‹ Traité de chimie toxicologiqueChapitre 134 sur 185 · ERGOT DE SEIGLE. ERGOTINE · texte numérisé non relu

ERGOT DE SEIGLE. ERGOTINE

h'ergot du seigle résulte du développement d'un champignon ascomycète, le claviceps purpurea, dont le mycélium, croissant à la place du grain de seigle, forme de petites masses allongées, un peu recourbées, dures, d'un brun violacé , longues de 2 ou 3 centimètres de longueur. L'ergot croît encore, mais plus rarement, sur le lui'', où il est plus gros et plus court; on le trouve aussi quelquefois sur l'orge et sur l'avoine.

L'ergot de seigle est employé comme médicament, principalement eu obstétrique, pour activer les contractions de l'utérus. Il sert aussi parfois contre les bémorrhagies, paralysies, etc. L'emploi du seigle ergoté en médecine a donné lieu à quelques accidents, bien que cependant la toxicité' de la poudre elle-même ne soit pas bien grande ; on l'administre à la dose de H°r.o à 2 grammes.

Je ne crois pas qu'on ail signalé des empoisonnements criminels par l'erivcil de seigle. La présence accidentelle de l'ergot dans les farines a été l'origine de nombreux accidents et ;i maintes fois déterminé l'apparition de la très grave maladie désignée sous le nom d'argotisme. De terribles épidémies se sonl produites au moyen âge ; leur fréquence et leur gravité vonl en diminuant : mais on cite encore, dans ce siècle, l'épidémie de Hesse is.'ili ; une nuire près de Nijni-Novgorod, en IST'.i. causée par du pain qui contenail 1 p. 100 d'ergot ; une autre à Poltawa en 1881.

L'absorption du seigle ergoté produit des vertiges, de l'hébétude, des troubles de la vue et une sorte d'ivresse particulière; dans l'intoxication chronique on dislingue deux formes, l'une dite convulsive, l'autre gangreneuse. Les épidémies observées affectent tantôt l'une, tantôt l'autre de ces formes.

Boniean a extrait «lu seigle ergoté une substance complexe, désignée sous le nom impropre d'ergotine et qui a été employée en thérapeutique; eelte substance n'esl autre qu'un extrait aqueux. Le produit désigné par Wiggers sous le même nom d'ergotine est également un mélange.

En 1 875, Tanrel a isolé de l'ergot une substance alcaloïdique bien définie, Vergotinine, à laquelle paraissent devoirêtre attribués les principaux effets de l'ergot.

Voici le procédé suivi par Tanret pour l'extraction de l'ergotinine : l'ergot est finement pulvérisé, épuisé par L'alcool à 95°. La solution alcoolique est alcalinisée par la soude caustique ; l'alcool est distillé au bain-marie ; on agite ensuite le résidu avec l'éther : la solution élhérée est purifiée par agitation avec de l'eau qui sépare diverses matières étrangères. La solution éthérée esl alors traitée par une solution d'acide citrique : le citrate d'ergotinine, en solution aqueuse, est neutralisé par le carbonate de potasse, et épuisé par l'éther qui reprend l'alcaloïde libre : après décoloration au noir animal, on distille l'éther, et on s'arrête quand le liquide devient trouble : l'ergotinine cristallise lentement. Dans ces procédés d'extraction il faut se rappeler que l'ergotinine est facilement altérable à l'air.

La dose d'ergotinine contenue dans l'ergot est d'environ I p. Ihimi : un peu moindre dans l'ergot déjà ancien.

Propriétés. — Les principales propriétés de l'ergotinine, notées par Tanret, sont les suivantes :

C'est un corps blanc, cristallisé, répondant à la formule ('.■H-'A/.- O1; il est extrêmement altérable à l'air, absorbe l'oxygène assez rapidement, en se colorant. L'ergotinine esl insoluble dans l'eau, soluble dans l'alcool, l'éther et le chloroforme. Elle se dissout plus difficilement quand elle esl cristallisée. Les solutions sonl fluorescentes. A la lumière, les solutions

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alcooliques deviennenl vertes, puis brunes. Les solutions acides se colorent l'u rouge. La réaction est faiblement alcaline : elle ne se combine aux acides que difficilement, en formant des sels peu stables : L'agitation avec le chloroforme enlève l'ergotinine en plus ou moins grande quantité, dans les sululii'iis acides.

Tanret a donné le nom ftergotinine amorphe à un résidu jaune, obtenu dans la préparation de l'ergotine cristallisée, et <pii paraît être une modification moléculaire de l'ergotinine. 11 en a les propriétés, à pari la solubilité qui est plus grande.

Dans des viscères l'ergotinine pourrait être isolée par la méthode de Slas: 1rs difficultés proviendront de sa grande altérabilité. Parmi les réactions caractéristiques, on peut citer la coloration rougo-violct, puis bleue, qui se produit lorsqu'on traite une solution éthérée d'ergotine par de l'acide sulfurique étendu de 1 7 d'eau.

