QUININE
L;i cinchonine esl encore moins toxique que la quinine; elle agil de manière analogue. Su diffusion, son élimination se fonl à peu près comme celles de la quinine ; on la retrouve en abondance dans l'urine ; une faible quantité seulemenl esl éliminée par l'intestin.
La cinckonamine, retirée par Arnaud des écorces du Remigia purdiana, est un alcaloïde beaucoup plus toxique que la quinine el les bases du même groupe. Une dose de 2'\ centigrammes donnée à un chien par voie stomacale, produit îles convulsions tétaniformes. Les battements du cœur sont affaiblis et ralentis. L'arrêt du cœur se constate facilement sur la grenouille. Le sulfate de cinchonamine est au moins six fois plus toxique que les sulfates de quinine ou de cinchonine.
Quinine. — La quinine, C20H2'Az2O2, obtenue par précipitation, est une masse amorphe, blanche, constituant un hydrate de quinine ; elle peut cristalliser en belles aiguilles par évaporalion lente de la solution alcoolique de l'hydrate. La quinine a une saveur amère, se dissout très faiblement dans l'eau froide et un peu plus dans l'eau bouillante. Les chiffres les plus variés oui été indiqués pour cette solubilité.) L'alcool absolu cl l'alcool concentré la dissolvent facilement ; elle est très soluble dans la benzine, dans le chloroforme i 53 p. 100) et dans Fefhër (4,8 p. 100). Les solutions de quinine possèdent une belle fluorescence bleue, qui est un caractère important : la fluorescence est encore visible dans une solution de sulfate île quinine au 1/100000. — La quinine fond lorsqu'on la chauffe avec précaution ; elle ne sublime pas. Elle possède le pouvoir rotatoire à gauche : [a]D= — li.'i" (sol. alcool).
Le sulfate de quinine, le plus important de tous les sels, esl un sulfate basique, C20H24Az2O2)2H2SO4 + 7 H20 ; cristallise en belles aiguillesprismatiques. 11 est efflorescent, peu soluble dans l'eau froide, très soluble dans l'eau chaude, assez soluble dans l'alcool, etc.
La séparation de la quinine dans les viscères n'offre pas de difficultés parles méthodes ordinaires. Le chloroforme sérail un bon dissolvant dan-, une recherche spéciale.
Réactions. — L'iodure de mercure el de potassium, l'iodure de potassium ioduré, l'acide phosphomolybdique, l'acide phospholungstique, l'acide picrique, précipitent les solutions même très ('•tendues des sels de quinine. Parmi les réactions spéciales, il faut citer les suivante-; :
Lorsqu'on ajoute à une solution d'un sel de quinine un petit excès A" eau de chlore, puis de l'ammoniaque, il se fait une coloration verte. La réaction n'est pas extrêmement sensible, mais assez caractéristique; Si l'on neutralise le mélange alcalin par un peu d'acide ehlorhydrique, la colora-
tion devient bleue, puis violette, puis rouge. L'addition d'ammoniaque fait reparaître la couleur bleue. ■ — La même réaction a lieu si l'on remplace l'eau de chlore par l'eau de brome.
Lorsqu'on ajoute un peu de ferrocyanure de potassium à la solution de sel de quinine additionnée d'eau de chlore, il se produit une coloration rouge.
La quinine réduit V acide indique; l'iode mis en liberté peut être caractérisé par les procédés habituels: coloration bleue de l'eau amidonnée, dissolution violette dans le chloroforme.
Une solution alcoolique de sulfate de quinine, légèrement chauffée, à laquelle on ajoute un peu de teinture d'iode, jusqu'à ce que le précipité formé ne se redissolve plus, donne par refroidissement un précipité de sulfate d'iodoquinine, qui est en cristaux mordorés verts, peu solubles. Os cristaux portentle i iïhérapathile.
