, de l'œsophage, de l'estomac indiquera les empoisonnements par les acides concentrés, l'acide nitrique en particulier, les alcalis, le laudanum, etc., etc.;
L'emploi de papiers réactifs divers fournit quelques indications utiles : outre les papiers destinés à constater l'acidité ou l'alcalinité des matières tournesol , on peut rechercher le phosphore, en suspendant dans l'atmosphère du bocal qui renferme les matières suspectes, un papier imprégné de nitrate d'argent qui noircit parles vapeurs de phosphore voir p. 132 les conditions dans lesquelles celte réaction offre quelque valeur) ; l'acide evanhydrique produit le bleuissement de papiers trempés dans le sulfate de cuivre et la teinture de gaïac (p. 138).
Division des viscères. — Comment convient-il de diviser les matériaux soumis ;'i l'analyse, c'est-à-dire quelle portion des viscères doit^on consacrer aux diverses opérations de l'expertise? Les auteurs donnent à ce sujet
1 Rappellerai-je que <lans l'affaire Druaux l.i seule lecture d'un dossier, il esl vrai très volumineux, nous a permis d'affirmei que deux individus morts six ans auparavant avaient succombé à une asphyxie par l'oxyde il'' carbone, ri ,1c conbùbuer ainsi ;i la réparation d'une grave erreur judiciaire (Brouardcl, Ogier ri Descoust. .!/<». d'hyg. I. XXXI, p. 376 .
des conseils assez différents. Il faul dabord se rappeler qu'une partie des matériaux doit être réservée pour une contre-expertise possible; mais je ne pense pas qu'il soit nécessaire de consacrer autant de matières à La seconde expertise qu'à la première : la tâche des seconds experts esl d'ordinaire iilti—- facile et plus limitée : ils n ont souvent qu'à \ érifier les assertions du premier rapport; leur travail comporte moins d'imprévu, moins de tâtonnements. Il me semble donc qu'on peut se contenter de réserver le tiers, ou au moins le quart, des viscères, en vue de cette seconde expertise
|IM^i|lIl'.
La subdivision recommandée par Dragendorff paraît un peu compliquée; il conseille d'employer les proportions suivantes des organes:
I Pour la recherche des poisons volatils neutres alcool, chloroforme, nitrobenzine, huiles essentielles, etc. . iode, chlore, combinaisons evaniques et phosphore.
a. Un cinquième de l'estomac et de son contenu, des matières vomies et des restes d'aliments.
b. Un quart de l'intestin et de son contenu.
c. Un cinquième du foie, de la rate, «lu cerveau, etc. <l . I n cinquième du sang et de l'urine.
2° Pour la recherche des alcaloïdes, de l 'ammoniaque et de ses dérivés aniline, etc. . des glucosides, de lacantharidine, de lapicrotoxine.
a. I ii cinquième de l'estomac et de son contenu, des matières vomies et des restes d'aliments.
b. In quart de l'intestin et de son contenu.
c. Un cinquième du foie, de la rate, du cerveau, etc.
d. Un cinquième « lu sang et de l'urine.
\\° Pour la recherche des poisons métalliques et des alcalis fixes.
a . l 'n cinquième de l'estomac et de son contenu, des matières \ omies et des restes d'aliments.
b. lu quart de l'intestin et de son contenu.
c. Un tiers du foie, de la rate, du pancréas, ainsi que du cerveau, des poumons, des reins, des muscles, etc.
(/. Un tiers du sang et de l'urine.
4° Pour les acides fortement caustiques ou toxiques lorsque l'essai préliminaire en fait supposer la présence .
a. Un cinquième de l'estomac, de son contenu, des matières vomies et des restes d'aliments.
b. Un huitième de l'intestin et de son contenu.
c. I 'm cinquième du foie, de la rate, etc. (/. Un cinquième du sang et de l'urine.
Un remarquera que cette subdh ision ne laisse >[i\r pou de matériaux pour