1 )n a plus souvent l'occasion de rechercher l'ergot de seigle lui-même que l'ergotinine. Voici quelques caractères propres à faire reconnaître cette matière :

On a constaté que l'ergot traité par la potasse dégage de la triméthylamine, caractérisée par son odeur. Cette réaction n'est ni très sensible ni très précise — au moins avec certains échantillons d'ergot : pour faire cet essai, on place la matière suspecte [de la farine par exemple), dans un flacon avec une solution de potasse (densité 1,33 . on ferme le flacon et on apprécie l'odeur au bout d'un quart d'heure environ. Il faut une dose

assez notable d'ergot dans une farine suspecte, — [dus de 1 p. 1110, — pour

que cet essai réussisse, et la production de triméthylamine par la potasse n'est naturellement pas spéciale à l'ergot de seigle seul. L'odeur, un peu poivrée, n'est pas exactement celle de la triméthylamine.

La présence de points violacés dans une farine de seigle est un indice de la présence de l'ergot. Diverses réactions colorées peuvent être observées. Bœttger recommande d'ajouter à la farine un peud'éther, puis quelques cristaux d'acide oxalique; on fait bouillir, et après refroidissement l'éther reste teinté en rouge.

Le procédé recommandé par Laneau en lNai- consistait à observer la coloration violacée de l'ergot macéré dans une solution alcaline, coloration devenant rouge parles acides.

D'après Jacoby, voici comment il convient de procéder pour rechercher l'ergot dans une farine : Kl grammes de farine sont traités par 30 grammes d'alcool bouillant ; on laisse déposer, on décante l'alcool, on recommence l'épuisement ; on laisse encore déposer; le résidu ainsi purifié de diverses matières grasses est agité avec Kl grammes d'alcool à 90°; puis on ajoute quelques gouttes d'acide sulfurique faible (10 à 20 gouttes d'acide au I •"> ;

le liquide se colore en rouge plus ou moins foncé, selon la dose d'ergol contenue dans la farine. On peut à 1 1 • rigueur faire une appréciation colorimétrique de la quantité d'ergol contenue dans la farine examinée en comparant les colorations ainsi obtenues avec celles que fourniraient des quantités connues d'ergol traitées dans les mêmes conditions. Il est à peine besoin de dire que de tels dosages sonl des plus imparfaits, ;'i cause de la difficulté des comparaisons, et aussi parce que les liquides employés comme types de comparaison ne sont eux-mêmes pas bien définis, les quantités de matière colorante contenues dans les divers ergots n'étant pas toujours identiques.

La matière colorante en question peul être examinée au spectroscope. Voici comment Hoffmann recommande de l'isoler: on épuise La farine par l'éther ou par l'alcool à chaud, de manière a dissoudre les principes colorants : le résidu es! alors agité avec de l'éther et un peu d'acide sulfurique ; on neutralise la solution éthérée par une solution de bicarbonate de soude, c|ui prend la matière colorante de l'ergol en devenant violette; l'éther qui a retenu encore quelques principes colorants de la farine esl séparé. Quant à lu solution alcaline on l'épuisé de nom eau par l'éther après 1 avoir acidulée par l'acide sulfurique; la matière rouge violacé repasse dans l'éther et fournil une solution que l'on examine an spectroscope. Dans le spectre d'absorption, toute la partie an delà de la raie D esl absorbée. Ce spectre ne parai! pas très caractéristique.

Le principe coloranl de l'ergol a été désigné sous le nom d êrylhroscléroline Dragendorff el Podwyssotzky). 11 donne avec l'eau de chaux une combinaison peu soluble de couleur bleuâtre; avec l'acétate de plomb, un précipité bleuâtre que l'acide sulfurique colore en rouge, etc.

D'autres substances ont été retirées du seigle ergoté : Yacide sclérotique, la scléromucine, la picrosclérotine, la scléroxanthine, etc. Tanret y a trouvé encore un alcool voisinde la cholestérine, Vergostérine G52H*°02.HsO qui cristallise en paillettes cm en aiguilles, lin//. Soc. chim. 3), I. 1. p. 225.

CAFÉINE. THÉOBROHINE

La caféine el la théobn mine -mil deux alcaloïde-, peu toxiques, dont nous dirons quelques mots, parce qu'en les rencontre assez souvent dans les analyses toxicologiques : ces deux corps figurent en effet dans la composition de boissons usuelle.-: et la caféine est sèment employée comme médicament.

La caféine a été trouvée dans le café Runge . dan- le Paullinia Svr/ji/is .Martin . dans h- thé du Paraguay Stenhouse . dan- la noix de kola. L'alca-

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loïde extrait du thé, d'abord dénommé Jhéine Oudry), esl identique à la caféine.

La caféine est un excitant du système nerveux; elle agit aussi sur le cœur, dont elle ralentit les battements, en augmentant leur énergie ; à dose très élevée, elle peu! produire des convulsions, du délire; elle active la sécrétion urinaire. L'abus prolongé du thé détermine quelques accidents, assez souvenl observés en Angleterre et décrits sous le nom de théisme chronique : dépression psychique, accroissement de l'impressionnabilité, insomnies, tremblements nerveux, céphalalgie, puis dyspepsie, cachexie, etc.