Quinidine. — La quinidine a les principaux caractères de la quinine, dont elle est l'isomère. Elle est fluorescente, elle a une saveur amère, elle fond à -f- 205° ; elle est peu soluble dans l'eau et cristallise facilement par l'évaporation de ses solutions alcooliques ou éthérées. Comme la quinine, elle se colore en vert par addition d'eau de chlore, puis d'ammoniaque; en rouge par addition d'eau de chlore, d'ammoniaque et de ferrocyaure ; celte dernière réaction est même plus sensible qu'avec la quinine. Une solution chloroformique de quinidine, agitée avec de Veau de chlore, se colore en rouge violacé. Si l'on ajoute de l'ammoniaque, la couleur devient verte ; celle réaction se produit aussi, mais moins bien, avec la quinine.
Le sel de Seigneltc, qui précipite les solutions de sels de quinine et de cinclionidiue, ne précipite pas celles de quinidine.
Cinchonine. — La cinchonine, G,9H22Az20, cristallise facilemenl de ses solutions alcooliques. Elle fond à -f- 1S0°, se sublime vers -f- 220". Elle esl dextrogyre, très peu soluble dans l'eau (une partie dans :î 800 d'eau froide, dans 2 500 d'eau bouillante . 1res peu soluble dans l'alcool froid (moins de 1 ]>. 100). Elle se dissout aussi très mal dans l'éther, dans le chloroforme, dans le pétrole léger. La benzine la dissout assez bien à chaud.
Ses solutions salines ne sont pas fluorescentes .
Elle se distingue assez facilement de la quinine et de la quinidine par le caractère suivant :
Traitée par Veau de chlore et V ammoniaque, la solution d'un sel de cinchonine fournit un précipité blanc, mais il n'y a pas de coloration verte. L'eau de chlore, L'ammoniaque et le ferrocyanure ne donnent pas de coloration rouge.
Chauffée avec une solution de sùèliméÇla cinchonine se colore en rou Elle réduit l'acide périodique.
Parmi diverses réactions microchimiques propres à distinguer les alcaloïdes du quinquina, Stoddart et Schrage ont signé la suivante : sur une laine porte-objet, on dépose une goutte de la solution concentrée du sel à examiner ; puis on y ajoute une goutte d'une solution concentrée de sulfocyanure de potassium ; on abandonne la préparation sous le couvre-objet pendant une demi-heure : les sels de cinchonine se groupent en aiguilles cristallines disposées en éventail, les sels de quinine en étoiles formées de cristaux aiguillés, les sels de quinidine en gouttelettes huileuses qui se solidifient lentement.
Cinchonamine, C'9H2tAz20. — Nous avons indiqué déjà les propriétés
toxiques assez puissantes de cet alcaloïde : c'est une substance un peu amère, bien cristallisée, fusible à -f- 195°, soluble dans l'alcool et l'éther, non fluorescente; l'insolubilité presque complète de son azotate est son caractère le plus marquant. Padé et Arnaud ont utilisé celle propriété pour la recherche cl le dosage de l'acide azotique (v. j). 401).
Nous passerons sous silence l'étude des nombreux autres alcaloïdes extraits des quinquinas, dont l'importance en toxicologie est minime.
c 0CAÏN I-.
La cocaïne a été retirée par Niemann de-, feuilles de 1 Erijtliroxylon coca, qui contiennent encore un autre alcaloïde, Vhygrine. VE. coca est un arbrisseau de la famille des Linacées, qui croît au Pérou : les Indiens l'ont une grande consommation de ses feuilles, qu'ils mâchent en les mélangeant avec un produit alcalin nommé Elipla, fourni par la carbonisation de certaines piaules : l'usage des feuilles de coca aurait pour effet d'augmenter 1rs forces i't de supprimer ou de diminuer la faim. Cependant les expériences des physiologistes sur la coca et la cocaïne montrent qu'il ne faut pas considérer la coca comme un aliment d'épargne, mais plutôt comme un agent désassimilateur.