La caféine passe dans l'urine, mais on ne peut l'y déceler que si les doses ingérées ont été assez tories : d'après les recherches de Schneider, des quantités assez notables de caféine disparaissent par décompof if ii m dans l'économie; par exemple, on ne peu) trouver la caféine dans l'urine d'un homme ayant absorbé 0sr, 3 ; on la retrouve au contraire à la suite de l'ingestion de doses plus élevées. L'élimination par l'urine commence promptemenl et est vite terminée, par exemple au bout de cinq à six heures. Des observations analogues oui été faites sur la théobromine, dont l'élimination est cependant plus lente.

La caféine s'ordonne en thérapeutique à des doses variant de tt,2lt à I, 2 et '■] grammes.

Propriétés. — La caféine, C8H'"Az10--f H'O, cristallise en dès belles aiguilles légères, soyeuses, qui, en masse, se présentent sous un aspect feutré. Elle a une saveur faiblement amère, elle se dissout dans l'eau à peu près 1 p. dans llll) p. d'eau: dans l'alcool (4 p. dans 100); dans l'éther (0,3 dans lllll . Elle est soluble aussi dans la benzine, l'alcoot amyhque, le chloroforme. Les acides et les alcalis ('■tendus la dissol- \ eut également.

La caféine fond à -f 234°, et bout à + 2H i" Slrecker ' ; elle peut être sublimée à une température inférieure.

L'extraction de la caféine se fait facilement par les diverses méthodes: dan- celle de Dragendorff, elle esl séparée dans l'épuisement par la benzine en solution alcaline. Il n'est pas difficile de faire cristalliser la caféine dans les résidus convenablement purifiés ; l'aspect de ces cristaux est a>sez caractéristique.

h'iodnre de potassium ipduré fournit avec la caféine un précipité noir verdâtre, assez différent de ceux que donnent la plupart des autres alceloïdes.

Additionnée d'eau chlorée, ou d'un mélange d'acide chlorhydrique et de

1 D'autres auteurs oui donné pour point de fusion 178".

chlorate de potassium, puis chauffée au bain-marie à siccité, La caféine laisse un résidu rouge-brun qui passe au viole! pourpre sons l'influence des vapeurs d'ammoniaque. D'après H. Crompton, la coloration rouge, assez caractéristique, se produil par l'eau chlorée seule (plusieurs additions el évaporations successives) et l'emploi de l'ammoniaque ne modifie guère la sensibilité de la réaction.

Uacide nitrique fumant oxyde la caféine ; après l'évaporation <\r l'acide, il reste un résidu jaune rouge, que les vapeurs ammoniacales colorent en rouge pourpré.

Les autres réactions de la caféine sont moins importantes: l azotate d'argent précipite en blanc 1rs solutions neutres de caféine ; le sublimé fournit un précipité blanc cristallin; le chlorure de palladium, un précipité jaune, etc.

La théobromine, CH8Az*02, retirée des semences du tkeobroma cacao, est un corps extrêmement voisin de la caféine (celle-ci n'est autre, en effet, que la méthylthëdbromine un la trimèthylûcatithine, si l'on envisage la théobromine comme la diméthylxanthine). La théobromine peut être obtenue synthétiqùemeat.

C'est une base faillie, cristallisable, douée d'une saveur amère, très peu sululile dans l'eau (I p. dans 1.600 d'eau froide), dans l'alcool et dans lV'lliei- 1 1 p. dans 1.400 d'alcool froid, I |>. dans 'i-.2Xï p. d'alcool absolu, I p. dans 1.700 p. d'éther, etc.), un peu plus soluble dans l'alcool amylique. Les solubilités augmentent 1res rapidement avec la température. Elle se sublime vers -(- 2!)0".

Traitée par le chlore et \' ammoniaque, elle fournit la même réaction rouge pourpre que la caféine. - - L'azotate d'argent la précipite en blanc.

- Lorsqu'on chauffe pendant quelque temps la théobromine avec de \ acide suif uri que et du bioxyde de plomb, on obtient après filtration un liquide incolore, qui neutralisé par la magnésie devient bleu indigo; un excès de magnésie l'ait disparaître la couleur: l'addition ménagée d'un acide dilué la fait reparaître; le liquide incolore taché la peau en brun rouge.

La théobromine ne résiste pas longtemps à la putréfaction, de même que la caféine.

La théophylline, C7H8Az402. -f- 2H20, est un isomère. de la théobromine, extrait du thé par Kossel [Zeitsch. f. Phi/s. Chem., t. XIII, p. 298; Bull. Soi . Chim. (3), t. III, p. 156). Elle tond à -j- 2(ii-" (tandis quels théobromine se sublime sans tondre) ; chauffée avec l'acide nitrique elle laisse un résidu jaune que la soude colore en rouge. Avec l'eau de chlore on obtient

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