Le principe actif de la coca, la cocaïne, exerce une action anesthésique locale ipie l'on utilise aujourd'hui 1res souvent, surtout dans la chirurgie dentaire et en oculistique. Des accidents 1res fréquents, quelquefois mortels, ont élé causés par l'emploi chirurgical de la cocaïne. Quelques empoisonnements ont eu lieu aussi par suite d'erreurs dans des préparations pharmaceutiques à base de cocaïne.
Les effets de la cocaïne sont des plus intéressants : si l'on dépose sur la lèvre une goutte d'une solution de chlorhydrate de cocaïne, on perçoit
i-.i'.s TRAITÉ DE CHIMIE TOXICOLOGIQUE
immédiatemenl une sensation <l engourdissement, d insensibilité très manifeste : les diverses muqueuses, celles des lusses nasales spécialement, subissenl au»! celle action aneslhésique locale, qui d'ailleurs esl passagère el ne dureque quelques minutes : l'organisme s'habitue promptement à ces effets. L'injection hypodermique de '2 ou 3 centigrammes ne produil pas en général d'action toxique appréciable; il y a cependant des exceptions ; on a cité par exemple un cas de morl chez une femme à la suite de l'injection de l centigrammes dans la paupière. Les symptômes consécutifs à l'injection de doses plus élevées sont La pâleur, la sensation de froid au visage ; la vue esl affaiblie, le pouls esl rapide; il y a parfois îles convulsions cloniques ei des syncopes. Le plus souvent les accidents, quoique graves, disparaissenl rapidement. La dose mortelle parait Tort variable avec les individus ; nous connaissons des cas de guérison après 1 ingestion de I gramme de chlorhydrate de cocaïne ; mais d'assez nombreux exemples prouvent que des doses moindres peuvent entraîner la mort.
L'abus de la cocaïne conduit à une intoxication chronique, comparable an mbrphinisme.
Les propriétés anesthésiques de la cocaïne ne se retrouvent pas dans ses produits de dédoublement : Vecgronine, la benzoylecgonine, la mélhylecgonine : ers corps sont peu toxiques, environ vingt fois moins que la cocaïne. (Filehne Erlich. Hull. Soc. Chim. >'■*> , t. XI Y, p. 'Ml.)
Propriétés. — La cocaïne, C17HîlAzO* + IPO, cristallise en prismes rhomboïdaux obliques, fusibles à -j- 98°, solubles dans 704 parties d'eau, à froid. Elle esl assez soluble dans l'alcool et dans l'éther ; sa réaction alcaline est bien marquée. Elle peut être sublimée, mais non sans décomposition partielle.
Le plus important des sels esl le chlorhydrate, substance bien cristallisée, soluble dans l'eau : c'est le chlorhydrate de cocaïne qui est presque exclusivement employé en médecine.
La cocaïne a été reproduite par synthèse partielle, au moyen de Vecgonine1.
L'extraction de la cocaïne dans les viscères esl facile : dans la méthode de Dragendorff, elle est isolée par le pétrole léger, en solution alcaline.
' L'ecgoninc est une base dérivée de la cocaïne par hydratation. — Le chlorhydrate de l'éther méthylique de l'ecgonine, chauffé avec le chlorure de benzoïle, fournit de l'acide chlorhydrique, de l'acide benzoïqu ■ el de la cocaïne, identique à l'alcaloïde naturel (Einhornet Kl sin, Deut.Chem. Ges., XXI. p. :S33o| . — Lr> lia m'.- accessoires de la c ica(hygrine)
dédoublent par ébullition avec l'acide chlorhydrique en un mélange d'acides, et en eegoni-ne : celle-ci transformée en benzoylecgonine, |>uî- chauffée avec de la potasse el de l'iodure de méthyle, fournil la cocaïne (Lieberminn el Giesel, l'eut. Chem. lien., t. XXI. p. 319G).